The Sunday Drivers : l’interview

Les Sunday Drivers sont 6 (ça fait beaucoup de conducteurs pour un groupe – ha ha. Pouet) et presque tous espagnols. Il y a Julian (piano/orgue), Miguel (basse), Carlos (percus) Fausto (guitare), Jero (chant-guitare), et Lyndon (clavier/guitare), le seul gallois de la bande. D’eux, tu connais peut-être le single On my Mind, qui s’est taillé […]

The Sunday Drivers : l’interview

Les Sunday Drivers sont 6 (ça fait beaucoup de conducteurs pour un groupe – ha ha. Pouet) et presque tous espagnols. Il y a Julian (piano/orgue), Miguel (basse), Carlos (percus) Fausto (guitare), Jero (chant-guitare), et Lyndon (clavier/guitare), le seul gallois de la bande.
D’eux, tu connais peut-être le single On my Mind, qui s’est taillé une belle place sur les ondes française à l’époque de la sortie de Little Heart Attacks, leur premier album en France. A l’occasion de la sortie du nouvel album, Tiny Telephone, j’ai pu torturer 3 d’entre eux avec mes questions interminables : Jero, Lyndon et Fausto. Blabla avec une moitié de groupe très très sympathique.

madmoiZelle.com : Votre album est sorti il y a un peu plus d’une semaine en Espagne… Vous avez déjà quelques échos sur la façon dont il est reçu là-bas ?
Lyndon : On a eu une critique assez bonne dans Rolling Stone juste avant la sortie de l’album. A partir de là on s’est dit « oh non : on va avoir que d’assez bonnes ou mauvaises critiques ». Mais en réalité, les autres critiques sont plutôt bonnes, donc on est agréablement surpris.

madmoiZelle.com : Surpris ? Votre album précédent avait été bien accueilli, pourtant…
Fausto : Oui et c’est étrange : jusque là, dans notre carrière, on a toujours eu de bonnes critiques… C’est très très bizarre.
Lyndon : Ca va forcément changer. Quelqu’un va finir par nous descendre, c’est sûr (rires). Tout va dépendre de ton interview.

madmoiZelle.com : Y a peu de chances, m’enfin… (rires) En fait, ma question portait plus sur la façon dont vous êtes perçus en Espagne. En France par exemple, on trouve parfois bizarre que des groupes français chantent en anglais, même si les choses changent peu à peu…
Jero : En Espagne, c’est pareil. Pas mal de groupes qui il y a quelques années chantaient en anglais se sont remis à l’espagnol. Nous sommes l’un des derniers groupes espagnols à chanter en anglais, actuellement. En Espagne, on a un statut de groupe indépendant… Là-bas, il y a une catégorie de gros groupes qui vendent énormément… Et il y a les autres.

madmoiZelle.com : Et ceux qui vendent beaucoup chantent en espagnol ?
Lyndon : Oui. Là-bas, même les mastodontes anglo-saxons ne vendent pas tant que ça. Des groupes comme Coldplay ou Franz Ferdinand sont très prisés sur scène, mais ils ne vendent pas d’albums.
Jero : Et il y a des différences énormes entre les groupes qui vendent énormément et les autres. Il n’y a pas de niveau intermédiaire. Que ce soit en termes de ventes d’albums, de types de salles qu’on te propose, de passages radio, de couverture media… Soit tu es tout en haut, soit tu es tout en bas.

madmoiZelle.com : Ici, quand des groupes s’exportent (je pense à la fameuse French touch, par exemple), ils acquièrent presque le statut de trésors nationaux aux yeux de la musique française. Je me disais que des groupes comme vous, qui marchent hors d’Espagne, avaient peut-être un statut un peu à part chez eux…
Jero : En fait, on commence à être disons…
Lyndon :… Un trésor national (rires)
Jero : … appréciés. On joue depuis 5 ou 6 ans, on a sorti 3 albums là-bas – le premier est sorti en Espagne il y a longtemps, donc on est un peu plus… respectables. Tout simplement parce qu’on existe depuis un moment, maintenant.
Fausto : Et puis on est peut-être le seul groupe espagnol à obtenir une reconnaissance hors de nos frontières et ça, on en est très fiers.

madmoiZelle.com : Comment on passe de Tolède [lieu de naissance du groupe]aux colonnes du NME ?
Lyndon : Avec beaucoup, beaucoup de chance. Beaucoup de coïncidences. En ce qui concerne la France, pour nous tout s’est joué au Festival de Benicassim [NDLR : gros gros festival espagnol]. On était programmés là-bas, sur la grande scène. Or, il y avait dans le public l’organisateur des Transmusicales. Il nous a proposé de participer au festival, qui se tenait quelques mois plus tard. Dans le public des Transmusicales se trouvait un gars de chez Naïve… Et voilà. En l’espace de deux grandes étapes, les choses ont pris de l’ampleur.
Fausto : Soudain notre single On my Mind s’est retrouvé sur toutes les radios…
Lyndon : On ne s’y attendait pas du tout…

