@Beline Cocquillon est timide, mais elle a eu une très bonne idée : adapter la théorie de Ford Madox Ford au forum !
Qui, quoi, pourquoi ? En fait, Monsieur Ford Madox Ford estimait qu'on ne pouvait pas juger un livre d'après sa première page, parce que les auteurs ont tendance à nous en mettre plein les mirettes sur dix lignes pour ensuite adopter un style moins recherché. Donc, d'après ce monsieur, il faut "ouvrir le livre à la page 99", "et la qualité du livre entier vous sera révélée". C'est pas idiot, et ça nous permettra de découvrir de nouveaux bouquins !
Bon, le problème, c'est que tous les livres ne font pas 99 pages, donc @Beline Cocquillon proposait d'adapter le concept à la page 42.
Pour participer, et pour éviter les spoilers, commence par nous donner le nom du livre et son auteur, puis recopie ou photographie la page 42 du livre en question et utilise la balise spoiler pour couvrir le passage (c'est l'icone en forme d'oeil dans ta barre de tache).
Alors, que révèlent les pages 42 ?
Liste des livres cités : La lance de la Destinée de Arnaud Delalande Le mec de la tombe d'à côté, Katarina Mazetti L'histoire sans fin, Michael Ende L'Évangile selon Pilate, Éric-Emmanuel Schmitt 1984, George Orwell Les souvenirs, David Foenkinos. Hygiène de l'assassin, Amélie Nothomb. Les liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos Souad,brûlée vive. Mémoires d'une jeune fille rangée, de Simone de Beauvoir La porte du soleil, Elias Khoury Mémoire de singe et paroles d'homme, Boris Cyrulnik. Lolita - Vladimir Nabokov Extrêmement fort et incroyablement près- Jonathan Safran Foer La Nostalgie de l'Ange d'Alice Sebold
Chagrin d'école de Daniel Pennac La traversée des apparences de Virginia Woolf
Le Trône de Fer (Intégrale 1) Le guide du voyageur galactique de Douglas Adams tome I
La Communauté de l'Anneau Le bro Code, de Barney Stinson The perks of being a wallflower L'ombre du vent de Carlos Ruiz Zafón Roland Dubillard, Les Diablogues et autres inventions à deux voix Vingt Ans Après, D'Alexandre Dumas Hunger Games, tome 1, de Suzanne Collins L'herbe rouge, de Boris Vian. La mécanique du coeur de Mathias Malzieu. Alice aux pays des merveilles de Lewis Carroll. Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, de Harper Lee Guerre et Paix II, Tolstoï Le Pion blanc des présages, Chant 1 de la Belgariade David Eddings Paradis Inhabité de Anna Maria Matute Les mots que j'aime de Philippe Delerm
Lonesome Dove de Larry McMurtry Is Everyone Hanging Out Without me de Mindy Kaling Le portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde.
Du templier, il e restait qu'un squelette grimaçant, vêtu de lambeaux d'étoffe qui avaient dû représenter son manteau s'armes, ainsi que le haubert de mailles dans lequel flottaient les ossements nus. La décomposition avait achevé son oeuvre de longue date.
On retrouvait là le heaume, l'épée ébréchée et le bouclier. Et surtout, le long des côtes décharnées du chevalier, au milieu de ces restes morbides à demi dissimulés par l'ombre, Ludwig Kaas avait extrait un sac de cuire d'environ soixante centimètre par quarante. Lorsqu'il en avait dénoué les lanières, il avait exhumé une grande quantité de rouleaux de parchemins. De rares morceaux étaient encore intacts. A peine l'archéologue avit-il tenté d'ouvrir l'un des parchemins que celui-ci tomba en pluie. Les rouleaux semblaient plus anciens que le templier lui-même.
