Hemlock Grove, faut-il aller plus loin que le pilote ?

Hemlock Grove c'est la nouvelle série signée Eli Roth. Publiée depuis le 19 avril sur Netflix, Mary-Eunice a vu le pilote. Voici son avis.

Hemlock Grove, faut-il aller plus loin que le pilote ?

(L’article est garanti 100% non spoiler pour l’intrigue post-pilote car je me suis prise au jeu de regarder uniquement que cet épisode !)

En-fin ! C’est pas comme si ça faisait plus d’un an que j’attendais ce moment. C’est pas juste comme si un de mes réalisateurs favoris décidait de créer une série horrifique qui avait l’air de déboîter grave de la mâchoire.

C’est pas comme si j’avais failli faire une attaque quand ma voisine qui me file internet m’a annoncé la veille de la première de la série qu’elle se barrait avec sa Livebox dans les mains. Mais, comme je suis une coriace quand il s’agit de ce cher M. Roth, j’ai biaisé la non-connexion et j’ai pu me fournir le premier épisode d’Hemlock Grove.

L’euphorie passée, il était temps de passer aux choses sérieuses – et ce visionnage ne fût pas de tout repos. Convaincue mais pas complètement jusqu’à la moëlle, j’abordais le générique de fin avec une seule et même question taraudant mon esprit : faut-il aller plus loin que le pilote ? – réflexion intense.

Eli Roth, l’in-gore-ruptible brun aux sourcils un peu trop fournis

Eli Roth c’est un peu le gars parfait : il joue à l’acteur, est pote avec Tarantino, aime les trucs gores, est bourré de fric (accessoirement), et arbore toujours un sourire entre « salut je suis cinglé » et « salut je suis le plus beau du monde ». Bref, il est cool. Un de ses premiers succès reconnus est son film d’épouvante Cabin Fever (2002). Une histoire simple mais efficace qui le fera petit à petit sortir de l’ombre.

Tu as forcément vu sa tête dans Boulevard de la Mort ou Inglorious Basterds de Quentin Tarantino. C’est d’ailleurs ce dernier qui l’aidera à financer son projet de splatter ultra dérangeant (et ultra génial) Hostel I en 2005 puis Hostel Chapitre II. Depuis, Eli n’a pas perdu son sens de la fête car il a mis en place la série Hemlock Grove pour Netflix ainsi qu’un nouveau film d’horreur : The Green Inferno, prévu pour 2013.

Autant dire que, dans ce premier épisode, la patte de l’artiste est apposé – et en rouge vif. Les quinze premières minutes ont le temps d’annoncer la couleur : une scène de taktak dans une voiture de luxe et un meurtre dégôlasse. Bravo le veau. La série est vouée à tourner tout autour de cette histoire de zigouillée et ce n’est pas pour me déplaire – ni à toi d’ailleurs, un peu de tripes ne fait de mal à personne. Ce n’est donc pas excessivement gore, mais assez explicite pour avoir envie d’aller plus loin : « mais qui est le cornichon qui a dévoré la moitié inférieur de cette fille, j’aimerais bien savoir là hein ? »

En plus, Eli Roth a habitué ses spectateurs à des choses simples, directes, dans l’esprit Horror/Teen movie (Cabin Fever) mais également à des scénarios plus noirs.

Dans Hostel, qui paraît au départ renouer avec tous les codes du film d’horreur où se retrouve le champ sémantique des fesses et du millième degré, Eli étonne avec un sujet bien plus sérieux. À partir de faits plus ou moins fondés (dans la vraie vie de vrai), deux jeunes en quête de sensations de l’Est se rendent en Slovaquie pour trouver des boobs.

Lorsque l’un d’entre eux disparaît, l’autre se met à sa recherche et se trouve prisonnier d’un lieu ou de nombreux milliardaires paient pour assouvir leur fantasmes torturifiques. Oui ça crie, oui ta rétine te dit « stooooooop », mais c’est pas niais du tout. Ce genre de film qualifié parfois de « Torture Porn » soulève d’une manière un peu plus crue, ce que d’autres ne font que suggérer.

