Rencontre avec Insaf Rezagui, 22 ans et candidate aux élections législatives

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Insaf Rezagui, jeune femme inspirante s'il en est, représente un vent de fraîcheur dans le paysage politique ! Du haut de ses 22 ans, elle s'est lancée dans la course aux législatives, et nous raconte son engagement contre le Front National.

Rencontre avec Insaf Rezagui, 22 ans et candidate aux élections législatives

L’année 2017 est une année politique à tous les étages : élection présidentielle, élections législatives, élections sénatoriales…

Si on ne parle quasiment que de la première, les suivantes sont pourtant tout aussi importantes : il s’agit de choisir les personnes qui voteront les lois.

Aujourd’hui, l’Assemblée Nationale est relativement homogène. La seule députée qui ait moins de 30 ans est Marion Maréchal Le Pen et en général, les femmes représentent seulement 26,9% de nos députées.

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Pour que ça change, la seule solution est de présenter plus de jeunes, plus de femmes aux élections.

Dans la 5ème circonscription du Var, Insaf Rezagui a décidé de relever le défi… et nous allons suivre son parcours et les étapes de sa campagne, jusqu’aux élections législatives les 11 et 18 juin.

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Insaf Rezagui, « sans doute la plus jeune candidate aux législatives »

Insaf Rezagui a 22 ans et elle s’est lancée en politique à 18 ans, au sein du Parti Socialiste. Très engagée dans la ville de Fréjus, elle nous explique ce qui l’a poussée à se lancer :

« J’avais toujours été engagée idéologiquement à gauche. Après sur Fréjus, ce qui m’a vraiment poussée à m’engager sur le terrain c’est la montée de l’extrême droite, très importante à Fréjus en 2014.

C’était un racisme qui n’arrêtait pas de progresser, et le clientélisme de la droite qui le renforçait. J’ai décidé de m’engager dans le parti d’opposition, le seul qui s’opposait à l’extrême droite et à la droite. »

Le militantisme de terrain selon Insaf Rezagui

Une fois la décision prise, Insaf Rezagui s’inscrit sur Internet au Parti Socialiste. Elle est rapidement contactée par le responsable de la section locale pour savoir concrètement ce qui l’intéresse. Très vite, c’est la plongée dans le grand bain :

« J’ai tracté sur les marchés, fait des distributions en porte à porte, des « boîtages » (NDLR : distribution de tracts dans les boîtes aux lettres) : vraiment du militantisme de terrain sachant que quand j’ai adhéré, on était en pleine campagne pour les municipales de 2013-2014. »

La jeune militante explique que l’action de base du parti, localement, était d’établir un programme pour lutter contre le FN aux municipales.

« Tous les samedis matins on avait des réunions, pour monter le projet du PS pour les municipales.

Chacun faisait des projets sur le sport, sur la voirie, sur le logement, mais au final chacun avait son mot à dire sur chacune des propositions qui étaient faites. »

En étant très investie sur le terrain elle a pu rapidement intégrer les instances du parti : elle est sur la liste des municipales, puis au niveau départemental, pour finir par être porte parole d’un courant du PS (appelé La Fabrique) lors du Congrès National.

Être candidate aux législatives, une étape d’une nouvelle ampleur pour Insaf Rezagui

Au départ : l’envie de combattre le racisme du Front National.

Pour bien comprendre l’engagement d’Insaf Rezagui, il faut voir à quel point son engagement sur le terrain est soutenu par une volonté première : combattre les idées du FN.

Lorsqu’Elsa Di Méo, qui a été « un véritable modèle pour [elle], sans côté maternaliste pour autant », décide de ne pas se re-présenter aux législatives, c’est presque l’intégralité des « camarades » qui lui demandent de reprendre le flambeau :

« Ils m’ont dit que je portais beaucoup de combats au niveau local, que j’étais un peu un symbole. Je suis tout ce que le Front National déteste : une femme, jeune, issue de la diversité et de gauche. »

Malgré le fait que cette investiture n’était au départ pas une évidence, ce sont ces combats-là qui l’emportent sur les réticences d’Insaf Rezagui :

« La situation aujourd’hui dans le pays est tellement dangereuse et catastrophique avec une déferlante d’extrême droite, dont Fréjus est un peu le symbole (NDLR : les municipales ont été remportées par le candidat FN David Rachline).

Ils ont ouvert la voie et Marine Le Pen en a fait un laboratoire où elle teste ses idées localement.

