Je suis un homme trans, voilà comment je me masturbe

La masturbation est encore un tabou. Cet homme trans a décidé d'expliquer comment il se masturbe dans la joie et le plaisir, avec ses organes dits « féminins » et son imagination.

J’ai des appareils génitaux « féminins » (je préfèrerais dire « femelles » mais ça en dérange plus d’un… bon tant pis pour les rageux).

Pourtant, depuis le début de ma vie sexuelle, la chose qui m’attire le plus, ce sont les relations homosexuelles, entre deux humains dotés d’appareils génitaux mâles.

J’ai été baigné dans le yaoi depuis le collège. Le yaoi, c’est une catégorie d’œuvres mangas qui relatent des relations amoureuses ou juste charnelles gays, avec au moins une scène explicite.

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Cela paraît être un fantasme courant chez les filles d’être attirées par une relation gay, comme un garçon pourrait fantasmer sur une relation lesbienne.

Pour ce qui est du yaoi, c’est une catégorie de livres bien majoritairement écrits et dessinés par des femmes, à l’attention des femmes, et lus majoritairement par des femmes.

Moi, plongé dans mon yaoi préféré.

Mais bon, déjà, je suis un garçon. Trans certes, mais un garçon tout de même.

Après, ce n’est pas le fait de voir deux hommes cisgenres se donner du plaisir qui m’intéresse, mais bien de m’imaginer à la place de l’un d’eux.

L’imagination, outil premier d’excitation

Ce que je recherche quand je me masturbe, ce sont des sensations basées sur l’imaginaire. Je n’ai pas de pénis, mais mon imagination se charge de le matérialiser pour moi.

Si j’aime vraiment beaucoup la pénétration anale, (ça me fout dans un état PAS PO-SSIBLE), ce n’est pas pour autant que je néglige mon clitoris, ma vulve, mon vagin.

Mon cerveau fait une sorte de traduction des sensations ; un doigt dans le vagin ça peut être un doigt derrière, et me toucher l’extrémité du clito ça peut être me toucher le gland.

En vrai, je trouve qu’il n’y a pas une si grande différence entre les deux appareils génitaux.

Pas de prostate ? Les racines du clitoris et la proximité avec le vagin s’en occupent.

Clitoris ? Membre érectile, comme le pénis. Bon, pas aux mêmes proportions, mais dans la mécanique c’est tout pareil.

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Du coup, la traduction que fait mon cerveau entre le réel et l’imaginaire est assez facile et rapide.

Inventer des scenarii, la recette de mon plaisir

Elle dépend aussi de mon imaginaire et mes fantasmes du moment.

Si je ne me concentre pas sur cette traduction des sensations au niveau de mon entrejambe, je peux aussi me concentrer sur l’ambiance, sur le petit film que je me fais dans ma tête, le scénario, mon compagnon imaginaire.

Aussi, je ne me considère à aucun moment comme une femme qui se fait pénétrer lorsque je stimule mon plaisir anal, par exemple.

En bref, j’ai tous les outils pour me faire du bien sans subir de dysphorie [état de malaise douloureux ressenti par les personnes transgenres vis-à-vis du genre assigné à leur naissance, ndlr].

C’est vraiment la petite histoire qui me rend dingue.

Et mieux encore ! Parfois, me toucher les attributs exclusivement femelles, ça me fait du bien, mais ça ne vient jamais heurter la perception de mon corps. Ou du moins plus maintenant.

Se masturber pour accepter son corps d’homme transgenre

La lecture des articles feel-good de madmoiZelle (et autres messagers du slip détendu) m’ont permis d’avoir un regard bienveillant avec moi-même quand je me masturbe.

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Parce que bon, c’est réellement ça qui a construit ma vision du sexe, des relations aux autres et à moi-même dans la bienveillance et la communication. Et tant qu’un rapport n’est pas à risque, tout va bien.

Tout. Va. Bien.

Au début, j’ai eu du mal à m’en persuader. Parce que mon corps ne ressemble pas à la vision que j’ai de moi. Parce que ce que je veux faire de ma vie sexuelle sort des attentes des autres.

Parce que je risque d’être frustré voire blessé que mon/ma partenaire ne comprenne pas ce que je souhaite.

Parce que je ne connais aucun témoignage de trans sans chirurgie génitale qui m’éclairerait sur son rapport au sexe. Je n’ai aucun repère qui corresponde à mon cas de figure.

Mais franchement, je savais en commençant ma vie sexuelle que ça n’allait pas être facile.

Ça ne l’est pour quasiment personne.

Il m’a fallu trois ans et demi pour me sentir bien dans mon slip. Et puis j’ai de la chance, parce que ma copine aussi est attirée par ce genre de relations, alors nos deux imaginations se mélangent.

Dans le sexe, on est gays à deux et on est sûrement pas les seul·es !

Il n’y a qu’en relisant ce que je viens d’écrire que je réalise à quel point être transgenre peut modifier le rapport au sexe. C’est mon cas.

J’ai de la chance, je le vis bien pour l’instant.

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Galveston, en salles le 10 octobre, présenté par Kalindi !

JulietteGee


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Commentaires
  • Gabelote
    Gabelote, Le 20 juin 2018 à 9h49

    @Ethyll
    Je m'autocite. Je pense que c'est important de lire tous les commentaires avant de poster des critiques.

    Gabelote
    Le reproche qu'on pourrait faire à la rédac serait de ne pas avoir contextualisé le témoignage, de ne pas avoir fait un boulot de définition des termes, de ne pas avoir nuancé le propos. Une indication du genre "X emploi ce terme, mais sachez que ça ne fait pas consensus chez les personnes trans, on peut aussi parler de "..." et de "...", c'est souvent considéré comme plus respectueux même si notre Madmoizeau n'a pas de problème avec ça pour sa part" aurait été, en effet, du bon boulot de la part de la rédac. Et ça n'aurait pas enlevé sa force et sa légitimité au témoignage.
    HS : c'est d'ailleurs souvent ce que je reproche souvent à la rédac sur les témoignages : des les livrer brut, hors de toute mise en contexte et de toute explication.
    Quant à la critique de Guynotaguy, elle portait entre autre sur des termes employés par le madmoizeau qui témoigne, que la rédac peut contextualiser mais pas changer.

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