 |
|
27/09/2006, 20h37
|
#71 (Lien permanent)
|
|
Mélange instable
EcriveuZ madmoiZelle
Parmi nous depuis octobre 2005
A posté 1 281
messages
|
Citation:
|
Ce grand découragement à vivre, ma mère le traversait chaque jour. Parfois il durait, parfois il disparaissait avec la nuit.
|
Citation:
|
Je porte ces robes comme des sacs avec des ceintures qui les déforment, alors elles deviennent éternelles.
|
Citation:
|
Je n'ai jamais écrit, croyant le faire, je n'ai jamais aimé, croyant aimer, je n'ai jamais rien fait qu'attendre devant la porte fermée.
|
Citation:
|
Pendant tout le temps de notre histoire, pendant un an et demi nous parlerons de cette façon, nous ne parlerons jamais de nous.
|
Citation:
|
Pourquoi toutes ses robes avaient en commun un je ne sais quoi qui échappait, qui faisait qu'elles n'étaient pas tout à fait les siennes, qu'elles auraient recouvert pareillement d'autres corps. Des robes neutres, strictes, très claires, blanches comme l'été au coeur de l'hiver.
|
- L'amant, Duras
|
|
|
27/10/2006, 16h25
|
#72 (Lien permanent)
|
|
EcriveuZ madmoiZelle
EcriveuZ madmoiZelle
Parmi nous depuis septembre 2005
A posté 1 785
messages
|
Citation:
Oui, il avait été solitaire. Mais celui qui vit seul est condamné, cela finit tôt ou tard par éclater au grand jour. Les âges se succèdent en désordre et la pensée se fait opaque, les évidences les plus simples s'estompent et te désertent. Cette robuste certitude qui aiguillonnait ta fierté, comme si tu étais le seul être au monde, est sapée par le doute. De quoi te sert la force de ton imagination, si tu ne peux tenir le monde à bout de bras ? Tu es comme les autres, pas plus fort - mais tu devras rester le seul être au monde, solitaire.
Et qu'en est-il advenu de toi, de cette tendresse innée dans ton coeur, de ce besoin profond de prodiguer à tous cette bonté qui t'empêchait de dormir dans ta jeunesse ? La vie n'a pas voulu libérer en toi ce besoin tout-puissant de bonheur, elle t'a contraint à la haine, à la vengeance, et te voici sans foyer. Pour finir, tu t'es bercé du rêve de te trouver comme chez toi sur une terre étrangère du bout du monde ou, faute de mieux, de pouvoir pleurer toutes les larmes de ton corps sur ton inconcevable pauvreté. Mais là non plus, cette incommensurable somme de plaintes et de tristesses enserrée dans ton âme, la vie n'a pas voulu la libérer.
Les flots de l'orgue te délivrent. Douleur et plaisir se confondent enfin en une plainte bienheureuse. Les harmonies du psaume baignent tes sens de visions apaisantes. Ton coeur s'agite au plus profond de ta poitrine, mû par une volonté vivante comme un embryon.
Ecoute les voix limpides qui chantent la peine et la joie, l'orgue crie, tempête, murmure, toutes les voix de la nature se fondent en un poème sans paroles aux accents sauvages, les buccins de la cathédrale se font entendre et les pipeaux célestes du paradis.
Une lueur brille et montre le chemin qui conduit de l'empire des morts vers le grand été. Tous les humains égarés s'évertuent vers elle, ils viennent des champs de bataille et des villes. Ils quittent la charrue, ils touchent à la côte et délaissent leur navire, ils sortent de leur tombe et se regroupent pour suivre le chemin.
A leurs oreilles siffle la bise des déceptions. La miséricorde les porte, eux qui n'eurent rien d'autre que le malheur tout au long de leur vie. Ils claquent des dents, pleurent par milliers, se tordent les mains, parce que leur lot sur terre fut l'amertume. Leur lamentation monte vers le ciel en tempête, tout en marchant ils relèvent leur visage blême et supplient, éperdus, les étoiles d'avoir pitié d'eux.
