Freaks & Geeks

Pondu par miss-ter le 18 juillet 2008  

Une série créée par Paul Feig, produite par Judd Apatow
Avec James Franco, Jason Segel, Busy Philipps, Seth Rogen, Linda Cardellini, John Francis Daley, Samm Levine, Martin Starr

Freaks & Geeks 20080718 freaksandgeeks3Le film le plus long

Freaks and Geeks est une assez courte série, composée de dix-huit épisodes seulement. A cause du manque de succès rencontré lors de sa diffusion et bien qu’elle n’ait cessé depuis de recevoir des éloges de la part de la presse et du public, les producteurs se sont limités à une unique saison, rempilant plus tard avec une série au charme moins certain, Undeclared.

En somme, Freaks & Geeks part avec peu d’avantages. Série avortée, elle traîne par ailleurs le poids de son genre : comédie américaine, qui plus est sur des ados… Les a priori pourraient tomber assez vite. Mais ce serait sans tenir compte de l’inventivité savoureuse de ceux qu’on appelle aujourd’hui "la bande de Judd Apatow" : acteurs, scénaristes, producteurs ; tous ont mis dans Freaks & Geeks les prémisses de ce qui se déploie aujourd’hui comme un genre d’une qualité surprenante.

Et précisément cette série semble encore inégalée par de plus récents longs métrages du groupe ; c’est pourquoi elle se pose non seulement comme fondation de ce cinéma en plein essor, mais plus encore comme un moment important du cinéma américain.

Teen-movie : stéréotypes, balises

Le teen-movie, donc : on a déjà donné. On a l’habitude non seulement de reconnaître la faiblesse du cinéma de chez nous à saisir l’adolescence et à en rendre compte avec la force nécessaire ; mais aussi d’être dépité face au manque de profondeur de certains films américains que le genre évoque d’emblée… Freaks & Geeks, véritable cartographie de la jeunesse d’un lycée américain, se projette au-delà des stéréotypes : jusqu’à atteindre la beauté de l’universel.

Cette série est sans conteste le meilleur exemple de la capacité de la jeunesse à se poser comme moment de liberté. Ce qui circule dans Freaks & Geeks c’est bien cela : une vie qu’on ne trouve probablement que dans la jeunesse des bonnes comédies américaines et qui porte en elle une charge incroyable de liberté.

Or on trouve traditionnellement dans tout résumé de la série un schéma qui semble recouper très exactement tout ce contre quoi elle se bat : les balises. Présenter Freaks & Geeks semble couler de source : on a deux groupes, d’un côté les freaks un peu rebelles, de l’autre les geeks un peu nullos, et au milieu la famille Weir, Lindsay et son frère Sam, un peu des deux, un peu tout et rien… Comme si la série n’était qu’une énième répétition, qu’un énième parcours le long d’une route déjà tracée par tant de mauvais films de tous horizons qui ont posé les bornes du teen-movie.

Cependant si, comme le titre l’annonce, c’est autour de ces deux bornes que semble tourner la série, une chose est sûre : ce n’est pas là qu’il faut s’arrêter. Et pas besoin de le faire : il suffit de jeter un œil à n’importe quel épisode pour se rendre compte que ces deux bornes qui avec le titre semblent être celles de la série sont en fait les bornes de la fiction. C’est-à-dire que ces deux termes se placent en fait à son horizon comme ils se placent dans les mentalités au sein du lycée : comme pôles répulsifs. Finalement, comme moments à partir desquels se façonner soi-même. Ce serait une véritable erreur de considérer que c’est le propos de Freaks & Geeks que de regarder la jeunesse à l’aune de ces balises. Au contraire, la série fait preuve d’un véritable tour de force : faire circuler dans cet univers, sans doute l’un des plus cloisonné, le rire, l’humanité ; un pur mouvement en avant.

Freaks & Geeks 20080718 freaksandgeeks2

Balancier, renversement

Il est d’ailleurs bel et bien question de mouvement dans la structure de chaque épisode. De la jeune Lindsay qui laisse de côté ses amis coincés et matheux pour se tourner vers une bande de copains un peu plus fous, on passe à son frère Sam et ses potes dingues de science fiction et de jeux de rôle. Sans cesse, on va de l’un à l’autre, on suit les préoccupations de chacun à ce moment sans doute décisif qu’est l’adolescence.

