La grève du sexe, un outil de militantisme féministe qui fait débat

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La grève du sexe serait-elle un outil efficace pour lutter contre les discriminations sexistes ? De la proposition la plus récente aux divers essais dans l'Histoire, Anouk fait le point.

La grève du sexe, un outil de militantisme féministe qui fait débat

Le numéro de mai de la version américaine de Marie-Claire met à l’honneur cinq femmes féministes, figures d’empouvoirement.

Une démarche honorable qui permet à Janelle Monáe, chanteuse et depuis peu actrice dans le film Les figures de l’ombre, de faire la couverture du magazine. Cela implique bien entendu une interview.

Allure vient pointer du doigt des propos tenus par cette célébrité, alors qu’on l’interroge sur le respect des femmes :

« Il faut que les hommes respectent le vagin.

Nous devrions envisager l’idée de refuser toute relation sexuelle avec les hommes, jusqu’à ce qu’ils se battent tous pour nos droits. J’adore les hommes, mais je ne tolère pas les connards. Ils ne méritent pas ma présence.

S’ils cherchent à posséder le monde, si c’est comme ça qu’ils cherchent à le diriger, eh bien je ne vais plus y contribuer. Et ce, jusqu’à ce qu’ils le changent.

Nous devons réaliser le pouvoir, la magie qui nous est propre. »

En clair, Janelle Monáe appelle les femmes à une grève du sexe.

Cette déclaration soulève plusieurs réflexions.

Déjà, avoir un vagin ne fait pas nécessairement de nous une femme (pour plus d’infos, cliquez ici). Ensuite, tous les hommes ne sont pas hétérosexuels, et de plus, on peut être une femme ET sexiste. Il n’y a pas que les hommes qui renforcent le patriarcat.

Enfin… est-ce qu’on peut vraiment faire évoluer des mentalités en refusant de faire l’amour ?

Une grève du sexe, une idée vaine pour obtenir l’égalité des genres ?

Selon la journaliste d’Allure, ce combat est vain.

« La fin de cette oppression ne proviendra malheureusement pas de la bonne grâce d’hommes en manque de sexe. (…)

Les discriminations ne sont pas du seul ressort des hommes qui pratiquent le sexe avec des femmes (mêmes s’ils tendent à être très concernés).

D’ailleurs il m’arrive moi aussi d’aimer beaucoup le sexe, et je prévois bien de continuer à faire l’amour tout en promouvant l’égalité des genres. »

Tout d’abord, merci à la journaliste de rappeler que les femmes aussi peuvent aimer le sexe : ce n’est pas un cadeau qu’elles font aux hommes !

À lire aussi : La sexualité positive, c’est l’avenir : voici comment vous y mettre !

Je dois avouer que je me suis moi-même sentie mal à l’aise en lisant cette proposition. J’ai l’impression qu’elle est maladroite.

D’une part, priver quelqu’un de quelque chose ne fait pas changer d’opinion. Au mieux, cela force à se plier à une idéologie, pas à la suivre par la pensée.

D’autre part, l’idée me semble en elle-même plutôt sexiste : elle considère les hommes comme des animaux qui ne sauraient survivre sans leur dose de sexe. Cette fausse croyance peut faire énormément de mal ; on l’a notamment vu dans nos témoignages autour des couples souffrant d’une forte différence de libido.

Mais cette idée de grève du sexe n’est pas nouvelle, la preuve.

La grève du sexe, une idée pas si nouvelle pour revendiquer son opinion

L’idée de faire la grève du sexe n’est pas récente. En 411 avant Jésus-Christ, Aristophane écrivait Lysistrata, une comédie dans laquelle des femmes arrêtent d’avoir des rapports sexuels avec leur mari pour stopper la guerre.

Plus récemment, plusieurs exemples de ce type de protestation, dans de petites communautés et dans un but précis, ont existé.

En 2006, une grève du sexe prenait place dans une ville en Colombie afin de faire comprendre aux gangsters que commettre des violences ne les rend pas sexy (au contraire). Quatre ans plus tard, en 2010, The Guardian explique que le nombre de meurtres aurait baissé de 26,5%.

Impossible d’être certain•es de la corrélation entre la grève du sexe et la baisse du taux de criminalité, cela dit.

Un article de RFI datant de 2016 tempère : sur huit cas cités, seuls quatre se seraient soldés d’un succès. La grève du sexe n’est pas une idée nouvelle, mais son efficacité est loin d’être prouvée.

