 |
|
25/01/2007, 17h18
|
#85 (Lien permanent)
|
|
Voudrait oublier
Parmi nous depuis décembre 2005
A posté 4 445
messages
|
Citation:
La pièce s'était estompée, les murs avaient disparu. Des cavaliers surgirent, nuage de poussière s'épaississant à l'horizon. Puis des cris de terreur. Un enfant aux cheveux roux sombre, en grossiers habits de paysans, courait comme un forcené. La horde des cavaliers déferla et l'enfant se débattit en vain contre les mains qui l'empoignaient et le jetaient en travers d'une selle. Le cavalier l'emporta au bout du monde. Cet enfant, c'était Armand.
Le pays que nous venions de voir se situait dans les steppes de la Russie méridionale, mais Armand ne savait pas que c'était la Russie. Il connaissait sa mère et son père, l'Eglise, Dieu et Satan, mais il ne savait pas ce que c'était que son foyer, il ne savait pas quelle langue il parlait, ni que les cavaliers qui l'avaient capturé étaient des Tartares et qu'il ne reverrait plus jamais tout ce qu'il connaissait et qu'il aimait.
|
Lestat le Vampire, Anne Rice.
__________________
Зачем ты все время говоришь одно и тоже ? Mein Herz Brennt...
|
|
|
25/01/2007, 17h39
|
#86 (Lien permanent)
|
|
Lutine en quête de sous
Parmi nous depuis octobre 2005
A posté 3 911
messages
|
Eleni, faut que je lise ce bouquin !
__________________
Mais parfois y en a marre, de ce manque de tintamare ! On devrait se lacher, se laisser un peu aller. Mais putain qu'est ce que c'est bon, de perdre la raison ! Don't worry, be happy,
|
|
|
25/01/2007, 19h10
|
#87 (Lien permanent)
|
|
Voudrait oublier
Parmi nous depuis décembre 2005
A posté 4 445
messages
|
Citation:
|
Posté par Iaoranamoana
Eleni, faut que je lise ce bouquin !
|
Oh que oui, il est vraiment excellent. Même si mon préféré restera toujours Le voleur de corps 
__________________
Зачем ты все время говоришь одно и тоже ? Mein Herz Brennt...
|
|
|
26/01/2007, 18h24
|
#88 (Lien permanent)
|
|
gloutonnise.
AnimeuZ en sommeil
Parmi nous depuis septembre 2005
A posté 2 643
messages
|
Citation:
|
Alors, tout à côté du mien, vient s'inscrire le visage de Médéric qui s'était rapproché sans se rendre compte que le verre captait aussi son image. Il se pencha vers moi, peut-être pour voir si je dormais. Comme je ne bougeais ni ne parlais, il put me croire sommeillante. Les yeux mi-clos, je le serveillai dans la face réfléchissante de la lanterne où passaient, emportés sur des courants de neige, nos deux visages brouillés comme en d'anciennes photos de noces. Puis tout s'éclaircit un moment, et je distinguai qu'était tendu vers moi le visage de Médéric. Une mèche de cheveux, envolée de mon bonnet, gonflée d'air, s'éleva, lui frola la joue. Immobile, les yeux fixés sur la lanterne, je le vis ôter son guant et chercher à capter la mèche folle. Il fut près de la saisir au vol, mais s'arrêta, la main en suspens, surpris de lui-même et de son geste. Son regard me révéla un étonnement infini et une tendresse douce comme on n'en voit jamais plus dans l'amour satisfait ni même dans celui qui se reconnait d'amour. Médéric semblait flotter sur des iles de neige, et j'avais cette curieuse impression que tout ce que je voyais ne se passait que dans la lanterne, que c'était elle qui inventait ces jeux auxquels nous ne prenions vraiment part ni Médéric ni moi. Mais alors elle me montra le visage de Médéric, défait, puis fermant les yeux dans le premier effarement du coeur qui lui venait.
|
Ces enfants de ma vie, Gabrielle Roy.
__________________
''- C'est peut-être normal, chérie. Mais j'aime mieux ce qui est naturel.''
Modifié par Creamm 26/01/2007 à 19h30.
|
|
|
27/01/2007, 17h08
|
#89 (Lien permanent)
|
|
gloutonnise.
