Petite typologie des ambiances de gare

Il faut dire ce qui est, de prime abord une gare c’est l’endroit le plus désolant du monde, ex aecquo avec un lycée professionnel en rénovation. Mais en matière de transit, il ne faut pas se fier à sa première impression : derrière chaque voyageur à l’air taciturne et malingre* se cache peut-être une valise pleine […]

Petite typologie des ambiances de gare

Il faut dire ce qui est, de prime abord une gare c’est l’endroit le plus désolant du monde, ex aecquo avec un lycée professionnel en rénovation. Mais en matière de transit, il ne faut pas se fier à sa première impression : derrière chaque voyageur à l’air taciturne et malingre* se cache peut-être une valise pleine de slips, pleine de regrets ou de rêves. (C’est beau on dirait du Guy Lagache).

Grâce à cette petite typologie des ambiances de gare, tu apprendras le nom de la dame qui dit « le Train TÊÊR, numèèrôô 800… » et plus jamais tu ne verras les gares de la même manière. c’est parti pour le voyage, welcome on board, n’oubie pas de te munir de ton billet si tu veux aller faire pipi, et sache qu’un bar est à ta disposition voiture 13 (à dire avec l’accent marseillais)
* attention ce mot n’est pas utilisé à bon escient ici, mais moi j’ai droit.

Foreground : »Bonjours, je suis la machine jaune qui composte en faisant « Dzïïnut »et j’ai l’air prognate »
Background : le wifi de gare, la blague du siècle

Pour commencer, il y a les petites gares. Celle de Remiremont, d’Aubazine Saint Hilaire ou de Sisteron, celles où il n’y que deux quais. Parfois ils sont sobrement intitulés « Voie 1 et voie 2 », mais il arrive, va savoir pourquoi, qu’il s’agisse des « voies 3 et 4 », comme si on avait commencé par la fin pour se motiver à construire les numéros 1 et 2, un jour.

Du lundi au vendredi le taux de fréquentation y est de 4 pécores à l’heure. Et puis tout à coup, on assiste à un emballement des compteurs à l’aube et au sortir du week end, quand ceux qui n’étaient que des enfants hier ramènent leur linge sale, se repaissent de rôti avant de retourner faire la teuf dans leur ville « universitaire ».
Je dis « universitaire » entre guillemets comme si je vous faisais un clin d’oeil entendu d’accord ?

Une fois sur deux, en empruntant le Corail qui part de Brives la gaillarde (Corrèze) ou Arches (88), tu seras forcée d’assister à ces scènes d’adieux déchirants (surtout pour la mère). Je dis « forcée » puisque ta micheline va se taper 8000 arrêts avant de rejoindre le vrai monde, celui où il y a le Tidjivy. A chaque gare, les gens qui montent ont l’air de vivre en 1996 avec une propension surprenante à porter des lunettes fumées. Sur le quai, les vieux sont vêtus de shorts qui montent jusqu’aux dessous de bras et portent des chaussettes proportionnelles arrivant à mi mollet.  Bref, on est bien dans cette partie de la France qui vérifie qu’elle a assez d’essence pour arriver jusqu’à la gare, tellement c’est loin.…

Petit jeu : détermine les trois choses les plus drôles que tu as vues dans une gare de type I et fais nous en part sur le forum inhérent à cette typologie.

Ahhhh les bornes tactiles ! Qui eût cru que tu caresserais avec autant de concentration un écran en espérant que ça lui fasse de l’effet ?

Ensuite, il y a les gares qui ont la micheline entre deux chaises, les gares moyennes, genre 3 ou 4 quais. La dame qui disait  précédemment « tum dum dum-dum » (Simone Hérault de son vrai nom) a pris du galon, puisque maintenant elle crâne en annonçant ses trucs en anglais. Les gens s’affairent, le businessman est encore provincial avec la chaussette blanche, mais au moins personne n’est en short (cf épisode précédent). Et même si ça fait mal de voir les serveuses de chez Paul en chaussettes et sabots Scholl, une toque ratatinée sur la tête et le mollet blanchot, quand on arrive du quai unique de Saint Lou sur Semoze, toute forme humaine est appréciable à côtoyer.

