<<Je me représente tous ces petits mômes qui jouent à je ne sais quoi dans le grand champs de seigle er tout. Des milliers de petits mômes et personnes avec eux, je veux dire pas de grandes personnes - rien que moi. Et moi je suis planté au bord d'une saleté de falaise. Ce que j'ai à faire c'est attraper les mômes s'ils s'aprochent trop près du bord. Je veux dire, s'ils courrent sans regarder où ils vont, moi je rapplique et je les attrape. C'est ce que je ferais toute la journée. Je serais l'attrape-coeur et tous. >>
L'attrape-coeur; J.D. Salinger.
Ce livre, c'est ma bible !
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Tomber amoureux, c'est dev'nue trop dangereux. by M*. ( Sixttyne )
" Elle toussa, et il la vit si lamentable... avec son imperméable, sa combinaison , ses bas écroulés, son nez grossi, ses paupières enflées de larmes, ses beaux yeux cernés de bleu malade. Sa chérie, sa pauvre chérie. O maudit amour des corps , maudite passion. "
Mais pour nous, les heures, les jours et les mois n'étaient qu'un flux opaque qui transformait, toujours trop lentement, le futur en passé.
Citation:
Le temps était fini où les jours se succédaient vifs, précieux, uniques : l'avenir se dressait devant nous, gris et sans contours, comme une invincible barrière. Pour nous, l'histoire s'était arrêtée.
Marie Despleschin, Sans moi :
Citation:
La fatigue me prenait tout entière, plus rien ne lui faisait obstacle, ni le café, ni l'amour, ni l'alcool. Je tentai de résister en forçant mon corps. Mais plus je voulais l'ignorer, plus il prenait de place. Je n'avais plus d'esprit, je n'avais plus d'âme. J'étais réduite à ce corps encombrant et triste, et il passait une bonne partie de mon temps à pleurer.
Logiquement, c'était du moins ce qui me servait de logique, arriva le moment où je songeai à mourir, je ne voyais pas d'autre issue à ma fatigue. Quand je pensais le monde, il me semblait plus harmonieux sans moi. L'idée m'était familière, je la baladais avec moi à longueur de journée, sans peur ni colère, me disais-je, moi que dévoraient la peur et la colère.
L'idée de la mort me rassurait, moins douloureuse que toutes les autres idées.
Oscar Wilde, Le portrait de Dorian Gray :
Citation:
- Être bon, c'est être en harmonie avec soi-même. La dissonance, c'est de se voir contraint à être en harmonie avec autrui. Notre propre vie, c'est cela qui est important.(...)
- Et cependant, si l'on ne vit que pour soi, Harry, cela se paye un prix exorbitant.
- Oui, on paye tout trop cher à notre époque. J'imagine que ce qui est vraiment tragique pour les pauvres, c'est de ne rien pouvoir s'offrir que de l'abnégation. Les beaux péchés comme les beaux objets sont les privilèges des riches.
- Ce n'est pas en argent qu'on paye.
- En quoi donc, Basil?
- Oh! en remords, je pense, en souffrances, en... Avec la conscience qu'on a de se dégrader.
Comme prévu, des extraits des Raisins de la colère (maintenant que je l'ai enfin fini)
Le premier est sacrément long mais j'arrive pas à le couper plus. j'arrive pas à extraire juste quelques phrases, je trouve qu'une phrase a tellement plus de valeur dans le texte. De toute façon les Raisins de la colère, faut le lire en entier
Citation:
Trois cent mille en Californie et d'autres qui arrivent. Et toutes les routes de Californie bondées de forcenés qui courent de tous côtés comme des fourmis, cherchant du travail; tirer, pousser, soulever, porter, n'importe quoi. Pour soulever la charge d'un seul homme, cinq paires de bras se présentent; pour une portion de nourriture, cinq bouches s'ouvrent Et les grands propriétaires terriens auxquels un soulèvement fera perdre leurs terres – les grands propriétaires qui ont accès aux leçons de l’histoire, qui ont des yeux pour lire, pour reconnaître cette grande vérité : lorsque la propriété est accumulée dans un trop petit nombre de mains, elle est enlevée… et cette autre qui lui fait pendant : lorsqu’une majorité a faim et froid, elle prendra par la force ce dont elle a besoin… et cette autre encore, cette petite vérité criante, qui résonné à travers toute l’histoire : la répression n’a pour effet que d’affermir la volonté de lutte de ceux contre qui elle s’exerce et de cimenter leur solidarité… - les grands propriétaires terriens se bouchaient les oreilles pour ne pas entendre ces trois avertissements de l’histoire.
(…)Chaque brutalité, chaque rafle dans un Hooverville, chaque shérif adjoint promenant sa suffisance et sa morgue dans un de ces camps de misère, retardait un peu l’échéance, mais la rendait plus inévitable.