De la terre maléfique monte la rumeur de ce qui s'y passe, l'écho de tout ce que le temps détruit, et souffle le vent de l'éternelle marcescence en ce bas monde, de la caducité de toutes choses : c'est le vent le plus froid sur le globe, plus vénéneux qu'aucun hiver, tout sonore des aiguilles de glace qui s'entrechoquent dans la valse lente des nuages, c'est l'écho du pas d'un cheval, du rire et de la vie qui ne sont plus, la somme de concerts discordants. Motus ! Il se fait un bruit d'ossements secret, le plus profond de tous, comme celui de pas feutrés dans une tombe.
Chut ! un tourbillon balaye ton souvenir, si tu t'obstines à penser davantage ; et le souffle glacé de l'oubli t'assaille. Tu n'entends plus le chant de la neige qui s'abat en rafales sur ta mémoire devenue hiémale. Un dard transperce ta conscience et t'annonce la venue intolérable des ténèbres.
Voilà ce qu'écoutent ces malheureux sans abri sur terre et ils prennent peur. Ils se serrent, non par esprit de corps, mais comme les bêtes surprises par une tempête d'automne sur un îlot, et qui se pressent sur la pointe extrême en beuglant désespérément vers la terre ferme.
Ici, le séjour est crépusculaire, sans chaleur, ces exilés y vivent chacun pour soi, ignorant toute aménité. Celui qui gèle emploie ses dernières forces à desservir son prochain ; celui auquel tout fait défaut et qui se lamente égoutte son fiel dans le coeur de son compagnon d'infortune. Les nuits sont longues, sans rémission pour les solitaires, pour les sans-abri.
Mais Mikkel a vu le prince du chagrin ! Il l'a entendu dans le psaume. Il a vu son seigneur et maître prendre à lui les désespérés ; l'un après l'autre, il les a enlevés du chemin, nus, tout juste assez bons pour Dieu. Le sauveur miséricordieux les console de sa chaleur. Mikkel voit réhabilitées toutes ces âmes accablées, elles se redressent pour devenir partie intégrante du royaume des cieux. La musique les inonde. Mikkel voit tous ceux qu'il a connus dans sa vie et que les années ont séparés, de nouveau rassemblés ; visages pitoyables, il les aperçoit fugitivement ; ceux tombés à la guerre, il les voit rédimés. Il voit son père Thøger Nielsen debout devant Dieu, défiguré par l'âge, dans l'évidence de son corps alourdi. Il voit le ciel s'ouvrir et son coeur éclate à la face de Dieu. Il rampe à genoux sur le sol de l'église et défaille.
|
La chute du roi, Johannes V. Jensen.
J'ai réussi à faire le petit o ! ø ø ø 
Modifié par miss-ter 28/10/2006 à 00h40.
|
|
|
27/10/2006, 16h51
|
#73 (Lien permanent)
|
|
EcriveuZ madmoiZelle
EcriveuZ madmoiZelle
Parmi nous depuis septembre 2005
A posté 1 785
messages
|
Bon, tant que j'y suis, en voilà un autre tout aussi long et tout aussi beau ! (du même roman)
Citation:
Le bourreau redescendit ensuite et mit le feu au bûcher. Un silence de mort s'établit sur la grand-place.
Au début, une fumée épaisse se dégagea et tous les assistants furent gagnés par la crainte de ce que les victimes ne fussent étouffées. Mais le bois était sec comme de l'amadou et, quand le feu eut vraiment pris et se mit à ronfler entre les interstices du bois, la fumée disparut. Le bois craquait et claquait comme des coups de feu, les premières flammes s'élevèrent claires et affamées au-dessus des fagots, venant lécher les condamnés.
C'est alors que Zacharias s'avança devant le poteau aussi loin que son lien le lui permettait ; il appela d'une voix posée :
_ Mikkel Thøgersen est-il ici présent ?