Le clip de On my Mind

madmoiZelle.com : Oui : tout à coup, votre clip était sur MTV, etc… Il paraît que votre nom, The Sunday Drivers, vient de Day Tripper, des Beatles. Pourquoi ça ?
Fausto : A l’époque où on l’a choisi, le groupe n’avait pas la même composition. Jero et Lyndon n’en faisaient pas encore partie – en fait, il y avait là 3 des Sunday Drivers actuels – . Bref : on avait un concert prévu le lendemain et toujours pas de nom de groupe. Alors on a choisi ça. Et bon… Maintenant, plus moyen de changer. C’est pas que nous en ayons honte mais…
Lyndon : … On n’en est pas fiers non plus ! (rires)

madmoiZelle.com : A propos du nom de l’album, maintenant. Tiny Telephone. J’ai lu que c’est le nom du studio où vous avez enregistré l’album, à San Francisco. Ca a dû se passer particulièrement bien pour que vous le baptisiez comme ça, non ?
Jero : C’est un très bon souvenir, oui. Pas seulement en ce qui concerne l’enregistrement de l’album lui-même, mais tout simplement parce que tous les 6 on a passé de très bons moments là-bas (enfin excepté Lyndon, qui a été malade pendant 3 jours). Aucun de nous n’avait jamais mis les pieds aux Etats-Unis, donc c’était une expérience géniale.
Lyndon : Et puis Brad Jones (le producteur de l’album NDLR) est un mec super.
Jero : Oui, il a trouvé une façon de procéder idéale pour faire travailler un groupe de 6 musiciens comme nous, il a bien cerné notre musique… C’était presque parfait. Encore mieux qu’on ne l’imaginait.

madmoiZelle.com : Tu dis qu’il a réussi à trouver le moyen idéal de vous faire fonctionner à 6… Comment vous créez votre musique en tant que groupe ?
Lyndon : En général, l’un de nous écrit le squelette de la chanson : la base de cordes, la base rythmique, les textes. Il le soumet aux autres membres du groupe, et en fonction des réactions de chacun, on apporte quelques changements, on fait évoluer la chanson…

madmoiZelle.com : J’ai entendu dire que sur cet album, « She » avait une importance toute particulière pour vous… Pourquoi ?
Lyndon : Surtout pour Fausto.
Fausto : en fait, c’est une vieille chanson qui était prévue pour l’album précédent. On l’avait enregistrée, mais elle n’a pas été retenue pour l’album. Alors on l’a « repêchée » et intégrée à Tiny Telephone.
Lyndon : c’est surtout toi qui l’a repêchée…
Fausto : J’en suis très fier, oui. C’est l’une de mes préférées. J’aime sa mélodie et… Et ma partie de guitare est magnifique ! (rires généralisés)

Ah… l’ego des artistes. (rires). La première fois que j’ai écouté l’album, je me suis dit « c’est très frais, très lumineux comme musique ». Et puis j’ai fait un peu plus attention aux paroles et je me suis rendue compte que tout ça n’était pas si rose. Plutôt doux amer, en fait. On dirait même que pratiquement touts vos chansons fonctionnent selon ce schéma.

Jero : Ca a toujours été plus ou moins le cas. Sur tous nos albums, le triste et le doux-amer côtoient le léger. J’imagine que c’est tout simplement parce que la vie est comme ça : la tristesse et le bonheur cohabitent toujours.

Lyndon : Notre musique est souvent qualifiée de « sunshine pop ». Je comprends, parce que musicalement, c’est plutôt gai et lumineux. Mais si on prend la peine de lire les textes, on s’aperçoit que ça ne l’est pas tant que ça, qu’il y a notamment pas mal d’ironie, là-dedans.

Jero : Parfois, il n’y a rien de tel que de choisir une instrumentation joyeuse et colorée sur des textes sombres. En tout cas je pense que sur cet album, musique et paroles vont beaucoup mieux ensemble que sur le précédent.



madmoiZelle.com : Je me trompe peut-être, mais j’avais l’impression qu’une histoire assez cohérente pouvait se dessiner au fil de l’album. Une relation avec une fille assez compliquée, qui connaît de grands hauts et de grands bas…
Lyndon : Oui.

Jero : Pas complètement (rires).

madmoiZelle.com : Ahem. Je me trompe, donc (rires). En tout cas j’ai l’impression que c’est un album plutôt « bipolaire », non ?

Jero : Si, tu as raison. Mais pas complètement (rires). Parce que quand tu écris un texte et que tu dis « tu » ou même « elle », tu veux parfois dire « je ». C’est une façon de se cacher.

