TITUS :
[...]
Je sais bien que sans vous je ne saurai plus vivre,
Que mon coeur de moi-même est prêt à s'éloigner ;
Mais il ne s'agit plus de vivre, il faut régner.
BERENICE :
Hé bien ! régnez, cruel ; contentez votre gloire :
Je ne dispute plus. J'attendais, pour vous croire,
Que cette même bouche, après mille serments
D'un amour qui devait unir tous nos moments,
Cette bouche, à mes yeux s'avouant infidèle,
M'ordonnât elle-même une absence éternelle.
Moi-même j'ai voulu vous entendre en ce lieu
Je n'écoute plus rien et pour jamais, adieu.
Pour jamais ! Ah ! Seigneur, songez-vous en vous-même
Combien ce mot cruel est affreux quand on aime ?
Dans un mois, dans un an, comment souffrirons-nous,
Seigneur, que tant de mers me séparent de vous ?
Que le jour recommence et que le jour finisse
Sans que jamais Titus puisse voir Bérénice,
Sans que de tout le jour je puisse voir Titus ?
Mais quelle est mon erreur, et que de soins perdus !
L'ingrat, de mon départ consolé par avance,
Daignera-t-il compter les jours de mon absence ?
Ces jours si longs pour moi lui sembleront trop courts.
Racine, Bérénice.
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Il y a une passion si dévorante qu'elle ne peut se décrire.
N'ayant pris soin d'emporter ma bibliothèque en vacances, ni même mon disque-dur où sont stockés le fichier quotes.txt & le dossier "scanns" dans lesquels je collecte pas mal de passages marquants, retapés ou scannés, je n'ai d'ici accès qu'à quelques pages qui proviennent de mon blog et qui, même si elles sont un peu euh, disons, bidouillées, donnent - ce me semble - malgré tout une petite idée de la qualité des extraits.
L'herbe rouge, Boris Vian
L'insoutenable légèreté de l'être, Milan Kundera
et puis un extrait de La nausée, que je ne vais pas copier/coller parce que c'est un peu long, lisez si le coeur vous en dit. Ici.
Toujours La nausée :
Citation:
« L'existence n'est pas quelque chose qui se laisse penser de loin : il faut que ça vous envahisse brusquement, que ça s'arrête sur vous, que ça pèse lourd sur votre cœur comme une grosse bête immobile - ou alors il n'y a plus rien du tout. Il n'y avait plus rien du tout, j'avais les yeux vides et je m'enchantais de ma délivrance. » J-P. Sartre.
d'autres encore :
Citation:
« Mónica m'expliqua un jour que le corps humain est un système soumis à l'entropie, autrement dit qu'il tend à fonctionner avec le moins d'énergie possible. J'en trouvais l'illustration dans ma propre dépression. Cela m'aurait tant coûté de sortir de cette situation, d'affronter mes démons et mes peurs, de m'armer de courage et de faire quelque chose par et pour moi-même, que je préférais passer tout mon temps libre à pleurer, blottie sous ma couette, aspirée vers le fond de moi-même par une houle noire de souvenirs et de pensées négatives, à boire mes propres larmes. » L. Etxebarría.
(un clin d'o3il)
Citation:
« La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts. Ferme tes mains, ferme tes mains, vite. Retiens-la. Tu verras, cela deviendra une petite chose dure et simple qu'on grignote, assis au soleil. » J. Anouilh.
Ce message est on ne peut plus bordélique et décousu, mais voyez-vous, je sens que l'eau miroitante de la piscine à 30°C me réclame, alors je repasserai pour y mettre de l'ordre euh, plus tard.
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Forgive me, Majesty. I'm a vulgar man.
Il y a un passage, assez long (trois ou quatre pages si je me souviens bien) de la nouvelle Madame Fonss de Jacobsen qui me plait particulièrement. Le problème c'est que j'avais emprunté le recueil à la bibliothèque, donc je peux pas le recopier. Mais je vais peut-être l'acheter un de ces jours alors ça sera l'occasion !
Pour d'autres, j'ai plus de mal, parce que comme je ne les note quasiment jamais, j'aurais du mal à les retrouver et même à m'en souvenir. Yen a quand même quelques-uns que j'ai notés ou que je connais (et j'aime bien aussi la phrase de ma signature qui vient de L'écume des jours de Vian) :
Citation:
Ce que les parents appellent expérience n'est rien d'autre qu'une tentative couronnée de succès et conduisant souvent au cynisme, de renier tout ce qu'ils avaient éprouvé de pur, de vrai, de juste dans leur jeunesse. Eux-mêmes ne remarquent pas l'épouvantable cynisme qui réside dans ces propos constants sur "l'expérience" présentée comme le but le plus élevé de la vie. Ils remarquent "le manque d'expérience" chez leurs enfants, c'est-à-dire une forme d'inexpérience qui s'appelle pureté et loyauté. Cela les irrite. Lorsqu'ils sont irrités, ils passent leurs irritation sur les enfants. Cela s'appelle élever les enfants ; car, qu'est-ce que l'éducation sinon un effort de parents irrités pour étouffer ce qu'ils ont étouffé de meilleur en eux-mêmes ? S'ils ne sont pas irrités, ils prennent alors des airs supérieurs, supérieurs parce qu'avec leur fierté hypocrite, ils tirent vanité de leur grande expérience de la vie, exactement comme si c'était particulièrement honorable et extraordinaire de détruire le meilleur de soi-même.