Kaas et son équipe avaient entrepris de les soustraire au sépulcre, de façon à sauver ce qui pouvait l'être.Une équipe du vatican les examinerait dès que possible. Mail il fallait en convenir : au regard des études menées sur le tombeau de Pierre, il était évident que les parchemins du templier n'était pas prioritaires. Tout au plus seraient-ils inventoriés dans l'attente d'une analyse convenable. Bien qu'ils eussent éprouvé une rare jubilation, les archéologues étaient loin d'imaginer qu'ils venaient d'exhumer le témoignage de Longinus.
J'ai arrêté un peu avant le fin parce que c'est long à écrire.
Allez j'me lance avec ma page 42 :dada: Le mec de la tombe d'à côté, Katarina Mazetti
Spoiler !
Örjan se donnait beaucoup de peine avec des préludes qui ne duraient jamais moins d'une demi-heure et moi, je restai sèche comme du papier de verre numéro cinq, c'est dire si nous grincions.
Bien sûr que je n'ai jamais connu Örjan.
Ce n'est pas qu'il gardait les choses secrètes - sur demande, il énumérait gentiment tout ce que je voulais savoir, depuis ses sympathies pour tel parti politique jusqu'au nom de jeune fille de sa mère. Mais...
"Les personnes sur les photos n'ont aucun rapport avec le contenu de l'article", peut-on lire parfois dans les magazines. Voilà ce qui résumait en quelque sorte Örjan. Si bien que je cessai de poser des questions.
Il ne me demandait pas grand-chose non plus, et quand il le faisait, on voyait s'afficher JE MANIFESTE DE L’INTÉRÊT sur son front. Si bien que je cessai aussi de répondre. Ce qui n'a pas semblé le déranger beaucoup.
Les moments où nous nous sentions le plus proches, c'était quand nous parlions d'amis et de connaissances qui divorçaient après des séances houleuses chez le conseiller conjugal. Nous adorions passer en revue leurs erreurs et les retourner en tous sens. Il nous arrivait alors parfois d'aller nous fourrer sous la couette à la housse design, et je grinçais moins que d'habitude. Mais Örjan avait beau s'échiner sur mes zones érogènes, jamais, jamais un ovule ne faisait de sauts périlleux dans mon ventre.
Je commençai vraiment à me geler les fesses sur le banc du cimetière et je suis partie. Aucun Forestier aujourd'hui, ha ha ! Les deux fois suivantes, il n'y était pas non plus.
Mais euuuh j'suis pas si timide ! C'surtout que je savais pas comment faire mais maintenant c'est touuut beauuu ! Merci @Yana !
__________________
Béline Cocquillon, graphiste en carton, enchantée !
Signes particuliers : aime la rigolade et les coquillettes.
3 Filles ont envoyé un Big up ! à Beline Cocquillon :
: Enid (26/01/2012), Laumie (26/01/2012), Nirvanette (26/01/2012)
Je sens que je vais adorer ce topic et transcrire ici les pages 42 de bon nombre de livres!
L'Évangile selon Pilate, Éric-Emmanuel Schmitt
Spoiler !
Le bruit sec et furtif d'un lézard se faufilant dans les broussailles me fit sursauter. En un instant, j'étais remonté du coeur de la Terre.
Combien d'heures s'étaient écoulées?
La nuit s'étalait en paix devant moi, comme un repos donné au sable brûlé, aux herbes sèches, récompense quotidienne.
J'étais bien. Je n'avais plus ni soif ni faim. Aucune tension ne me torturait. J'éprouvais un rassasiement essentiel.
Je ne m'étais pas trouvé, moi, au fond de ce désert. Non. J'avais trouvé Dieu.
Dès lors, chaque jour je refis le voyage immobile. Je grimpais sur le monticule et plongeais à l'intérieur de moi. J'allais vérifier le secret.
Je rejoignais l'insoutenable lumière, je me jetais dans ses bras où je passais un temps qu'on ne peut pas compter.