Pour répondre à la question posée par l’article…

Alors, faut-il regarder la suite ? Si ce n’est que par simple curiosité, oui. Eli Roth semble ici s’adresser au public dans un registre plus light – tout en gardant une dose de fausse hémoglobine tout près de sa caméra, faut pas déconner. Si tu aimes American Horror Story, par exemple, la série pourrait te plaire dans le sens où l’action semble au départ un peu fouillis – coucou la masse d’infos balancée dans la tête – pour s’emboîter parfaitement au fil du temps. En plus, niveau réalisation y’a pas à titiller, c’est quand même pas mal. L’image est belle, la photographie correspond bien à l’ambiance recherchée dans chaque séquence. Bref, ça mérite une attention particulière.

Un Twilight avec plus de tripes ?

Après cinquante-deux minutes ça sonne vraiment comme un remake de Twilight en mode vénère – et sans les vampires (enfin, ça on sait pas encore). Une famille de gens du voyage chelous qui viennent de s’installer dans une caravane en plein milieu d’une forêt en Pennsylvanie (Dracula y es-tu ?) VS une famille d’hyprabourgeois chelous qui habitent dans un manoir et cachent une fille mi-humaine mi-momie/extraterrestre. Si ça, ça ne te fait pas penser à l’éternelle lutte Volturi/Cullen, je ne sais plus ce que je fous là.

Au placard, y’en a assez de toi.

Certes, personne n’a sorti les crocs – sauf celui qui a éventré la gamine dans le parc. Mais si ça avait été montré de suite, la série n’aurait pas lieu d’être. Ou elle serait carrément insensée. Ou nulle.

Non, ce premier épisode ne montre pas de transformation devant une pleine lune ou de choses du genre. Mais, sache que dans Hemlock Grove, les gens n’ont pas les même pratiques qu’ici : on y fait des rituels bizarres, on se met des liquides non identifiés dans l’oeil (et mon petit doigt me dit que c’est pas de la solution pour lentille de contact), une gamine de quatre mètres de haut marchant comme un zombie et poussant des gémissements de bêtes passe presque inaperçue dans les couloirs du collège – ou un certain élève se permet de tirer des lattes avec son petit air suffisant qui n’inspire pas confiance. Bref, tout comme chez leurs potes de Forks, ça se la joue contemporain, mais ça sent à plein nez le paranormal, les secrets de familles et le chien mouillé.

Alors, faut-il regarder la suite ? Ça refroidit un peu. L’histoire semble un peu préchauffée et/ou prémâchée. Le scénario sans réelle originalité semble surtout très fouilli à la fin de l’épisode. Si tu as lu le synopsis du magazine Première, le pilote n’a pas dû t’apprendre grand chose de plus :

« La série se passe dans une petite ville de Pennsylvanie, ancienne zone industrielle maintenant à l’abandon où le corps d’une jeune fille est retrouvé. La liste de suspects des autorités ne fait alors qu’augmenter mais la police est incapable de trouver le meurtrier. Vu les difficultés des autorités à trouver le coupable, Peter et Roman, deux jeunes de la ville se décident à traquer eux-mêmes le meurtrier avant d’être suspectés par la police. »

Voilà, ouais, bon. Et ensuite ?

Des personnages qui manquent de saveur ?

Une heure après avoir vu le pilote d’Hemlock Grove, peut-être qu’il sera un peu difficile pour toi de te rappeler des prénoms des personnages. Certes, pendant cinquante minutes ça envoie les patronymes et les relations de famille à foison, mais je crois qu’il n’y a pas que ça. Pour l’instant, à part les deux « héros », Roman et Peter, le casting semble un peu lisse. La série s’est pourtant payée le luxe d’inviter la X-Men Famke Janssen dans un second rôle qui semble être un pilier. Olivia Godfrey, maman riche et glaciale de Roman, n’intrigue pas plus que ça. De plus le shérif Douglas, qui je pense mettra bien vite le feu aux fesses du véritable meurtrier, semble aussi charismatique qu’une moule dans les cuisines de chez Léon de Bruxelles. C’est un peu dommage.

Faut-il regarder la suite, donc ? Peut-être bien. La prestation de Bill Skarsgard (Roman) et Landon Liboiron (Peter) ne sont pas du tout dénuées de décence. Au contraire, leurs personnages semblent les plus complexes, opposés et liés en même temps. La suite annonce un fight géant mais si ça se trouve, ils iront peut-être croquer du cou de jeune fille, patte dans la patte. Je pense que ça vaut le coup de voir ce que ça donnera.

