Hypocondriaque : le guide simplifié

Du plus loin que je me souvienne, j’ai jamais été très téméraire. Je trouvais les roulettes de mon vélo rose miniature plutôt chouettes. Qu’importe les moqueries des copains, j’allais pas risquer de valdinguer dans le décor pour des critères esthétiques qui auraient pu porter atteinte à mon intégrité physique. J’ai vite mis de côté les […]

Hypocondriaque : le guide simplifié

Du plus loin que je me souvienne, j’ai jamais été très téméraire.

Je trouvais les roulettes de mon vélo rose miniature plutôt chouettes. Qu’importe les moqueries des copains, j’allais pas risquer de valdinguer dans le décor pour des critères esthétiques qui auraient pu porter atteinte à mon intégrité physique. J’ai vite mis de côté les sports où le risque d’être blessée dépassait les 60% (entendez : rollers, lutte, karaté, gym… d’accord, entendez pas mal de trucs). Fallait être prudente bon sang, j’avais encore 70 ans minimum à tirer dans ce corps.

Plus vieille, j’avais acquis assez d’agilité pour tenir bien d’aplomb sur mes guiboles et j’ai gagné en sérénité : tout devait bien se passer. Tout devait bien se passer, oui. Jusqu’au jour où l’hypocondrie, latente jusque-là, a pointé le bout de son nez. Pas folle la guêpe, j’étais la candidate idéale.

Pourtant, après avoir trimé pendant pas mal d’années, j’ai compris que ma névrose, toute proportion gardée, avait des avantages certains et des petits côtés insolites.

L’hypocondriaque sait attirer l’attention et la bienfaisance de ses proches

Il maîtrise parfaitement la moue anxieuse et toute une gamme de rictus étonnants. C’est plus fort que lui, il en joue. Mais la cause est louable : être rassuré. Ce qui est ineffable transpire en maux. C’est sa manière d’appeler à l’aide. Quand le : « Hey, tu es sûr que tu te sens bien? » est lâché : BINGO !


L’hypocondriaque est (presque) incollable sur les questions santé

Il se liquéfie d’abord à l’ouïe des discours anxiogènes et alarmistes des médias. Le déclic se produit après un certain quota de « mots-à-ne-surtout-pas-prononcer » tels que : « pandémie », « épidémie », « état d’alerte des services sanitaires » (rare, j’en conviens, mais chaque mot a à peu près cette consonance là) ou encore « cancer », « rupture d’anévrisme » ou « grippe aviaire ».

A partir de là, « C’est le moment de paniquer là, non? » s’éclaire en lettres néons dans son esprit. Alors, l’hypocondriaque se renseigne. Il potasse pour éviter le pire, contrer le pire, prévenir pour mieux guérir le pire ! Oui, il potasse d’abord parce que même s’il sait que le ridicule ne tue pas (lui), un hypocondriaque avertit en vaut deux : il gagnera en crédibilité devant son docteur. A force de ressentir tous les maux possibles et inimaginables, de les décrypter, d’en chercher leurs provenances et de fréquenter des médecins, l’hypocondriaque est plutôt calé niveau santé.

L’hypocondriaque est (étonnement?) en bonne santé

Ici, on part de l’hypothèse que l’anxiété ne permet pas à l’hypocondriaque de somatiser ses maladies imaginaires (ça, ce serait vraiment une mauvaise nouvelle). La logique c’est de se dire que 1) l’hypocondriaque est calé sur les questions santé et que 2) il n’attend en général pas le déluge avant de se rendre chez un spécialiste. L’hypocondriaque s’écoute et force les autres à l’écouter. Quand quelque chose cloche, il ne tarde pas à le traiter.


L’hypocondriaque sait faire douter les médecins de leurs propres diagnostics et les invite à réactualiser leur science

C’est une faculté, ma foi, surprenante. Tout d’abord, précisons que l’hypocondriaque a de l’imagination. Il a le chic pour que ses symptômes se révèlent être tout à fait atypiques. Quand l’hypocondriaque annonce la couleur à son médecin (rarement le même, soit dit en passant, la multiplicité des sources, c’est capital), le pauvre homme en perd son latin. Le plus drôle après coup et le plus décrédibilisant, sur le coup, c’est de le voir ouvrir son livre de médecine. En général, vous quittez le cabinet médical avec au mieux, des ordonnances pour des examens complémentaires (tout s’éclaire sur l’origine du trou de la sécurité sociale, non ?), au pire, des valises de doutes, mais toujours avec la satisfaction d’avoir fait évoluer une matière. Curieux.

De charmants emmerdeurs, en somme.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kamchka
    Kamchka, Le 3 mai 2009 à 19h46

    Je me reconnais complètement dans l'article, sauf pour convaincre le medecin! Moi aussi il suffit de me rassurer et de m'expliquer mais je monte vite. J'ai peur du cancer (de partout, me suis imaginé dejà plein de choses), et de l'avc en particulier.
    La grippe porcine ne m'a pas encore atteinte par contre mdr

    En tout cas c'est rassurant de se savoir ne pas etre seule dans ce cas!

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