ET
Il fait presque noir dans l'antichambre mais il n'allume pas. A présent il a peur de la lumière.
Mais ce qui arrive ne lui fait pas peur. Car en nous, nous portons tous l'image d'une chose terrible qui nous arrivera une fois quand il fera très sombre, l'image de quelqu'un que nous rencontrerons un soir de pluie et de grand vent, l'image de quelqu'un que nous trouverons debout derrière la porte en entrant dans une chambre. C'est pourquoi nous ne sommes pas vraiment effrayés le jour de la terrible rencontre. Car chaque soir, à la nuit tombante, nous l'avons attendu. Le terrible sentiment d'un accomplissement fatal, c'est tout ce que nous éprouvons.
L'enfant brûlé, Stig Dagerman.
Citation:
Elle avait enduit son visage de crème et sa peau luisait, telle la peau d'une créature qui vient juste d'émerger de la mer ; ou peut-être avait-elle pris au sens littéral du terme les mots inscrits sur le flacon de crème - Vanishing - et se l'était-elle appliquée comme un prélude à l'invisibilité
Peut-être est-ce ma mère, songea Erlene.
Le jardin aveugle, Janet Frame.
Citation:
Non, il n'y a pas d'objectivité possible dans un monde de salauds ! Ni science possible, ni littérature, ni art, ni amour, dans ce monde de popotins ! Il n'y a rien de vrai, tout est fabriqué, salopé ! Se pencher là-dessus avec une sérénité d'entomologiste est plus qu'une faute, c'est une lâcheté !
ET
A moi le roman du XIIème siècle ou les commentaires sur Phèdre ! A moi la vase des développements, la salade des reconstitutions, la suave diarrhée du baratin ! ... Je regarde Boivin, Salignon, Serindoux, Chennebault, spécialistes de la crotte annuelle, accumulant les certificats de bonne digestion pour obtenir une planque officielle, comme voie de garage, tout cela ne dépasse guère la hauteur des intestins...
Je suis un monstre, Jean Meckert.
Citation:
Quant à moi, ayant encore plus mal dans le corps des autres que dans le mien, il y a longtemps que j'ai dû y renoncer
Fin du poème "Nuit de Noces" d'Henri Michaux (La nuit remue)
Oh, excellente idée de sujet!
Je note souvent aussi des extraits des livres que je lis, encore qu'en disant extraits, j'exagère un peu. Je note souvent une phrase ou une expression en fait, je reviendrai quand j'aurai mon carnet sous les yeux.
Il était une fois. Sur les bords sablonneux du grand océan Pacifique.
Un village, un endroit mystérieux. Où la lumière était dorée à la surface de l'eau. Où le ciel était d'un noir d'encre la nuit, tout clignotant d'étoiles. Où le vent était chaud et doux comme une caresse.
Où une petite fille arriva devant un Jardin enclos ! Le mur était de pierre et haut de six mètres et couvert d'une belle bougainvillée d'un rouge flamboyant. A l'intérieur du Jardin enclos on entendait des chants d'oiseaux, de la musique, une fontaine ! Et des voix inconnues, des rires.
Jamais tu ne pourras escalader ce mur, tu n'es pas assez forte ; les filles ne sont pas assez fortes ; les filles ne sont pas assez grandes ; tu as un corps délicat et fragile de poupée ; ton corps est une poupée ; fait pour être admiré et caressé par les autres ; fait pour être utilisé par les autres, pas par toi ; ton corps est un fruit appétissant fait pour que d'autres y mordent, et le savourent ; ton corps est pour les autres, pas pour toi.
La petite fille se mit à pleurer ! La petite fille avait le coeur brisé.
Alors sa bonne fée vint et lui dit : Il y a une entrée secrète au Jardin enclos !
Il y a une porte dérobée dans le mur, mais tu dois attendre comme une gentille petite fille que cette porte s'ouvre. Tu dois attendre patiemment, et tu dois attendre en silence. Tu ne dois pas frapper à la porte comme un vilain garçon. Tu ne dois pas crier ni pleurer. Tu dois gagner à ta cause le gardien de la porte - un vilain vieux gnome à la peau verte. Tu dois retenir l'attention du gardien de la porte. Tu dois t'en faire admirer. Tu dois t'en faire désirer. Et alors il t'aimera, et fera ce que tu ordonneras. Souris ! Souris, et sois heureuse ! Souris, et déshabille-toi ! Car ton Amie magique du miroir t'aidera. Car ton Amie magique du miroir est quelqu'un de très spécial. Le vilain vieux gnome à la peau verte tombera amoureux de toi, et la porte dérobée du Jardin enclos s'ouvrira pour toi, rien que pour toi, et tu entreras en riant de bonheur ; à l'intérieur du Jardin enclos il y aura des roses épanouies, des colibris et des tangaras, de la musique et une fontaine jaillissante, et tes yeux s'écarquilleront d'émerveillement, car le vilain vieux gnome à la peau verte était en réalité un prince victime d'un maléfice, et il s'agenouillera devant toi et te demandera ta main, et vous vivrez éternellement heureux dans le royaume de son Jardin ; jamais plus tu ne seras une petite fille seule et malheureuse.
Tant que tu resteras avec ton Prince dans le Jardin enclos.
Joyce Carol Oates - Blonde.
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Prick your finger it is done,
The moon has now eclipsed the sun.
The angel has spread its wings,
The time has come for bitter things.