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30/07/2006, 20h39
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#36 (Lien permanent)
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Adooore les sushis
AnimeuZ en sommeil
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Extrait de la nouvelle Erostrate de Sartre
Citation:
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Vous vous délectez, quand votre voisin prend une tasse sur la table, parce qu'il y a une manière de prendre qui est proprement humaine et que vous avez souvent décrite dans vos ouvrages, moins souple, moins rapide que celle du singe, mais, n'est-ce-pas? tellement plus intelligente. Vous aimez aussi la chair de l'homme, son allure de grand blessé en rééducation, son air de réinventer la marche à chaque pas et son fameux regard que les fauves ne peuvent supporter. Il vous a donc été facile de trouver l'accent qui convient pour parler à l'homme de lui-même: un accent pudique mais éperdu. Les gens se jettent sur vos livres avec gourmandise, ils les lisent dans un bon fauteuil, ils pensent au grand amour malheureux et discret que vous leur portez et ça les console de bien des choses, d'être laids, d'être laches, d'être cocus, de n'avoir pas reçu d'augmentation au premier janvier. Et l'on dit volontiers de votre dernier roman : c'est une bonne action. Vous serez curieux de savoir, je suppose, ce que peut être un homme qui n'aime pas les hommes. Eh bien, c'est moi, et je les aime si peu que je vais tout à l'heure en tuer une demi-douzaine : peut-être vous demanderez-vous : pourquoi seulement une demi-douzaine ? Parce que mon revolver n'a que six cartouches. Voilà une monstruosité n'est-ce pas?
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Extrait du Printemps romain de Mrs Stone de Tennessee Williams :
Citation:
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L'ombre d'une solitude mystérieuse hantait l'union des Stone - ombre que connait toute liaison factice. Les doigts impatients n'étreignent qu'un fantome, les lèvres affamées baisent des bouches d'ombre. La mère est déjà morte et l'enfant n'est pas né, mais une tendresse pathétique enveloppe ces mensonges. S'ils avaient continué de vivre à New-York leur existence-vedette, peut-être le pathétique n'aurait-il pas franchi les limites de leur inconscient, vague comme un enfant que Karen n'eut pas mis au monde; mais l'interruption brusque de leurs habitudes, le départ pour cet interminable voyage, la soudaine disparition de leurs armures rassurantes : théatre, réceptions, bureaux et cette obsédante insuffisance permirent à l'ombre de leur solitude de se préciser lentement, comme un souffle se change en buée. Alors, une sorte de brouillard gris, se mit à flotter entre eux. Et ils échangeaient à travers ce brouillard de rapides sourires complices et de brèves paroles rassurantes.
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Et deux extraits des Tropiques du Capricorne de Miller :
Citation:
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Parfois, au milieu des révolutions incessante de la roue, il m'était donné d'entr'apercevoir la nature du saut qu'il me faudrait faire. Se dégager d'un bond du mécanisme d'horlogerie -telle était la pensée libératrice. Etre quelque chose de plus (quelque chose de différent) que le maniaque le plus brillant de ce monde ! La fable de l'homme de ce monde m'ennuyait. La conquete, fut-ce la conquete du mal, m'ennuyait. Rayonner la bonté, c'est merveilleux, parce que tonique , revigorant, vivifiant. Mais être simplement, c'est encore plus merveilleux parce que cela n'a pas de fin et parce que cela ne demande aucune démonstration. Etre, c'est une musique, une profanation du silence pour le plus grand profit du silence; être, cela se situe donc par-delà le bien et le mal. La musique, c'est la manifestation de l'action sans l'activité. C'est l'acte de création dans toute sa pureté, se baignant dans son propre sein. La musique ne stimule pas plus qu'elle n'interdit, ne cherche ni explique. La musique, c'est l'écho silencieux du nageur dans l'océan de la conscience. C'est une récompense qui ne peut être accordée que par soi-même à soi-même. C'est le don du dieu que l'on est, parce que ce Dieu a cessé de penser à Dieu. C'est un augure du dieu que chacun finira par devenir en temps opportun, quand tout ce qui est finira par être, au-delà de toute imagination.
