Audrey Alwett, directrice de la collection Strawberry & Blackberry

Longtemps, la bd est restée un milieu d’hommes, parce que dans la tête des filles, les bd c’était soit des séries pour gamins un peu crétins, soit des titres « pour hommes » (genre des séries avec un beau et courageux baroudeur qui vit des aventures incroyables, s’en sort toujours avec juste un pansement au menton et […]

Audrey Alwett, directrice de la collection Strawberry & Blackberry

Longtemps, la bd est restée un milieu d’hommes, parce que dans la tête des filles, les bd c’était soit des séries pour gamins un peu crétins, soit des titres « pour hommes » (genre des séries avec un beau et courageux baroudeur qui vit des aventures incroyables, s’en sort toujours avec juste un pansement au menton et a forcément passé l’étape « je me tape une bombe exotique », avec quelques scènes de bastons aussi -le baroudeur sait se battre-).

Mais tout ça, ce sont des préjugés. Parce que la bd c’est aussi plein d’autres trucs, des trucs drôles (mais pas forcément réservés aux moins de 10 ans), des trucs philosophiques, des belles histoires et une palette de talents aussi bien dans le scénario que dans le dessin qui fait que, sincèrement, dire je n’aime pas la bd, c’est comme dire j’aime pas les livres. Même toi au fond qui râle en disant que nan vraiment la bd c’est nul, il y a forcément pleins de choses qui te plairaient…

Et les filles dans tout ça…?

Parce que, voilà, petit à petit, les filles se sont intéressées à la bande dessinée. Pour en lire, comme pour en faire. Parce que la bd c’est un moyen de raconter des histoires formidables, à mi-chemin entre la littérature et le cinéma et que ça permet justement de combler les manques de l’un et de l’autre. La mise en image qui peut parfois manquer à certains bouquins, qui oblige soit à beaucoup imaginer soit à se perdre en descriptions superflues.

Et avec l’arrivée des filles, celles qui mettent du vernis, regardent des séries nunuches à la télé, mais aiment aussi parler de politique, de voyage, et même de bastons, la bd a évolué. En très très bien.

Il existait déjà quelques auteures, quelques séries (ne citons que Aurélia Aurita –Fraise et Chocolat , Marguerite Abouet –Aya de Yopougon-, ou encore Pénélope Bagieu –Joséphine), qui étaient créées et lues surtout pour et par des filles, mais il n’y avait pas vraiment de collection dédiée.

Cette rentrée ce sera chose faite. L’éditeur Soleil lance une double collection, appelée Strawberry et Blackberry et que l’on peut commencer à décrire comme un pendant bd à la chick lit, mais qui est finalement bien plus que ça.

Sous ces deux logos se cachent des titres écrits par et pour les filles, des toutes jeunes aux bien plus grandes. Et pour te présenter tout ça, qui mieux que la directrice de collection (également au scénario sur plusieurs titres) Audrey Alwett, qui a bien voulu nous en dire plus sur ses futurs bébés : des bd girly, drôles et pétillantes.

Interview !

Peux-tu te présenter ?

Je suis une jeune femme de 27 ans, c’est à dire que je fais complètement partie du lectorat de Madmoizelle.com, mais aussi de mes propres collections ! Je suis venue à la BD voilà maintenant 3 ans, par le biais du Lanfeust Mag, un des magazines pour lequel j’étais novelliste régulière. À cette époque, j’étais intimement convaincue que je finirais écrivain. Mais une fois qu’on a mis un pied dans la BD, on a tendance à se prendre d’une passion furieuse pour le genre.

Après quelques histoires courtes, j’ai co-scénarisé SinBad avec Arleston (et Alary au dessin) et le mal était fait !

Peux tu présenter la collection, et sa génèse ?

Quand j’ai eu l’idée de réadapter Princesse Sara en BD, j’ai d’abord pensé à Aurore pour le dessin. Mais elle était déjà en train de travailler sur Elinor Jones avec Algésiras, un autre projet éminemment féminin (qui a depuis rejoint la collection Blackberry). Avant de trouver Nora Moretti, j’ai beaucoup parlé de ce projet autour de moi. Et je me suis rendue compte que s’il existait un manque en terme de BD féminine sur le marché, c’était un problème pour les lectrices, mais aussi et surtout pour les créatrices. La BD se féminise de plus en plus aujourd’hui, et ces nouvelles artistes ont besoin d’un espace où s’exprimer et donner la pleine mesure de leur sensibilité.

Les collections Blackberry et Strawberry leur offrent cet espace et les auteurs qui l’ont rejoint se font réellement plaisir ! J’avais la chance d’avoir déjà travaillé chez Soleil qui est une maison d’édition qui n’hésite pas à miser sur les idées nouvelles, même quand elles sont portées par des gens relativement inexpérimentés, comme c’était mon cas. J’ai exposé mon concept de « collection féminine » à Mourad Boudjellal avec un dossier de plusieurs dessinatrices prêtes à se lancer dans l’aventure et j’ai eu mon contrat de directrice de collection en une semaine !

