Lucie Blush, réalisatrice de films X : « Le porno, c’est plus indélébile qu’un tatouage »

Par  |  | 4 Commentaires

Lucie Blush, alias Lucie Makes Porn, a 30 ans et elle est réalisatrice de films porno. Anouk l'a interviewée pour découvrir son métier, son parcours et l'envers du décor.

Lucie Blush, réalisatrice de films X : « Le porno, c’est plus indélébile qu’un tatouage »Paul Henschel
Bienvenue dans ce premier portrait de cette série sur des femmes qui travaillent dans le milieu du sexe. Mes intentions sont expliquées dans cet appel à témoignage.

Lucie Blush, réalisatrice de films X

Depuis bientôt 5 ans, Lucie Blush réalise du porno qu’elle diffuse sur son site, LucieMakesPorn

Lucie est française, vit aujourd’hui à Berlin, et a vécu 6 ans à Barcelone. C’est là-bas, en Espagne qu’elle a découvert le milieu du porno dit « féministe ».

Elle a commencé en faisant un temps partiel chez Erika Lust, l’une des plus célèbres productrices du genre. Lucie gérait la communication et le graphisme de son site.

C’est à cette occasion qu’elle a assisté à son tout premier tournage de film porno. Et c’est le point de départ de son aventure…

Photo de Hermann Gornomeier

Comment Lucie est devenue réalisatrice de films porno

  • Comment tu t’es dit que tu voulais faire du porno ?

Quand je suis partie de chez Erika, je me suis demandé : et si je faisais du porno, à quoi ça ressemblerait ? La question ne m’est jamais vraiment sortie de la tête.

Deux ans plus tard, j’ai connu une rupture après une relation longue. À côté de ça  je m’ennuyais profondément dans mon nouveau boulot.

Je me suis alors rendue compte que je me posais plein de questions sur le sexe, et que ce que je vivais ne correspondait pas à ce que j’avais imaginé plus jeune.

C’est comme ça que j’ai commencé un blog. L’idée, c’était de réunir les contenus qui m’excitaient, me plaisaient.

Il s’agissait de vidéos qui n’avaient rien à voir avec le porno « mainstream », c’est-à-dire ce que l’on voit sur Pornhub ou YouPorn. Ces sites, de « tubes » comme on dit, ne m’ont jamais correspondu.

J’y ai écrit pendant deux ans, ce qui m’a permis de trouver ma voie. Petit à petit, je me suis mise à parler de mes nouvelles expérience, ou de mes questionnements sur la sexualité…

Et puis, au bout d’un moment, je me suis dit qu’il fallait que je fasse un film. C’est comme ça que ça a commencé.

Lucie Blush raconte son premier tournage de film porno

  • Comment tu t’y es pris pour tourner ce premier film ?

J’ai demandé à un couple, des potes de potes, de se prêter au jeu… Et ils ont dit oui. Je leur ai proposé à eux car la fille faisait déjà des photos érotiques.

J’ai eu de la chance : c’est assez simple de trouver des amateurs qui acceptent de tourner, mais c’est plutôt rare qu’ils se pointent le jour venu. L’idée est très excitante, mais quand il s’agit de le faire pour de vrai, c’est un peu plus effrayant.

Le tournage s’est fait un peu à l’arrache, chez moi, avec un iPhone. Je n’avais vraiment aucune idée de comment filmer, ou de comment ça devait se passer… Heureusement, ils se sont amusés !

Enfin, elle plus que lui. Lui avait les chocottes.

Le film est toujours en ligne, il s’appelle Alice Inside.

  • Tu gardes quel souvenir de cette première fois ?

Je me suis rendue compte à quel point c’est compliqué de tourner un film, techniquement parlant.

Mais ce qui m’a le plus marquée, c’est la relation avec les acteurs. L’idée était qu’ils soient le plus à l’aise possible, afin de faire ressortir une sorte d’alchimie.

Il y a eu pas mal de problèmes techniques, un domaine dans lequel je me suis améliorée depuis. Le film a été assez apprécié, et ça, je ne m’y attendais pas du tout.

On m’a invitée à Toronto pour les Feminist Porn Awards, et c’est comme ça que ça a décollé.

Lucie Makes Porn, du porno féministe ?

  • À l’époque, est-ce que tu te disais que Lucie Makes Porn, c’était du porno féministe ?

En effet, j’ai commencé par appeler mon travail « porno féministe ».

J’aimais l’idée d’allier ces deux mots, qui font si peur aux gens. Comme beaucoup, je pensais que le féminisme n’était plus le stéréotype de la camionneuse poilue ou de la femme hystérique.

Pour moi le féminisme pouvait rassembler les deux genres et rétablir la communication à propos de la sexualité sans les tabous qui nous limitent souvent.

  • Qu’est-ce que l’étiquette « porno féministe » signifiait pour toi ?

Pour moi, faire du porno féministe signifiait appliquer les valeurs du féminisme au monde du X, au niveau de la production.