Cette clarté, je l'avais aperçue quelquefois, fugitivement, lors d'une prière d'enfance, sous l'éclat d'un regard, je savais qu'elle chauffait le monde, mais je n'avais pas imaginé qu'elle fût accessible. Il y a en moi plus que moi. Il y a en moi un être qui n'est pas moi et qui cependant ne m'est pas étranger. Il y a en moi un fond qui me dépasse et me constitue, un tout inconnu d'où part toute connaissance, une immensité incompréhensible qui rend possible toute compréhension, une unité dont je dérive, un Père dont je suis le Fils.
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Faire confiance aux hommes c'est déjà se tuer un peu.
3 Filles ont envoyé un Big up ! à Louberry :
: Gustave (25/01/2012), Nirvanette (26/01/2012), Tristana (25/01/2012)
Winston se demande de nouveau pour qui il écrivait son journal. Pour l'avenir ? Pour le passé ? Pour un âge qui pourrait n'être qu'imaginaire ? Il avait devant lui la perspective, non de la mort, mais de l'anéantissement. Son journal serait réduit en cendres et lui-même en vapeur. Seule, la Police de la Pensée lirait ce qu'il aurait écrit avant de l'effacer de l'existence et de la mémoire. Comment pourrait-on faire appel au futur alors que pas une trace, pas même un mot anonyme griffoné sur un bout de papier ne pouvait matériellement survivre ?
Le télécran sonna quatorze heures. Winston devait partir dans dix minutes. Il lui fallait être à son travail à quatorze heures trente.
Curieusement, le carillon de l'heure parut lui communiquer un courage nouveau. C'était un fantôme solitaire qui exprimait une vérité que personne n'entendrait jamais. Mais aussi longtemps qu'il l'exprimerait, la continuité, par quelque obscur processus, ne serait pas brisée. Ce n'était pas en se faisant entendre, mais en conservant son équilibre que l'on portait plus loin l'héritage humain. Winston retourna à sa plume et écrivit : Au futur ou au passé, au temps où la pensée est libre, où les hommes sont dissemblables mais ne sont pas solitaires, au temps où la vérité existe, où ce qui est fait ne peut être défait.
De l'âge de l'uniformité, de l'âge de la solitude, de l'âge de Big Brother, de l'âge de la double pensée.
Salut !
__________________ "Did I mention it also travels in time ?"
Je n'osais lui dire que j'avais tenté maintes fois d'écrire un roman sur la collaboration. Sur les derniiers jours des collaborateurs, juste avant l'épuration. Quand tous les petits chefs de l'Occupation se sont retrouvés subitement traqués. J'avais pris de nombreuses notes sur la fuite de Robert Brasillach, quand il était cahé dans une chambre de bonne. Et qu'on avait arrété sa mère pour le faire sortir. Je pensais si souvent à ces jours de la chute. Et puis j'avais tenté d'écrire cette scène où De Gaulle,seul dans son bureau, avait décidé du sort de Brasillach. Avait décidé de sa condamnation à mort. Je pensais à ce soldat vaillant, immense combattant, général devenu chef de la France libre qui, subitement, se retrouvait à couper une tête avec son stylo. J'avais envie d'écrire ce roman juste pour cette scène là. J'y pensais tellement que c'était devenu impossible. L'obsession est contre productive. C'est valable aussi avec les femmes. Et puis, j'avais pris trop de notes pour écrire ce roman. En tout cas, j'avais utilisé ce prétexte pour renoncer à mon projet. Et il faut trouver de bons prétextes pour mettre un terme à une ambition, sans avoir à se dire : "je n'en suis pas capable".
Gérard (mon patron m'avait demandé de l'appeler par son prénom) était venu m'apporter ce soir-là un ventilateur :
"Je ne pouvais pas te laisser travailler dans ces conditions. On a l'impression d'être tout le temps dans le métro. A l'heure de pointe.
- Ah oui, c'est vrai.
- Ou on se croirait dans un sauna. Comme si on était enfermé à clef dans un sauna.
- Ah oui c'est pas faux, ça ressemble aussi à ça.
- Ou dans le desert du Nevada ! Oh oui, c'est ça.