Comme il y a montage parallèle au sein du lycée entre les deux enfants Weir, il y a aussi des moments où ils se croisent. C’est parfois dans les couloirs qu’ils se rencontrent ; le plus souvent en famille qu’ils se retrouvent, ce qui donne lieu à de très amusantes scènes de famille – généralement à table, le soir. Les personnages du père et de la mère sont en effet des personnages à part entière qui, mettant momentanément le balancier entre Lindsay et Sam en pause, projettent la série dans une autre dimension cependant toujours reliée à l’adolescence : la question des relations entre générations, motif souvent utilisé dans les comédies made by Apatow.

Ce que permet le mouvement global de la série c’est surtout – et une fois de plus ! – de faire circuler dans l’alternance, dans la confrontation, dans le déplacement autour des pôles freaks & geeks une fraîcheur saisissante. Les méchants ne sont jamais ceux qu’on croit, personne ne tient le rôle de bouc émissaire. Les petites starlettes du lycée, gentilles toutefois, apparaissent sans intérêt lorsqu’elles se dévoilent. Les méchants bourreaux rentrent seuls chez eux mais laissent échapper leurs sentiments cachés derrière un buisson.

Le seul poids en somme est celui des deux bornes de la vie des ados. Et précisément, c’est en mentant que la série devient belle : en faisant croire à ces balises pour mieux s’en affranchir, pour mieux naviguer entre elles, pour laisser à ses personnages choisir leur propre route : une autre.

« I don’t give a damn ‘bout my bad reputation »

Freaks & Geeks 20080718 freaksandgeeks1Le dernier épisode est sans doute le plus douloureux, non seulement parce qu’il s’agit avec lui de renoncer à la série mais aussi parce que les scénaristes ont décidé de faire prendre à la vie des personnages un nouveau tour, laissé en suspens, au terme des dix-huit épisodes. Selon un schéma traditionnel, l’élément perturbateur de chaque épisode était surmonté ou ouvrait une autre voie, reprise avec l’épisode suivant. Ici, c’est trop tard : il faut se déprendre de personnages qu’on ne reverra plus et qui changent pour certains du tout au tout. Car il est à proprement parler trop tard ; comme il peut l’être dans la vie.

Et c’est peut-être la plus grande force de Freaks & Geeks que de voir, dans cette douleur de spectateur un peu trop attaché, des retournements s’opérer au dernier moment. C’est là qu’on saisit le pouvoir et la qualité de la série, sa capacité à rendre compte à proprement parler de la vie, que ce soit la notre ou celle qu’on aurait pu avoir. Là où un film ou une autre série s’arrêterait, poserait un point final, Freaks & Geeks s’envole dans la douleur des départs, au milieu de personnages qui n’ont presque pas le temps de se dire au revoir.

On ne peut sans doute rien révéler des intrigues qui se développent au cours des dix-huit épisodes. Ce serait trop gâcher une série qui se regarde lentement, épisode après épisode, pause après pause, tant il faut de temps pour se remettre de ce qu’on vient de voir… La série se découvre comme on découvre une vie en parallèle de la notre, une vie qui ne se soucie pas de sa réputation, mais accueille un autre regard, le notre, pour lui prêter un peu de liberté. Elle se découvre comme on pourrait retrouver une cicatrice oubliée sur notre corps mais que finalement on avait toujours sentie, là.

Ca vous a plu ? Faites tourner !

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Les 10 dernières réactions à cet article

Lire l'intégralité des 9 commentaires

  1. Le 21/07/2008 à 13h55

    J'adore cette série. ça fait plaisir que d'autres partagent mon enthousiasme pour elle
  2. Le 21/07/2008 à 14h25

    ah faudra que je regarde ça ça a l'ai vraiment sympa
  3. Le 21/07/2008 à 17h33

    Citation:
    Posté par Chew_Burtonienne Voir le message
    ça fait plaisir que d'autres partagent mon enthousiasme pour elle
    GRAVE!
    Je me suis rendue compte ce matin en tombant sur cet article (qui est d'ailleurs un bon résumé) que j'ai oublié d'écrire que ça se passe en 80, ce qui est quand même important, ne serait-ce que pour la musique. Je voulais le faire dans ma dernière partie, et je me suis laissée emporter par ce que je voulais dire sur le dernier épisode!