Cloué sur place, Mikkel fut saisi d'une peur affreuse. Il baissa les yeux et parvint à faire comme si cela ne le concernait pas. Se tassant sur lui-même, il tourna la calotte de son chapeau vers le bûcher pour ne pas être découvert par Zacharias. Heureusement, nul ne se douta que c'était lui dont le nom venait d'être prononcé. Il respira, soulagé.
Les flammes redoublaient de vigueur, elles jaillissaient si haut qu'on pouvait percevoir le déplacement de l'air et la chaleur du brasier. Zacharias avançait et reculait devant le feu. Comme aucune réponse ne venait, il sembla sur le point de dire quelque chose.
Mais à ce même instant, une langue de feu sournoise l'atteignit : son souffle eut raison de la blouse et du chapeau. L'assemblée exulta. Nu comme un ver, Zacharias se réfugia contre le poteau. Mais les flammes montant de tous côtés, force lui fut de se redresser. Il ne pouvait plus rester accroupi au pied du poteau et, frénétique, il courait en rond dans les flammes, sautillant sur les planches en feu. Soudain, il proféra une succession de hurlements inhumains.
"Mugit et in teneris formosus obambulat herbis !"
Mikkel se rappela les vers latins. Ils s'imposèrent irrésistiblement à lui ; il rit, accablé d'une douleur sans fond.
Zacharias s'était maintenant affaissé, silencieux et recroquevillé. Une de ses mains débordait sur le bûcher et Mikkel vit comment un doigt après l'autre se gonflait dans le feu pour éclater et laisser dégoutter une viscosité noirâtre.
_ Regardez, regardez ! Le cri poussé par cent bouches déferla sur la foule. Et comme Mikkel regardait, il aperçut la tête de Carolus qui se redressait sur le bûcher. Vivante de toute évidence, elle apparaissait au milieu des flammes.
Mais elle n'était pas informe ; elle s'était divisée en deux hémisphères distincts que gonflaient des circonvolutions replètes.
- Voyez ! criait la foule, horrifiée. Et c'était bien une vision abominable : le sang circulait avec violence dans cette tête crispée sous l'effort, les artères enflées et vivantes saillaient sous la peau. Toute la tête bougeait comme si elle allait bondir. A coup sûr, un combat intérieur devait s'y livrer.
_ Regardez, regardez-la ! criait-on sous l'empire de la plus folle excitation. Les artères s'étaient ouvertes, un sang noir en sortait tels des serpents se contorsionnant dans le feu. La tête se fissura en plusieurs endroits et commença à se calciner ; des flammèches lui faisaient une manière d'auréole. Mais au-dessus d'elle, le feu s'étiolait et devenait vert comme du pus, puis renaissait pour s'élancer en ardentes volutes.
Maintenant, l'incendie atteignait son paroxysme, formant une flamme unique et ronflant en tempête. De Zacharias ne subsistait qu'un petit amas noir. Enfin, le bûcher s'effondra d'un seul coup pour ne plus former qu'une grande masse incandescente. La chaleur devint si forte qu'elle provoquait des cloques sur le visage de ceux qui étaient les plus rapprochés, on se piétina et ce fut la panique. Puis tout vint à finir.
Bien des gens affirmèrent par la suite qu'ils avaient vu danser Satan dans les flammes, bleu comme l'acier, pour s'envoler haut dans la fumée quand le bûcher s'affaissa.
|
Modifié par miss-ter 27/10/2006 à 18h48.
|
|
|
18/11/2006, 13h58
|
#74 (Lien permanent)
|
|
EcriveuZ madmoiZelle
EcriveuZ madmoiZelle
Parmi nous depuis septembre 2005
A posté 1 785
messages
|
J'ai trouvé dans Juan de Mairena (Antonio Machado) quelques réflexions sur la culture que j'adore. Je vous en fais profiter parce que c'est génial.