Son but ? A la base, j’avais vraiment l’intention de faire de la Chick-litt en BD. « Pop et fun » sont les deux maîtres-mot de la collection Strawberry qui se veut fraîche et moderne, raison pour laquelle nous sommes partis sur un format proche A5 de 96 pages, qui permet une narration dynamique et éclatée. Mais assez rapidement, je me suis rendue compte que c’était un problème pour les projets à dimension plus romantique comme Elinor Jones et Princesse Sara, dont la narration élégante et posée méritait un grand format classique. La collection Blackberry est donc née, et s’est adjointe depuis une catégorie « beau-livre de conte », dont le premier exemplaire Gothic-Lolita sortira en octobre prochain, en français et japonais, avec François Amoretti au dessin.

Peux-tu nous parler de quelques titres ?

Avec Strawberry, on est assez résolument porté sur des thématiques modernes. Ca parle de jeux vidéo, de graffitis, de danse, de mode et compagnie… Les premiers titres à sortir parlent d’eux-mêmes : Geek & Girly, Street Girls, Objectif Danse, I Love Tokyo, etc…

Quant à Blackberry, l’idée est plutôt de se rapprocher du rêve. On est donc souvent dans des histoires à connotation historique, fantastique ou même steam-punk : ce qui prête au romantisme commence souvent par un changement de décor. Sont actuellement au programme Sweety Sorcellery (un univers de contes de fée tout à fait « sweety »), Princesse Sara (adapté du roman dont s’inspira le célèbre anime des années 80), Elinor Jones (une couturière dans un univers victorien) et Lady Doll (la sombre histoire d’une petite fille qui ne parle qu’à ses poupées).

Mais bien sûr, nous ne nous en tenons pas là ! Des deux côtés de la collection fleurissent des tas d’idées en ce moment même. Et bientôt, on vous promet des histoires de vampires, de Bollywood, de magical girls, etc…!

Comment choisis-tu les auteurs publiés dans cette double collection ?

Les auteurs que je recrute sont souvent des jeunes dessinatrices/scénaristes relativement inexpérimentées, mais bourrées de talent. Comme je le disais plus tôt, les femmes ne sont pas dans la BD depuis si longtemps que ça, mais surtout elle ne se permettent d’avoir leur propre style et de ne pas imiter leurs confrères mâles que depuis peu de temps. Il est assez récent que les « auteures » assument leur sensibilité féminine.

Je travaille donc avec une équipe dont la tranche d’âge s’étale entre 20 et 35 ans. Dans le lot, il y a aussi beaucoup d’artistes italiens car ils ont souvent un trait naturellement souple et élégant qui colle très bien à ce que je recherche.

Quant aux titres, j’essaie de demander aux auteurs des thématiques au goût du jour, qui me semblent attirantes. En fait, je leur demande de réaliser des histoires que j’aimerais bien lire en tant que fille.

A qui sont destinées les bds de ces deux collection ?

Aux filles !!!! C’était pas clair ? Non, blague à part, si la question porte sur la tranche d’âge c’est difficile de répondre. Je pense que le public s’étalera entre 10 et 40 ans, passé cet âge, le lectorat féminin est très réduit.

Au début, j’étais tenté de dire que la collection Blackberry était sur un public un peu plus adultes (parce que les thématiques sont souvent plus sérieuses) et la collection Strawberry sur un public plutôt collégien (parce que les thématiques ont plus de légèreté). Mais en vérité, il y a beaucoup d’exceptions des deux côtés. Geek & Girly, par exemple, qui est un shôjo pêchu de la collection Strawberry, pourra tout à fait être lu par des jeunes femmes sans qu’elles trouvent ça infantilisant. La tranche d’âge variera donc pour chaque titre.

Comment vois-tu ta collection évoluer à l’avenir ?

Mmmh, avec des millions de lectrices qui nous donneront assez de crédit chez Soleil pour réaliser des projets follement audacieux ? Non, pour l’instant, la ligne éditoriale de Strawberry et de Blackberry est bien campée et je ne souhaite pas en changer.

En revanche, dans quelques temps, j’envisage d’ouvrir une troisième sous-collection, obligatoirement adulte celle-là : Erosberry. De fait, pas mal d’artistes féminines se plaignent de ne pas voir de BD érotiques destinées au public féminin et qualifient certaines des productions actuelles, très au goût du jour, de « pornos dégueulasses et faussement intellectuels ». Donc, d’après les demandes que j’ai eu, je pense que la collection Erosberry comprendra des projets très sensuels, avec une véritable histoire pour soutenir la dimension érotique du récit, quelque chose de doux et de surtout pas glauque. Mais il n’y a pas d’urgence. Comme pour l’instant, je n’ai pas l’intention de scénariser moi-même une histoire de ce style, je laisse les projets venir à moi. Ils arrivent doucement…

Merci beaucoup à Audrey pour ses réponses !

Comme promis, voici les BD de la collection Strawberry & Blackberry, chroniquées par Zaelle !

Geek & Girly, Rutile et Nephyla
Princesse Sara, Moretti et Boccatto
Sweety Sorcelly

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Ruury
    Ruury, Le 9 octobre 2009 à 19h07

    J'ai bien aimé l'interview ,j'ai hâte de voir ce que tout ça va donner (en tout cas les quelques éléments cités pour la collection Blackberry me parlent bien ) ! :d

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