Lyndon : Tu caches la femme qui est en toi (rires généralisés)

Jero : Voilà, je cache la femme qui est en moi.


madmoiZelle.com : Une femme très poilue, alors. Ok, je vais oublier le « pas complètement ». Ce que je me demande en fait, c’est si cet album raconte une histoire particulière ou non…

Jero : Difficile à dire, parce que je n’analyse jamais l’album dans sa totalité. J’écris les chansons les unes après les autres et elles sont toutes si différentes que j’ai du mal à idientifier un fil conducteur.

Lyndon : Souvent, l’album se construit dans un certain laps de temps et s’imprègne du moment où il a été composé. Donc il y des ponts entre certaines chansons oui, mais c’est plus le reflet de ce qu’on ressentait à une époque donnée qu’un album à concept.

madmoiZelle.com : L’album s’est fait plutôt progressivement ou quasi d’une traite ?

Lyndon : Presque d’une traite, oui. Sauf bien sûr pour She, qui est une chanson plus ancienne. Et Sing when your Happy, que j’avais écrite pour mon ex, qui n’avait pas le moral à l’époque… Tu vois t’étais pas loin, tout à l’heure.

madmoiZelle.com : Il y a des groupes dont vous vous sentez proches en ce moment ?

Lyndon : Hum, non pas vraiment. Chacun dans le groupe a ses préférences musicales, mais qu’on le veuille ou non, le résultat, c’est du Sunday Drivers. Enfin je l’espère. En tout cas, il n’y pas de groupe qu’on adore tous au point de vouloir sonner comme lui, et heureusement.

Fausto : S’il te cite des groupes, possible qu’en relisant l’interview, je ne sois pas d’accord du tout et que je lui dise « Putain, mais c’est quoi ces réponses ?! » (rires)

Jero : On a tous des goûts extrêmement différents, au sein du groupe, en fait.



madmoiZelle.com : Ca vous arrive d’entendre des trucs et de vous dire « Merde. Mais pourquoi j’y ai pas pensé ? »

Tous : Tout le temps !

madmoiZelle.com : Ca vous empêche parfois d’utiliser telle ou telle mélodie, tel ou tel rif en vous disant « laisse tomber, ça me rappelle quelque chose » ?

Lyndon : Oui. De temps en temps tu trouves un truc qui semble un peu trop étrangement familier. Sur Do It par exemple, j’ai trouvé un rif qui, à mon insu, était en réalité très inspiré de Saturday Night Fever. (rires) Par la suite, ça nous a valu de bons fous rires à chaque fois qu’on l’entendait.

Fausto : J’ai un grand savoir faire en la matière, d’ailleurs (rires).

Lyndon : Il te modifie juste légèrement un truc connu et puis… (rires)

Fausto (faussement fier de lui) : Ouaip. Parfois je joue un rif, et je m’aperçois que ça a déjà été fait…

Jero : Et moi je suis sans arrêt là à demander à tout le monde « ça, tu trouves pas que ça ressemble à quelque chose de connu ? » Ca m’arrive sans arrêt.

Lyndon : sur Little Heart Attacks, par exemple, l’un de nos arrangements ressemblait à Take my Breath Away (rires)



madmoiZelle.com : Et ben… Vous êtes très cinéphiles, dites donc (rires)

Fausto : Et on ne pompe que les chansons merdiques. (rires)

Lyndon : Ce qui est certain c’est que dès que je trouve quelque chose qui me semble proche d’un autre truc, je préfère ne pas l’utiliser du tout. Je ne voudrais pas faire dans la copie.

Jero : Moi, j’évite d’écouter de la musique en période d’enregistrement. Ca me déprime trop : je trouve tout mieux que ce qu’on est en train de faire et ça me coupe les moyens.

Fausto : Mais on se dit aussi parfois en écoutant d’autre groupes « ah ? ca sonne comme les Sunday Drivers, ça.» (rires)

madmoiZelle.com : Pour terminer, je vais vous demander une petite playlist. Je voudrais que vous me citiez chacun une ou deux chansons reflétant votre humeur du moment…

Jero : Pour moi, ce sera 1,2,3,4 de Feist. Une chanson très belle, très gaie.

Fausto : Pour moi ce sera Parisian Girl, de The Crickets, un groupe des années 50.

Lyndon : Je dirais Rufus Wainwright – Go or Go Ahead.


Extrait de Paranoïd, The Sunday Drivers


Le site français de l’album


Leur blog (en espagnol)

Leur myspace

La vidéo de Do It, premier single extrait de Tiny Telephone

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Naleen
    Naleen, Le 5 mai 2007 à 21h36

    Vraiment sympa, l'interview comme leur musique :d

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