Les vieux aiment la gare moyenne

Les plus friands de cette proximité sont sans nul doute les personnes âgées, qui sous prétexte qu’elles sont vieilles et qu’on peut rien leur dire, t’abordent sans te laisser le choix. C’est comme ça que 340 000 jeunes par an se font accoster sur des bancs de gare par des mamys en épaulettes et chemisier violine. Tout dentier dehors elles te racontent l’ensemble de leurs souvenirs inhérents aux trajets, alors avec du recul ça s’appelle la transmission orale, mais quand tu le vis en live c’est juste un moment très relou. Pendant ce temps, papy fait les cent pas devant le tableau d’affichage, on ne sait pas des fois que les Allemands reviendraient et que Saint Pier des cors ne soit plus affiché voie 4. Ils ont la démarche comme les militaires, en levant haut la jambe et les bras croisées dans le dos, mais c’est pas un réflexe de l’armée c’est juste que ça détend leur ménisque tout ratabisquouère.

Conclusion : si ton kiff c’est d’apprendre comment le mari a résisté à trois pontages tout en mangeant un sandwich qui fait la gueule, la moyenne gare est faite pour toi.

Ce que je préfère à l’accueil, c’est quand on me dit « bah j’sais pas, appelez le 3635 ? »

Et puis il y a la gare qui déconne pas. 12 voies, deux points relays, et 22 guichets de vente, la grande gare peut se fourrer dans la gueule du clodo, de la flicaille par groupe de six, des Russes en talons hauts et des classes entière de hollandais, le tout sans broncher. La meuf du haut-parleur se sent plus pisser, non seulement elle baraguine en anglais, mais aussi en d’autres langues à base de Flürgh et de Zlibt, comme pour nous montrer qu’il y a une tête sous cette voix. Tu y prêteras attention la prochaine fois, dans une grande gare le doute est omniprésent. Même si tu as déjà vérifié 11 fois que c’était le bon quai, une fois dans le train il faudra que Jean Claude le chef de train (« hello I’m Jean Claude, your train manager) » répète qu’on est bien à destination d’Angoulème pour que ta rassurance soit complète.

On le connaît tous, le retraité devant nous qui prend tout son temps pour réserver un billet pour août 2010 alors que notre train part dans 7 mn…

La grande gare, lieu de tous les dangers

Entre les gens qui passent au dessus de toi à 220 km/h dans un état d’esprit mi Assafa Powell / mi Jean Galfione, leurs valises qui s’ouvrent sur tes pieds et les pigeons qui font des piqués, la grand gare est un lieu de transit semé de pièges. Seul le vieux devient moins féroce dans une grande gare. La peur de se perdre et la proximité de son groupe en partance pour l’Autriche font que tu perds toute ta saveur d’oreille jeune et polie. Ouf.

Plus de voyageurs = plus de conversations à écouter

L’autre gros avantage, c’est que l’afflux de voyageurs engendre autant de conversations que tu peux choper au vol. Les plus drôles sont souvent les collègues de travail, qui veulent se rapprocher, à base de « T’as vu comme Chaumier pue des pieds », s’impressionner : « Tu sais, moi j’suis un peu marteau dans ma tête j’me laisse pas faire », ou se sonder : « tu l’as pris comment toi, l’arrivée de Corentin Badigeon au poste de Mumu ».
Ta mission, si tu l’acceptes, nous raconter la conversation la plus drôle que tu aies entendue dans une gare

Note : ne prends pas de brownies de chez Croustichaud, ils datent toujours de deux jours avant (rubrique j’ai testé pour vous…)

Les très très très très grandes gares, je n’en ai jamais fréquenté, mon titre de séjour ne me permettant pas de quitter le territoire français en toute sérénité.

Toi qui a un passeport en règle, raconte-moi : comment c’est Grand Central à New York ? Comme dans Madagascar ? Comme dans un film où les gens tombent amoureux ? Ne me laisse pas fantasmer pour rien, dis moi tout !

Et pour finir avec le Bahnof state of mind, le jingle SNCF trade mark-copyright-marque déposée et tout le bordel.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Lilie-Rose
    Lilie-Rose, Le 22 novembre 2009 à 10h51

    Comment ai je fait pour ne pas lire plus tôt cet article?
    sacrilège.
    Toujours est il qu'il est génial : j'adore :)

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