La ressemblance entre Bill Skarsgard et Steve Buscemi jeune devrait être la seule et unique raison de dévorer les 13 autres épisodes.

La critique est pour le moins… mitigée

Depuis la diffusion de la série complète sur la plateforme de streaming Netflix (« Sorry, Netflix is not available in your country yet ». La tristesse.) les différentes critiques vont bon train. Le site avait déjà distribué House of Cards il y a quelques mois; mais la série horrifique d’Eli Roth a tout de suite remporté un succès majoritaire et une augmentation des abonnés. Beaucoup de spectateurs ça veut aussi dire beauuuuucouuuup de critiques – positives ou négatives. Et des négatives, il y en a à profusion en fait, et ça n’annonce en général pas grand chose de bon…

Au pif, le New York Times annonce la couleur :

« Si vous n’êtes pas dérangé par la lenteur et les performances médiocres en général (…), vous pourrez apprécier les jolis paysages, magnifiquement tournés grâce au généreux budget octroyé par Netflix, et l’étrangeté persistante. Ce n’est pas Twin Peaks, mais c’est mieux qu’une excursion, disons, à Harper’s Island. »

Pas top quoi. Quand une critique avance qu’un film/une série/un livre est aussi nul que le fait que Futurama risque de mourir y’a pas à tortiller du postérieur, souvent c’est que c’est une grosse bouse – et encore, pas toujours. Mais là, même si la critique n’est pas toujours tendre, il en sort aussi du positif. Hemlock Grove ne transformera pas ta tête en un monde rempli de rêves merveilleux où loup-garou et humains vivent comme si de rien n’était, mais t’aura peut-être, au moins, fait passer un agréable moment. Et puis, ce genre d’appréciations subjectives sont toujours faites pour être démontées.

Bilan : Faut le voir ce foutu épisode 2 oui ou nan làààà ?

Non, si…

  • tu aimes le genre et que tu t’attends à te poser devant du Eli Roth pur et dur.
  • tu aimes qu’on te serve l’intrigue dans un plat en or – ici, c’est comme si on te disait « tiens, trois mille informations, débrouille-toi ».
  • tu raffoles des cliffhangers à la Walking Dead qui après quarante minutes d’intrigues un peu molles te donne direct envie de lancer l’épisode suivant – la fin du pilote d’Hemlock Grove est aussi invisible qu’un pachyderme dans une boite d’allumettes et plat qu’un vieux chewing-gum sous ta basket compensée.

Oui, si …

  • tu aimes le genre et que tu as compris les risques que tu encours.
  • tu dévores régulièrement True Blood, American Horror Story ou Teen Wolf et que les hommes-animaux c’est ton dada.
  • tu es hyper-fan d’Eli Roth : car voir le travail d’un mec du cinéma évoluer est toujours super intéressant.
  • tu es curieuse et que la première écoute d’un bon album de musique te parait toujours moins bonne que la suivante.
  • tu penses comme moi que c’est un stratagème car, vu la bande-annonce de foufou, le meilleur est sur le point de se produire (666).

(Attention, certaines scènes peuvent choquer le petit coeur de personnes sensibles)

À toi de juger ! Tu es le maître de ton destin maintenant. Qu’il en soit ainsi.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Celyala
    Celyala, Le 10 avril 2015 à 10h49

    Je me suis un peu forcée à finir la saison 1 car effectivement je trouve que le plus gros défaut c'est la tonne d'infos qu'il faut gérer :erf:

    Spoiler

    et qui justement empêche de se concentrer entièrement sur l'intrigue du meurtre. Cependant je trouve que les acteurs sont tous plutôt doués, sans parler des têtes d'affiches, je dis bravo à l'inspecteur Chasseur et à Shelley. L'ambiance est vraiment géniale, l'amérique profonde, les forêts etc, vraiment on peut dire que la série est belle et arrive à imposer une ambiance glauque, poisseuse.

    Mais du coup, passé la saison 1, j'ai quand même regardé la saison 2 et je l'ai trouvée absolument géniale ! Comme on a pratiquement toutes les réponses à nos questions, on arrive à suivre l'intrigue principale et les quelques histoires personnelles des personnages !

    Bref : j'attends la saison 3 avec impatience !!!! :paillettes:

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