Mère-Fille : Tania, 21 ans, et sa mère Montserrat

À l'approche de la fête des mères, voici notre deuxième interview mère-fille avec Montserrat et Tania !

Mère-Fille : Tania, 21 ans, et sa mère Montserrat

Montserrat est née en Espagne il y a 55 ans et est agent de restauration dans une cantine à Issy les Moulineaux. En parallèle, elle est également étudiante en deuxième année puisqu’elle a décidé de se lancer dans une licence de philosophie sans s’arrêter pour autant de travailler. Elle est mère de deux filles, dont Tania, 21 ans. Cette dernière est en khâgne en prépa littéraire. Elle suit également à côté des cours de licence de philosophie par correspondance. Interviews croisées de ces deux femmes décidément pas de nature fainéantes.

Comment vous qualifieriez votre relation ?

Montserrat : Elle n’est pas compliquée, elle est dans les extrêmes. C’est à la fois très facile et très difficile. Mais les difficultés s’amenuisent avec ma patience car je pense que c’est une de mes qualités parce que ma fille est très perfectionniste et du coup elle a le don d’être stressée et de me stresser également. Moi-même, je suis anxieuse, mais pas en ce qui concerne le cercle familial. J’ai une patience à toute épreuve !

Tania : Bonne (elle rit), c’est le principal. Bien meilleure depuis quelques années, depuis que j’ai passé mon bac. Pendant l’adolescence, c’était vraiment compliqué mais pas juste avec ma mère : j’avais vraiment un problème avec l’autorité, j’avais envie de partir de chez moi, vraiment l’ado rebelle de base, terrible ! Par rapport à avant il y a vraiment une grosse amélioration, mais on n’a pas une relation de copines, on ne se dit pas tout. Et je trouve que c’est mieux (enfin, chacun fait comme il veut bien sûr), mais c’est une relation qui me correspond : on n’est pas copines, mais on ne se vouvoie pas non plus. On vit dans des mondes parallèles. Il y a une grande complicité entre nous, mais on ne va pas se raconter les détails de nos vies. Par exemple quand elle passe un après-midi avec ses copines, elle va me raconter ce qu’elles ont fait (du shopping, disons), mais pas leurs secrets, ce qu’elles se sont dit.

Quelle est selon vous sa plus grande qualité ?

Montserrat : La grande qualité de ma fille… c’est difficile de trouver parce qu’elle en a beaucoup mais je dirais sa générosité de coeur. Moi ce qui me plaît c’est la surprise, c’est quand on ne s’y attend pas qu’elle est là, présente, et ça a encore plus de valeur pour moi. Sinon elle est aussi très ambitieuse mais pour moi, au bout d’un moment, ce n’est pas forcément une grande qualité.

Tania : Elle en a tellement, c’est super dur ! Ce serait mentir de n’en donner qu’une seule parce qu’elle est tout, elle est généreuse, toujours de bonne humeur, elle est patiente… Si je devais en choisir une, je dirais qu’elle est positive, parce que toutes ses autres qualités suivent, du coup. Elle voit toujours le bon côté des choses.

Au contraire, le défaut qui vous agace un peu chez elle, ce serait quoi ?

Montserrat : Elle est insolente – mais respectueuse. C’est de l’insolence très intelligente de sa part. Elle a toujours le dernier mot et elle veut toujours l’avoir. Donc je laisse faire souvent mais de temps en temps je reprends ma place.

Tania : Ah y en a aussi hein, personne n’est parfait (elle rit) ! On s’est fâchées très récemment. Je déteste qu’on me dise comment m’habiller mais je ne sais pas si je peux dire que c’est un défaut. Sinon, je trouve qu’elle se dévalorise souvent vis-à-vis des études et ça m’ennuie parce que si je suis fière d’elle et si je crois en elle, c’est justement pour qu’elle se lâche. Et quand on fait des compliments à quelqu’un qui répond « Non j’y crois pas c’est pas vrai » c’est très déstabilisant.

Montserrat, est-ce que votre complicité a évolué avec le temps ?

Montserrat : Ah oui oui oui quand elle était petite elle était accrochée à mes jupes. Après elle était très réservée, renfermée au collège, éteinte pour ainsi dire et notre relation mère-fille ça s’est améliorée dès qu’elle a eu 16/17 ans, lorsqu’elle a eu un petit ami en fait. Je pense que ça s’est beaucoup amélioré, du fait qu’on a cette complicité. Et puis quand j’ai repris mes études, elle a été présente et m’a beaucoup aidée en première année (moi je n’avais jamais fait de dissertation de ma vie et mon bac espagnol validé en France ne vaut pas grand-chose). Par contre cette année, elle n’a plus le temps du tout avec ses études. Et je sens quand même une fierté chez elle du fait que sa mère fait des études de philo.

