Frankenburger : bientôt « l’adieu au steak » ?

Des steaks de synthèse bientôt dans vos assiettes ? De la viande « élevée en laboratoire » plutôt que des volailles shootées aux antibiotiques ? Quand est-ce qu'on panique ?

Frankenburger : bientôt « l’adieu au steak » ?

L’adieu au steak est un documentaire sur l’industrie agro-alimentaire, particulièrement sur la chaîne de la viande, de l’élevage à la commercialisation du produit. Il sera diffusé ce soir à 20h50 sur Arte.

« Frankenbuger », c’est le surnom donné à un steak réalisé artificiellement à base de cellules souches de bovin — le premier hamburger « élevé en laboratoire ». Une sorte de viande clonée, qui sera présentée à Londres le 5 août prochain.

Le futur dans vos assiettes

Est-ce l’avenir du fast food qui sera prochainement présenté à Londres ? Un steak haché synthétique, obtenu entièrement par une méthode de synthèse, une matière artificielle qui n’a jamais été le muscle d’un animal vivant ?

C’est un chercheur hollandais, Mark Prost, qui a réalisé ce produit à partir de cellules souches bovines. Selon lui, le processus pourra être industrialisé en masse et permettre une réduction de l’émission de gaz à effets de serre et de la cruauté animale liées à l’élevage intensif.

Est-ce un steak ? Est-ce un faux steak ? Est-ce un fromage ? Je n’en sais fichtrement rien, j’ai trouvé cette image dans une photothèque. 

Une chose est sûre, ce n’est pas pour tout de suite. Ce fameux « Frankenburger » a nécessité près de 8 mois de travail, pour un coût avoisinant les 300 000€. On savait déjà que la viande était chère, mais à dix lingots d’or le hamburger, on ne rigole plus !

S’il n’est pas nécessaire de prendre une hypothèque sur sa résidence pour se payer un steak, en revanche, le coût écologique de la production industrielle de viande pose de plus en plus questions.

L’adieu au steak : ce soir à 20h50 sur Arte

La chaîne diffuse ce soir un documentaire de 62 minutes sur l’élevage industriel. D’où vient la viande ? Les animaux ont-ils vu la couleur d’un pâturage, comme le laisse présumer l’emballage du produit transformé ?

Le documentaire promet un aperçu des « coulisses » de cette industrie. Outre-Atlantique, les professionnels de l’agro-alimentaires sont excédés par les reportages « sauvages » réalisés dans les abattoirs par des activistes militants.

En Californie (où le véganisme est largement popularisé), les lobbies de l’élevage industriels font pression pour que soit adoptée une loi criminalisant le fait pour un activiste de mentir sur ses opinions lorsqu’il postule pour un job dans un abattoir. Le but étant d’éviter que des activistes pro-droits des animaux puissent prendre des photos/vidéos compromettantes.

(C’est pas joli à voir, mais il n’y a pas d’images traumatisantes)

Un exemple de scandale causé par un reportage amateur : suite à une vidéo montrant des vaches visiblement abusées/maltraitées, une inspection a été menée par l’administration fédérale (USDA) et un rappel de la viande a été ordonné, pour risques sanitaires. Via Ryot.

De leur côté, les associations de défense des animaux regrettent que les industriels tentent de faire supprimer les documentaires dénonçant les traitements cruels infligés aux animaux, plutôt que d’atteler leur énergie à faire cesser ces traitements cruels.

Mais la cruauté n’est pas le seul grief fait à l’industrie agro-alimentaire et plus précisément à l’élevage industriel. Les inquiétudes grandissent quand aux risques sanitaires liés aux conditions de production, notamment la pratique qui consiste à gaver les volailles d’antibiotiques multiples pour éviter la propagation de maladies (c’est plus facile d’administrer un cocktail d’antibio que de garantir des conditions d’hygiène qui empêcheraient le développement desdites maladies).

Côté américain, des travaux d’investigation sont menés depuis une dizaine d’année. Exemple avec Fast Food Nation ( toujourspas d’images choquantes) :

Fast Food Nation est tiré du livre éponyme, résultat du travail d’investigation du journaliste Eric Schlosser, en 2001. Outre la cruauté envers les animaux, il met en évidence les dangers sanitaires et les légèretés que prennent les industriels avec la santé des consommateurs et des travailleurs.

Le documentaire d’Arte devrait donner un aperçu de la situation en France et en Europe.

Au menu ? Beaucoup d’idées reçues

On entend tout et son contraire sur la consommation de viande. Il faudrait en manger moins, car la viande (rouge, particulièrement) augmenterait les risques de cancer de l’appareil digestif (et notamment du colon).

Mais il faudrait tout de même en consommer un minimum : « 3 fois par semaine », nous avait-on dit au JT de France 2 lors de la crise des « lasagnes au cheval », à l’attention de ceux que la sécurité alimentaire préoccuperait au point d’envisager de renoncer complètement aux protéines animales.