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L'avenir de l'homme est la femme, elle est sa rumeur et son bruit. Et sans elle il n'est que Blasphème. Aragon Marraine de Sunbaker.
— Ont offert un Big up ! à ce post
: Nirvanette (26/01/2012)
Hygiène de l'assassin, Amélie Nothomb.
Je vous fait la page 41, elle est mieux.
Pour resituer, Tach est un auteur qui se fait interviewer par un journaliste et qui le manipule comme un enfant.
Spoiler !
Mais ne vous en faites pas, je ne gaspille rien, n'allez pas croire que je jette les délicates viandes. Après cette longue ébullition, elles ont gagné en onctuosité ce qu'elles ont perdu en suc : c'est un régal que les croupions de poulet dont le gras jaune a acquis une consistance spongieuse... Qu'avez-vous donc ?
- Je... je ne sais pas. De la claustrophobie, peut être. Ne pourrait on pas ouvrir une fenêtre ?
- Ouvrir une fenêtre, un 15 janvier ? Vous n'y pensez pas. Cet oxygène vous tuerait. Non, je sais ce qu'il faut dans votre cas.
- Permetez que je sorte un instant.
- Pas question, restez au chaud. Je vais vous préparer un alexandra à ma façon, avec du beurre fondu.
A ces mots, le teint livide du journaliste vira au vert : il décampa en courant, plié en deux, la main sur la bouche.
Tach roula plein gaz jusqu'à la fenêtre qui donnait sur la rue et eut la satisfaction intense de contempler le malheureux vomir à genoux, terrassé.
L'obèse murmura dans ses quatre mentons, en jubilant :
- Quand on est une petite nature, on ne vient pas se mesurer à Prétextat Tach.
Occulté derrière le rideau de voile, il pouvait se livrer au délice de voir sans être vu, et il vit deux hommes jaillir du café d'en face et se précipiter vers leur collège qui, les entrailles vidées, gisait à même le trottoir à côté de son magnétophone qu'il n'avait pas éteint : il avait donc enregistré le bruit du vomissement.
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L'avenir de l'homme est la femme, elle est sa rumeur et son bruit. Et sans elle il n'est que Blasphème. Aragon Marraine de Sunbaker.
5 Filles ont envoyé un Big up ! à Caliodë :
: Desdemone (26/01/2012), Devotchka (26/02/2012), Enid (26/01/2012), Nirvanette (26/01/2012), Quistis (26/01/2012)
LETTRE 6 LE VICOMPTE DE VALMONT
A LA MARQUISE DE MERTEUIL
Il n'est donc point de femme qui n'abuse de l'empire qu'elle a su prendre ! Et vous-même, vous que je nommai si souvent mon indulgente amie, vous cessez enfin de l'être, et vous ne craignez pas de l'attaquer dans l'objet de mes affections ! De quels traits vous osez peindre Mme de Tourvel !... quel homme n'eût point payé de sa vie cette insolente audace ? à quelle autre femme qu'à vous n'eût-elle pas valu au moins une noirceur ? De grâce, ne me mettez plus à d'aussi rudes épreuves ; je ne répondrais pas de les soutenir. Au nom de l'amitié, attendez que j'aie eu cette femme, si vous voulez en médire. Ne savez-vous pas que la seule volupté a le droit de détacher le bandeau de l'amour ?
Mais que dis-je ? Mme de Tourvel a-t-elle besoin d'illusion ? non ; pour être adorable il lui suffit d'être elle-même. Vous lui reprochez de se mettre mal ; je le crois bien : toute parure lui nuit ; tout ce qui la cache la dépare. C'est dans l'abandon du négligé qu'elle est vraiment ravissante. Grâce aux chaleurs accablantes que nous éprouvons, un déshabillé de simple toile me laisse voir sa taille ronde et souple. UUne seule mousseline couvre sa gorge ; et mes regards furtifs, mais pénétrants, en ont déjà saisi les formes enchanteresses. Sa figure, dites vous, n'a nulle expression. Et qu'exprimerait-elle, dans les moments où rien ne parle à son coeur ? Non, sans doute, elle n'a point, comme nos femmes coquettes, ce regard menteur qui séduit quelquefois et nous trompe toujours. Elle ne sait couvrir le vide d'une phrase par un sourire étudié ; et quoiqu'elle ait les plus belles dents du monde, elle ne rit que de ce qui l'amuse. Mais il fait voir comme, dans les folâtres jeux, elle offre l'image d'une gaîté naïve et franche !
