Quand un jeune homme défend son petit frère victime de harcèlement scolaire

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On manque souvent d'exemples de réactions face aux harceleurs. Alors, quand un jeune homme décide de venir à la rescousse de son petit frère, ça fait forcément plaisir !

Quand un jeune homme défend son petit frère victime de harcèlement scolaire

Le harcèlement scolaire est une réalité qu’il faut combattre. C’est un fait.

Le problème, c’est que quand des enfants y sont directement confronté•es, tout devient plus compliqué : les victimes n’osent pas toujours réagir, certains adultes ferment les yeux, d’autres se sentent démuni•es, ne sachant quelle réaction est la meilleure.

Alors quand j’ai lu sur Twitter cette histoire de collégien harcelé défendu par son grand frère, évidemment, ça m’a mis du baume au cœur.

L’histoire du grand frère qui a décidé de ne pas se laisser sévir les harceleurs de son frère

Sur Twitter, le grand frère d’un enfant victime de harcèlement raconte son histoire. Il nous a spécifiquement demandé de ne pas partager le lien direct vers son thread, par soucis d’anonymat.

J’ai reformulé certains passages pour une meilleure aisance de lecture.

« J’ai un petit frère de 11 ans, il est en sixième.

Quand il a appris à parler, il y a donc dix ans, il a commencé à bégayer très fort. Il a longtemps été incapable de faire UNE phrase sans y passer de très très longues minutes. Ça nous brisait le cœur.

Il est entré en maternelle et il a commencé à se faire embêter par d’autres élèves parce qu’il n’arrivait pas à communiquer.

On lui disait de se taire, ses profs ne prenaient pas le temps de l’écouter, des élèves le traitaient d’handicapé à la récré. (…)

Depuis, il se fait harceler à l’école, plus ou moins fort, plus ou moins discrètement, mais ça lui fait profondément mal.

Pendant toutes ces années de silence, il a lu énormément et s’est beaucoup cultivé. Il a été diagnostiqué précoce et a toujours été le meilleur en classe.

Cette année, il est entré en 6ème. Il pensait que ça irait mieux, que les gens avaient grandi et que sa « science » lui servirait.

Et bien pas du tout, ça fait deux semaines qu’il est entré au collège et les gens lui cassent les couilles à mort. Que ce soit pour son bégaiement, ses 2/3 kilos en trop ou parce qu’il a les yeux un peu bridés (au passage super le racisme envers les asiats). (…)

Ça fait des années que je me contiens, mais hier mon frère m’a dit que des 3ème avaient craché dans sa carafe d’eau à la cantine, qu’ils étaient grands et qu’il ne pouvait pas leur répondre, de peur qu’ils fassent pire.

Il a passé toute une journée, où il faisait chaud à ne pas boire, parce qu‘il avait PEUR d’aller aux toilettes s’hydrater. J’ai vu des hématomes noirs sur ses tibias plusieurs fois, des pages arrachées sur ses cahiers, je l’ai vu pleurer et ne plus dormir.

Alors je me suis arrangé avec mon père pour que ce soit moi qui aille le chercher au collège ce soir. (…)

Je connais bien les profs, les CPE et le directeur de ce collège : ils sont incapables de réagir correctement face au harcèlement.

La cloche a sonné, mon frère est sorti seul et très vite, comme d’habitude. Il n’osait regarder personne. Il m’a vu et m’a rejoint à côté de ma voiture.

Je lui ai demandé si les mecs qui avaient crachés dans sa carafe à la cantine étaient là mais non, ils n’étaient pas là. Je lui ai alors proposé d’attendre 3 minutes pour voir s’ils arrivaient…

Et là, il me dit : « ah, ils sont là, ils viennent vers le bus ». Je regarde les deux mecs, des petites frappes avec un sac de sport en bandoulière comme sac de cours.

Alors je dis à mon frère de rester dans la voiture et je m’approche d’eux. Je les interpelle en disant « ça va, c’était bien les cours ? » ; ils me regardent bizarrement sans me répondre.

