Cette fois où votre honnêteté ne vous a pas rendu service — Témoignages

À l'occasion de la sortie du manga Takane & Hana, des madmoiZelles nous racontent ces fois où leur honnêteté ne leur a pas rendu service !

Cette fois où votre honnêteté ne vous a pas rendu service — Témoignages

— Cet article a été rédigé dans le cadre d’un partenariat avec Kazé.
Conformément à notre Manifeste, on y a écrit ce qu’on voulait.

À l’occasion de la sortie du manga Takane & Hana de Yuki Shiwasu le 22 juin, des madmoiZelles nous parlent honnêteté et ennuis.

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La série raconte l’histoire d’Hana, une lycéenne de seize ans au caractère bien trempé qui ne mâche pas ses mots et a l’habitude d’exprimer haut et fort ce qu’elle pense — elle se retrouve, de fait, dans des situations parfois délicates !

Au début du manga, elle va à un rendez-vous à la place de sa sœur pour rencontrer Takane, beau gosse riche imbu de lui-même, arrogant mais très naïf.

Comme le dit l’auteure, Yuki Shiwasu, Hana « a une forte personnalité à la base, mais lorsqu’elle est avec Takane, celle-ci est décuplée à 120% » et c’est ce qui donne sa valeur ajoutée aux interactions entre les personnages. Pendant toute l’histoire, Hana répond du tac au tac aux personnes qui essaient de lui dicter sa conduite, et notamment à Takane qu’elle remet maintes fois à sa place (pour notre plus grand plaisir).

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Vous pouvez en découvrir plus sur Hana dans cet extrait !

L’honnêteté, une valeur importante

Les madmoiZelles qui ont témoigné ont eu de mauvaises aventures en étant honnêtes, oui, mais avant tout, elles tiennent à affirmer l’importance de cette valeur. Lili explique :

« Pour moi, être honnête, c’est primordial. Cacher la vérité, c’est aller contre mes principes, ce qui me semble intolérable. Les seules fois où je ne dis pas ce que je pense ou que je l’embellis, c’est pour ne pas blesser la personne que j’ai en face de moi. Car dire des saloperies sous couvert d’être honnête, c’est de la cruauté. »

Sauf qu’il n’est pas toujours évident de mesurer la portée de son honnêteté, comme en témoigne Émilie.

Je ne peux m’empêcher de dire ce que je pense ou ressens, et parfois c’est un obstacle.

« J’ai tendance à toujours donner mon opinion. L’honnêteté est quelque chose dont j’ai besoin : je ne peux pas m’empêcher de dire ce que je pense ou ressens.

Parfois, c’est un obstacle, que ce soit avec les autres qui peuvent mal recevoir mes propos — alors que dans ma tête ils étaient dénués de toute méchanceté — ou qu’il s’agisse du combat intérieur que je mène pour garder une part de secrets, sans pouvoir m’empêcher de toujours tout dire.

Alors forcément, ça m’a posé bien des problèmes, que ce soient des disputes avec des amis ou bien des remords de m’être trop ouverte, d’en avoir trop dit. Le pire, c’est quand j’ai bu. Je pense que c’est pareil pour tout le monde, mais chez moi, à partir du stade « pompette », mon honnêteté est décuplée, et je me suis souvent humiliée. »

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L’honnêteté dans la sphère privée

Les premiers effets de cette honnêteté se sont souvent fait sentir dans la vie personnelle des madmoiZelles. Julie raconte ainsi :

« Je pense, je parle, c’est automatique. Cela peut jouer des tours, professionnellement, amicalement, amoureusement… il y a quelques mois, ça m’a coûté une « pote ».

J’ai rencontré un garçon en boîte, beau, charmant, drôle… mon cœur s’est emballé, nous avons décidé de nous revoir deux jours plus tard à la lumière du jour et sobres. On échange sur plein de sujets, on rigole, on se fait un resto, on prend un verre, on échange un baiser… et j’ai un DOUTE, il me parle d’un contexte et j’ai un flash, j’ai l’impression de l’avoir déjà vu. Je formule mon doute, qu’il confirme.

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Ce garçon, c’était l’ex de ma pote, celui qui l’a larguée comme une merde.

C’est l’ex de ma pote, si si ! Celui qui l’a larguée comme une merde là. Je l’ai jamais vu avec elle, juste autour d’un vin chaud avec d’autres connaissances… MADRE DE DIOS ! J’ai fui hors de chez lui en révélant l’identité de mon amie et la gêne que la situation a créée chez moi.

Le lendemain, j’ai tout dit à ma pote. Sa réaction : « Menteuse ! »

Cette amie de Julie a cru qu’elle lui avait menti, et était convaincue qu’elle avait forcément reconnu le garçon. Elle qui ne pensait même pas le revoir, elle voulait juste raconter cette aventure en toute honnêteté, parce que cela lui semblait normal. Depuis cette histoire, un froid glacial s’est installé entre les deux filles qui ont perdu toute complicité.