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Citation:
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Quelques brèves années m'ont suffi pour accumuler des siècles et des siècles d'expérience, mais cette expérience a été gachée parce que je n'en avais nul besoin. On m'avait déjà crucifié; je portais déjà les stigmates; j'étais né libre de tout besoin de souffrir -et pourtant je ne voyais pas d'autre moyen d'avancer en luttant, si ce n'était de répéter la grande tragédie. Toute mon intelligence se dressait contre cette idée. Il était vain de souffrir, me ressassait sans fin mon intelligence, mais je continuais à souffrir volontairement. La souffrance ne m'a jamais rien enseigné; il se peut qu'elle reste nécessaire à d'autres; pour moi elle n'est rien de plus qu'une démonstration par l'algèbre de l'impuissance à s'adapter dans le cadre de la vie spirituelle. Tout le drame que l'homme moderne a entreperis de jouer jusqu'au bout par le truchement de la souffrance, n'existe pas pour moi, n'a jamais existé en fait. Tous mes calvaires n'ont été que crucifixions en rose, pseudo-tragédies tout juste bonnes à entretenir la flamme haute et claire des feux de l'enfer, à l'intention des véritables pêcheurs qui sont en danger d'être oubliés.
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30/07/2006, 21h09
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#37 (Lien permanent)
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Puget inside
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J'avais été marquée par le passage cité de L'Attrape-coeurs, et puis ceux de Lolita et d' Aurélien. Evidemment.
Sinon, dans Madame Bovary, de Flaubert (Deuxième partie, chapitre VIII):
Citation:
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Il se rencontre un jour, répéta Rodolphe, un jour, tout à coup, et quand on en désespérait. Alors des horizons s'entrouvrent, c'est comme une voix qui crie: "Le voilà!" Vous sentez le besoin de faire à cette personne la confidence de votre vie, de lui donner tout, de lui sacrifier tout! On ne s'explique pas, on se devine. On s'est entrevu dans ses rêves. (Et il la regardait.) Enfin, il est là, ce trésor que l'on a tant cherché, là, devant vous ; il brille, il étincelle. Cependant on en doute encore, on n'ose y croire ; on en reste ébloui, comme si l'on sortait des ténèbres à la lumière.
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Et après..., de Guillaume Musso (Chapitre 11)
Citation:
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Mais, contrairement à ce qu'il avait longtemps cru, il savait désormais que l'argent ne lui suffisait pas. Il lui fallait quelqu'un avec qui le partager. Sans une main pour l'accompagner, il ne voulait plus aller nulle part ; sans une voix pour lui répondre, il n'était que silence ; sans un visage en face du sien, il n'existait plus.
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You say it best when you say nothing at all.
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30/07/2006, 21h49
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#38 (Lien permanent)
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EcriveuZ madmoiZelle
EcriveuZ madmoiZelle
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Un petit de La Faim de Knut Hamsun :
Citation:
"Votre nom ? demanda l'inspecteur de service.
_ Tangen... Andreas Tangen."
Je ne sais pourquoi je mentis. Mes pensées flottaient éparses, et il me venait plus d'impulsions bizarres qu'il n'était bon. J'inventai sur-le-champ ce nom très différent du mien et le lançai dans l'espace sans aucune préméditation. Je mentis sans nécessité.
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30/07/2006, 22h05
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#39 (Lien permanent)
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Adooore les sushis
AnimeuZ en sommeil
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Marianne (Miss-Ter), il y a une question qui me vient à l'esprit, les extraits que tu cites, pourquoi ceux-là particulièrement ?
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30/07/2006, 22h16
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#40 (Lien permanent)
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*Pétage de plombs inside*
EcriveuZ madmoiZelle
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J'ai retrouvé des vieux cahiers.
Si ça intéresse quelqu'un, j'ai des dizaines et des dizaines de citations de La condition humaine, Tous les hommes sont mortels, Les Faux Monnayeurs, La Nausée.
Citation:
Et c'était vrai, je m'en étais toujours rendu compte : je n'avais pas le droit d'exister. J'étais apparu par hasard, j'existais comme une pierre, une plante, un microbe. Ma vie poussait au petit bonheur et dans tous les sens.
La Nausée, Sartre
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Citation:
Reserving judgements is a matter of infinite hope.
The Great Gatsby, Fitzgerald
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(désolée pour l'anglais approximatif, c'est de mémoire, j'ai entendu cette phrase vingt-cinq fois cette année)
Citation:
On est puceau de l'horreur comme on l'est de la volupté.
Voyage au bout de la nuit, Céline
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(une de mes phrases préférées)
Citation:
Et bien que la soirée n'ait été aucunement romantique, elle me prend dans ses bras, et cette fois émane d'elle une chaleur à laquelle je ne suis pas accoutumé. J'ai tellement l'habitude d'imaginer les choses comme sur un écran de cinéma, à voir les évènements et les gens comme s'ils faisaient partie d'un film, qu'il me semble soudain entendre jouer un orchestre, voir littéralement la caméra s'approcher en travelling et tourner autour de nous, tandis que des feux d'artifice éclatent au ralenti dans le ciel et que ses lèvres en soixante-dix millimètres s'écartent pour murmurer l'inévitable "je te veux" en Dolby Stereo.