C’est-à-dire, par exemple, avoir des conditions de travail éthiques et verser des salaires en fonction de l’expérience, pas du genre de la personne.

En fait, il s’agit simplement de ne pas traiter les acteurs comme des bouts de viande mais comme des êtres humains.

Ça paraît bête, mais l’industrie du porno traditionnel aujourd’hui n’a rien d’humain, malheureusement.

Je voulais aussi developper des scénarios qui reflètent mes propres expériences, en tant que femme, et utiliser les personnages pour transmettre un message.

L’idée de mon porno, c’est de voir des gens sains se lancer dans une aventure excitante, nous livrer un moment sincère, le tout pour rappeler à quel point une sexualité heureuse peut changer notre vie.

Lucie Makes Porn, un « autre » porno

  • Aujourd’hui, comment définirais-tu le porno de Lucie Makes Porn ?

Mon porno reflète mes questionnements, mes fantasmes et mes expériences.

Pendant le tournage, mon scénario fusionne avec l’alchimie des acteurs. Je recherche le spontané, le sincère, l’imprévu, l’amour.

J’ai commencé par faire de petites saynètes simples, mais aujourd’hui, après avoir acquis du savoir-faire, je veux les transformer en des observations plus profondes sur la sexualité et tout ce brouhaha qui l’entoure.

Dans tous les cas, mon porno n’a rien à voir avec le porno dit « mainstream ». J’invite des potes à la maison et on tourne un moment intense dans de bonnes vibes. Il n’y a pas d’érection ou d’éjaculation obligatoire.

Photo de Hermann Gornomeier

Une fois que les bases du scénario ont été posées, je deviens un pur témoin de la scène. C’est à moi et à mon équipe de nous adapter aux mouvements des acteurs. On ne demande jamais une pause, on ne refait jamais une position.

Il n’y a rien de fake.

À mes yeux, le porno mainstream est une caricature du sexe qui reflète à la perfection la frustration actuelle des gens.

Gagner sa vie en réalisant des films porno

  • T’as réussi à vivre du porno au bout de combien de temps ?

C’est arrivé assez rapidement, via mon blog. Je ne voulais pas mettre de grosses bannières publicitaires qui contredisent mes valeurs, alors j’ai fait des liens affiliés avec des gens qui faisaient du porno sur la même ligne éthique que moi, comme Erika Lust.

Le principe, c’est que je leur fais de la promotion et à chaque fois que quelqu’un clique sur un lien situé sur mon site pour acheter du porno sur le leur, je touche une commission.

Ça a fait entrer de l’argent tous les mois, et c’est comme ça que j’ai commencé à financer mes propres films.

Aujourd’hui, je gagne suffisamment pour vivre correctement et produire de nouvelles vidéos.

Faire du porno, ça coûte cher ?

  • Combien te coûte la réalisation d’un film porno ?

Pour un petit tournage qui ne dure qu’une après-midi, ça tourne autour de 2000€.

En général, il y a moi, un ou une deuxième cameraman et un ingénieur du son. Le salaire des acteurs va de 300€ à 600 ou 700€, en fonction de s’ils ou elles sont amateurs ou professionel•les.

Photo de Hermann Gornomeier

J’ai tout mon matos sur place donc je ne dépense presque pas dans ce domaine et je tourne souvent chez moi ou chez des potes.

Le quotidien d’une réalisatrice de films porno

  • Aujourd’hui, à quoi ressemble pour toi une journée habituelle à la tête de Lucie Makes Porn ?

En général, mes journées sont assez lentes, surtout depuis que j’ai déménagé dans une maison à la campagne.

Je me lève tard, je prends mon petit dej’ dehors avec le chat, je regarde des vidéos sur YouTube avec mon mari et puis, après, je me mets à bosser.

Avant je tournais une fois ou deux par mois, et c’était beaucoup de logistique : appeler les acteurs, préparer les tournages, etc. Mais là j’ai vraiment réduit ma fréquence de tournage donc je prends plus mon temps.

Du coup, ça dépend des jours : je commence ou finis un projet, j’en monte un autre…

Le porno, un domaine d’activité tabou

  • Comment est-ce que ton entourage a réagi quand tu as commencé à travailler dans le milieu du porno ?

La famille, ce n’est pas facile… Enfin surtout les parents quoi. On n’avait pas de très bonnes relations au début, et ça a pris du temps. Il fallait aussi qu’on résolve d’autres problèmes, ce qui n’a pas facilité la tâche.

Au début, ma mère a fait quelques recherches, et elle est tombée sur le film où j’ai joué. On est d’accord que c’est plus qu’awkward.

Le truc, c’est que mes parents s’imaginent toujours le pire. Comme beaucoup de gens, quand ils pensent au porno, ils croient que c’est fait par des gens qui ne sont pas bien dans leur tête, ou alors qui sont manipulés.

Maintenant ils ont compris qu’on ne me traite pas mal et que je suis indépendante. Il a surtout fallu que les rassure. Je les comprends.

