Ce que je dirais à ma grand-mère décédée si elle revenait pour une heure

Qu'est-ce qu'on dirait à quelqu'un qui est décédé avant qu'on ait eu le temps de lui dire combien on l'aime ? SPP s'est posé la question.

Ce que je dirais à ma grand-mère décédée si elle revenait pour une heure

L’autre jour, j’ai écrit le texte qui suit pour mon tumblr et le chef m’a dit que je devrais le mettre ici, parce que ça risque de parler à pas mal d’entre vous. Parce qu’on est plein, mine de rien, à avoir perdu un être qui nous est très cher sans avoir vraiment pris le temps et saisi les opportunités pour leur dire combien on tenait à eux. Ça laisse place à des regrets, plus ou moins tenaces, plus ou moins violents.

Dans mon cas, c’est une de mes grands-mères, qui n’a pas eu le temps de me connaître une fois sortie de l’adolescence puisqu’elle est morte quand j’avais 20 ans et que j’ai mis du temps à m’apaiser. En gros, elle n’a pu qu’entrevoir la personne que j’étais en train de devenir et j’aurais aimé qu’elle soit encore là aujourd’hui pour lui dire ouvertement qu’elle est quelqu’un de formidable, sans penser que mes attentions, mes coups de fil et mes visites suffiraient. Ça suffisait sûrement, mais y a toujours ce goût amer de ne pas en avoir fait assez quand on se rend compte qu’on ne reverra jamais l’autre.

Alors vois ce qui suit comme une incitation à profiter de ceux qui sont là tant qu’ils sont là, et comme une accolade amicale si tu as déjà connu cette situation. Du coup, j’ai imaginé tout ce que je lui dirais si j’avais l’opportunité de lui reparler ne serait-ce qu’une heure, et je t’invite à faire pareil, dans les commentaires ou sur papier libre rien que pour toi. En vrai, ça fait du bien.

Aujourd’hui j’ai écrit sur les souvenirs qui me revenaient quand je reniflais ou mangeais des plats qui me rappellent mon enfance, alors en toute logique, j’ai beaucoup pensé à ma grand-mère décédée.

Parfois, j’imagine ce qu’il se passerait si elle revenait d’entre les morts ne serait-ce que pour une heure.

J’imagine que je lui demanderais pardon pour avoir été si froide souvent, avec elle, même si je sais qu’elle m’en voulait pas, qu’elle m’aimait quand même et d’une manière absolue et inconditionnelle.

J’imagine que je lui montrerais ce que je fais dans la vie depuis quelques années, et je crois qu’elle serait contente. Je crois même que c’est pile ce qu’elle attendait pour moi, en réalité. J’imagine qu’elle me demanderait comment ça va, avec les garçons, et si je mange bien, et me rassurerait à base de « de toute façon t’es toujours bien à mes yeux » comme elle disait tout le temps. Bon, je la connais, et je crois bien qu’elle ajouterait quelque chose comme « mais quand même, t’es moins rousse qu’avant, t’as fait quelque chose ? Et tu frises plus, pourquoi tu frises plus ? C’est dommage. »

Je lui raconterais probablement les rêves bizarres et j’en profiterais pour lui demander un truc qui obsède régulièrement la cartésienne que je suis : « eh, vraiment, le mec que je connaissais pas qui a évoqué une vieille dame qui lui parlait de moi et d’une balançoire dans un rêve, c’était vrai ? Nan parce que si ça se trouve, c’est juste qu’il a lu mon blog de l’époque, j’sais pas comment. Peut-être que j’en avais parlé dessus, je sais plus. Ça fait cinq ans que je mindfucke là-dessus, tu peux pas savoir. De ? Ah, mindfucker ? C’est mindfucker que tu comprends pas ? Bah ça veut dire se casser le cerveau à essayer de répondre à une question. »

Je prendrais cinq minutes pour lui parler du moment où je suis rentrée dans la chambre où elle n’était plus qu’un corps depuis quelques instants et que j’ai croisé le regard de mon grand-père. Parce que c’est important, parce que c’est à ce moment-là que j’ai compris ce truc tout bizarre qu’on appelle l’amour.

Je rirais certainement en lui faisant part de la fois où un mec m’a caressée, pendant les préliminaires, l’intérieur de l’avant-bras comme elle faisait pour m’endormir quand j’étais petite et que j’avais paniqué, en trouvant ça creepy à crever, ce qui m’avait fait passer l’envie de – attendez, mais pas du tout… Mais n’importe quoi, je lui raconterais pas ça !

