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Vieux 02/11/2011, 18h31   #1
Night
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Thème d'écriture : Le café

Suggéré par @Kasia., le thème de cette quinzaine sera donc "Le café".


On continue avec le nouveau fonctionnement de l'atelier écriture, et vous devez donc poster vos participations directement à la suite de ce message !

N'hésitez pas à commenter les textes publiés, et à faire des suggestions pour les prochains thèmes !
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Vieux 03/11/2011, 11h00   #2
N° 7
 
Avatar de Seluj
 
Le café




Ce matin il pleut sur mes arbustes et mes roses comme il pleut sur mon coeur. Pourtant on est en mai, «en mai fait ce qu’il te plait» dit le dicton, je devrais pouvoir faire revenir le soleil; et dans le ciel et dans mon coeur. Visiblement les deux semblent impossibles.
Il est 6h00. J’ouvre une à une toutes les boîtes de café rangées sur la grande étagère de la cuisine, j’aime quand l’odeur mélangée des grains se répand lentement pendant que je prépare le petite déjeuner, je m’amuse à énumérer chaque sorte de café en fonction de l’odeur qui me vient quand je bouge dans la pièce.
Habituellement je mets de la musique aussi. Ce matin la radio est éteinte, seul le chuintement de la bouilloire me rappelle que la maison est silencieuse, tellement silencieuse. Je voudrais monter dans la chambre et voir qu’il est là, allongé, qu’il me reste encore du temps pour préparer ses tartines de confiture d’abricot, son jus d’orange et choisir méticuleusement les grains de café à moudre.
Je voudrais monter, marcher sur la pointe des pieds, accompagnée par l’odeur du café et déposer, doucement, le plateau encore chaud du petit déjeuner qui l’attend.
Ce matin je sens le parfum du café noir, qui m’étouffe. J’ai mal. Je voudrais hurler mais je ne peux pas. D’un seul coup toutes les boîtes que j’ai ouvertes sentent la même chose, cette même odeur qui me rappelle que je suis seule, j’étouffe encore. Et je pleure.
De toute façon les roses sont fanées, j’ai jeté tout le café. En espérant dépoussiérer mon coeur, le parfum de l’Arabica est toujours là, incrusté dans les murs de la cuisine. Et la bouilloire chuinte, encore. Mais j’ai jeté tout le café.
__________________
Do you like a mint ? No ?
28.07.11
Seluj est déconnectée   Réponse avec citation
4 Filles ont envoyé un Big up ! à Seluj : : deboa (03/11/2011), Kasia. (03/11/2011), Moustachä (03/11/2011), Yukat (05/12/2011)
Vieux 03/11/2011, 19h57   #3
 
Avatar de deboa
 

le café

L'odeur lui chatouillait les narines: un élément de la réalité qui s'immisçait doucement dans le rêve délicieux où elle se trouvait tout en l'en éloignement doucement. Elle ouvrait les yeux, autant à contre cœur qu'avec l'impatience de recevoir la boisson promise par ses capteurs odorants. Elle descendait doucement les escaliers encore à moitié endormie et pénétrait dans la cuisine, lieu qui abritait l'élément dont l'arôme était venu la chercher jusque dans son lit. À l'odeur s'ajouta le bruit familier de l'aspiration de l'eau pour qu'elle puisse couler délicatement à travers le café fraichement moulu afin de se transformer en cet arôme fruité et corsé qu'elle adorait tant. Voir l'homme qui vivait auprès d'elle, effectuer les gestes indispensables à cette union entre le liquide transparent et la poudre marron rendait le rituel encore plus intense. Quand l'union des deux ingrédients touchait à sa fin, il versait une quantité du résultat obtenu dans une tasse qu'il tentait à l'endormie. Quand le liquide noire entrait dans sa bouche, elle le sentait parcourir son corps, le réveillant et chassant le reste de sommeil qui s'y accrochait encore.