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L'avenir de l'homme est la femme, elle est sa rumeur et son bruit. Et sans elle il n'est que Blasphème. Aragon Marraine de Sunbaker.
Ma lecture de ce soir ? Mon prépabac littérature. om:
Ainsi, en page 42, j'ai pu apprendre que pour étudier un personnage il faut vérifier ou non s'il est narrateur et chercher par quel point de vue il est présenté, car ces données jouent sur la perception du lecteur : l'objectivité de son jugement sera plus grande pour un personnage narrateur ou un personnage en focalisation interne car le regard de l'auteur, d'un narrateur extérieur ou d'un autre personnage ne l'influencera pas.
Je ne suis pas sûre d'avoir tout compris, mais je me rassure en me disant que je prendrai De Gaulle le jour J du bac et que, par conséquent, je n'aurai presque pas de commentaire stylistique à faire dessus, puisque le narrateur c'est De Gaulle épicétou, rien d'autre. (Les autres terminales L me comprendront, je suppose...)
Ah,il est trop cool ce topic! J'ai jamais osé poster,mais là,je me lance!
Souad,brûlée vive.
Spoiler !
Une fois,c'était une période ou il y avait six vaches dans l'écurie,je
me suis endormie,accrochée au seau,la patte de la vache coincée entre mes
jambes.Mon père est arrivé par malheur et a crié "Charmuta! Pute!".Il m'a trainé
par terre dans l'écurie,par les cheveux,et j'ai pris une raclée à coups de
ceinture.Je la maudissais cette ceinture de cuir,large,qu'il portait toujours
autour de la taille avec une autre plus petite.La toute petite cinglait trés
fort.Il frappait à tour de bras en la tenant par le bout comme une corde.Quand
il se servait de la grande,il devait la plier en deux,elle était trop lourde.Je
le suppliais et je pleurais de douleur,mais plus je disais que j'avais mal,plus
il frappait en me traitant de pute.
Je pleurais encore le soir,au moment du repas.Ma mère a essayé de me
questionner.Elle voyait bien qu'il avait frappé trés fort ce soir-là,mais il
s'est mis cogner sur elle aussi,en lui disant que ça ne la regardait
pas,qu'elle n'avait pas besoin se savoir pourquoi j'avais été battue,parce que
moi je le savais.
Une journée ordinaire la maison,c'était au moins une gifle ou un coup
de pied sous pretexte que je ne travaillais pas assez vite,que l'eau du thé
avait mis trop longtemps à chauffer...Parfois j'arrivais à esquiver la claque
sur la tête mais pas souvent.Je ne me souviens pas si ma soeur Kaïnat était
battue autant que moi,mais je pense que oui,parce qu'elle avait aussi peur que
moi.
J'ai gardé ce reflexe de travailler vite,et de marcher vite,comme si une
ceinture me guettait en permanence.Un âne sur le chemin avance à coups de
bâton.Si le batonn s'arrête,il s'arrête.C'était pareil pour nous,sauf que mon
père frappait beaucoup plus fort que sur un âne.J'ai encore été frappée le
lendemain,par principe,pour que je n'oublie pas la raclée de la veille.Pour que
je continue d'avancer sans m'endormir,comme l'âne sur le chemin.
Mémoires d'une jeune fille rangée, de Simone de Beauvoir
Spoiler !