Citation:
LE POETE ET LE PEUPLE
Un jour, quelqu'un me demanda, voici longtemps déjà ; "Pensez-vous que le poète doive écrire pour le peuple, ou bien rester enfermé dans sa tour d'ivoire - c'était à l'époque le poncif à la mode - pour se consacrer à une activité aristocratique, dans des sphères culturelles seulement accessibles à une minorité choisie ?" Je répondis de la manière suivante, que beaucoup trouvèrent évasive ou naïve : "Ecrire pour le peuple, disait mon maître, je ne demanderais pas mieux ! Alors que je voulais écrire pour le peuple, j'ai appris de lui autant que possible, bien moins de choses évidemment qu'il ne sait, lui. Ecrire pour le peuple revient, en réalité, à écrire pour l'homme de notre race, de notre terroir, de notre langue, qui sont trois concepts d'une inépuisable richesse, jamais appréhendés pleinement. C'est aussi bien plus que cela : en écrivant pour le peuple, nous nous voyons contraints de franchir les limites de notre patrie, puisque cela veut aussi dire écrire pour les hommes d'autres races, d'autres terroirs et d'autres langues. Ecrire pour le peuple, c'est s'appeler Cervantès en Espagne, Shakespeare en Angleterre, Tolstoï en Russie. Tel est le miracle des génies du verbe. Peut-être l'un d'eux l'a-t-il réalisé à son insu, sans même l'avoir voulu. Un jour viendra où ce sera l'aspiration suprême la plus consciente du poète. Quant à moi, simple apprenti du gay savoir, je n'ai pas, me semble-t-il, dépassé le stade du folkloriste, c'est-à-dire un apprenti, à ma façon, en sagesse populaire."
Ma réponse était celle d'un Espagnol conscient de son hispanité et qui sait, ayant besoin de savoir jusqu'à quel point tout ce qui est grand a été fait par le peuple ou pour lui, et de quelle façon tout ce qui est profondément aristocratique en Espagne s'avère en quelque sorte populaire. Dans les premiers mois de la guerre qui ensanglante actuellement l'Espagne, alors que le conflit avait encore l'apparence d'une simple guerre civile, j'ai écrit ces quelques mots pour témoigner de ma foi en la démocratie, de ma croyance dans la supériorité du peuple sur les classes privilégiées.
[...]
La culture vue du dehors, telle que la voient ceux qui n'ont jamais contribué à sa création, peut apparaître comme une source de richesses financières ou mercantiles qui, répartie entre beaucoup de bénéficiaires, le plus grand nombre même, ne suffit à enrichir personne. La diffusion de cette culture serait, pour ceux qui la conçoivent de sorte - si c'est une conception digne de ce nom -, un gaspillage ou une dilapidation de la culture, en tous points déplorable. Et c'est tellement logique !... Mais nous trouvons étrange que ce soient parfois les antimarxistes, ceux qui combattent la lecture matérialiste de l'histoire, qui défendent une conception tellement matérialiste de la diffusion de la culture.
C'est un fait : la culture vue du dehors, pour ainsi dire appréhendée du point de vue de l'ignorance ou bien de celui de la pédanterie, peut se voir comme un trésor dont la possession et la conservation seraient l'apanage de quelques-uns ; dans ce cas, la soif de culture que nous aimerions contribuer à intensifier dans le peuple serait ressentie comme la menace planant sur une réserve sacrée. Mais du point de vue de l'homme lui-même, nous n'avons cure ni de la source, ni du trésor, ni de la réserve de la culture ; car nous ne croyons pas à ces fonds ou à ces stocks pouvant être accaparés d'une part, ou répartis à la volée d'autre part, et encore moins saccagés par la plèbe. Pour nous, défendre et diffuser la culture sont une même et seule chose : accroître dans le monde le trésor humain d'une conscience en éveil. Comment ? En réveillant le dormeur. Et plus grand sera le nombre des éveillés... Il y aurait d'après moi, disait Juan de Mairena, un seul argument recevable contre une vaste diffusion de la culture, c'est-à-dire contre un déplacement de sa concentration au sein d'un cercle restreint d'élus ou de privilégiés vers d'autres secteurs plus vastes : il s'agirait du cas où nous découvririons que le principe de Carnot est également valable pour ce type d'énergie spirituelle capable de réveiller le dormeur. Il nous faudrait alors procéder avec beaucoup de doigté, car une diffusion trop significative de la culture entraînerait la dégradation de cette dernière, au point de la rendre sans objet. Mais, que je sache, rien de tel n'a été prouvé. par ailleurs, nous ne pourrions rien opposer à la théorie contraire qui, selon toute apparence, affirmerait la réversibilité constante de l'énergie spirituelle produite par la culture.