Je leur montre alors mon frère dans la voiture (qui me regarde affolé), et je leur demande s’ils le connaissent. Ils disent qu’ils n’ont aucune idée, qu’ils pensent que c’est un primaire.

Là je pose ma main sur l’épaule de celui qui parle et je lui dis : « Écoute Boris, je crois que t’as craché dans son eau hier à la cantine ».

(Je me doute alors qu’il y a à peu près 0% de chances qu’il s’appelle Boris, mais peu importe).

« Maintenant, c’est simple, tu vas aller jusqu’à la voiture et tu vas t’excuser, sinon c’est moi qui te crache dessus. »

Je ne suis ni grand, ni particulièrement musclé, mais je pense que j’avais le démon dans les yeux. Alors il fait un pas en arrière et regarde son pote. Il dit qu’il y a le bus, que sa mère l’attend. L’autre gars en profite pour filer.

Je retiens le premier, en lui tenant l’épaule. Je lui dit qu’il n’aimerait pas se faire balayer devant tout le monde, et que même si j’ai envie de lui foutre des baffes, ça serait mieux qu’il aille s’excuser.

Il regarde ses pieds, ne bouge pas, puis me dit en plantant son regard dans le mien que son père est policier. Je lui réponds :

« Ah bon Boris, ton père est policier ? Et ton père sait à combien se monte l’amende pour harcèlement et intimidation sur un enfant de 11 ans ? »

Il n’a toujours pas l’air décidé à vouloir voir mon frère, mais il n’a pas l’air serein non plus. Je lui ajoute que j’ai un autre frère beaucoup moins patient que moi.

Le mec dit qu’il va s’excuser mais que c’est l’autre qui a craché dans l’eau, pas lui.

Alors je lui dis : « Tu demanderas à ton père la définition de complice, Boris. Maintenant, va t’excuser, je te regarde ».

Je le vois aller jusqu’à la voiture, parler à mon frère, puis revenir vers moi où il avait laissé son sac, mais avant qu’il arrive, je donne un gros coup de pied dedans. Je lui dis : « J’ai de la force dans la jambe, hein ? »

Puis je mets une petite tape sur l’épaule et lui souhaite une bonne soirée. Et là, je m’assois dans la voiture, et je vois mon frère mort de rire qui me dit :

« Mais… Il s’appelle pas Boris ! » »

Cette histoire n’est pas un exemple, mais elle m’a fait du bien

Je ne trouve pas cette histoire exemplaire car je sais que des propos violents ne sont pas une solution à encourager contre le harcèlement.

En revanche, il faut être honnête, j’ai lu ce récit avec émotion. Ça peut sembler fou, mais je crois que c’était l’une des premières fois de ma vie que je voyais un harceleur se faire remettre à sa place. Et ça fait du bien !

J’ai vu des tweets qui anticipent que ça soit pire pour le petit frère à l’école dès le lendemain et c’est d’ailleurs une réflexion qu’une de mes collègues a eu en découvrant l’histoire.

C’est vrai qu’on ne peut pas savoir. Les réactions de ses camarades sont imprévisibles. On ne peut pas non plus anticiper l’effet de cette intervention sur l’enfant harcelé !

Alors valait-il mieux ne rien faire ou agir de cette manière imparfaite, je ne sais pas. La seule chose que je me dis, c’est que là, au moins, l’enfant saura que sa famille le soutient et tente des choses.

Commentaires
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  • Gypsie Mérou
    Gypsie Mérou, Le 28 septembre 2017 à 21h46

    @yuyunaâ A lire les témoignages j'ai l'impression que ça fonctionne sur l'impulsion du moment et sinon que ça marche mieux quand la personne qui intimide en retour à un certain charisme propice à faire peur aux agresseur :hesite: L'âge ou la taille ne joue pas nécessairement sur les mécanismes d'intimidation, c'est plus la conviction. C'est à dire qu'à contrario si on demande au prof débutant et pas très concerné de s'ingérer dans un problème de harcèlement entre des élèves ça peut empirer les choses. Et malheureusement quand on est enfant ou ado on n'a pas toujours autour de nous des gens plus âgés ou une famille prête à nous soutenir en cas de harcèlement.

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