The Handmaid’s Tale remporte 8 Emmy Awards !

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The Handmaid’s Tale est une dystopie politique effrayante qui a su faire son petit effet. Très appréciée du public, elle a remporté 8 prix lors des Emmy Awards !

The Handmaid’s Tale remporte 8 Emmy Awards !

Mise à jour du 18 septembre 2017 — 

The Handmaid’s Tale a remporté l’Emmy Award de la meilleure série dramatique ! Et la compétition était rude, car les titres nommés étaient :

« Rentrez chez vous, mettez-vous au boulot, nous avons beaucoup de combats à mener », a clamé le scénariste de la série, Bruce Miller, en conclusion de son discours.

Ce n’est pas tout pour The Handmaid’s Tale ! Elisabeth Moss a remporté l’Emmy Award de la meilleure actrice dans une série dramatique! 

Là encore, la concurrence était de qualité :

The Handmaid’s Tale est diffusé sur Hulu (et actuellement disponible sur OCS), et c’est la première fois qu’une série produite et diffusée uniquement par une plateforme de streaming se distingue lors de cette cérémonie.

Au total, The Handmaid’s Tale repart de la 69ème cérémonie des Emmy Awards avec non moins de 8 prix :

  • Meilleure série dramatique
  • Meilleure actrice dans une série dramatique (Elisabeth Moss)
  • Meilleure actrice dans un second rôle de série dramatique (Ann Dowd, et Samira Wiley était nommée aussi)
  • Meilleur réalisateur d’une série dramatique (Reed Morano, mais Kate Dennis et Bruce Miller étaient nommés aussi dans cette catégorie, pour deux épisodes de la série)
  • Meilleur scénariste d’une série dramatique (Bruce Miller)
  • Meilleure actrice guest dans une série dramatique (Alexis Bledel)
  • Meilleure photo (Colin Watkinson)
  • Meilleur production pour un programme fantastique (Julie Berghoff, EvanWebber, Sophie Neudorfer)

Ci-dessous, ma critique de The Handmaid’s Tale, pour découvrir l’univers de la série, sans spoilers !

Publié le 5 mai 2017

« N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question.

Ces droits ne seront jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes toute votre vie durant. »

Cette mise en garde de Simone de Beauvoir aurait pu servir d’introduction à The Handmaid’s Tale, la série adaptée du roman éponyme de Margaret Atwood. Publiée en 1985, The Handmaid’s Tale est une œuvre de « science fiction sociale » ou de « fiction spéculative », comme la qualifie son autrice, la romancière canadienne aujourd’hui âgée de 77 ans.

Pour Atwood, la différence entre la science-fiction et la fiction spéculative, ce sont les moyens :

« La science fiction se construit avec des monstres et des vaisseaux spatiaux. La fiction spéculative pourrait vraiment devenir une réalité. […]

Elle utilise des moyens déjà à disposition des humains, et elle peut se dérouler sur la planète Terre. »

C’est pourquoi The Handmaid’s Tale est particulièrement terrifiant : pour son ancrage très solide dans un monde qui nous ressemble, pour la facilité avec laquelle il bascule pour devenir un enfer.

À lire aussi : The Handmaid’s Tale, les trois premiers épisodes sont sortis aux États-Unis !

The Handmaid’s Tale : quand une crise écologique nous frappera…

Il manque une crise dans la citation de Simone de Beauvoir : la crise écologique. Et c’est précisément ce levier qui va faire basculer l’univers de la protagoniste dans un régime totalitaire à la 1984… en pire.

S’il n’y avait que la surveillance constante et la peur de la répression, The Handmaid’s Tale ne serait qu’une dystopie politique dans le genre. Son originalité, c’est son focus sur les droits des femmes.

The Handmaid’s Tale : de quoi ça parle ?

Voici le décor : les États-Unis ne sont plus une démocratie. La république de Gilead est désormais le nom de ce système politique qui s’apparente à une théocratie militaire. En gros, les lois tirent leur légitimité de textes religieux, et cet ordre public est maintenu par une caste armée.