    En passant, je voulais faire un top 8 de mes moments préférés :
    - La fin de l'épisode six, du baiser (attendu depuis le premier épisode) jusqu'à la réplique de Neil, "how come you're the only one riding home with no friend?" Je supprimerais volontiers la dernière scène qui casse un peu le poids de l'épisode. Sublime alternance comique/touchant, qui se renverse en plus de Lindsay à Sam, avec son point culminant dans la réplique de Kim... "you are such a slut!"
    - Quand Nick ouvre la porte à Lindsay sur "Nights in white satin" (épisode . Franchement une des plus belles scènes d'amour que j'ai pu voir, même si elle avorte, peut-être pour ça, peut-être parce qu'elle est si fragile. A ajouter, ce qui va avec, la dernière fois qu'ils se parlent, ce moment si douloureux où elle apprend qu'il ne fume plus, je n'ai jamais pleuré mais c'est sans aucun doute la fois où j'ai été le plus près de le faire.
    - "oh why do people have affairs?", quand le père se pointe dans l'embrasure de la porte. La scène qui m'a le plus fait rire, genre aux éclats, je l'ai montrée à pas mal de gens, à commencer par mon père qui m'y a bien sûr fait penser et qui a bien rigolé lui aussi.
    - La danse de la fin du premier épisode. Quand on ne connaît encore rien de la série et qu'elle se finit sur cet éclat de rire qui se mêle comme d'habitude à une telle douleur (essentielle : un idiot). Là j'ai déjà su que j'adorais cette série.
    - Bill devant la télé au goûter. Le moment où le personnage gagne en ampleur, il gagne un poids considérable rien qu'avec les ralentis. Au début il m'intéressait moins, à partir de ces éclats de rire c'est devenu un de mes personnages préférés.
    - Quand Lindsay jette des oeufs à son frère. La capacité incroyable de cette série à redescendre sur terre quand tout va bien, à peser le pour et le contre entre l'amusement et le sérieux, à confronter famille et amis, la difficulté de tout ça...
    - La fin de l'épisode 13 quand Allan, caché derrière un buisson regarde les quatre guignols (avec la réplique de Gordon trop drôle qui dit grosso modo "that way I don't look like a looser all day" !!!) et dit je crois "man... I just can't do it!" avant de faire demi-tour.
    - Une autre des plus belles scènes d'amour, les retrouvailles entre Daniel et Kim qui terminent l'épisode 15. C'est beau car ils sont si durs d'habitude, et en fait le sont encore tellement même dans les bras l'un de l'autre et en pleurant. A ajouter, la fin, en parallèle avec la dernière scène de Nick & Lindsay, quand on ne sait pas et eux non plus que c'est la fin.

    ETC! Aussi toutes les scènes avec Busy Philipps et Jason Segel, trop longues à recenser, qui sont sans hésiter les deux meilleurs acteurs de la série. Sans oublier Seth Rogen mais qu'on voit peu, peut-être justement pour ça...
  4. Le 21/07/2008 à 17h44

    Fan, depuis un bon moment déjà. :coeur2:
    Tu m'as donné envie de re(re-re-re)garder tous les épisodes en boucles.
  5. Le 22/07/2008 à 08h30

    miss-ter, merci pour tes articles, géniaux à chaque fois. Je ne connais pas du tout cette série, mais ça m'a vraiment donné envie de la regarder.
  6. Le 22/07/2008 à 10h29

    Ca m'a donné envie !
  7. Le 25/07/2008 à 12h40

    Ca me donne envie de revoir cette série (hiii les musiques des Grateful Dead !!), mais l'article ne s'affiche pas.
  8. Le 02/08/2008 à 18h10

    Citation:
    Posté par Nadja Voir le message
    Ca me donne envie de revoir cette série (hiii les musiques des Grateful Dead !!), mais l'article ne s'affiche pas.
    il est revenu
  9. Le 29/03/2010 à 21h02

    Je vous invite à lire l'excellent article de miss-ter sur mon blog!

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