***
D'après nous, la culture n'est pas le résultat d'une énergie qui se dégrade en se propageant, et elle n'est pas davantage un capital qui irait en diminuant s'il était partagé ; en sa défense oeuvrera toute action généreuse supposant implicitement les deux plus grands paradoxes de l'éthique : l'on ne perd que ce que l'on veut conserver, et l'on ne gagne que ce que l'on veut bien donner.
Instruisez l'ignorant ; réveillez le dormeur ; frappez à la porte de tous les coeurs et de toutes les consciences. Et puisque l'homme n'est pas fait pour la culture mais la culture pour l'homme, pour tous les hommes et pour chacun d'entre eux, et qu'elle n'est aucunement un fardeau trop lourd pour être porté par tous à bout de bras, de sorte que le poids de la culture puisse seulement être réparti entre tous, si un ouragan de cynisme, de brutalité humaine secoue demain l'arbre de la culture, emportant avec lui davantage que ses feuilles mortes, n'ayez pas peur. Les arbres trop touffus ont besoin de perdre quelques-unes de leurs branches au bénéfice de leurs fruits. Et à défaut d'un élagage compétent et volontaire, l'ouragan pourrait bien s'avérer salutaire.
***
Lorsqu'on demanda à Juan de Mairena si le poète et, d'une façon plus générale, tout écrivain devait écrire pour les masses, il répondit : Prendez garde, mes amis. Il existe un homme du peuple qui, tout du moins en Espagne, est l'homme simple et radical, qui se rapproche le plus de l'être universel et éternel. L'homme de masse n'existe pas ; les masses humaines sont une invention de la bourgeoisie, une volonté de dégradation des foules humaines fondée sur une disqualification de l'être humain, visant à le réduire à ce que l'homme a de commun avec les objets du monde physique : la capacité à être mesuré en rapport avec une unité de volume. Méfiez-vous du cliché "masses humaines". Bien des gens de bonne foi, nos amis les meilleurs, s'en servent de nos jours, sans se rendre compte que le terme provient du camp ennemi : de la bougeoisie capitaliste qui exploite l'homme et dont l'intérêt consiste à l'abaisser ; d'une partie de l'église aussi, instrument de pouvoir qui s'est plus d'une fois proclamée l'institution suprême ayant vocation de sauver les masses. Méfiance : jamais personne ne sera capable de sauver les masses ; il sera par contre toujours possible de tirer sur elles. Prenez-y garde !
Bien des problèmes plus ardus posés par la poésie des temps à venir - la continuité dun art éternel face à de nouvelles données spatio-temporelles - et l'échec de certaines tentatives bien intentionnées trouvent en partie leur origine dans ce qui suit : écrire pour les masses est écrire pour personne et encore moins pour l'homme d'aujourd'hui, ou pour ces millions de consicences humaines, éparpillées de par le monde, qui luttent - comme en Espagne - avec héroïsme et bravoure pour réduire tous les obstacles s'opposant à leur pleine dignité et pour maîtriser les moyens qui leur permettent d'y accéder. Si vous vous adressez aux masses, l'homme, chaque homme qui vous écoutera ne se sentira pas concerné et vous tournera forcément le dos.
