Le hammam marocain, pour joindre l’utile à l’agréable

Le hammam marocain « traditionnel » est bien loin des équivalents onéreux qu'on peut trouver en Europe ou aux États-Unis. Myriam va s'y plonger chaque année depuis sa naissance, et vous raconte tout ça !

Le hammam marocain, pour joindre l’utile à l’agréable

Comme une autre madmoiZelle, je suis à moitié marocaine, sauf que moi c’est par ma mère – et de ce côté-là de ma famille, on peut parler de girl power puisque j’ai neuf tantes pour deux oncles. Tous les ans depuis ma naissance, je vais passer entre une semaine et un mois « au bled », où je suis choyée, où je déguste les meilleurs plats inventés par l’humanité et où un des passages obligés, que je ne sacrifierais pour rien au monde, est le hammam.

Le hammam marocain, ça change des magazines

Si, quand je vous dis « hammam », vous pensez à un truc comme ça :

Ou à des baignoires profondes parsemées de pétales de rose et entourées de serviettes moelleuses, il va falloir occulter un peu votre imaginaire.

Le hammam marocain « traditionnel », celui où monsieur et madame tout-le-monde vont environ une fois par semaine, n’a rien de particulièrement luxueux ou classieux. Il n’est pas mixte, et la partie femmes est donc la seule que je connais. On arrive tout d’abord dans un vestiaire généralement carrelé du sol au plafond, avec des bancs en plastique et des miroirs tout en longueur. Dès qu’on y entre, on a tout de suite très chaud : le vestiaire communique avec le reste du hammam, forcément plein de vapeur !

On s’y déshabille donc et quand je dis « déshabille » je ne parle pas à moitié : la norme, c’est de rester en culotte, ou nue, tout le long. Oui, c’est un vestiaire commun, et oui, le hammam le sera aussi. On confie nos affaires (un sac de serviettes, des vêtements propres et ceux qu’on avait sur le dos en arrivant) à une des femmes qui garde le vestiaire ; généralement, elles sont au moins deux car on peut en « embaucher » une pour qu’elle se charge du gommage, si on est toute seule. Ensuite, on prend ce dont on a besoin pour le hammam proprement dit : plusieurs seaux de grande contenance pour avoir de l’eau à portée de main, des produits de beauté « classiques » (shampoing, gel douche…), des ustensiles comme une pierre ponce et un gant de gommage Kessa et le sacro-saint savon noir.

Tout le monde en slip et c’est parti !

On voit quand même un peu mieux que ça, hein.

Le hammam est généralement découpé en trois salles entièrement carrelées elles aussi et pourvues de bancs sur toute la longueur, qui communiquent via de grandes arches (pas vraiment séparées les unes des autres donc) : la première est plus fraîche que la deuxième, qui est moins chaude que la troisième (généralement vraiment très, très chaude et humide, le genre à vous coller un gentil malaise si vous êtes sensible). Chaque salle comporte deux duos de robinets, un d’eau très chaude, l’autre d’eau froide (et généralement non potable : on gaspille un peu moins qu’en France). Le premier truc à faire, après avoir choisi « son coin » en fonction du nombre de clientes présente, est donc d’aller remplir plusieurs seaux afin d’avoir une réserve d’eau à proximité pour se rincer. On puise dedans avec des sortes de casseroles en plastique, histoire de ne pas « souiller » toute l’eau avec nos mains pleines de doigts savon, et le sol est légèrement incurvé vers diverses plaques d’évacuation pour faciliter l’écoulement (patauger dans 5 cm d’eau stagnante, ça fait pas rêver).

La première étape, c’est le sacro-saint gommage au gant Kessa et au savon noir (a.k.a. la meilleure invention beauté de ce monde). Le savon noir, ça ressemble à ça :

source photo

Sexy, hein ? D’apparence et de texture pâteuse, le savon fond sous l’effet de la chaleur et de l’humidité. Il s’étale donc facilement sur la peau (préalablement mouillée à grandes giclées d’eau) et y laisse une fine couche glissante qu’on laisse poser quelques minutes avant d’en rincer le plus gros. C’est alors l’heure du gant de gommage Kessa !

Prodigué par une des employées du hammam ou, dans mon cas, par ma tante la plus vigoureuse, le gommage s’effectue sur tout le corps (sauf les muqueuses bien sûr) (j’ai mal rien que d’y penser). Tour à tour allongée sur le ventre ou sur le dos, on se fait masser avec force et courage ; sous l’effet du gant et du savon, la peau morte s’échappe alors en petits boudins sombres. C’est pas le plus glamour à voir, mais ça fait vraiment du bien. C’est généralement le moment où on tombe la culotte (pour se faire gommer le fessier !), quitte à la remettre ensuite.