C'est en se forçant à se rappeler des moindres détails de cette habitude matinale qu'elle avalait cette chose au goût insupportable qu'ils osaient appeler du café. Porter ce gobelet en plastique à ses lèvres était un supplice. Elle espérait qu'au moins, ce breuvage au goût insupportable contenait vraiment l'élément qui permet de tenir éveiller. Elle ne supportait plus de voir les murs blancs, déprimants et morbides de l'hôpital où elle passait sa troisième nuit, attendant désespérément qu'il ouvre les yeux et sorte du coma.
deboa est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 03/11/2011, 22h36   #4
 
Avatar de Ezra
 

J'ai proposé ce thème sans aucunement savoir ce que j'écrirai à ce sujet. Cependant, ça donne ça:

Le café ? C'est un truc de grand ça. C'est trop addictif. Tu en prends un et une heure après tu en redemandes.Autant que lui . Il t'accorde un baiser, deux minutes plus tard tu te tiens devant lui comme une assoiffée. Jusqu'à plus soif tu le bois. Tu en réclames jusqu'à satisfaction des papilles. C'est connu: l'envie engendre le besoin, le besoin engendre l'addiction. Mais moi je n'avais pas de café ; je l'avais lui. Il ne m'avait pas ; il avait son café. Il ne dépendait pas de moi, comme il dépend de son café du matin, de l'onctuosité du liquide qu'il déposait à sa bouche s'engouffrant dans sa gorge sans fin. Je le consume, et pourtant c'est moi qui m'épuise. Sous cette addiction tremblante, il m'énergétise, il me nourrit. Il porte l'exquise odeur du café noir, des grains moulus, de l'arabica. Une odeur qui me colle à la peau lors de mes matinées d'automne. Elle s'agite sous mon nez, s'en va comme la vapeur de mes soupirs et revient comme une vague déferlante pour me réchauffer le cœur. Je vous l'avais dis, c'est un truc de grands. Je n'aime pas le café. Je n'ai jamais aimé le café. Je n'aimerai jamais le café. Qu'il se réduise en bouilli sous mes yeux, puisqu'un café bouillu c'est un café foutu.



Modifié par Kasia. 18/04/2012 à 23h41.
Ezra est déconnectée   Réponse avec citation
2 Filles ont envoyé un Big up ! à Ezra : : deboa (03/11/2011), Happyland (26/11/2011)
Vieux 04/11/2011, 19h50   #5
Je fais des photos !
 
Avatar de Célio
 
Twitter

Je ne me doutais de rien ce matin là. Le matin du vingt janvier deux-mille onze était un matin comme les autres. Le bruit assourdissant du réveil, des cris des enfants. Cependant, tu n’étais pas là, à cause d’un déplacement professionnel. Tu n’allais pas très loin ; à Lyon seulement , mais je n’avais pas suffisamment l’habitude de ton absence pour avoir l’esprit totalement tranquille. Et si il t’arrivait quelque chose ? Et si la baby-sitter se décommandait, comment ferais-je avec les enfants ?

- Tu pourras m’appeler en cas de soucis chéri . Je ne pars que pour deux ou trois jours, ce n’est pas si long ! , tu m’avais dit.

T
u étais partie la veille, en fin d’après-midi. Après avoir déposé les jumeaux chez leur grand-mère, tu es partie pour Lyon. J’ai travaillé jusque tard, me suis abruti d’heures sup’. Ce matin à 6h30 le réveil avait été difficile ! Je préparai le petit déjeuner des enfants, essayait de les préparer à temps. Les habiller était un parcours du combattant. Vers 8h, j’ai appelé la baby-sitter pour confirmer qu’elle viendrait les chercher à la sortie de l’école. Ce matin là, je réalisai réellement à quel point tu travaillais dur. Je t’ai envoyé un sms ; ton portable a vibré sur la table basse du salon. J’ai laissé Lucie et Paco regarder la télévision tandis que je prenais à mon tour le temps de manger. Un café, deux tartines… Je n’avais pas le temps pour un petit déjeuner équilibré. J’ai accompagné les enfants à 8h20, puis je suis allé au bureau ; je travaillais dans l’immobilier. Je traversais une rue marchande, lorsque je te vis sur le trottoir d’en face, à la terrasse d’un café. Bien habillée, apprêtée, comme je ne t’avais pas vue depuis longtemps. Ton sac à main sur la chaise, tes boucles rousses, tes lèvres rouges. Pour la première fois, ce matin du vingt janvier, je te vis à la terrasse d’un café avec un autre homme.



Ps ; je n'ai pas réussi à faire d'alinéas alors j'ai simplement mis la première lettre de chaque paragraphe en italique, ce n'est pas très joli mais bon.
__________________
Célio est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 14/11/2011, 19h54   #6
Si tu savais...
 