Nous on le ressent et c’est ce danger-là qui m’a convaincue d’être la porte-voix, la représentante républicaine des combats qu’il faut mener sur Fréjus et au niveau national. »

Militer contre le FN, et les dommages collatéraux…

Et justement, son statut de symbole ne fait pas de son militantisme un long fleuve tranquille. Il y a quelques mois, vous avez peut-être déjà entendu parlé d’Insaf Rezagui précisément pour cette raison-là :

« J’ai reçu des menaces : sexistes, racistes, appels au viol, menaces de mort d’anciens responsables du FN à Fréjus et d’autres personnes dont on ne connaît pas encore l’identité – mais c’est en cours d’instance auprès de la justice. »

Pas facile de continuer dans ces conditions mais si Insaf Rezagui a d’abord été sonnée, elle a refusé de se laisser faire :

« Quand on est une femme aujourd’hui en politique on prend plus de coups que n’importe qui, et surtout quand on s’oppose à l’extrême droite.

J’ai porté plainte contre l’ancien responsable national des jeunes FN à Fréjus parce qu’il m’a menacée de mort en me menaçant de m’accrocher aux roues d’un bulldozer qui viendrait rasé la mosquée de Fréjus.

C’est ultra-violent et dans un premier temps on a un peu peur, mais dans un second temps on se dit qu’on veut se relever parce qu’on n’a pas le choix : est-ce qu’on veut demain que ces individus dirigent le pays ? »

Le premier message que veut faire passer Insaf Rezagui face à cela est le suivant, car loin de lui faire baisser les bras elle est convaincue qu’il faut continuer sur cette voix :

« Le FN à Fréjus est à visage découvert : il est dans la stigmatisation et la détestation de l’autre.

C’est un parti antidémocratique, antirépublicain, et donc ça n’a fait que renforcer mon idée qu’il faille combattre plus que jamais l’extrême droite avec des outils démocratiques.

Car si on baisse les bras, eux demain prendront le pouvoir et feront encore plus de mal à notre pays. »

Les risques de se lancer en politique lorsqu’on est une femme

Insaf Rezagui a donc fait preuve d’un grand sang-froid et d’une résilience considérable dans des situations qui ne sont tout de même pas la norme. Ce qui l’est davantage en revanche, c’est le sexisme ordinaire :

« Je me rappelle d’une de mes toutes premières réunions fédérales dans le Var et je voulais prendre la parole. Il a appelé tous les hommes avant moi « Camarade » puis il s’est adressé à moi comme « la jeune fille ».

Donc j’ai pris le micro et je lui ai clairement dit que je n’étais pas « jeune fille » mais « camarade » comme les autres et ils ont tout de suite compris que je ne comptais pas me laisser faire. »

Engagez-vous !

Mais justement, pour combattre ce phénomène, il faut être de plus en plus nombreuses comme le rappelait d’ailleurs Najat Vallaud Belkacem lors du 8 mars : tant qu’on sera perçues comme des oiseaux rares, ce sera compliqué.

Et Insaf Rezagui de rappeler qu’on peut toutes le faire :

« Une femme n’est pas moins compétente ou plus compétente qu’un homme. On est aussi capables d’apprendre.

Moi je suis arrivée, je n’avais pas la science infuse : j’apprends, je lis, j’écoute, je discute, je m’enrichie de ces échanges.

Vous avez la détermination, l’envie, le courage de faire changer les choses.

Peu importe notre cercle de compétences, d’où on est issus, notre âge, ou formation professionnelle : à partir du moment où on a envie de combattre il n’y a pas de raisons de ne pas y arriver. »

D’autant plus que dans le contexte actuel, « il est primordial d’être féministe et de défendre nos convictions » selon la jeune candidate :

« Regardez ce que proposent le FN et la droite pour nos droits : est-ce qu’on veut Marine Le Pen qui remettrait en cause notre droit à l’IVG et supprime les subventions au planning familial ou François Fillon qui est loin de respecter la parité et est soutenu par Sens Commun [NDLR : l’entité politique de La Manif pour Tous] ? »

Alors, un seul mot d’ordre :

« Je leur dit juste de s’engager, peu importe la manière : dans un parti si elles estiment avoir l’envie de militer sur le terrain, une association, le Planning Familial, faire des dons, demain aller encourager les autres jeunes à avoir confiance en elle.

Il y a mille et une façons de s’engager mais il faut le faire car on est à un tournant historique pour notre pays et pour les femmes en général. »

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Esther

Esther est tombée dans la marmite de madmoiZelle quand elle était petite. Elle n’a pas grandi, mais elle a depuis développé de fortes convictions féministes. Padawan en relations internationales, son passe-temps favori consiste à scruter l'actualité, une tasse de thé rooibos à la main.

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Voici le dernier commentaire
  • Vlad.
    Vlad., Le 22 avril 2017 à 0h34

    Oh mais c'est cool ça !
    YOU GO GIRL :attaque:

    Spoiler: Pas citer