AnimeuZ en sommeil
Parmi nous depuis septembre 2005
A posté 2 643
messages
|
Citation:
Sethe était étendue sur le dos, la tête détournée. Du coin de l'oeil, Paul D vit la masse flottante de ses seins qui lui déplut ; cette rondeur plate, répandue, il pouvait certainement s'en passer, et tant pis si, en bas, il les avait tenus comme s'il se fût agit de la partie la plus précieuse de son être. Quant au labyrhinte de fer forgé qu'il avait exploré dans la cuisine, tel un chercheur d'or qui patouille dans des alluvions exploitables, ce n'était en réalité qu'un répugnant faisceau de cicatrices. Rien d'un arbre, comme elle avait dit. Une forme d'arbre, peut-être, mais pas du tout comparable à ce qu'il connaissait, parce que les arbres étaient acceuillants, eux ; c'étaient des choses à qui on pouvait faire confiance, près de qui se tenir ; à qui parler, si on voulait, comme il l'avait souvent fait dans le temps, quand il prenait le repas du midi dans les champs du Bon Abri. Toujours au même endroit si possible, et le choix avait été difficile car le Bon Abri avait davantage de beaux arbres que toutes les fermes des alentours. Celui qu'il élut, il l'appela Frère, et allait s'asseoir dessous, parfois seul, parfois avec Halle ou les autres Paul, mais le plus souvent avec N.Six qui était doux et calme alors, et qui parlait encore l'anglais. La peau indigo, la langue rouge flamme, N.Six faisait des expériences de cuisson nocturne des pommes de terre, s'efforcant de déterminer le moment exact où placer les pierres fumantes de chaleur dans un trou, les pommes de terres par-dessus, avant de couvrir le tout de brindilles, pour que, lorsqu'ils feraient la pause pour le repas, attacheraient les bêtes et quitteraiet le champ pour retrouver Frère, les pommes de terre soient au sommet de leur perfection. Il lui arrivait de se lever au milieu de la nuit, de faire tout le chemin, et de commencer à creuser la terre à la lumière des étoiles ; ou bien il chauffait moins les pierres et y plaçait les pommes de terre du lendemain tout de suite après le repas. Il ne réussissait jamais son coup, mais les autres mangeaient quand mêmes ces pommes de terre pas assez ou trop cuites, désséchées ou crues tout en riant, crachant, et en lui donnant des conseils.
Le temps ne marchait jamais comme N.Six le croyait, si bien que, forcément, il ratait toujours coup. Une fois, il organisa à la minute près un voyage de cinquante kilomètres pour aller voir une femme. Il partit un samedi, au moment où la lune avait atteint l'endroit où il voulait qu'elle soit, arriva à la case de la belle avant le service religieux du dimanche et eut juste le temps de dire bonjour avant d'être obligé de repartir pour arriver à temps à l'appel pour les travaux des champs le lundi matin. Il avait marché dix-sept heures, s'était assis une heure, avait fait demi-tour et marché les dix-sept autres heures. Halle et les Paul passèrent la journée à dissimuler à M.Garner la faitgue de N.Six. Ils ne mangèrent pas de pommes de terre ce jour-là, ni douces, ni blanches. Etalé auprès de Frère, langue rouge flamme escamotée, visage indigo fermé, N.Six dormit, tel un mort, jusqu'après le déjeuner. Voilà, ça c'était un homme, et ça c'était un arbre. Quant à lui, couché dans le lit, et à l'<<arbre>> étendu à ses côtés, ça ne se comparait même pas.
Paul D regarda par la lucarne au-dessus de ses pieds et se croisa les mains derrière la tête. L'un de ses coudes effleura l'épaule de Sethe. Le contact du tissu sur sa peau la fit sursauter. Elle avait oublié qu'il avait gardé sa chemise. Le chien ! pensa-t-elle, puis elle se souvient qu'elle ne lui avait pas laissé le temps de la retirer ; ni ne s'était donné le temps d'ôter son jupon, et étant donné qu'elle avait commencé à se déshabiller avant de l'apercevoir sur la véranda, qu'elle tenait déjà ses chaussures et ses bas à la main, et qu'elle ne les avait jamais remis ; qu'il avait regardé ses pieds nus mouillés et lui avait demandé s'il pouvait en faire autant ; que lorsqu'elle s'était levée pour cuisiner, il l'avait déshabillée un peu plus ; étant donné la rapidité avec laquelle ils avaient commencé à se mettre nus, on aurait pu croire qu'à présent, ils le seraient effectivement. Mais peut-être bien qu'un homme n'est jamais qu'un homme, comme disait toujours Baby Suggs. Ils vous encouragent à déposer un peu de votre poids entre leurs mains, et dès que vous commencez à éprouvez une délicieuse légèreté, ils étudient vos cicatrices et vos tribulations, après quoi ils font ce que celui-ci avait fait : chasser les enfants, et mettre la maison en pièces.
|
Beloved, Toni Morrison.
