Le harcèlement scolaire au coeur d’une nouvelle campagne plan-plan

Une nouvelle campagne contre le harcèlement scolaire a été lancée mardi dernier et elle est promue par deux spots bien peu percutants.

Le harcèlement scolaire au coeur d’une nouvelle campagne plan-plan

Mardi dernier, Vincent Peillon, ministre de l’Éducation Nationale, a présenté la nouvelle campagne de lutte contre le harcèlement scolaire. Pour la promouvoir, deux clips qui me laissent un peu perplexe.

Le premier met en scène l’athlète Christophe Lemaître, expliquant qu’il a été harcelé :

Le second a pour actrice Chimène Badi qui, yeux plissés et ton solennel, nous raconte qu’elle aussi était concernée par ces violences :

En arrière-plan sonore, une petite mélodie triste au piano. Je m’étonne presque qu’aucune des deux personnalités filmées n’achève son discours d’un péremptoire « le harcèlement, c’est vilain ».

Soulignons tout de même le bon réflexe d’avoir choisi deux personnes qui ont connu le harcèlement (j’imagine peu la voix de Chimène Badi avoir un impact sur des collégiens ou lycéens, mais soit, l’idée me semble plutôt bonne). Mais pourquoi leur faire réciter un texte aussi plat, avec aussi peu de tripes ? Pourquoi se contenter de les poser devant la caméra pour délivrer leur message (très noble, certes) incitant les harcelé-e-s à ne pas garder ce qu’ils subissent pour eux ?

Personnellement, j’ai tendance à trouver ces deux spots non seulement très plan-plan mais aussi très abstraits. M’est avis que, lorsqu’on est concerné par le harcèlement, on n’a pas forcément posé ce mot dessus. Quand on est rejeté, qu’on se prend des moqueries et autres réflexions mesquines et discriminantes dans la tronche à longueur de journée, ce n’est pas toujours la première chose qu’on se dit.

Et ça marche aussi pour les harceleurs et harceleuses : il n’y a qu’à relire la compilation de témoignages sur l’expérience de nos lectrices en tant que bully pour réaliser que la plupart n’avaient pas la pleine conscience de leurs actions. Lâcher le mot « harcèlement », c’est à mes yeux moins fort si on ne le met pas en scène, si on ne montre pas des exemples de harcèlement et de l’impact qu’il a.

Comment s’y reconnaître ? Comment un collégien, par exemple, harcelé, pourrait se dire « ah bah oui, voilà, c’est ça que je vis au quotidien et c’est ça que je ne dois pas garder pour moi » ?

Le but de la campagne Non au harcèlement est de briser la loi du silence. D’inciter les enfants et adolescents harcelés à oser en parler autour d’eux, ce qui s’avère dans bon nombre de cas difficile puisque ces violences enfoncent les victimes dans un cercle vicieux. On les brutalise, on se moque d’eux au quotidien, ce qui les humilie et affaiblit leur confiance en eux : oser dénoncer ce qu’on subit avec peu, voire aucune estime de soi n’est pas chose aisée. Est-ce que c’est assez ? Est-ce que ça suffira ?

Oh, et au fait : la campagne est également accompagnée d’un logo, #NAH pour Non Au Harcèlement. Un petit « Nah », c’est justement ce que j’ai l’impression que cette initiative répond au harcèlement scolaire. Un peu comme une pichenette derrière les oreilles.

Mais la campagne ne se résume bien heureusement pas aux spots. En plus de ces deux vidéos, des initiatives ont été prises pour mettre en lumière ce phénomène violent :

  • Un site Internet rénové : agircontreleharcelementalecole.gouv.fr
  • 31 référents académiques (« référents harcèlement ») à l’écoute des victimes et des témoins centralisant les formations et les actions de sensibilisation
  • 6 fiches pour savoir quoi faire à destination des élèves harcelés, des élèves témoins et des parents
  • Un plan de formation, pour aider à identifier le harcèlement entre élèves et trouver des solutions
  • 10 dessins animés pour sensibiliser les écoliers
  • Un guide pour lutter contre la cyberviolence à destination des membres du personnel des établissements scolaires
  • Jusqu’à 2 000 € pour récompenser les meilleures initiatives d’élèves sur des projets de sensibilisation au harcèlement scolaire.

Implication des personnels d’établissement et tentatives de rendre les élèves actifs en travaillant sur le harcèlement : il est finalement probable que cette campagne réussisse finalement à ouvrir quelques paires d’yeux. C’est du moins tout ce qu’on lui souhaite.

Pour aller plus loin…

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Schlobi
    Schlobi, Le 18 décembre 2013 à 10h00

    little-china-girl;4489151
    Parce qu'à part encaisser et survivre, je ne vois pas de solution concrète pour remédier à ce problème. Mes parents n'ont pas jugé utile d'intervenir, mais dans le cas d'une autre fille de ma classe dans la même situation et dont les parents ont alerté CPE et professeur principal, ça n'a strictement rien changé.
    Je ne suis pas d'accord. Il est possible de mettre fin au harcèlement scolaire. Ma sœur a été harcelé. Après je ne sais pas comment ça s'est passé pour toi, mais mes parents ont littéralement harcelé l'administration du collège qui est complètement bouché. Dès que ma sœur rentrait en larme, ma mère contactait l'administration. Encore et encore. L'harceleuse s'est pris un avertissement. Puis des heures des retenues car elle a continué. Mes parents ont continué à appeler régulièrement, prendre rendez vous avec le professeur principal, le CPE. Ses parents ont été convoqué et on l'a menacé d'expulsion. Elle a arrêté harcelé ma sœur.
    L'année suivante, elle a commencé à harceler une autre petite fille. Les parents ont alors porté plainte. Suite à tous ce qui s'était passé l'année dernière, elle est passé en conseil de discipline et a été renvoyée.
    C'est possible de mettre fin aux harcèlements. Il faut parler. Et s'accrocher. Vraiment.

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