  • Est-ce que ça a des conséquences, de réaliser du porno ? Ça te fait peur ?

Le porno, on ne s’en rend pas compte quand on démarre, mais c’est plus indélébile qu’un tatouage.

Je n’ai pas peur des conséquences, car je me suis toujours dit que j’allais faire les choses à 100% et que sinon ça ne servait à rien. Après, il n’y a que moi qui peut me juger.

Tant que je suis sincère et en accord avec mes convictions, je n’ai pas de soucis.

Photo de Hermann Gornomeier

Cela dit, je n’avais pas imaginé tout ce qui pouvait se passer.

Déjà, je n’avais pas imaginé que je rencontrerai quelqu’un et que je finirai mariée. Je n’avais pas imaginé que je pouvais me promener dans la rue et y croiser une personne avec qui j’ai tourné une scène…

Croiser un ex, ça peut déjà être très gênant. Là, les ébats avec la personne sont en plus visibles sur Internet par le monde entier. Même si la situation peut sembler anecdotique, elle ne l’a pas été du tout pour moi.

Je ne veux pas rentrer dans les détails de ma vie sentimentale.

Je dirai simplement que faire du porno n’est pas une décision à prendre à la légère. Je sais pourquoi je l’ai fait, j’ai beaucoup appris et ça peut être très fun mais il faut être prête à assumer des conséquences.

Le sexe a un pouvoir monumental… Selon comme on l’utilise, il peur faire vriller une vie. Et il faut bien se préparer à plein de choses comme à l’utilisation de son vrai nom par exemple.

Même quand la vie semble être douce et rose, le porno vous rattrape TOUJOURS.

Porno, féminisme et complexes

  • Est-ce qu’être réalisatrice de films X t’a fait changer de regard sur certaines choses ?

Je me suis rendue compte que les hommes sont ultra complexés. C’est vraiment en mettant une caméra devant eux, à poil, que tu fais ressortir tout leur manque de confiance en eux, ce besoin d’être cette machine de sexe, de performer…

Tu les sens mal à l’aise, surtout s’ils n’y arrivent pas.

Les femmes à côté, même celles qui débutent, sont vachement plus dans le contrôle dans leur sexualité. Elles savent ce qu’elles font et sur le moment, il n’y a pas de pression…

J’ai aussi changé de regard sur le féminisme. Aujourd’hui, je ne me sens plus féministe…

Avant, cela signifiait pour moi qu’on peut faire ce que l’on veut, atteindre ses rêve. Maintenant, j’ai l’impression que c’est devenu un argument marketing qui utilise les faiblesses des femmes comme d’une bannière.

Lucie ne se reconnaît plus dans le féminisme actuel, et c’est son choix. Elle l’explique plus en détails ici.

Rappelons cependant que le féminisme a de nombreux courants et que beaucoup de féministes sont en désaccord sur tel ou tel point.

Le porno déteint-il sur la vraie vie ?

  • Est-ce que filmer du porno a fait évoluer ton rapport à ta propre sexualité ?

La casquette de réalisatrice m’a aidée a regarder à l’intérieur, à explorer les fantasmes que je gardais avec honte… Les voir se transformer en quelque chose de réel, c’est beau !

Sinon, j’ai toujours réussi à compartimenter le porno et ma vie privée. J’ai l’impression que le porno c’est pour l’art, pour les autres… Ça n’a rien à voir avec quand je fais l’amour.

Ça m’a influencée, mais pas plus que ça.

  • Que voudrais-tu dire aux personnes qui regardent du porno films X ?

Je leur conseille de prendre deux minutes pour chercher du contenu qui leur plaît vraiment.

Un bon porno, ça peut changer la vie !

Lucie Blush, réalisatrice de films X, première interviewée de cette série

Je trouvais ça chouette de commencer cette série de portraits avec une réalisatrice de films pornographiques, parce que c’est un monde qui me semble vraiment à part.

Lucie était une porte d’entrée intéressante pour cette série de portraits qui m’enthousiasme beaucoup.

Et vous, qu’avez-vous pensé de ce format d’interview ? Quels métiers souhaiteriez-vous découvrir par la suite ?  

7 surprises choisies par la rédac
18.90€ + 4€ de livraison

Anouk Perry

Anouk est la rédactrice sexe & société de madmoiZelle.com. Elle aime prévoir plein de choses et puis procrastiner et puis finalement les réaliser, en retard. Bref, c’est une meuf normale, enfin, c’est ce qu’elle suppose…


Tous ses articles

Commentaires
Forum (4) Facebook ()
  • Farfeluue
    Farfeluue, Le 4 novembre 2017 à 19h11

    @Tu as raison
    On voit dans une des vidéos de l'article (le making of) une personne avec des préservatifs dans sa poche. Peut être un début de réponse ;)

    Sinon intéressant comme article et nouvelle rubrique!

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Désactive ton bloqueur de pub ou soutiens-nous financièrement!