Avatar de Alessa in the sky
 
Blog

Le café **

mais que fait-elle donc ? et voilà que ça recommence, elle ouvre l'armoire, en sort un paquet tout noir, l'ouvre sèchement, " laisse moi voir, laisse moi voir !! " mais non elle me repousse gentillement comme à chaque fois en me disant que ce n'est pas bon pour moi.
Et voilà qu'elle renverse ce paquet dans une machine qui comme tous les jours va encore me faire gonfler, elle appuie sur le truc rouge et çà y est, le bruit infernal recommence mais ca sent si bon... et elle est tellement contente quand elle en mets dans sa tasse... elle me dit que c'est du café mais moi je suis un chat je ne sais pas ce que c'est ... " allez allez laisse moi gouter " un jour j'y arriverais à gouter ce chatané café
__________________
Ce sont les anges Micky... Les anges qui descendent du ciel pour nous emmener [ ... ] Et je vois l’avenir, il n’y a plus de morts, parce toi et moi on est des anges... :dada:
Alessa in the sky est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 18/11/2011, 12h39   #7
 
Avatar de sarah-eva
 
Elle

Elle ouvrit les yeux, par reflexe, chercha au fond de son lit. Personne. Juste elle, qui commençait à avoir l’habitude mais il n’empêche, ça la travaillait. Elle se dit alors qu’il fallait bien s’extraire de cette énorme couette, ne serait-ce que pour vérifier si ses prédictions étaient bonnes. Oui nous étions dimanche. Oui il faisait froid et gris. Oui elle était seule. Elle tenta une expédition jusqu’à sa cuisine où trônait ce trésor de technologie, la machine à café. Après de longues minutes d’hésitation, elle enfila une veste, attrapa son sac et descendit au café d’en bas. Son quartier avait un côté populo-bobo-ecolo qu’elle se faisait un devoir de savourer. Elle prit place au coin d’une vielle table, comme ça, sur le trottoir. Équipée d’un café elle se lança dans son activité favorite: la contemplation du temps qui passe, cherchant à rendre palpitante la plus anodine des situations. Elle adorait imaginer la vie des autres. Ce couple assit en face était-il vraiment un couple ? Elle décida que non, en fait ils se sont rencontré sur internet, c’était leur deuxième rendez-vous. Comme chacun avait un emploi du temps surchargé ils n’ont trouvé que ce créneau. Du coup ils se sont dit, allons prendre un café. Elle reprit un café puis passa à lui, assit en face, avec au programme les mêmes choses qu’elle. S’était-il réveillé de la même façon ?



Modifié par sarah-eva 18/11/2011 à 12h53.
sarah-eva est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 18/11/2011, 20h36   #8
Al.
Chandler Bing.
 
Avatar de Al.

Les volutes de fumées s’échappent paresseusement de la tasse. Se dispersant autour d'elle. Touchant son visage dans une caresse. Les autres sont déjà la. Ils ne savent pas quoi faire. Ils attendent. Tous. Une tasse à la main. De ce même liquide amer et noir. Doucement, une larme glisse sur sa joue et tombe dans sa tasse. Elle baisse la tête. Comme si elle pouvait apercevoir cette larme dans ce liquide noirâtre. Une deuxième larme suit le même trajet. Puis vient le torrent. Les sanglots. Les épaules s'agitent. Toujours plus fort. Toujours plus nerveusement. Toujours plus douloureusement. Les autres restent la. A ne rien faire. Ils ont tous le nez baissés sur leurs tasses. Ils savent sans regarder. Ils savent car c'est la même chose pour eux. Un chœur de sanglots. Toujours plus longs. Toujours plus forts. Toujours plus nombreux. Une seule respiration. Toujours plus lente. Toujours plus profonde. Toujours plus saccadée.
Il était partis. Il n'était plus la. Cela faisait quelques heures. Seulement.
Puis cela ferras 3 ans.
Déjà.
Ils se retrouveront tous, toujours devant une tasse de café. Une seule larme seras versée. Une seule. Le deuil est passée. La peine reste. Mais pas les larmes. Pas les sanglots.
Alors, on se réchauffe le coeur.
Et si le coeur reste froid, les mains, elles, sont réchauffées. Par cette tasse de café.
Al. est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 18/11/2011, 20h42   #9
Mme Holden-Ried.
 