Les gants de gommage Kessa (source)

Ensuite, on rince tout ça et c’est le moment du lavage « classique » : shampoing, masque pour cheveux, gel douche, pierre ponce si on veut profiter de l’humidité pour se frotter un peu les petons… mon moment préféré reste la toute fin, quand on peut prendre un seau carrément à demi-plein et tout se verser sur la tête. C’est bête, mais c’est jouissif. Ensuite, retour au vestiaire où on se sèche, puis on s’emmitoufle généralement dans plusieurs couches de vêtements doux (mon look hammam : culotte en coton, pyjama en coton, djellaba – sexy, je sais) avant de s’en aller, la peau plus douce que la fourrure d’un chaton propre.

Le hammam torpille les complexes

Un des avantages d’être allée au hammam depuis toute petite, c’est que j’ai été confrontée très tôt à la diversité des corps féminins. On y voit, bien sûr, certaines filles gaulées comme les mannequins des magazines, mais aussi des plus grandes, des plus petites, des plus grosses, des plus minces, des seins en poire, ronds, petits, très petits, gros, très gros, des hanches larges, fines, « en sablier », des peaux claires, des peaux foncées, des sexes féminins de tous les styles, des fesses fermes, rebondies, tombantes, de la cellulite, des bourrelets, de longues jambes, de petites jambes… Bref, de tout, et ce sur des femmes de tous les âges (de deux à cent deux ans). J’ai vu des petites filles nues encore trop jeunes pour marcher et des vieilles femmes nues presque trop âgées pour marcher – et ma grand-mère nous met toutes à l’amende puisqu’elle arrive à passer des heures toute seule dans la salle la plus chaude, tout en s’occupant elle-même de ses seaux d’eau pesant plusieurs kilos, alors qu’elle doit en faire cinquante toute mouillée.

Ouais, moi aussi j’y vais avec mes bijoux en or (non).

Du coup, je ne suis pas vraiment pudique. Je ne vais pas me balader à poil chez moi si j’ai des invité-e-s, mais dans un cadre où c’est « normal » ou nécessaire (hammam, sauna, médecin, douches communes…) ça ne me dérange pas du tout. Et quand j’ai compris, à la puberté, que je ne ferai pas du 34 et que je ne mesurerai pas 1 mètre 75, c’était un peu plus facile parce que j’avais vu toute ma vie des femmes magnifiques qui ne rentraient pas non plus dans ces critères-là.

En résumé, le hammam ne conviendra pas forcément à tout le monde (je conçois très bien que certaines d’entre vous puissent avoir du mal à être nues devant tant d’inconnues), mais si vous avez l’envie et l’occasion d’y aller, n’hésitez pas ! Personne ne m’a jamais regardé de travers même si j’ai un physique très européen (j’ai tout pris de mon père alsacien) et que je ne parle pas plus de deux mots d’arabe. C’est une expérience très agréable et enrichissante !

Sélection shopping pour se croire au Maroc

Comme le Maroc, c’est loin, Annelise vous a concocté cette petite sélection : en fermant les yeux, on s’y croirait presque !

  • Savon noir, Alepia, 6€95 : du savon noir traditionnel, qui s’utilise donc avec un gant de kessa pour gommer tes fesses avec vigueur. Il existe aussi parfumé à l’eucalyptus mais soyons honnêtes : le savon noir, en soi, ça pue un peu.
  • Pâte exfoliante hamma, Ushuaïa, environ 6€ : pour celles qui n’ont pas envie de faire le combo savon noir puis gant de kessa, cette pâte exfoliante s’utilise toute seule et arrive tout de même à te faire voyager sous la douche. Un gel douche assorti existe également.
  • Masque visage loukoum, Dianel Jouvance, 24€ : ce masque visage adoucit la peau mais son vrai atout, c’est bien entendu sa texture ultra moelleuse et son parfum loukoum. Un peu cher, achetez-le quand il est à moitié prix, autrement dit assez régulièrement.
  • Kit découverte traditions du hammam, Yves Rocher, 5€ : une mini huile de douche et un petit baume pour le corps, qui sentent tous les deux divinement bon.
  • Huile de douche onagre et fleur d’oranger, Ushuaïa, environ 2€50 : cette huile de douche sent la fleur d’oranger sans être trop écoeurante. Seul bémol : elle file trop vite !
  • Thé du hammam, Palais des thés, à partir de 7€ : pour finir à la bieng, un petit thé vert parfumé à la rose, aux dattes, aux fruits rouges et à la fleur d’oranger.
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Voici le dernier commentaire en date :

  • Denverland
    Denverland, Le 15 février 2016 à 11h50

    @Mymy :cupidon:

    Je viens de lire cet article, et omg que des souvenirs...

    Moi j'allais souvent avec ma mère, et "on" prévoyait toute l'aprem pour le hammam party. Cependant, moi je me mettais dans une cabine-douche, car trop pudique...

    Franchement le passage hammam pour moi représentait souvent un calvaire subi: trop de vapeur, trop de chaleur, j'arrivais plus à respirer... et surtout la nudité """traumatisante"". J'étais très timide (jusqu'au jour ou j'ai commencé à lire le Coin Boudoir :winky:)...


    J'avais carrément oublié à quoi ça ressemblait de faire des hammam partys. Je n'y vais plus depuis mon adolescence, or je n'oublie jamais de ramener un gant ou deux quand je vais au bled!

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