Quand Janelle Monáe propose d’arrêter de faire l’amour au nom du féminisme, je ne peux m’empêcher de penser que l’intention est bonne, mais que la manière de la défendre est maladroite.

Personnellement, je suis plutôt tournée vers le militantisme pédagogue. J’explique, même si c’est redondant : ça me paraît (et c’est mon avis, hein !) plus efficace que de priver mes partenaires, et me priver, de relations sexuelles.

Mais ce n’est pas l’avis de tout le monde — on vous en parlait notamment dans l’article Féminisme, militantisme et pédagogie, un équilibre délicat. Ce débat est un exemple supplémentaire montrant qu’il y a différentes façons de militer pour la même idée.

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Anouk Perry

Anouk est rédactrice Sexe, Société et Feel Good ! Sa devise dans la vie ? YOLO. Si elle a l'air d'avoir un balai dans le cul, ne vous inquiétez pas. Il s'agit en fait d'un aspirateur.

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Voici le dernier commentaire
  • Maud Kennedy
    Maud Kennedy, Le 15 avril 2017 à 18h14

    Lady Stardust
    Car à partir du moment où une femme ne peut pas faire évoluer une situation sexiste dans son couple vers plus d'égalité (par exemple sur les tâches ménagères) car elle se heurte aux "habitudes" / à l'inertie de son compagnon (pas forcément de mauvaise volonté mais bon qui va juste bouger un demi-orteil en s'auto-congratulant ou en soupirant et/ou "mal" faire ses tâches ce qui fait qu'on finit pas se décider à le faire à sa place, bref situation qui a dû être vécu par plein de madz vu ce qu'en disent mes amies :lunette:), pour moi, oui, clairement, la femme manque de pouvoir sur ces points là dans son couple, c'est l'homme qui est en position de force, car la société / les habitudes sexistes le confortent dans sa position (même si les hommes ne le voient pas forcément comme ça).
    Tu pars du principe que les femmes subissent cette situation et se retrouvent coincées. Je ne nie pas que ça arrive,j'ai lu un très bon article sur madz il y a un ou deux là dessus mais ce que je dis moi,c'est qu'il y a bien trop de femmes qui non seulement acceptent d'en faire davantage mais le font tout à fait volontairement parce qu'elles ne sont pas déconstruites. Combien de femmes ne font pas confiance à leur partenaire pour s'occuper d'un bébé naissant par exemple??? Ce n'est pas que les pères refusent d'aider,c'est qu'ils ne peuvent pas. Combien de femmes estiment qu'il est naturel que les femmes aient la garde exclusive des enfants après un divorce parce qu'ellesils ont plus besoin de leur mère que de leur père???? Beaucoup trop encore. Alors oui,il y a des femmes qui subissent la situation et sont obligées d'en faire plus parce que leur partenaire n'est pas réceptif mais ça ne veut pas dire que c'est la majorité des couples gangrenés par le sexisme.
    MorganeGirly
    Alors c'est peut-être à ça que vous réagissiez mais dans ce cas je trouve déplacé d'aller leur expliquer comment elles doivent gérer leur vie de couple, leur vie sexuelle et leur militantisme en disant "faut pas s'étonner s'il part" ou "c'est du chantage". Je comprends pas comment on peut défendre le consentement en toutes circonstances et pas la légitimité de refuser du sexe pour des motifs non-sexuels. C'est pas à nous de normer la sexualité des autres couples, de dire "ça se fait pas pour ton copain de refuser de coucher pour des raisons inhabituelles", ça rentre totalement dans la sphère du consentement que de décider que t'en a marre que ton mec fasse des blagues misogynes, donc tu arrêtes le sexe avec lui. On choisit de sexer quand on veut, pour les motifs qu'on veut, et si ça veut dire que le mec se barre, bah peut-être mais pourquoi des tierces personnes viendraient se mêler de ce choix en nous affirmant qu'il est inapproprié?
    Déjà,non,ce n'est pas à ça que je réagis mais à la possibilité de faire "une grève du sexe" pour obtenir quelque chose,pas à ce que fait un-e-tel-le dans son couple. De plus,c'est un débat purement théorique en l'occurence puisque personne ne l'a fait. Mais de toute façon,ça reste une opinion. Il y a quand même une différence entre donner une opinion et "normer la sexualité des autres couples" "expliquer comment gérer son couple". Si ce n'est plus possible de débattre,à quoi bon discuter de quoi que ce soit puisque toute opinion quelque soit est considérée comme se mêler indument de la vie d'autrui?

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