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L’honnêteté au travail, une valeur éliminatoire

Dans la vie professionnelle, l’honnêteté ne rend pas toujours service non plus. Lili en a particulièrement fait les frais :

« J’ai appris à ne pas être trop honnête lorsque je parlais de moi. Un exemple est particulièrement flagrant : l’exercice des entretiens d’embauche. Ingénieure de formation, j’en ai passé un paquet, des entretiens RH ou avec des opérationnels. Au début, jeune femme pleine d’optimisme, je me montrais sous mon vrai jour, à savoir quelqu’un d’ouvert, qui en veut et qui aime que les échanges soient spontanés et vrais.

J’ai bien vite déchanté, notamment lors de mon entretien dans un cabinet de recrutement pour une grande compagnie dans laquelle je travaillais depuis déjà un an en CDD. Je passais donc la longue batterie d’entretiens pour décrocher non pas un CDI mais un VIE : le processus était le même.

J’ai appris que dans le boulot, il ne faut pas être trop honnête.

Et j’ai été honnête, je n’ai pas caché ma sensibilité, ni ma créativité. J’ai montré ma vivacité d’esprit et mon envie de faire bouger les choses.

Mais quand j’ai eu le débrief avec le pro du recrutement, ça n’avait pas plu du tout. J’étais « trop » : trop enthousiaste, trop spontanée, trop sensible, trop indépendante… ça n’allait pas le faire.

Finalement, j’ai eu le poste malgré ce détestable entretien, parce que mon responsable a fait pression. Mais ça m’a appris une chose : dans le boulot, faut pas être trop honnête.

C’est pareil avec les collègues : quand, dans mon ancien boulot, un collègue beaucoup plus âgé a fait une erreur et que je le lui ai dit, gentiment, parce que ça allait nous mettre dans la mouise, il l’a très mal pris. S’en sont suivis des mois de harcèlement. J’aurais dû me la fermer à ce moment-là ! »

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L’honnêteté et la rigidité des règles

Cette madmoiZelle s’est, quant à elle, heurtée à la rigidité de la législation, alors qu’elle devait passer quelques semaines au Canada en HelpX — du volontariat chez des familles, soit des vacances contre un peu de services rendus sans que cela soit légalement considéré comme du travail.

Après avoir trouvé une famille, cette madmoiZelle a travaillé tout un mois pour réserver ses billets. Le plan ? Passer une semaine en auberge de jeunesse à Vancouver avant de rejoindre son hôte. Elle s’est donc envolée pour vingt-quatre heures de voyage, avec une correspondance à Amsterdam et un vol interminable jusqu’à Vancouver.

J’aurais mieux fait de me taire.

« Une fois débarquée, je me rends au contrôle des passeports, et là, on me pose la question fatidique : « Quel est le motif de votre visite ? ».

Le Canada et la France ont un accord qui permet de visiter le pays trois mois sans visa si je me souviens bien, donc je réponds que je viens visiter la région.

On me demande si j’ai bien réservé un hôtel ou si je loge chez des connaissances. Les deux, mon général ! Et là, j’aurais mieux fait de me taire. Car figurez-vous que lorsque votre « connaissance » a quatre enfants et que vous lui rendez visite, vous devenez l’ennemi public numéro 1.

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QUI SONT CES GENS ?

S’en sont suivies mille et une questions du genre « Depuis combien de temps êtes-vous amies », « Comment s’appellent les enfants de votre amie, quel âge ont-ils, quelle pointure de chaussures font-ils… ? ». L’agent de police à la frontière me suspectait de venir travailler clandestinement en tant que nounou.

J’ai donc eu droit à une mini-détention aux côtés d’une petite mamie coréenne dont la valise débordait de médicaments et de plantes douteuses en tout genre, un étudiant américain avec un visa étudiant qui vivait et étudiait à Vancouver depuis trois ans, et un couple d’Américains qui était installé dans la région depuis plus de dix ans.

Quand vient enfin mon tour, je dois montrer que mes comptes sont renfloués (check), que j’ai un billet de retour (check), que j’ai des plans en France du style études, job, appart (check) et que je connais bien mon amie (check, on parle quotidiennement depuis deux mois, conversations à l’appui).

Mais que nenni, leur décision est prise, je dois quitter l’aventure.

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J’ai eu le privilège d’avoir un petit speech de la part de mon officier me disant qu’un siège sur le prochain vol pour la France m’avait été réservé le lendemain matin à 11h. Il a fini en déclarant : « Par contre, pour trouver un endroit où dormir, vous vous débrouillez, et tant qu’on y est, on garde votre passeport au cas où vous décideriez de fuir la ville » (ce qui déclencherait un mandat d’arrêt avec ma face qui surplomberait un « WANTED » écrit en gras).