Certains ne plaisantent pas avec l’amour du steak. Pour les autres, il y a aussi les veggie burgers. Comme celui-ci, par exemple, chez East Side Burger

Au milieu de l’intox, il y a tout de même quelques vérités :

  • VRAI – Manger de la viande n’est pas indispensable pour être en bonne santé : les nombreu-x-ses végétarien-ne-s et végétalien-ne-s en sont la preuve vivante. Des pays comme l’Inde comptent une forte proportion de végétarien-ne-s, sans que cela ne pose de soucis de santé aux concerné-e-s.
  • VRAI – Un régime végétarien équilibré augmente l’espérance de vie : les compagnies d’assurance vie anglo-saxonnes ont commencé (depuis 2007) à proposer des contrats plus avantageux aux végétarien-ne-s, car ils et elles représentent un meilleur placement. Ce n’est pas une preuve, mais c’est un signe que les études sur la question sont prises au sérieux. Mais cette affirmation est toute relative. Un fumeur végétarien n’aura pas une meilleure espérance de vie qu’un omnivore non-fumeur, par exemple.
  • FAUX – Le régime végétarien expose à des carences : tous les régimes vous exposent potentiellement à des carences si vous ne vous donnez pas la peine d’équilibrer votre alimentation. On peut manger bien et de tout, comme on peut manger végé et mal. (Par exemple : manger une sous-marque de chips au barbecue à l’heure du goûter. Végé, mais déconseillé !)
  • FAUX – Manger de la viande donne davantage d’énergie : les nombreux athlètes végétariens-liens (dont certains médaillés olympiques !) vous mettent au défi de les battre dans leur discipline. C’est encore une question d’équilibre du régime alimentaire (et d’entraînement, si vous comptez les challenger !)

« Oui je suis vegan. Voulez-vous qu’on discute de l’origine de mes apports en protéines ? »

« Flexitarien » : le bon compromis ?

Le « bon compromis » n’est pas une leçon de morale. Il s’adresse à celles et ceux qui sont philosophiquement d’accord avec le mode de vie végétarien, mais qui, pour des raisons qui leurs sont propres, ne sont pas prêt-e-s (ou n’ont pas envie) à franchir ce pas. Une « conversion » d’autant plus difficile dans nos contrées où la gastronomie est élevée au rang d’art et de religion. Refuser un plat est parfois perçu comme une impolitesse, que dis-je, un outrage au terroir.

Pas de panique ! Les anglo-saxons ont inventé pour nous le « flexitarisme ». Il s’agit de manger végétarien la plupart du temps, notamment quand on mange chez soi, sur le pouce, quand on se fait des Tupperwares pour la pause déjeuner, quand on grignote devant la télé…

Mais quand on sort, quand on est invité-e, quand on se fait un resto entre amis ou un repas de famille, on mange ce qui nous fait plaisir, ce qui est sur la table, ce que nos hôtes ont préparé. La cohésion sociale est ainsi préservée en cas de divergences philosophiques.

Et n’allez pas penser que les flexitariens sont des hypocrites : réduire sa consommation de viande, ne serait-ce qu’un jour par semaine, entraîne déjà des effets positifs sur la santé. Et si cette réduction est suivie à grande échelle, elle produit également une diminution conséquente de la demande industrielle.

C’est ce que promeut l’association Meatless Monday aux États-Unis : faire du lundi un « jour sans viande » pour diminuer l’impact de la consommation de viande sur la santé, et sur l’environnement.

Loin des discours culpabilisateurs qui vous vendent un futur soit entièrement synthétique, soit entièrement végétalien (soit apocalyptique), il est possible d’adopter des comportements éthiques et sains sans se priver. Parce que nous ne sommes pas responsables de l’état du monde actuel, mais que nous serons en partie responsable de la direction qu’il prend.

Et toi, que t’inspire cette viande synthétique ? Véritable progrès de lutte contre la faim dans le monde, ou créature monstrueuse qui mérite bien son surnom de « Frankenburger » ? 

La viande, es-tu prête à t’en passer un jour par semaine (et plus) ou est-ce un aliment indispensable pour toi ? 

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Kafkanorexia_
    Kafkanorexia_, Le 19 octobre 2013 à 21h59

    @greya Je suis d'accord, mais la B12 présente dans la viande vient en partie de compléments donnés aux bêtes. Donc comme tu dis, on peut passer par des compléments. Sauf que trouver des ampoules vegan, en France, c'est un peu le parcours du combattant. :happy:
    La spiruline aide à fixer la B12. Je ne vais pas plus loin me concernant parce que je ne manque de rien. Je n'ai pris de la spiruline et des compléments que pendant un épisode de fracture de la cheville.
    Des personnes seront plus carencées que d'autres, mangeant de la viande ou pas. Ca dépend généralement d'un facteur biologique. :)

    Je suis bien renseignée, sinon, me concernant. :happy:

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