Comment (faire) réagir en cas de harcèlement de rue ?

Le harcèlement de rue est partout, mais comment s'y opposer, et comment faire réagir les autres témoins ? Justine vous donne quelques conseils d'ordre psycho-socio.

Comment (faire) réagir en cas de harcèlement de rue ?
Un sujet toujours d'actualité

Se sentir isolée quand on est victime de harcèlement de rue, c’est encore une réalité. Un exemple avec ce tweet qui devient viral :

madmoiZelle ressort donc cet article, à lire, relire, et partager !

Publié le 2 juin 2014

Diglee l’exprime avec justesse : la difficulté, avec le harcèlement de rue, c’est que nous sommes souvent tenté-e-s de ne pas réagir, que nous en soyons victimes ou témoins.

Comme l’a expliqué le Projet Crocodiles, cette tentation de ne rien faire est liée à tout un tas de raisons : nous sommes mal à l’aise, nous ne savons pas comment réagir, tout va trop vite, les autres ne réagissent pas, nous sommes sous le coup de « l’effet témoin »…

Que se passe-t-il pour que certain-e-s se mettent à réagir ? Comment changer notre passivité ?

Selon Serge Moscovici, chercheur en psychologie sociale, même si la majorité n’agit et n’intervient pas, il suffit parfois de la réaction d’une minorité de personnes pour influencer la majorité et faire évoluer le cours des choses – dans notre cas, transformer la situation de harcèlement.

Je ne sais pas me battre, je suis en minorité…

Vous et moi, avec nos petits ou grands gabarits, nos positions pas forcément dominantes, nous pouvons être des sources d’influence, générer des réactions et permettre aux personnes qui nous entourent de réagir également !

Dans son ouvrage Psychologie des minorités actives, Moscovici explique que nous pensons généralement que l’influence dépend du statut social, du leadership, de la position hiérarchique, etc.

Mais pour le chercheur, tous ces facteurs ne sont pas essentiels dans les processus d’influence et une minorité, sans pouvoir ni statut, peut tout de même influencer une majorité.

Chacun·e d’entre nous est un récepteur ou un émetteur potentiel d’influence. Tout le monde peut avoir un impact sur les autres, et notamment sur leurs comportements.

Chacun·e d’entre nous peut faire partie d’une « minorité active ».

Une minorité active ?

Partons d’un principe : notre société fonctionne avec des « normes », qui sont acceptées et suivies par une majorité.

Ces normes nous disent ce qui est permis, ce qui interdit, ce qui est accepté et ce qui ne l’est pas. Parfois, certain·es n’adhèrent pas aux normes et l’expriment en présence d’une majorité.

C’est à cet instant que la minorité peut inciter la majorité à modifier son comportement : exprimer un point de vue différent crée un conflit, que l’ensemble du groupe va chercher à résoudre.

Moscovici distingue la « minorité » de la « déviance ». Pour le chercheur, le déviant se définit par rapport au groupe majoritaire, tandis que la minorité active a ses propres positions, ses propositions d’évolutions…

L’objectif de la minorité active n’est pas de s’opposer, mais de proposer ses points de vue.

Prendre conscience des choses

Nous pouvons tou-te-s être des influenceurs, donc, mais ce n’est pas automatique. Pour qu’une minorité active devienne une source d’influence, certains facteurs doivent être réunis.

Avant toute chose, il faut avoir pris conscience de ce qu’il se passe, de la norme dominante, et avoir pris position par rapport à cette norme, au système en place (Diglee, notre héroïne du jour, le souligne parfaitement : avant de pouvoir réagir… il faut avoir compris, avoir appris à analyser les situations, s’être situé par rapport à ces situations).

Le message doit être clair, cohérent et en désaccord avec la norme dominante (harceler les nanas dans les lieux publics, ce n’est pas acceptable, arrêtez, bordel !).

Le motif très parlant décliné en tote-bags et t-shirts par Colère, nom féminin

Le message doit signifier le refus de compris (qu’on ne nous emmerde pas dans les transports en commun, c’est non négociable, quel que soit le jour, quelle que soit l’heure, quels que soient nos vêtements – en persistant dans ses réponses, Diglee a indiqué son refus de compromis à ses interlocuteurs).

Enfin, pour avoir un impact, la minorité doit également « exister », être connue par la majorité : si Diglee n’avait pas réagi, n’avait pas rendu sa réaction visible, personne n’aurait pris conscience de sa position.

En agissant comme elle l’a fait, en maintenant sa position malgré la difficulté que cela représente, elle a pu faire valoir sa position auprès de ses agresseurs ET auprès des témoins de la scène.

Et c’est très certainement cela qui a permis à certain·es témoins de la soutenir, de s’élever contre ce harcèlement, de réagir !

En réagissant au harcèlement de rue (sans mettre en danger votre sécurité et celle des autres), vous proposez une solution alternative : nous ne sommes pas obligé·es de subir, de ne rien dire, de devoir assister sans moufter.

En réagissant, nous aidons les autres à prendre conscience, nous montrons une nouvelle façon de voir les choses, de se comporter, qui permettra peut-être à d’autres de vous rejoindre, de vous imiter, de réfléchir…

Sans même qu’elles aient forcément conscience d’avoir été la cible d’influence, peut-être que la prochaine fois qu’elles se trouveront face à une situation similaire, elles réagiront plus facilement !

Pour aller plus loin…

Galveston, en salles le 10 octobre, présenté par Kalindi !

Commentaires
  • Cléo.
    Cléo., Le 28 juin 2018 à 15h03

    @Madz-Nana C'est grave ! Faut clairement pas penser que tout le monde pense ça et du coup ne plus oser bouger si on se fait emmerder, tu as bien fait de t'éloigner et de montrer que tu ne tolérais pas le comportement de ce mec ! C'est dingue que tu puisses te prendre des remarques désobligeantes en étant la VICTIME (en fait c'est du coup malheureusement très courant). Continue à ne pas te laisser faire.

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