Tania et Montserrat

C’est elle qui vous a donné l’idée de faire des études, elle vous a motivée d’une certaine manière ?

Montserrat : C’est un projet, une envie qui vient de moi. En fait j’étais inscrite pour faire des études de philosophie en arrivant en France en 1975, mais je n’ai pas pu pour des raisons personnelles et après, les enfants sont arrivés, le temps est passé très vite. Je commençais à déprimer un petit peu, j’en avais assez de laver des assiettes et je voulais faire quelque chose qui me plaise donc je me suis dit « Pourquoi je ne ferais pas des études ? ». Ce n’est pas du tout ma fille qui m’a poussée. Par contre, elle me motive énormément.

Qu’est-ce que le fait que ta mère ait repris des études a changé dans votre relation ?

Tania : Notre relation avait déjà commencé à aller mieux avant, tout simplement parce que j’étais devenue plus vivable. Le fait qu’elle ait repris ses études, c’est vraiment la plus belle chose qui pouvait nous arriver. Déjà j’étais super fière d’elle, un truc de fou, et mes copines admirent son courage quand je leur dis : elle travaille à côté, quand même !

Après avoir tenté psycho elle a pris la même licence que moi, sauf que j’ai un an d’études de plus donc on n’était pas dans la même promo. C’est ce qui nous a permis d’être plus proches parce que ce qu’elle apprend cette année, je l’ai déjà fait l’année dernière donc je peux l’aider, lui donner des conseils. La première année on a même passé des épreuves dans le même amphi, c’est quand même pas donné à tout le monde ! (Elle rit) J’avais l’impression qu’elle vivait enfin un rêve puisqu’elle avait dû arrêter ses études, et j’étais contente de pouvoir le vivre avec elle. Je l’ai coachée, je me suis occupée des inscriptions, ça m’a vraiment fait plaisir.

Quel est le plus beau moment que vous avez vécu toutes les deux à votre avis ?

Montserrat : Whahou, si j’avais su j’aurais préparé la question ! (Elle rit) Les plus beaux moments… Je n’ai pas le moment, j’ai des moments qui me viennent en tête ; par exemple, je commence très tôt à travailler et parfois le matin on se retrouve toutes les deux à la maison et là on chante, je commence surtout des chansons en espagnol et elle reprend après moi, ou alors on invente. Les meilleurs moments pour moi ce n’est pas quand on est dans le sérieux, c’est dans la déconne, la rigolade. Quand on redevient un peu des enfants. Ce sont plus des petits moments comme ça qui me reviennent, qui égaient la journée.

Tania : Ouh lala c’est trop dur. En fait c’est bien parce que si j’avais réfléchi avant, ça aurait été moins spontané. Y en a plein qui me viennent en tête… Probablement le moment où on est allées passer l’examen ensemble. C’était stressant mais on a mangé ensemble, on a fait le trajet ensemble. C’était une journée vraiment simple mais belle, et il n’y a pas besoin de faire des voyages de fou pour avoir ce genre de sensation.

Au contraire, est-ce qu’il y a une période ou un moment qui a été plus difficile ?

Montserrat : Même maintenant, on se dispute un peu lorsqu’elle sort de la maison : je baisse toujours mon regard pour voir la jupe et à mon goût elle est toujours trop courte. Je suis pas parano mais avec tout ce qui se passe, et je trouve ma fille très jolie… du coup je voudrais que ça descende un peu plus bas. Ça c’est une dispute qu’on a eue plusieurs fois, et la dernière fois ça m’a mise dans des états pas possibles (elle rit).

Ça m’embête parce qu’avec le recul, même si je n’ai pas vraiment eu d’adolescence, que je n’avais pas de cadre familial, j’aurais répondu la même chose à sa place « Je suis grande, j’ai 21 ans, je vais pas aller dans des rues désertes et il n’y a pas de raison de s’inquiéter ».

Tania : La crise d’adolescence, tout mon collège et le lycée où je n’avais rien à lui dire. Je me sentais trop différente et je me disais que jamais dans la vie j’aurais quelque chose à lui dire, c’était terrible.

Est-ce que c’est important pour vous de lui inculquer la culture espagnole que vous avez connue plus jeune ?

