High-tech mania – Carte postale du Japon

Des téléphones aux cuvettes de toilettes, au Japon, le high-tech est partout. Mais pourquoi ces innovations rencontrent-elles un tel succès sur l'archipel ?

High-tech mania – Carte postale du Japon

Fous de leurs portables grâce auxquels ils échangent des mails depuis 1999, friands de gadgets, de voix électroniques, de reconnaissance vocale, de services informatisés et à distance, de terminaux électroniques, inconditionnels du petit plus fourni par les nouvelles technologies, les Japonais-es sont de grands fans de la high-tech – si souvent made in Japan !

Keitai, de 7 à 107 ans

Leur engouement pour la technologie se constate par l’omniprésence des mobiles japonais, pas toujours « smartphone » mais intelligents, ça oui. Parfait pour envoyer un mail professionnel le temps d’un parcours en métro, se repérer dans la ville grâce à la puce GPS, regarder la télé, lire les journaux, se détendre avec des jeux simplissimes, payer au kombini ou acheter des billets de train, le keitai, ou téléphone mobile, est un vrai couteau-suisse moderne. Des adolescentes longilignes droites dans leurs mocassins noirs aux petites dames en kimono sombre, tou-te-s l’ont à la main ou dans la poche. Cet outil indispensable a conquis toutes les générations par sa praticité. Chacun y voit un usage différent, tiré d’un besoin bien souvent créé par les industriels, mais devenu indispensable. Grâce à la localisation GPS, les mères poules peuvent savoir où est leur enfant chéri, ou simplement suivre sa progression dans le réseau de train, au fur et à mesure qu’il franchit les portiques avec son pass. Les personnes âgées peuvent appeler les secours facilement, en cas de chute ou de malaise. Le portable fait aussi office de porte-monnaie électronique : bien pratique pour gagner du temps !

Au Japon, le téléphone portable a fait l’objet d’un grand nombre de générations d’appareils, longtemps exclusivement made in Japan, tant la croyance est forte que seul le pays peut produire le meilleur objet pour ses habitants. Un produit tellement adapté qu’il en devient invendable à l’étranger… Nouveautés, options, nouvelles fonctionnalités se sont développées sans cesse pour satisfaire la demande du marché intérieur. Ainsi, chaque portable est associé à une adresse mail, depuis la fin des années 90 : pas de limite de caractères, de message tronqué ou d’envoi aléatoire – inconvénients que les usagers français d’il y a dix ans ont forcément rencontrés. À l’époque, en France, envoyer dix SMS coûtait trois euros ; au Japon, les mails étaient (et sont toujours) gratuits. Ce qui fait grimper la facture chez les nippons, c’est le volume de donnés téléchargées.

Les WC intelligents

Autre exemple du goût japonais pour les choses perfectionnées, les lieux d’aisance (autrement dit, les wawas, WC, toilettes, petit coin, chiottes, pissotières…) de l’archipel se distinguent de ceux du reste du monde. Leader du marché, Toto équipe les watères de tout le pays. On trouve encore parfois, dans le métro ou dans les restaurants modestes, un genre de toilette à la turque, au-dessus desquelles on s’accroupit, et je ne vous fais pas un dessin pour le reste. Elles sont généralement signalées d’une pancarte « Japanese style ». Mais le modèle le plus célèbre à l’étranger est à peu près son opposé : la cuvette « Western style », avec jets d’eau pour se nettoyer l’arrière-train. Le premier contact surprend.

Parfois, le capot du WC se soulève lorsqu’on passe devant, car, non contents de projeter de l’eau, les toilettes japonaises sont un concentré de technologie. La cuvette détecte la pression exercée par le popotin et déclenche le chauffage de l’assise. Un bouton permet de lancer une musique ou un bruit de chasse d’eau, histoire de faire ses besoins en toute discrétion. Le jet d’eau, évidemment, est réglable car tout le monde n’est pas fait pareil, et on peut faire varier son intensité grâce à des touches sur le côté. Les femmes disposent d’une option « bidet ». Le plus souvent, il n’y a pas besoin de tirer la chasse d’eau manuellement : il suffit de passer sa main devant un détecteur… et il existe aussi une fonction désodorisant. Les Japonais-es n’ont pas encore inventé de système pour se sécher les fesses sans intervention humaine, mais je suis presque sûre qu’ils y travaillent.

Tant d’efforts pour des toilettes, ça te paraît ridicule ? Pour les habitants de l’archipel, c’est une question d’hygiène et surtout, d’amélioration constante. Dans un pays où le niveau de vie est un des plus élevés du monde, jouer la guerre des prix sur des biens produits au Japon est difficile. Les entreprises ont donc choisi l’apport permanent de nouvelles fonctionnalités, aussi bien pour les urinoirs (on m’a dit que celles d’un club tokyoïte mesuraient le volume d’urine expulsé !) que pour les écrans plasma.

L’innovation sans la méfiance

Les Japonais-es adorent qu’on leur rende la vie plus simple et plus pratique. C’est un argument commercial auquel ils/elles sont très sensibles, et qui justifie souvent l’achat de nouveaux équipements. La haute technologie est également un domaine où les manufacturiers du pays sont leaders (l’écran tactile et la mémoire flash de l’iPhone sont fournis par des firmes locales, par exemple) et dont les Japonais-es sont fier-e-s.

Face aux innovations et aux nouveaux développements technologiques, les Japonais-es sont enthousiastes plutôt que méfiant-e-s. Ils/elles ont adopté en masse les cartes à puce sans contact des transports en communs à Tokyo (Pasmo et Suica, pour les deux compagnies qui se partagent le réseau ferré de la capitale), et l’utilisent pour régler leurs boissons dans les distributeurs des gares, sans craindre que les entreprises ne retracent leur parcours et leurs achats. Mieux, ils aiment l’idée que l’offre soit parfaitement adaptée à la demande, avec des jus de fruits dans les stations proches des établissements scolaires et des eaux minérales enrichies, pour les sportifs, près des stades. Comme dans les kombinis, où chaque passage en caisse est enrichi de données sur le client (âge, sexe), ce qui permet de cibler précisément l’achalandage selon la clientèle.

La sécurité est aussi un argument fort (dans un pays pourtant sécuritaire), qui fait passer la pilule de la géolocalisation constante via les téléphones, notamment pour les enfants. « La high-tech, un service en plus, pas une menace ! » : c’est en tout cas le leitmotiv japonais.

Et toi, comment te sens-tu dans cette époque du « tout technologique », sans doute exacerbée au Japon, mais aussi présente en France ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Gorgone
    Gorgone, Le 19 mai 2013 à 5h59

    C'est vrai qu'on est entourés de technologies qui n'existent pas chez nous quand on habite à Tokyo, et globalement ça rend la vie plus agréable. Personnellement, je ne me sens pas trop infantilisée.
    Par contre, les Japonais sont vraiment perdus quand ils partent à l'étranger parce qu'ils ont l'habitude que tout soit super bien conçu autour d'eux (c'est aussi valable pour la qualité de service qui était 
    évoquée dans un article précédent).

    Mais pour d'autres choses, il y a quand même un sacré retard technologique.

    Genre, les machines à laver d'ici qui ne lavent qu'à l'eau froide.

    L'isolation des maisons qui fait vraiment pitié, le fait qu'en hiver les seuls chauffages disponibles soient la clim (qui souffle de l'air chaud en continu, bonjour la facture d’électricité  ou le poêle à pétrole, super génial dans des maisons qui sont globalement bâties en bois et qui brûlent comme un rien (il y a eu quelques incendies dans mon quartier et près de mon boulot cet hiver)...

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