American Psycho, Bret Easton Ellis
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Citation:
S'il suffit d'imaginer qu'on aime pour aimer ainsi suffit-il de se dire qu'on imagine aimer, quand on aime, pour aussitôt aimer un peu moins, et même pour se détacher un peu de ce qu'on aime.
Les Faux Monnayeurs, Gide
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Citation:
J'ai du goût pour trop de choses que je mélange, m'attardant à courir d'une étoile filante à une autre jusqu'à temps que je me casse la figure. Voilà ce que c'est que de vivre dans la nuit, voilà ce que ça fait de vous. Je n'avais rien d'autre à offrir à personne que ma propre confusion.
Sur la route, Kerouac
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In the midst of life we're all in debt etc.
Modifié par Kenza 30/07/2006 à 22h27.
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30/07/2006, 22h44
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#41 (Lien permanent)
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EcriveuZ madmoiZelle
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Citation:
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Posté par Ambre
Marianne (Miss-Ter), il y a une question qui me vient à l'esprit, les extraits que tu cites, pourquoi ceux-là particulièrement ?
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Drôle de question, pourquoi moi ? Je suppose que c'est globalement pour des raisons personnelles, dans le sens où ils me parlent particulièrement. Tu veux que j'essaie de développer ? hi hi
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30/07/2006, 22h45
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#42 (Lien permanent)
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Mélange instable
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Des extraits d'une nouvelle de Henry James, La Bête de la Jungle.
Citation:
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Il était impossible qu'il ne rapportât pas à lui-même l'animation dont elle témoignait, malgré le côté de complète surprise que tout cela ne laissait pas de présenter. Si longtemps, il s'était cru abominablement seul, et voilà qu'il n'était pas seul du tout. Il ne l'avait pas été, c'était clair, une seule heure, depuis les instants de Sorrente. C'était elle qui avait été seule, semblait-il découvrir en la regardant ; et cela de par sa faute, à lui, qui avait si inélégamment péché par infidélité. En lui disant ce qu'il lui avait dit alors, qu'avait-il fait, sinon lui demander une grâce, - une grâce qu'elle avait accordée, avec charité, sans qu'il eût, lui qui avait esquivé toute autre rencontre, tant fait que de la remercier d'un souvenir ou d'un retour de pensées. Ce qu'il lui avait demandé alors ? Simplement de ne pas rire de lui. Et elle avait fidèlement tenu sa promesse pendant dix ans et elle la tenait encore. Aussi de quelle gratitude infinie avait-il à s'acquitter !
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Citation:
- Voulez-vous dire que vous avez connu l'amour ?
Et alors, comme il se contentait de la regarder en silence :
- Vous l'avez connu, et ça n'a pas été pour vous un tel cataclysme, ce n'a pas été la grande épreuve ?
- Je suis là, vous voyez bien. Ca ne m'a pas écrasé.
- Alors, ce n'a pas été de l'amour ? dit May Bartram.
- En tous cas, je l'ai cru. J'ai cru que c'était ça, l'amour : je l'ai cru jusqu'à maintenant. C'était agréable, c'était délicieux, c'était misérable, expliqua-t-il. Mais ce n'était pas étrange. Ce n'était pas ce que doit être mon aventure à moi.
- Vous voulez donc quelque chose qui ne soit qu'à vous, quelque chose qu'aucun autre ne connaisse ou n'ait connu ?
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Citation:
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En fin de compte, voilà qu'il ne l'avait certainement plus, ou, si l'on préfère, ne l'avait que dans la proportion la plus infime. Telle ne tarda pas à être, au train dont les choses allèrent pour lui, la conclusion avec laquelle sa vieille obsession eut à compter : et cette conclusion n'était pas contredite par l'apparence, confirmée chaque jour davantage, qu'à ce grand vague dont l'ombre avait escorté sa vie il ne restait pour attester sa réalité qu'une imperceptible marge. Puisque c'était dans le Temps qu'il avait à rencontrer son destin, c'était également dans le Temps que son destin avait à s'accomplir ; et comme il s'éveillait au sentiment de n'être plus jeune, qui est exactement le sentiment d'être usé, qui équivaut à son tour au sentiment d'être impuissant, ses yeux s'ouvraient à un second aspect de la question. Tout cela se tenait ; ils étaient soumis, lui et le grand vague, à une égale et commune loi. Quand les possibilités, elles aussi, se sont usées, quand le secret des dieux s'est éventré, voire même tout à fait évaporé, alors, mais alors seulement, il y a échec. Il n'y a pas échec à être ruiné, déshonoré, mis au pilori, pendu. L'échec c'était de n'être rien.
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I'm an imperfect person.
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