Les hommes travaillent ou sont rentiers, et les femmes… ça dépend de leur statut social et de leur fertilité. Car c’est là le plotwist de The Handmaid’s Tale.

Des crises écologiques successives matérialisées par des accidents nucléaires et des épisodes de pollution bien vénères ont provoqué une chute drastique de la fertilité.

L’humanité est donc menacée d’extinction. C’est pour la préserver de ce funeste destin que la République de Gilead organise un système de reproduction bien rodé.

La Cérémonie, aka une institutionnalisation du viol, mais c’est pour la bonne cause voyons : la perpétuation de l’espèce…

L’épouse et la «Handmaid» se tiennent pour symboliser leur coopération…

Les femmes fertiles deviennent des « Handmaids ». Elles sont affectées aux Commandeurs, des hommes au statut social important, pendant une durée limitée, le temps « normalement » de tomber enceinte et de porter un enfant qui sera élevé ensuite par l’épouse dudit Commandeur, elle-même stérile.

Les femmes stériles de statut social inférieur sont des Marthas, des servantes, bref, on retrouve dans la hiérarchie social de Gilead une condition féminine pré-féminisme.

Vous avez dit retour en arrière ? Mais ce qui est terrifiant dans The Handmaid’s Tale, c’est qu’elle est terriblement actuelle, et pire: que la série nous projette… vers l’avenir.

The Handmaid’s Tale : comment un monde bascule ?

Pour l’instant diffusée sur Hulu, la série The Handmaid’s Tale débarquera sur OCS le 27 juin ! J’ai regardé les 3 premiers épisodes. Avant ça, j’avais lu le roman de Margaret Atwood, raconté du point de vue d’Offred, sa protagoniste.

Je trouve d’ores et déjà la série beaucoup plus intéressante, ne serait-ce que parce qu’elle nous embarque dans une projection d’avenir, là où le roman me laisse le sentiment d’un univers parallèle, intemporel.

Les premiers épisodes de la série alternent un récit au présent, dans le quotidien d’Offred au sein de cette République complètement flippante, mais on est renvoyé ponctuellement par flashbacks dans « la vie d’avant ».

Et c’est pour moi les moments les plus terrifiants de ce conte, qui vire à l’épouvante…

Passons sur le fait que tout le cérémonial de la reproduction imposé dans Gilead soit purement et simplement une institutionnalisation du viol : c’est d’une horreur qui dépasse l’entendement.

Offred, en pleine « Cérémonie »

Mais ce que la série montre très bien dès les premiers épisodes, c’est comment on passe d’une vie normale à ce monde hallucinant. Tenez-vous bien: (presque) sans coup férir.

The Handmaid’s Tale : « c’est la nouvelle loi »

Un jour, alors que tu fais un jogging avec ta meilleure pote et que tu t’arrêtes dans un café pour prendre une boisson à emporter, ta CB ne marche plus.

Oui, à droite, c’est Samira Wiley, aka Poussey d’Orange is The New Black ! Excellent casting

T’y prêtais plus vraiment attention parce que t’avais l’habitude, mais tu te fais de plus en plus insulter gratuitement dans la rue.

« Salope », parce que tu cours en brassière de sport. Ok.

Un jour, alors que tu te pointes sur ton lieu de travail, ton patron convoque tout le monde dans l’open space, des trémolos dans la voix.

« —Je suis désolé, je suis obligé de toutes vous licencier.
—Mais pourquoi?
—J’ai pas le choix
—Mais pourquoi que les femmes?
—C’est la nouvelle loi »

Quoi, elle est vraiment passée cette loi absurde qui voulait interdire aux femmes de travailler, afin qu’elles se consacrent pleinement à la procréation, et à l’éducation des enfants ?

Comment une telle aberration a-t-elle pu être adoptée, mise en application ?