La vertu me gagnait; plus de colères ni de caprices: on m'avait expliqué qu'il dépendait de ma sagesse et de ma piété que Dieu sauvât la France. Quand l'aumônier du cours désir m'eut prise en main, je devins une petite fille modèle. Il était jeune, pâle, infiniment suave. Il m'admit au catéchisme et m'initia aux douceurs de la confession. Je m'agenouillai en face de lui dans une petite chapelle et je répondis avec zèle à ses questions. Je ne sais plus du tout ce que je lui racontai, mais devant ma sœur qui me le répétait il félicita maman de ma belle âme. Je m'épris de cette âme que j'imaginais blanche et rayonnant comme l'hostie dans l'ostensoir. J'amassai des mérites. L'abbé Martin nous distribua au début de l'Avent des images représentant un enfant Jésus: à chaque bonne action, nous perforions d'un coup d'épingle les contours du dessin tracé à l'encre violette. Le jour de Noël, nous devions déposer nos cartons dans la crèche qui brillait au fond de la grande chapelle. J'inventai toutes espèces de mortifications, de sacrifices, de conduites édifiantes afin que le mien fût criblé de trous. Ces exploits agaçaient Louise. Mais maman et ces demoiselles m'encourageaient. J'entrai dans une confrérie enfantine, "Les anges de la Passion", ce qui me donna le droit de porter un scapulaire, et le devoir de méditer sur les sept douleurs de la Vierge. Conformément aux récentes instructions de Pie X, je préparai ma communion privée; je suivis une retraite. Je ne compris pas bien pourquoi les pharisiens, dont le nom ressemblait de façon troublante à celui des habitants de Paris, s'étaient acharnés contre Jésus, mais je compatis à ses malheurs.
6 Filles ont envoyé un Big up ! à Pavlova :
: Anwem (26/01/2012), Blue.Bird (27/01/2012), bonbec (23/05/2012), Enid (26/01/2012), Nirvanette (26/01/2012), SickGirl (26/01/2012)
Il est question dans ce livre d'un ancien membre de la résistance palestinienne au Liban, baigné dans un coma profond, et de son ami.
L'ami met en oeuvre une thérapie par la parole afin de tirer son ami du coma.
La page 42 ne fait que quelques lignes et c'est drôle parce que j'avais déjà mis un petit marque page adhésif afin de ne pas la perdre
Spoiler !
Je suis fatigué de tout. De ta maladie, de ton aspect pitoyable. Je suis fatiguée de prier pour toi.
Tu sais que je prie?
Ma grand-mère disait que prier c'est dérouler nos mots comme un tapis par terre. Et moi je déroule mes mots afin que tu marches dessus.
Pourquoi est-ce que tu ne te lèves pas enfin ?
4 Filles ont envoyé un Big up ! à Nirvanette :
: Caliodë (26/01/2012), Dyingsong (29/01/2012), Moz (16/02/2012), Quistis (26/01/2012)
Mémoire de singe et paroles d'homme, Boris Cyrulnik.
C'est un livre dans lequel l'éthologue explique que certains comportements ont des origines biologiques, et fait beaucoup de comparaisons avec les animaux et leurs comportements face aux souffrances psychiques.
Spoiler !
Le résultat n'est pas toujours aussi tragique? J'ai connu à l'hôpital psychiatrique un homme qui, depuis quatorze aux, refusait de quitter son lit. Il s'indignait parce que les infirmiers et les autres pensionnaires ne prenaient pas au sérieux ses douleurs. Il avait mal à la tête, au dos, au ventre, à la nuque, et surtout aux jambes. Ses souffrances étaient atroces et le patient suffoquait qu'on pût en rire. Son calvaire prenait fin tous les dimanches ; il se toilettait, se décorait, se parfumait et prenait son vélomoteur pour aller danser dans les bals du village. LE lundi matin, ses souffrances reprenaient.