J’ai donc déboursé environ 170€ pour une chambre dans laquelle j’ai à peine dormi. Le lendemain matin, retour à l’aéroport et aux douanes pour apprendre que jusqu’au moment où j’embarquerai, je serai accompagnée d’un sympathique agent de police qui m’a dit, comme Céline : « J’irai où tu iras, peu importe l’endroit ».

Après une heure, celui-ci me confie que s’il avait contrôlé mon passeport, il m’aurait laissée passer puisque je semblais tout à fait normale et honnête.

Sauf que voilà, dans ma cabane au Canada, lorsqu’un officier à la frontière prend la décision de renvoyer quelqu’un dans son pays, personne ne peut le contredire, même pas son/sa supérieur•e ou la boss finale des boss, la reine d’Angleterre en personne.

Mon cher ami/toutou/pot de colle m’a donc accompagnée jusque dans l’avion, à mon siège, et a attendu que je boucle ma ceinture et qu’une hôtesse nous rejoigne pour me rendre mon passeport et quitter l’avion — tout cela sous les yeux de quelque 180 passagers. NO PRESSURE.

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Moi quand j’essayais de lui échapper.

Au final, j’aurais dû fermer ma bouche. Comme quoi, parfois, ça aide d’être malhonnête. »

Constance est bien d’accord. En effet, elle a été victime d’un cambriolage et a été honnête avec son assurance quant aux circonstances de cette intrusion : son copain avait laissé la clef de son appartement dans sa boîte aux lettres, et par malchance, c’est ce jour-là que quelqu’un a décidé de vandaliser toutes les boîtes aux lettres de son immeuble.

La personne a vu sa clef, son nom sur la boîte aux lettres, s’est dit « Jackpot » et a cambriolé son appartement.

Mon honnêteté m’a coûté presque 2 000 euros.

« Le problème, c’est qu’en avouant ça, je suis sortie des conditions de validation de mon assurance habitation.

On ne m’a remboursé ni la valeur de mes objets volés, ni les frais de serrurerie. Au final, mon honnêteté m’a coûté presque 2 000 euros. Mes économies en ont pris un sacré coup, et j’ai mis plusieurs mois à m’en remettre financièrement, avec l’aide précieuse de mes parents.

Pourquoi j’ai dit la vérité ? Il y a plusieurs raisons selon moi. La première, c’est que j’ai été élevée avec cette idée qu’il vaut mieux être toujours honnête, que cela paie et que ça permet d’avoir la conscience tranquille.

La deuxième, c’est que sur le moment, j’étais très choquée, et dire des mensonges demande un effort que je ne pouvais pas fournir sur le moment. Je répondais de façon automatique, sans chercher à altérer la vérité.

Au final, cette histoire a fait naître en moi un fort sentiment d’injustice. Pourquoi, alors que je gagne mon argent de façon honnête, me suis-je fait cambrioler ? Et pourquoi, alors que j’ai le mérite d’avoir été honnête, mon assurance n’a pas voulu faire un geste humain envers moi qui étais en plein désarroi ?

Maintenant, je répète à qui veut l’entendre que non seulement il ne faut JAMAIS mettre ses clefs dans une boîte aux lettres, mais que si cela arrive, il ne faut pas dire toute la vérité. Ce n’est pas bien, mais quand on est victime d’un méfait, on n’a pas besoin de se mettre encore plus dans le pétrin. Même les policier•es m’ont dit qu’il valait mieux cacher la vérité dans ces cas-là, car les assureurs n’iront pas nous interroger plus que ça après notre déclaration.

Malgré cela, l’honnêteté est quelque chose que je défends, car dans 90% des cas, c’est une valeur appréciée qui manque à beaucoup de gens. »

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En conclusion…

Julie a décidé de conserver son honnêteté… mais avec modération.

La franchise permet aussi de faire le tri.

« Je suis partagée au sujet l’honnêteté ; pour moi, elle est nécessaire, obligatoire et sincère, mais elle peut être blessante, révoltante et source de problèmes.

Ce qu’il faut avant tout, c’est « s’écouter » (tourner sa langue sept fois dans sa bouche avant de parler ?), prendre le temps de se demander si l’autre a besoin d’entendre cela, quel(s) impact(s) cela aura sur sa vie, quelle est sa vision des choses… En revanche, la franchise permet aussi de faire du tri, et de savoir qui peut t’accepter comme tu es, te pardonner ou tout simplement te comprendre.

Ma franchise, elle fait de moi ce que je suis : je la garde, mais avec modération. »

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Gabelote
    Gabelote, Le 20 juillet 2016 à 17h37

    shavri
    Balancer à tout vent ce qui te passe par la tête en justifiant "je suis honnête moi !" bah c'est juste te comporter comme Greg House ou Sheldon Cooper (soit, un mec marrant à la TV mais que tu emplafonne dans un mur dans la réalité).
    +1000 avec la nuance que certains n'ont pas l'excuse d'être limite Asperger (à la Sheldon),ni d'avoir l'ironie mordante de House.

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