The Handmaid’s Tale : l’avènement d’une dictature

Un jour, tout bascule. Parce que les dominos ont été placés en amont, une annonce par-ci, une loi par-là, et ce sont des droits qui disparaissent.

Un jour, les forces de l’ordre ouvrent le feu sur des manifestant•es, et la démocratie s’éteint.

The Handmaid’s Tale raconte en filigrane ce basculement dramatique. J’ai toujours imaginé l’avènement d’une dictature comme une anti-révolution, une rébellion qui tourne mal, un conflit armé, un coup d’état militaire.

Jamais comme le résultat d’une inertie collective face à la montée à pas feutrés d’un totalitarisme dormant.

La théocratie de Gilead a des accents de Manif Pour Tous dans sa philosophie essentialiste, qui réduit les femmes à leur fonction procréatrice.

Mais je ne suis pas la seule à avoir dessiné ce parallèle entre la dangereuse montée des extrémismes conservateurs en politique, et la dystopie glaçante de The Handmaid’s Tale.

The Handmaid’s Tale dans l’Amérique de Trump, funeste prophétie

Le roman de Margaret Atwood est sorti en 1985, l’adaptation en série sur Hulu était prévu pour le printemps 2017. Et il y a 6 mois encore, The Handmaid’s Tale aurait été un excellent divertissement.

Sauf qu’entre temps, la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine et ses assauts répétés contre les droits des femmes ont donné un écho particulièrement concret au récit de The Handmaid’s Tale.

Retirer les subventions au Planning Familial, introduire au gouvernement des militantes anti-contraception, tout ceci résonne exactement comme les prémices de Gilead : on commence par se recentrer sur les valeurs fondamentales de la famille-la-nature-la-maternité… Et dieu sait ce que l’avenir nous réserve.

Celui que nous a prédit Margaret Atwood est absolument flippant.

À lire aussi : Ce drôle de monde parallèle où il faut demander la permission d’éjaculer

Cours de… ? Procréation ? D’obéissance ? 

The Handmaid’s Tale : un avertissement d’actualité ?

Au Texas, où le droit à l’avortement est une bataille permanente, des manifestantes ont revêtu l’habit obligatoire des Handmaids pour aller protester au sénat, contre des mesures anti-avortement.

Un parallèle fort à propos, car à Gilead, on exécute les médecins coupables d’avoir pratiqué des IVG par le passé.

À lire aussi : État des lieux du droit à l’avortement sous Trump

Rappelons qu’à 2h de Paris, l’avortement est toujours un crime. Et qu’en France, le Front National entretient une position de moins en moins ambigüe sur le sujet, entre les attaques de Marion Maréchal Le Pen contre le Planning Familial, ses intox sur l’avortement, l’hypocrisie de Marine Le Pen sur les droits des femmes et son opposition à la lutte contre le délit d’entrave numérique à l’IVG.

The Handmaid’s Tale aurait pu n’être qu’un divertissement féministe, mais par les temps qui courent, je le vis comme un avertissement politique.

On imagine nos libertés comme des flammes éternelles. En vérité, ce seraient plutôt des bougies, qu’un souffle glacé peut éteindre à tout moment.

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Clemence Bodoc

Anciennement Marie.Charlotte, Clémence Bodoc a été jeune cadre dynamique dans une autre vie, avant de rejoindre la Team madmoiZelle. Elle s’intéresse à l’actualité et à l’écologie, aime la politique et les débats de société. Grande fan de sport (mais surtout à la télévision), et de cinéma (mais seulement en VO), son nom de scout est dinde gloussante azurée. Elle ne mord pas mais elle rit très fort.


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Commentaires
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  • Smaje
    Smaje, Le 18 septembre 2017 à 18h33

    J'ai (enfin) regardé la série, et un des trucs qui m'a le plus marqué (en plus de cette restriction pernicieuse des libertés montrée dans les flashbacks):

    Spoiler: trop de subtilité

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