Ce comportement curieux avait reçu de savantes interprétations psychanalytiques. Mais personnes ne s'était étonné de ses joues sans barbe, de ses hanches larges et de son début de poitrine féminine. Un examen avait montré un scrotum vide, un tout petit pénis et une totale absence d'odorat. Des examens approfondis avaient confirmé l'existence d'une malformation très rare du bulbe olfactif qui avait entrainé l'absence de synthèse des hormones sexuelles.
Les médecins militaires l'avaient réformé et, dès lors, bouleversé, cet homme avait erré à la recherche de son identité sexuelle. D'abord, il avait tenté de s'affirmer par un donjuantisme frénétique qui ne pouvait qu'aggraver sa frustration? Puis, l'alcool 'a tenté? Autre déception car son manque d'odorat l'empechait d'apprécier la bouteille. Les services de spécialités m'édicales ont offert un sens momentané à ses difficultés psychiques : on s'interessait à lui tant qu'il était malade. Mais bien vite, la sanction tombait : "Monsieur, vous n'avez rien." Jusqu'au jour où il a découvert l'hopital psychiatrique? Il a pu s'y réfugier et gémir agressivement pendant quatorze ans.
Quand le diagnostic a été fait, la chose a été nommée : dysplasie olfacto-génitale de de Morsier. D'abord, il y a eut un moment d'incrédulité. Certains medecins ont même prétendu qu'on s'amusait de ce patient. Mais les examens arrivaient. La faculté confirmait le diagnostic.
Nommer la chose a completement transformer l'attitude des témoins : ce n'était donc pasde la comédie, c'était une vraie maladie. L'entourage étonné a cessé de se moquer. Le patient, reconnu dans sa maladie, a d'abord savouré une juste revanche puis son comportement s'est transformé. Cette maladie lui donnait une identité, un substitut d'être sexuel. Il n'était ni homme, ni femme, il était "dysplasie olfacto-génitale."
Il a écrit au professeur de Morsier qui lui a répondu une longue et gentille lettre. Dans son enthousiasme, il a même envisagé de fonder une association mondiale de syndromes olfacto-génitaux. Il est redevenu actif, entreprenant, souriant. Deux mois plus tard, il se trouvait un travail et quittait l'hôpital psychiatrique.
Guéri par un nom.
J'ai un peu dépassé mais je voulais vous donner le cas entier
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L'avenir de l'homme est la femme, elle est sa rumeur et son bruit. Et sans elle il n'est que Blasphème. Aragon Marraine de Sunbaker.
3 Filles ont envoyé un Big up ! à Caliodë :
: Hollie (26/01/2012), Moz (16/02/2012), Nirvanette (26/01/2012)
(Probablement le roman le plus bouleversant que j'ai pu lire)
Spoiler !
Durant mes années de faculté, à Londres et à Paris, les filles vénales me suffirent. Mes études furent méticuleuses et intenses bien qu'en vérité assez peu fécondes. J'avais d'abord projeté, comme tant d'autres talents manqués*, de préparer un diplôme de psychiatrie, mais j'étais encore trop manqué* pour cela ; une étrange lassitude, je me sens si oppressé, docteur, survint alors, et je me rabattis sur la littérature anglaise, où se réfugient tant de poètes frustrés qui, endossant la veste de tweed, et fumant la pipe, deviennent professeurs. Paris me convint à merveille. J'y discutai du cinéma soviétiques avec des expatriés, m'installai aux Deux magots avec des uranistes, publiai des essais tortueux dans d'obscures revues. Je composai des pastiches :
...Fräulein von Kulp a beau se retourner, la main sur la porte ; je ne la suivrai pas. Ni Fresca. Ni cette Mouette.
Un de mes essais intitulé "Le thème proustien dans une lettre de Keats à Benjamin Bailey" fut salué par les gloussements hilares des six ou sept intellectuels qui le lurent. J'entrepris pour le compte d'un éditeur bien en vue, une Histoire abrégée de la poésie anglaise* et m'attelai ensuite à la compilation de ce manuel de littérature française à l'usage des étudiants anglophones (avec des comparaisons tirées d'auteurs anglais) qui allait m'occuper durant les années quarante -- et dont le dernier volume était presque prêt à mettre sous presse lors de mon arrestation.
