Mélanie, monteuse en stage au festival de Cannes

Continuons de parler des métiers « méconnus » autour du festival de Cannes avec Mélanie, stagiaire monteuse pour la CST !

Mélanie, monteuse en stage au festival de Cannes

Mélanie est étudiante en BTS Audiovisuel à Cannes. Présente sur la Croisette, elle y fait un stage en tant que monteuse pour la CST (la Commission Supérieure de l’Image et du Son) et se destine à exercer ce métier (ou, mieux encore, celui de scripte comme elle nous l’explique plus loin) dans le cinéma.

Elle a accepté de répondre à une longue interview sur ses études, ses projets et sa participation au plus grand évènement cinématographique mondial. C’est d’ailleurs la deuxième fois pour elle qu’elle a un rôle « actif » dans le festival : l’année dernière, elle avait été doublure lumière pour faire les réglages techniques et que tout soit prêt avant que le jury n’arrive sur scène (ce qui lui a permis d’avoir un signe de la main par Ewan McGregor, de papoter avec Bérénice Béjo ou Beth Ditto, de croiser Alec Baldwin et de rigoler avec Kyan Khojandi, excusez du peu).

Peu de temps après, on lui proposait de participer au tournage d’Inside, une mini-série dont l’intrigue se passait principalement au palais. Autant dire qu’à même pas 19 ans, elle n’est pas loin de connaître Cannes comme le dos de ses phalanges. Rencontre avec une passionnée et une future pro déjà très pro.

Tu es étudiante en BTS Audiovisuel : en quoi consiste ta formation et comment t’en es arrivée là ?

Alors ça consiste en une formation de technicien en audiovisuel. Moi ma spécialité, c’est le montage post-production. On apprend tous les rudiments du montage mais pas que ça : j’apprends surtout comment tout marche dans l’audiovisuel, que ce soit d’un niveau technique (j’ai des cours sur comment marche une caméra, un magnétoscope, un tube cathodique) et artistique (l’histoire du cinéma, l’analyse filmique). C’est une formation qui est vraiment conçue pour qu’on soit au top et qu’on ait des connaissances de dingue pour pouvoir se démarquer des autres.

Tu pourrais nous en dire plus sur le montage post-production pour les non-initiés ?

Quand on réalise un produit audiovisuel (film, documentaire…), on a besoin d’un montage : on a un ensemble de rush, de plans, qu’on monte via des logiciels. Nous, en montage, on travaille surtout avec Avid Media Composer 5 ou 6, des logiciels totalement pro. On utilise beaucoup de Photoshop aussi parce qu’on a énormément d’infographie et c’est génial parce que c’est toujours amusant à faire.

Ça c’est en tout cas notre formation principale que je ne suis pas forcément pour être monteuse mais plus pour avoir un maximum de connaissances techniques. En fait, je veux être scripte et je voulais quand même malgré tout savoir comment tout marche pour pouvoir me démarquer par rapport aux autres.

Grâce à ce que je fais, je peux voir comment tout marche et j’aiderai encore plus en tant que scripte à ce moment là, et grâce à cette formation je peux trouver plus facilement du travail. Si je ne trouve pas de boulot en tant que scripte, je pourrais quand même monter et peut-être même filmer parce que ma formation m’apprend les bases dans à peu près tout.

Mélanie avec Michel Hazanavicius l’année dernière. À la cool.

Comment ça t’est venu de vouloir être scripte ?

Très récemment, pendant le BTS parce que au début je voulais être scénariste ou plus tard réalisatrice avec un peu de chance, c’était mon rêve et donc pendant l’année, on a eu une semaine pour réaliser un produit audiovisuel avec un membre de chaque option (en BTS on a image, son, montage, exploitation ou gestion de production) et on avait une semaine pour réaliser un produit et à ce moment-là, j’ai été scripte et ça a été la révélation. Tout de suite je me suis dit : c’est ça que je veux faire !

Ça me correspond : c’est un métier où il faut être très précis et travailler très rapidement et moi, justement, c’est dans ces conditions que je travaille le mieux et que j’aime le plus travailler, dans le bon stress du travail. Du coup, je suis super heureuse pendant mon stage sur le festival.

En parlant de ça : en quoi consiste ton stage à la CST ?

Notre école place chaque élève de première année dans une entreprise sur le festival de Cannes. Moi, j’ai été placée à la CST qui gère tous les techniciens (ici c’est surtout tous les projectionnistes) et ils montrent les innovations en matière de projection, de tailles d’écran… C’est eux qui vont dans les cinémas pour voir si les écrans sont à la bonne taille, si les dimensions sont bien respectées par exemple.

Sur le festival, la CST a une tente dans le village international. À mon stand, il y a des partenaires qui vont venir chaque jour et moi je vais devoir les filmer et faire un petit montage qu’on met le soir-même sur le site internet de la CST.

T’as quelqu’un pour t’aider à faire tes vidéos ou tu fais tout toute seule ?