Edit, je ne peux pas m'empêcher de revenir sur le sujet à tout bout de champ pour le relire, je le trouve trop formidable, ce passage.
__________________
''- C'est peut-être normal, chérie. Mais j'aime mieux ce qui est naturel.''
Modifié par Creamm 27/01/2007 à 20h22.
|
|
|
28/01/2007, 10h58
|
#90 (Lien permanent)
|
|
Mélange instable
EcriveuZ madmoiZelle
Parmi nous depuis octobre 2005
A posté 1 282
messages
|
Citation:
|
Comme avec les belles choses quand elles vous étreignent. La douleur qu'on a dans l'émotion et qu'on trouve un peu idiote, d'avoir mal là où justement c'est la douceur qui prend. Et puis la joie à dire des souviens-toi, ces moments qu'on aime, qu'on appelle pourquoi, dans nos têtes, si de vouloir les partager c'est seulement conjurer le sort de les savoir derrière soi. Ca, impossible j'ai dit, non, on ne peut pas accepter que des trucs heureux finissent comme ça, remplis du vide où ils nous ont laissés.
|
Citation:
|
(...) ils vont dire qu'ils n'ont plus de nouvelles parce que ça fait longtemps, et puis qu'une lettre ce n'est pas comme au téléphone, on en dit plus parce qu'on est seul pour l'écrire, avec soi-même qui s'épanche au-dedans.
|
Citation:
|
(...) si tous les deux enfin ils arrivent un peu à sortir, à se changer les idées (je sais, pas vraiment changer les idées, seulement les recouvrir un peu, ou, à côté d'elles, en laisser d'autres venir un peu, minuscules presque, comme de l'herbe a crevé le bitume sur les vieilles routes)
|
Citation:
|
Il savait qu'il était seul vraiment et moi je l'ai vu aussi, à ce moment-là, comment il était seul vraiment sans qu'on puisse dire c'est la solitude. Ce qu'on dit, la solitude toujours comme un grand mot qui contiendrait toute la vérité des choses qu'on ressent en soi et qui ne peuvent pas émerger de soi, et retombent toujours alors plus profondes en soi quand les autres ne veulent pas les entendre, ou ne peuvent pas, jamais, malgré l'effort qu'il a fallu pour les remonter jusqu'à eux. On a toujours été comme ça, nous. Gilbert peut-être moins que Luc et moi, moins que Céline aussi. Mais nous on tient ça de papa, a toujours dit Gilbert. On se repasse ça de père en fils, comme si de génération en génération tout ce que les vieux n'avaient pas pu dire c'était les jeunes à leur tour qui le prenaient en eux.
|
Loin d'eux, Laurent Mauvignier
|
|
|
28/01/2007, 11h13
|
#91 (Lien permanent)
|
|
Une margarita à la main
Parmi nous depuis mars 2006
A posté 148
messages
|
Citation:
"La féminité, c'est la putasserie(...). Entrer dans une pièce, regarder s'il y a des hommes, vouloir leur plaire. Ne pas parler trop fort. Ne pas s'exprimer sur un ton catégorique. Ne pas s'assoir en écartant les jambes, pour êre bien assise. Ne pas s'exprimer sur un ton autoritaire. Ne pas parler d'argent. Ne pas vouloir prendre le pouvoir. Ne pas vouloir occuper un poste d'autorité. Ne pas cherche le prestige. Ne pas rire trop fort. Ne pas être soi-même trop marrante. (...) Pendant ce temps, les hommes, en tout cas ceux de mon âge et plus, n'ont pas de corps. Pas d'âge, pas de corpulence. N'importe quel connard rougi à l'alcool, chauve à gros bide et look pourri, pourra se permettre des réflexion sur le physique des filles, des réflexions désagréables s'il ne les trouve pas assez pimpantes, ou des remarques dégeulasses s'il est mécontent de ne pas pouvoir les sauter. Ce sont les avantages de son sexe.
|
Virginie Despentes, King Kong théorie
|
|
|
|
|