__________________ " Because I've got you, under my skin."
homme qui, après avoir tiré un coup de pistolet, levait le canon près de ses lèvres et soufflait.
Lindsey s'est levée puis a déambulé dans les couloirs, les seuls endroits où elle avait la paix. Les secrétaires étaient alors de l'autre côté de la porte, les profs devant les élèves, ces derniers derrière leurs tables, nos parents à la maison, la police en route. Elle ne craquerait pas. Je l'ai regardée, j'ai senti les mots qu'elle n'arrêtait pas de se répéter mentalement. Bien. Tout va bien. J'étais morte, mais c'était normal, les gens mouraient tout le temps. Quand elle a quitté le bureau des secrétaires, on aurait pu imaginer qu'elle les regardait dans les yeux, alors qu'en fait elle se concentrait sur leur rouge à lèvres mal appliqué ou bien leur tailleur en crêpe de Chine à motifs indiens.
A la maison, le soir, elle s'est allongée par terre dans sa chambre et a coincé ses pieds sous le bureau. Puis elle a fait dix abdominaux. Ensuite, elle s'est préparée à faire des pompes. Pas du genre que font les filles ; Mr Dewitt lui avait montré celles qu'il faisait dans les Marines, tête levée, sur une seule main, en les frappant ensuite l'une contre l'autre entre deux pompes. Après qu'elle en eut fait dix, Lindsey s'est dirigée vers son étagère et y a pris les deux livres les plus lourds, son dictionnaire et un atlas. Elle a joué des biceps jusqu'à ce que ses bras lui fassent mal. Elle s'est concentrée essentiellement sur sa respiration. Inspirer. Expirer.
Je me suis assise dans le kiosque de jardin de la grand-place de mon paradis (nos voisins, les O'Dwyer, en avaient eu un, que je leur avais envié toutes ces années) et j'ai contemplé la rage froide de ma soeur.
Quelques heures avant ma mort, ma mère avait mis sur le frigo un dessin fait par Buckley, où une épaisse ligne bleue séparait l'air et le sol. Les jours suivants, j'ai regardé ma famille faire les cent pas devant ce dessin et je suis convaincue que cette épaisse ligne bleue était
Ca pourrait être sympa de faire un récapitulatif de tous les livres proposés, non ?
__________________
"Enfonce toi dans l'inconnu qui creuse. Oblige toi à tournoyer" UNFORGETTABLE WAY
2 Filles ont envoyé un Big up ! à Hollie :
: Illusions (26/01/2012), Nirvanette (26/01/2012)
@Oskar. Ton pseudo fait une jolie coïncidence avec ta lecture du moment ! (ou bien, c'est l'inverse ? Ta lecture du moment à inspiré ton pseudo) Bon choix dans tous les cas. (pour les 2!)
__________________ On est toujours tenté de croire qu'on est le seul : le seul à se trouver seul, le seul à être bête, malhabile, malheureux et un peu trop mal à l'aise.
— Ont offert un Big up ! à ce post
: Oskar. (26/01/2012)
@Oskar. Ton pseudo fait une jolie coïncidence avec ta lecture du moment ! (ou bien, c'est l'inverse ? Ta lecture du moment à inspiré ton pseudo) Bon choix dans tous les cas. (pour les 2!)
En fait mon pseudo est directement tiré de ma lecture, c'est mon livre préféré, je le collectionne même dans toutes les éditions que je trouve
Oskar est juste une de mes plus belles rencontres littéraires!
Et merci
__________________ J'accroche un sourire sur ton beau visage et je m'en vais.
"Le vent ça abîme les cheveux ? Rolala, pense au pauvre Clark Kent : quand il court super vite, ça fait plein de vent, il doit avoir de ces fourches, le pauvre !" (Opiium)