On me dit déjà à peu près ce que je dois filmer et ma chargée de stage est avec moi. Elle me dira par exemple « là il faudrait que tu ailles filmer ça, ça se serait sympa de se pencher sur ça… ». Sinon oui c’est moi qui fait à peu près tout. Et depuis deux jours j’ai un étudiant américain qui est venu, qui ne parle pas un mot de français – ce qui est génial parce que je parle pas un mot d’anglais ! (on se marre)

Il doit m’aider à filmer parce que moi je fais du montage (en plus je dois monter pour l’occasion sur iMovie, je suis un peu dégoûtée mais comme ce sont des vidéos de cinq minutes maximum que je dois faire c’est pas très grave). Et lui, comme il sait comment marche le 5D avec lequel on doit filmer et comme je tremble beaucoup, je préfère le laisser à l’américain.

Et alors tu dois faire des interviews ou « simplement » filmer l’ambiance ?

Des interviews aussi ! Comme il y a beaucoup de techniciens qui vont venir, ma chargée de prod m’a dit que comme j’étais technicienne, il fallait que j’en profite pour leur poser des questions qui m’intéressent et que je les filme en même temps parce que si ça se trouve, ça les intéressera aussi. Je suis assez libre à ce niveau, comme pour le thème : je vais essayer de voir si c’est possible de créer une petite ambiance tournée sur un sujet.

J’ai regardé les vidéos de l’année dernière et c’était caméra fixe sur pied. De mon côté je vais essayer de faire quelque chose de différent parce que je suis un peu perfectionniste en faisant un petit travail d’investigation et en préparant mes questions selon la raison de la venue des gens. Après, c’est sûr que ce n’est pas quelque chose de grand public. Même moi en regardant les vidéos de l’année dernière, je décrochais à certains moments.

Après, il y a des choses qui sont un peu plus marrantes, comme lors de la remise du prix Vulcain (qui récompense le/la meilleur-e technicien-ne sur tous les films en compétition) à un cascadeur : la personne qui lui a remis était en feu, cette vidéo est dingue !

Qu’est-ce que tu conseillerais aux lectrices qui veulent se lancer dans les métiers de l’audiovisuel ?

Déjà de pas être flemmard : quand on bosse, on Bosse. Il ne faut pas non plus avoir peur de ne pas gagner beaucoup (être intermittent-e du spectacle n’est pas la situation la plus stable qui existe) ou de se faire connaître en débutant parfois bénévolement.

Si on veut être appréciée par les gens, il faut toujours avoir le sourire aux lèvres, c’est vraiment le conseil que je donnerai le plus (j’imagine que c’est comme ça dans tous les métiers de toute façon mais c’est vraiment important). Un technicien qui va faire la gueule ne sera pas repris. Il faut être heureux de vivre, quoi (elle rit).

Et je conseillerai aussi de toujours demander plus : moi par exemple, mon boulot c’est le montage, j’ai demandé un peu plus. Quand quelqu’un voit qu’on est impliqué, il va davantage avoir envie de retravailler avec nous. Après évidemment il vaut mieux être passionné et avoir une bonne culture, ces deux points aident vraiment beaucoup.

Et puis aussi c’est mieux d’avoir une grande ouverture d’esprit. Artistiquement, mais aussi socialement parce que sur les plateaux il n’est pas rare de rencontrer des gens « « spéciaux » », des vraies personnalités. Après, bon, il ne faut pas avoir peur de tester des nouvelles choses, mais il faut connaître ses limites. Si on te demande de travailler avec une caméra que tu ne maîtrises pas bien par exemple, il vaut mieux dire non. Parce que si on fait un truc de mal on peut être vite catalogué. Je préfère dire « non je sais pas faire ce que vous me demandez, MAIS je sais faire ça » pour apporter une contrepartie. Il ne faut jamais être négatif. 

Faut vraiment savoir se vendre en fait…

Ah mais complètement ! C’est un monde de « requins ».  Il vaut mieux ne pas faire de coups bas (c’est vraiment mal vu), mais il faut savoir prendre des initiatives et aller de l’avant par rapport à d’autres. C’est un monde génial, où il faut savoir se faire sa place, un monde dont il faut apprendre le fonctionnement pour éviter par exemple de se faire arnaquer (ça m’est arrivé quand on m’a promis de me payer pour la réalisation d’une pub que j’avais gagné après avoir envoyé mon scénario dans le cadre d’un concours). Mais on apprend vite, à chaque épreuve et au fil des expériences.

Si le quotidien de Mélanie t’intéresse, tu peux suivre toute son expérience cannoise sur son blog plein d’enthousiasme ! Des détails techniques, des informations sur l’envers du décor et des anecdotes sont au rendez-vous. D’ailleurs, entre le jour où je l’ai interviewée et aujourd’hui, elle a par exemple regardé Jeune et Jolie à quelques mètres seulement de l’équipe du film, assise à côté de Thierry Frémaux, délégué général du festival, après s’être vue proposer des places au dernier moment. « J’ai toujours été chanceuse ! », m’a dit cette même pas vingtenaire ultra-motivée au détour de l’interview. Son blog illustre plutôt bien cette citation.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Le'ah
    Le'ah, Le 19 mai 2013 à 22h05

    Merci pour cet interview !
    J'aimerais savoir quel BTS Mélanie fait ? Je suis moi aussi intéressée par le cinéma et j'hésite sur le choix de mon BTS.

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