Montserrat : En fait j’étais enfermée chez les bonnes soeurs, de 6 à 17 ans, Noël compris. Mais avec le recul ce qui était dur c’est de ne pas avoir reçu un amour maternel. Parce qu’au sein de l’école j’étais une meneuse, j’ai fait plein de conneries tout en étant une bonne élève… Mais oui j’y tiens beaucoup !

C’est paradoxal parce que je compte finir ma vie en France et je n’ai aucune envie d’aller faire ma retraite en Espagne, mais j’aime la langue espagnole, j’aime la joie des Espagnols. Je l’ai encore remarquée cet été d’ailleurs : ils n’ont pas d’argent mais ils sont heureux. C’est une autre mentalité alors que la France est à côté. Ici, ça râle souvent, mais eux sont joyeux.

Et puis je leur chantais quand elles étaient petites des chansons pour enfants espagnoles. D’ailleurs mes deux filles parlent espagnol. Tania continue d’apprendre la langue : elle en a fait au collège, au lycée et elle en fait encore donc du coup elle est presque plus calée que moi (elle rit). Et je suis ravie ! Je suis d’autant plus ravie qu’elle aime la langue, son côté chantant qui s’oppose au français qui n’a pas d’accent, d’appui. C’est très important pour moi de lui transmettre la culture, le savoir-vivre et l’histoire espagnoles.

Tania : Quand on était plus jeunes on allait parfois en Espagne ensemble, mais même à la maison j’ai eu le bain de culture espagnol, l’humour espagnol (la base !), la cuisine bien lourde et copieuse et, je sais pas, une espèce de regard sur le monde qui est assez différent de celui que j’ai eu à l’école avec mes amis français. C’est pas forcément la peine pour moi d’aller en Espagne pour être immergée dans la culture espagnole et d’ailleurs il y a des gens qui partent en vacances en Espagne sans s’immerger dans la culture espagnole.

Aujourd’hui ,vous êtes fière de votre fille ?

Montserrat : Très. Je suis plus que fière : je suis en admiration. Parce qu’elle est très brillante, parce qu’elle a réussi toute seule à dépasser ce mal-être qu’elle a eu pendant longtemps. Parce que c’est mon oeuvre aussi ! Parce qu’elle a quand même un trait de caractère qui vient de moi : la plaisanterie, la joie de vivre, tout ça. Et après bon, je suis fière parce qu’elle est vraiment très douée, elle a réussi et, bon, ce n’est pas que je n’ai pas réussi mais j’aurais souhaité avoir des parents comme moi. Et puis elle s’intéresse à des trucs très hétéroclites, la politique, les plantes, la musique, le théâtre, elle a un éventail très large et elle arrive à aimer. On dirait une pieuvre avec plein de bras et plein de cerveaux !

Tania, tu voudrais terminer l’interview par quelques mots ?

Tania : Pour les filles, je pense qu’il y a des lectrices de madmoiZelle qui sont en pleine crise d’ado (vu que ça peut durer jusqu’à tard). J’ai envie de m’adresser à ce public-là pour leur dire que quand on a une relation très conflictuelle avec sa mère et qu’on pense que jamais dans sa vie on ne pourra trouver un terrain d’entente et qu’elle ne pourra jamais rien nous apporter, ça sert à rien de forcer les choses maintenant, ça viendra tout seul plus tard.

Et aussi un message aux mamans, qui pourraient se dire que leur fille ne les aime pas, qu’elles ont raté leur éducation. Il ne faut pas qu’elles se remettent en question, parfois on a une adolescence ingrate et la fille reviendra vers elle plus tard.

Je voudrais conclure l’interview en disant à ma mère que je l’aime, parce que je ne le lui dis jamais comme ça elle pourra le lire !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Hawley
    Hawley, Le 24 mai 2013 à 20h51

    Il est super cet article, on se fait vraiment une idée de leur relation. Montserrat m'a bien fait rire avec l'image de la pieuvre avec plein de bras et de cerveaux ! J'ai beaucoup aimé la conclusion de Tania aussi, ça paraît évident une fois qu'on est adulte mais quand on est ado et qu'on ne s'entend pas avec sa mère, c'est difficile de se dire que ça peut s'arranger. Du coup c'est chouette qu'elle ait le recul et la maturité nécessaires pour faire passer ce message !

    Ca m'a beaucoup parlé de lire le témoignage sur leurs études, ma mère habite loin de chez moi mais elle a repris les études aussi, du coup on a passé notre licence en même temps ! C'était assez drôle, on était toutes les deux stressées par les examens et on se téléphonait pour se donner des conseils pour nos oraux. Elle a eu sa licence quelques jours avant moi, du coup l'ordre chronologique a quand même été respecté :yawn:

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