Telle est l'ironie implicitement induite par un poncif erroné dont nous n'userons jamais volontiers, nous qui sommes d'incorrigibles partisans de la démocratie et ennemis jurés de tout système culturel favorisant les fils de bonne famille ; car nous éprouvons un respect et un amour pour le peuple que nos adversaires ne ressentiront jamais.
|
Modifié par miss-ter 19/11/2006 à 14h13.
|
|
|
18/11/2006, 14h28
|
#75 (Lien permanent)
|
|
koala pleurnichard
Parmi nous depuis octobre 2005
A posté 3 653
messages
|
Citation:
|
Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de ces deux êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelques fois : mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.
|
On ne badine pas avec l'amour.
Alfred de Musset
__________________
Hé camarade!
Si les jeux sont faits,
Au son des Ma[ska]rades on pourra toujours se marrer!
|
|
|
18/11/2006, 20h07
|
#76 (Lien permanent)
|
|
Musique Addict
Parmi nous depuis août 2006
A posté 17
messages
|
Citation:
|
« C'est une vérité universellement reconnue qu'un célibataire pourvu d'une belle fortune doit avoir envie de se marier, et si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence , cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur le champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles »
|
Jane Austen bien sûr, la seule, l'unique, dans le génial Pride and Prejudice ( Orgueil et Préjugés)
|
|
|
18/11/2006, 21h27
|
#77 (Lien permanent)
|
|
Musique Addict
Parmi nous depuis août 2006
A posté 17
messages
|
Enocre une, pour le plaisir :
Citation:
"Ah ! cruel, tu m'as trop entendue.
Je t'en ai dit assez pour te tirer d'erreur.
Hé bien ! connais donc Phèdre et toute sa fureur.
J'aime. Ne pense pas qu'au moment que je t'aime,
Innocente à mes yeux je m'approuve moi-même,
Ni que du fol amour qui trouble ma raison
Ma lâche complaisance ait nourri le poison.
Objet infortuné des vengeances célestes,
Je m'abhorre encor plus que tu ne me détestes.
Les Dieux m'en sont témoins, ces Dieux qui dans mon flanc
Ont allumé le feu fatal à tout mon sang,
Ces Dieux qui se sont fait une gloire; cruelle
De séduire le coeur d'une faible mortelle.
Toi-même en ton esprit rappelle le passé.
C'est peu de t'avoir fui, cruel, je t'ai chassé.
J'ai voulu te paraître odieuse, inhumaine.
Pour mieux te résister, j'ai recherché ta haine.
De quoi m'ont profité mes inutiles soins ?
Tu me haïssais plus, je ne t'aimais pas moins.
Tes malheurs te prêtaient encor de nouveaux charmes.
J'ai langui, j'ai séché, dans les feux, dans les larmes.
Il suffit de tes yeux pour t'en persuader,
Si tes yeux un moment pouvaient me regarder.
Que dis-je ? Cet aveu que je viens de te faire,
Cet aveu si honteux, le crois-tu volontaire ?
Tremblante pour un fils que je n'osais trahir,
Je te venais prier de ne le point haïr.
Faibles projets d'un coeur trop plein de ce qu'il aime !
Hélas ! je ne t'ai pu parler que de toi-même.
Venge-toi, punis-moi d'un odieux amour.
Digne fils du héros qui t'a donné le jour,
Délivre l'univers d'un monstre qui t'irrite.
La veuve de Thésée ose aimer Hippolyte !
Crois-moi, ce monstre affreux ne doit point t'échapper.
Voilà mon coeur. C'est là que ta main doit frapper.
Impatient déjà d'expier son offense,
Au-devant de ton bras je le sens qui s'avance.
Frappe. Ou si tu le crois indigne de tes coups,
Si ta haine m'envie un supplice si doux,
Ou si d'un sang trop vil ta main serait trempée,
Au défaut de ton bras prête-moi ton épée.
Donne."
|
Phèdre à Hyppolite, Phèdre de RACINE.
|
|
|
|
|