4 situations où l’imagination n’a pas que du bon

Avoir de l'imagination, c'est génial. Avoir trop d'imagination, ce n'est pas un handicap la plupart du temps. Mais parfois, si : voici quatre situations où l'imagination n'a pas que du bon.

4 situations où l’imagination n’a pas que du bon

Je suis d’accord avec Christine Berrou : avoir de l’imagination, c’est important, ça rend la vie plus belle ou tout au moins un peu plus douce qu’un bout d’essuie-tout. C’est plus efficace que n’importe quelle substance hallucinogène et ça fait du bien (cette phrase implique l’idée que je les ai toutes testées, ce qui est faux : esprit sain, corps sain, pas trop de seins, tout ça).

Toutefois, je n’en démords pas : dans quelques situations, avoir un peu trop d’imagination est la pire chose qui soit. En voici quelques unes.

Quand elle conduit à la déception

Prenons un exemple précis et assez facile pour moi à trouver : moi-même. Un jour, quand j’étais petite, mes parents m’ont prévenue qu’ils m’emmèneraient à Eurodisney le week-end suivant. J’ai alors passé la semaine, totalement surexcitée, à imaginer la journée au pays de Mickey. Mais je ne me suis pas contentée de me projeter dans les manèges-à-sensations-mais-pas-trop, non : j’ai carrément craqué mon slip.

Ayant vu dans un magazine que certaines célébrités allaient parfois se mélanger au reste du monde dans ce mythique parc d’attractions, je me suis persuadée que j’allais y croiser Will Smith, mon idole de l’époque, qu’on allait discuter, qu’il allait me trouver trop cool et télégénique et qu’il m’embaucherait pour son prochain film, faisant de moi un nouvel enfant-star. J’étais comme une dingue : j’allais plus avoir besoin d’aller à l’école et j’aurais des coiffeurs à disposition.

Alors à la fin de la journée à Disney, le bilan fut rude : j’avais passé un excellent moment mais, bien évidemment, je n’ai pas rencontré Will, qui n’a donc pas lancé la carrière dont la gosse de 9 ans que j’étais rêvait. Conséquence : j’ai été déçue, parce que mes attentes, irréalisables, n’avaient pas été comblées. Aujourd’hui encore, je m’étonne que mes parents ne se soient pas arrangés pour me perdre dans le labyrinthe d’Alice au pays des merveilles.

Willou, briseur de rêves d’enfant malgré lui.

Cette impression n’a jamais vraiment cessé, même si aujourd’hui j’y vais moins fort sur le WTF : chaque fois qu’une situation m’excite, j’ai tendance à l’imaginer à l’avance dans les moindres détails. J’enjolive à outrance des situations encore loin et, au final, même quand je passe un bon moment, je finis par ne pas en être pleinement satisfaite.

J’en discutais par ailleurs récemment avec quelqu’un qui me racontait son premier baiser avec la personne sur laquelle elle craquait depuis des mois, après qu’elle a appris que la réciproque était vraie. Elle m’a dit, d’un air tristement lucide sur sa propre attitude, un truc comme « C’était magique, ouais. Mais je m’étais persuadée que ça se ferait dans la rue, sous la pluie, alors comme on était chez lui j’ai pas pu m’empêcher d’être déçue ».

C’est dommage parce que ça fait de toutes les autres personnes dans le même cas des éternels insatisfaits particulièrement lourds pas toujours capables de savoir profiter des vrais bons moments.

Quand c’est frustrant

Le problème avec le pic d’imagination, c’est que tu peux pas vraiment prévoir quand il arrivera. Du coup, quand tu es en cours, en exam ou en réunion et qu’un flot d’idées t’arrive en pleine face, c’est frustrant.

Tu pourrais en faire un truc, de ça : un roman, une vidéo, une nouvelle, voire même un film, mais non, tu ne peux pas te concentrer dessus parce qu’il faut que tu travailles, tu ne peux pas, du coup, exploiter la pépite qui sort tout droit de ton cerveau et t’en délecter.

Résultat : il y a de grandes chances pour que tu perdes le fil de ce fruit de ton imagination dont tu aurais pu faire un vrai truc. Et ton imagination, qui aurait pour le coup pu avoir des conséquences véritablement positives, se transforme en instrument de torture : tu sais qu’après, quand tu auras le temps, tu ne seras plus dans le même groove et que tu ne réussiras pas forcément à exploiter cette idée comme tu pourrais le faire au moment où elle t’est venue.

