Guide pour bien vivre sa braderie

Il y a six mois, l’idée de battre le pavé d’un marché au puces le jour du Seigneur me réjouissait autant que de faire un stage d’écarissage dans un abattoir en Belgique. Mais depuis quelques semaines, je suis devenue l’Omar Shariff de la braderie du dimanche, le Christian Audigier de la bonne affaire sur trottoir. […]

Guide pour bien vivre sa braderie

Il y a six mois, l’idée de battre le pavé d’un marché au puces le jour du Seigneur me réjouissait autant que de faire un stage d’écarissage dans un abattoir en Belgique. Mais depuis quelques semaines, je suis devenue l’Omar Shariff de la braderie du dimanche, le Christian Audigier de la bonne affaire sur trottoir. Si toi aussi tu veux savoir comment friser de la moustache en trouvant des perles rares qui en sont à leur 2ème vie, ne change pas de chaîne car ce qui suit est pour toi.

Déjà, tout est une question de point de vue. Evidemment, si on part avec l’idée qu’une braderie c’est tripoter des vêtements sur lesquels des gens ont par exemple vomi ou éjaculé, ça ragoute pas. Pareil pour les chaussures qui ont pris la forme des pieds de leurs anciens proprios. Mais la braderie c’est comme l’amour, ça s’apprend. Y’a des signes pour repérer les bons vendeurs, les bonnes affaires, les bons stands. Le tout c’est d’avoir les bases et les réflexes.


Elu stand de l’année 2009

Délimiter ses besoins : pourquoi suis-je là ?

Il ne s’agit pas d’aller fourrer ses claquettes dans une braderie sans avoir une idée de ce qu’on vient y faire. Soit tu viens pour manger une merguez, ou pour trouver une paire de bottes taille 39, ou une machine à écrire, des chemisiers à épaulettes, des figurines en cire, bref, il faut avoir un objectif précis. Sinon ce que tu risques, c’est d’avoir le cafard en voyant des bradeurs refourguer leurs rêves déchus : la paire de ski alpin du petit, les phares Xénon de la R21 que papa n’a jamais réussi à monter, 6 mois de Cheval magazine à 0,30 cts pièce, etc. etc.

Si tu es là pour acheter des fringues, règle ton regard sur les tables et les penderies. Si c’est des shoes dont tu rêves, braque sur le sol et les bacs. T’auras un peu le genre de Rain Man dans un casino, mais ton efficacité sera redoutable. Et si ce que tu recherches ce sont des canevas réalisés par des vierges, va-t-en espèce de sale pervers.
Ouste.


Topo sur les vendeurs

Pour qui débute en braderie, la promiscuité producteur / consommateur peut être déroutante, surtout si le vendeur se met à commenter son passé commun avec l’article que tu es en train de tripoter. Hier par exemple, alors que j’étais en train de toucher un manteau de fourrure en renard, le vendeur m’a dit « Ma femme l’a eu pour notre 20 ème anniversaire de mariage« . C’est pas cool de sa part : déjà parce que j’ai pas envie de m’imaginer Thérèse il y a 20 ans, avec la même coupe que Stone en train d’ouvrir son paquet cadeau entourée des siens, et ensuite parce que j’ai encore moins envie de l’imaginer avant-hier, en train de sangloter sur son renard qu’elle devait vendre parce que y’a la crise.

Il existe aussi les vendeurs relous qui, sous prétexte que t’es pas gitan en bande de huit, croient qu’ils peuvent te vendre des trucs 5 fois leur prix. Dimanche dernier la vendeuse relou je lui ai dit « c’est combien le foulard ? » et elle m’a répondu « 4 euros« . Et donc là j’ai ajouté « j’espère que c’est le saint Suaire à ce prix-là », et je suis partie en faisant claquer fort mes Birken’. Quand je suis repassée elle me l’a proposé à 30 cts, mais je l’ai pas pris parce qu’elle avait pas le respect du client à mon avis. 

A quels vendeurs faire confiance ?