Les hommes s’asseyaient sur leurs talons ; hommes aux visages anguleux, amaigris par la faim et durcis par la lutte contre la faim, hommes aux regards sombres et aux mâchoires serrées.
Vous avez appris ce qui s’est passé avec le gosse de la quatrième tente, là-bas ?
Non, j’viens juste d’arriver.
Eh ben, il pleurait en dormant et il n’arrêtait pas de gigoter. Alors ces gens-là ont cru qu’il avait des vers. Ils lui ont donné une purge et il en est mort. Il avait la langue toute noire. A ce qu’il paraît que c’était la pellagre ; ça vient de ne pas avoir c’qu’il faut à manger.
Pauvre petit gosse.
Ouais mais ces gens n’ont pas les moyens de le faire enterrer. Faut qu’il aille au cimetière des pauvres.
Eh bon sang, attendez donc.
Et les mains fouillaient les poches et en tiraient des petites pièces. Devant l’entrée de la tante un petit tas d’argent s’élevait. Et la famille le trouvait là.
Les nôtres sont de braves gens ; les nôtres ont bon cœur. Prions Dieu qu’un jour les gosses aient de quoi manger.
Et les Associations de Propriétaires savaient qu’un jour les prières cesseraient. Et que ce serait la fin.
(c'est la fin du chapitre XIX)
Citation:
Les travailleurs des champs, les propriétaires des petits vergers surveillent et calculent. L’année sera bonne. Et les hommes sont fiers, car si la récolte est abondante, c’est grâce à leur savoir… Leur savoir a transformé le monde. Le blé court et maigre est devenu lourd et productif. Les petites pommes amères sont devenues grosses et sucrées, et ces vieux ceps qui croissaient parmi les arbres et dont le raisin minuscule ne nourrissait que les oiseaux, ont donné naissance à des centaines de variétés de raison : rouge, noir, vert, rose pâle, pourpre, jaune, chacune dotée d’une saveur particulière. Les hommes qui travaillent dans les fermes témoins ont créé de nouvelles espèces de fruits. Des nectarines, quarante variétés de prunes, des noix à coque mince. Et sans relâche ils poursuivent leurs travaux, sélectionnent, greffent, alternent les cultures, arrachant à la terre son rendement maximum.
et
Citation:
Le travail de l’homme et de la nature, le produit des ceps des arbres, doit être détruit pour que se maintiennent les cours, et c’est là une abomination qui dépasse toutes les autres. Des chargements d’orange jetés n’importe où. Les gens viennent de loin pour en prendre, mais cela ne se peut pas. Pourquoi achèteraient-ils des oranges à vingt cents la douzaine s’il leur suffit de prendre leur voiture et d’aller en ramasser pour rien ? Alors des hommes armés de lances d’arrosage aspergent de pétrole les tas d’oranges, et ces hommes sont furieux d’avoir à commettre ce crime et leur colère se tourne contre les gens qui sont venus pour ramasser les oranges. Un million d’affamés ont besoin de fruits, et on arrose de pétrole les montagnes dorées.
(extraits du chapitre XXV)
Citation:
Pas de travail avant le printemps. Pas de travail.
Et si pas de travail – pas d’argent pas de pain.
Quelqu’un qui a une coupe de chevaux et qui leur fait tirer la charrue ou la herse ou le rouleau, il ne lui viendrai pas à l’idée de les chasser et de les envoyer crever de faim parce qu’il n’a plus de travail pour eux.
Mais ça c’est des chevaux ; nous on est des hommes.
Les femmes observaient les gommes, guettaient leurs réactions, se demandant si cette fois ils allaient flancher. Et lorsque les hommes s’attroupaient, la peur s’effaçait de leurs visages pour faire place à la colère. Alors les femmes poussaient un soupir de soulagement, car elles savaient que tout irait bien. Les hommes n’avaient pas flanché ; tant que leur peur pouvait se muer en colère, ils ne flancheraient pas.
(avant dernier chapitre)
J'aimerais vraiment vous mettre la dernière page, qui est vraiment un chef d'oeuvre (j'ai chialé dessus hier soir à deux heures du mat' huh) mais peur de gâcher le plaisir. Je crois que rien que cette page vaut la peine de lire les 630 pages précédentes (qui sont magnifiques également de toute façon). Après un mois de lecture (oui j'ai mis un peu de temps...) j'ai été comblée (bon je savais ce qui se passait, on me l'avait dit, je pensais que j'aurais moins de plaisir à découvrir cette scène en la connaissant déjà, mais en fait nan, ça n'avait aucune importance, tout est dans le texte).
J'ai pas mis d'extraits des descriptions, qui sont absolument magnifiques également, si vous voulez savoir à quoi ça ressemble il suffit de lire le deuxième chapire (il fait 3 pages c'est pas trop contraignant )
Maintenant j'attends le jour où je serai capable de le lire en anglais (comment ça je rêve?)