À la place, je lui demanderais de me montrer comment faire le gâteau à la poire qu’elle cuisinait en dix minutes et mettait sur la table en disant « oh j’ai fait ça vite fait, je sais pas ce que ça vaut », alors qu’il était toujours croustillant à l’extérieur et moelleux à l’intérieur, qu’aucun gâteau à la poire dans le monde entier ne vaut celui-ci. Pourtant, chaque fois, elle croquait dedans et clamait « c’est pas terrible hein, pardon » en attendant qu’on lui dise qu’en fait, si. Elle était comme ça, ma mamie, elle avait toujours besoin d’être rassurée. C’est fou parce qu’elle m’a léguée ça, et que j’ai pourtant pas été fichue de le comprendre quand elle était encore là.

J’ose même pas compter le nombre de fois où j’en profiterais pour lui dire qu’elle me manque, qu’il se passe pas une semaine sans un truc que j’ai envie de lui raconter, que c’est pire quand je croise la route d’une Ford Fiesta blanche (heureusement que ça se fait plus, dites). « Je sais bien que t’as vécu ça trop de fois, mais c’est horrible, d’avoir à ce point envie de parler avec quelqu’un et de se prendre chaque fois dans la face le fait qu’on ne pourra jamais, JAMAIS revoir cette personne. JAMAIS. Y a un moment où ça fout plus le vertige ? »

J’imagine que je pleurerais un peu et que je la prendrais dans mes bras à peu près autant que j’osais pas le faire à cause du balai fionesque que j’avais encore y a cinq ans. Parce que la dernière fois (et la première depuis longtemps) que j’ai voulu la prendre dans mes bras, c’était le dernier jour où je l’ai vue, la veille de son grand départ, sauf qu’elle avait l’air toute paniquée parce qu’elle ne me reconnaissait plus (enfin, je crois).

J’imagine que je la remercierais infiniment de tout ce qu’elle a fait pour moi – c’est fou, quand on y pense, le dévouement d’une famille. J’ajouterais « c’est quand même dommage, parce que maintenant, j’ai vingt-cinq ans, je suis mille fois plus ouverte, j’ai plus aucune difficulté à avoir le regard doux quand je suis en famille, j’ai plus vraiment peur de dire aux gens que j’aime que je les aime, même si c’est rare. Rare, c’est mieux que pas du tout.

J’aurais fait pareil avec toi, si j’avais eu le temps, mais t’as pas le droit d’être jalouse hein, c’est juste une question de maturité. »

Mais je suis pas sûre que je lui dirais, finalement, parce que ça la ferait pleurer et regretter encore un peu plus de pas être allée suffisamment souvent chez le médecin, et j’ai pas envie de la faire culpabiliser pour quelque chose d’aussi irréversible que la mort. C’est encore pire que si je lui disais « pfffrt, tu te rends compte, peut-être qu’un jour, dans quelques années, j’aurais des enfants, je sais même pas quand mais je sais que j’en aurais, et tu seras même pas là pour leur faire un bisou sur le front », qui est en soi déjà horrible, même si ça sortirait tout autant des tripes.

Je me dis qu’on passerait un bon moment et qu’elle partirait tout doucement, me laissant avec une sensation d’apaisement et de soulagement d’avoir pu lui dire tout l’amour que j’ai toujours eu pour elle.

Mais au fond, c’est complètement con, on va pas se mentir. Je crois surtout que si elle revenait d’entre les morts ne serait-ce qu’une heure, je me ferais très fort dessus en hurlant à la mort tellement je flipperais comme une tarée.

J’veux dire, ça fait flipper sa race, quand même, les fantômes.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Metzli
    Metzli, Le 23 octobre 2014 à 22h30

    Merci pour cet article, vraiment. J'ai hésité à le lire car j'étais sûre que j'allais finir en larmes... ça + les commentaires = :tears::tears::crying:
    Il n'y a pas un jour où je ne pense pas à mon papa, parti trop tôt. J'aimerais lui dire à quel point il me manque et que je déteste l'idée de savoir qu'il n'a pas vu quelle femme je suis devenue/deviendrai. Moi aussi j'aurais voulu le voir vieillir, m'occuper de lui comme il le faisait.
    Tout simplement lui dire je t'aime.

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