Quand elle rend parano

Mise en situation. Il est 3h du matin et, après un soixante-douzième épisode de Breaking Bad, tu réalises, les yeux grand ouverts dans le noir, que tu es bien incapable de trouver le sommeil. Déjà, je te comprends : le suspense dans cette série est insoutenable. On ne sait jamais d’un épisode à l’autre si Walter Jr va changer de marque de céréales préférée. Haletant.

Soudain, un bruit. Pire, un craquement. N’importe quel individu capable de gérer son imagination comprendrait tout de suite la situation : ce ne sont que les murs qui craquent un peu, rien de dramatique. Mieux : ce son le berce, le rassure.

La personne à l’imagination poussive aura quant à elle l’impression de comprendre la situation : c’est un intrus qui s’est faufilé dans sa chambre.

« Il a pu s’incruster dans l’appartement au moment où j’ai sorti les poubelles, c’est sûr. Je suis restée devant la porte, ok, mais j’ai éternué. S’il est mince parce qu’il est accro à l’aspartame, il a été capable de se faufiler entre moi et la porte pendant les quelques fractions de seconde où je fermais les yeux. Maintenant il est là, et il a un couteau, et il va me tuer. Merde.

D’ailleurs moi aussi je suis accro à l’aspartame. Il paraît que c’est dangereux. Je crois que je me sens mour- »

Et voilà comment ce qui aurait pu être une simple petite angoisse à base de « est-ce que j’ai bien fermé la porte à clé ? Ah oui » devient un véritable retournement de cerveau. Tous. Les. Soirs. Je sais pas si tu réalises à quel point c’est épuisant.

« … Et l’autre jour quand j’ai dit bonjour à Monique j’ai été nulle je suis sûre qu’elle a vu que j’avais des auréoles bordel mais oui c’est pour ça qu’elle a fait semblant de pas me voir »

Quand ça rend les anecdotes sales plus concrètes

Imaginatives de tout poils, allions-nous et protestons. Lançons une pétition, organisons des manifestations, achetons-nous des mégaphones. Ne restons pas les bras ballants à rien faire. Défendons notre paix de l’esprit.

Oui, on en a gros : on en a gros que les gens ne se gênent pas pour nous raconter des trucs sales sans jamais omettre le moindre détail. Parce que, plus que quiconque, nous ne pouvons nous empêcher d’imaginer la scène.

Et quand ta tante te raconte son épisiotomie, ce n’est pas simplement le geste que tu te refais dans ta tête : c’est les bruits des sages-femmes autour, leurs conversations, l’odeur d’hôpital du drap qui lui cache la partie basse de son corps, la voix de l’obstétricienne et, pire, PIRE, le bruit des ciseaux qui coupent sa chair et celui de sa chair qui s’ouvre. C’est douloureux : c’est comme si on le vivait vraiment, quand on s’imagine les choses avec autant de détails.

C’est vrai que quand il s’agit d’écouter les histoires extraordinaires de Pierre Bellemare, l’imagination c’est bien pratique, parce qu’on s’y croirait. Mais sans déconner, un jour, j’ai carrément fait un malaise quand une amie m’a racontée la fois où elle avait vu une vieille dame se faire opérer parce qu’elle avait fait une descente d’organe. Un MALAISE. Ma street cred ne s’en est jamais remise.

Et si, en plus d’avoir l’imagination un peu impulsive, tu es en plus aussi empathique que notre Cy., il est fort probable qu’une conversation sur deux se transforme en véritable calvaire.

Courage : tu n’es pas seule.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Armo Nelga
    Armo Nelga, Le 15 novembre 2013 à 18h41

    Je vais dire comme tout le monde : c'est l'histoire de ma vie ! :d

    Petite nuance : moi la parano ne se manifeste pas pareil. Elle ressemble un peu au premier point, mais en négatif : quand je rentre dans une nouvelle phase de ma vie (tous les 6 mois en ce moment) je m'imagine le pire. Et là j'en suis à comment je vais faire pour survivre/payermonloyer/mechauffercethiver/jevaisviresouslespoooooonts bwaaaaahahahaaaaa ! :crying:

    Et l'insomnie chronique rassemble un peu tout ça, sauf la parano d’être seule dans mon lit avec un psychopathe : j'angoisse sur la journée du lendemain, si elle a lieux d'être angoissante. Ou alors j'ai trop d'idées (comme au point 2) et je me fait tout le projet dans ma tête... trop excitée par mon idée de ouf, je m'endors à quat' du. Ou encore j'ai des idées noires, j'imagine si untel (souvent mon chat... et c'est PAS drôle) vient à mourir, comment je vais faire ? Des nuits PA-SSIO-NAN-TES !

    Bref, l'imagination, cette p*** !

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