Il y a quelques détails intéressants qui renseignent sur l’hygiène de vie des vendeurs à qui tu auras potentiellement affaire. Par exemple, si tu vois une famille entière derrière une nappe posée à même les 2m de sols loués pour l’occasion, méfie-toi. Ces gens sont prêts à tout pour arriver à leur budget vacances de juillet : vendre leurs brosses à dents, les chicots de mamie et les livres d’anglais Niveau 3ème que le cadet a volé au CDI pour l’occasion.
Evite de faire affaire, sinon tu seras celui dont la famille rigolera ce soir à la friterie en t’appelant « la grosse débile qui nous a acheté les Barbie de Shirley« . C’est pas bon pour l’honneur de s’imaginer ça. 

A part le jusqu’auboutisme commercial, l’autre déviance principale chez les vendeurs de braderie c’est le mauvais goût. Le défaut n’est pas toxique en soi, mais comme ça fait perdre du temps mieux vaut le repérer vite fait, pour passer son chemin.

Voici une liste non exhaustive des objets annonciateurs de mauvais goût :

Tout ce qui est inhérent à Michel Sardou, les articles en porcelaine et en forme d’animal, les peintures qui représentent des enfants, les télécommandes seules, les magazines allemands d’avant 1995, les vêtements comportant des motifs chinois, les plumeaux à poussière, les biographies de Frank Michael, les poupées avec des yeux qui bougent, les boules de caravane, les portes-bouteilles en osier, les calendriers de Claude François, les napperons en crochet de couleur pastel, les foulards avec marqué « Paris » dessus, et pour finir l’ultime marche avant de devenir Rika Zaraï : les petites statuettes qui représentent un enfant noir portant une table basse en verre.


En arrière-plan, acroché au carton d’ouvrages de sexe courtois,
des câbles de défibrilateur (WTF ?)


Les anciens avec des médaille

Certains vendeurs, nostalgiques d’un « certain temps » dirons-nous, vont essayer de te vendre des ustensiles verts kaki, notamment masques à gaz, rangers utilisées T. 47 ou encore galtouzes cabossées, le tout ayant certainement appartenu à un soldat à qui il ne serait rien arrivé s’il était resté dans son pays d’origine.
S’il te plaît, évite de t’y intéresser de trop près* car tu risques de te retrouver abonnée à des newsletters chelou, genre 3èmeReich.net ou Ach mein General magazine.
* à moins de vivre non loin d’une usine chimique qui fuit de temps en temps.

Les raccros sans coeur

D’autres essayeront de te vendre des tas d’effets personnels de la même taille pour pas assez cher. C’est louche. Creuse un peu sur la provenance et la date à laquelle ont été récupérés ces affaires. En effet, certains héritages partent moins de 40 jours avant la fin du deuil et c’est halam de faire de l’argent sur les morts frais.
(Enfin je sais pas s’il y a une loi qui le stipule, mais disons d’instinct je vois bien qu’il faut faire gaffe quoi)

Les raccros sans éthique alimentaire

Je suis aussi contre les collations qui ont l’air trop maison. S’il y a un bar / buvette, ou un stand frites ok, mais si tu vois que le mec fait ses barquettes de frites dans des ramequins qu’il te demande de ramener, et que justement il a une friteuse Seb avec encore l’ancien logo, fais gaffe : c’est un particulier, et Dieu sait ce que les gens frient à l’abri des regards.


Dire qu’il y a des gens qui ont acheté ça une première fois…*
*Au début je voulais écrire « oh, les enfants Courjault ! »Mais je me suis dit hin hin ça passera pas. 

Alors ? Ca t’a donné envie de te mettre à la braderie ou tu es déjà férue des dimanches entre les stands ? 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Worshipper
    Worshipper, Le 26 juin 2009 à 0h43

    Je recite (sans reciter) pour les enfants Courjault, je suis morte de rire.
    Tu es si mauvaise (je rigole hein).

    Excellent article mais j'suis pas trop fan des braderies surtout des prix exorbitants que certains essayent de t'imposer.
    Une vieille chemise:
    "10?"
    "Non, au revoir"
    "Allez 5!"
    *t'es déjà partie :d*

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