Avatar de Keep Smiling

J’aime bien ce quartier. La rue étroite et haute, en levant les yeux, j’ai l’impression que le ciel touche le haut de ses vieux bâtiments. Les façades vieillissantes et pleines d’histoires de ces vieux immeubles. Mais, ce que je préfère c’est l’odeur qui émanent des commerces et qui se mélangent entre elles. La parfumerie et cette odeur agressante ou la chocolaterie, son odeur douce et appétissante.
J’ai pris l’habitude de venir dans ce café, toujours à la même heure. J’ai horreur de la routine pourtant, je l’aime cette habitude. Et puis un jour je t’ai aperçu dans le fond de cette grande salle, je t’ai remarqué dans cette foule qui va et qui vient.
J’aime ce café, cet espace, cette ambiance. J’aime imaginer les secrets qu’il cache dans son histoire. Les amants, les amis, les amoureux, les gens solitaires, les familles qui sont venus pour un verre.
Je te vois toujours rire aux éclats dans le fond de cette salle. Puis un jour, je t’ai vu t’avançait vers moi, une tasse à la main. Tu t’es assis en face de moi, m’as sourit et tu as poussé la tasse vers en me demandant
« - Un café ? »
Je n’ai jamais aimé le café, mais, celui là, je l’ai bu et je l’ai aimé.
__________________
Pauvre con, Je t'aime...
Keep Smiling est actuellement connectée   Réponse avec citation
— Ont offert un Big up ! à ce post : clara74 (25/11/2011)
Vieux 13/12/2011, 20h40   #10
Murder on the dancefloor
 
Avatar de Camille-
 

Le café


Je m'étais assise dos à la porte pour ne pas te voir arriver. Je détestais ce bar, je l'avais toujours détesté, mais c'était ton point de repères, et c'est toi qui avait fixé le rendez-vous, Je n'avais pas eu envie de protester.
J'avais commandé un café, j'ai ouvert un livre, mais je ne parvenais pas à me concentrer. Je relisais sans cesse le même paragraphe, sans rien y comprendre. Les lignes dansaient devant mes yeux, les mots mis bout à bout n'avaient aucun sens, Le café est arrivé. J'y ai versé du sucre, beaucoup trop, comme d'habitude. Si tu avais été là tu aurais sûrement dit que c'était du sucre au café que je buvais, et j'aurais fait semblant de trouver ça drôle. J'ai touillé mon café, mangé l'amande qui l'accompagnait, touillé encore, baissé à nouveau les yeux sur mes pages, touillé enfin.
Quand tu es arrivé, mon café était froid. Tu t'es assis en face de moi, posé tes lunettes. Tu t'es frotté les yeux puis après seulement, comme si tu venais de remarquer ma présence, tu as dit bonjour.
J'ai poussé ma tasse vers toi, tu as goûté et, comme je m'y attendais, tu as fait une remarque sur ma consommation de sucre. « Si tu n'aimes pas le café noir, n'en bois pas ».
J'ai fermé mon livre, j'ai repris mon café, « Qu'est-ce que tu veux ? ». Tu as fouillé dans ta poche et en as extrait ton éternel agenda bleu: « Tu as écrit ici que c'était l'anniversaire de notre rencontre. Je voulais voir comment tu allais ». Ton cynique, sourcil à demi relevé. De l'ironie... Le sentiment de rage qui m'avait quitté quand tu m'avais quittée revenait. Je me suis levée, ai fermé la ceinture de mon manteau et j'ai balancé mon sac sur mon épaule.
« Merci de m'avoir libérée. Et merci pour le café ! ».
Je vaux mieux que ça maintenant.
Camille- est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 20/12/2011, 13h35   #11
Accrochée a son ordi
 
Avatar de lajumelles17
 
Twitter

J'avais écrit un texte aussi et même s'il la quinzaine est largement dépassée, je me suis dit qu'il est intéressant de vous le proposer.

"Une odeur âpre embaume la maison. Ca sent fort, ça sent bon. Ca me rappelle chaque jour passé à ses côtés. Ce qu’il prenait pour s’éveiller. A sa manière de m’embrasser, je pouvais tout de suite deviner s’il avait pris du café. Il avait cette manie de le sucrer, de le choisir toujours corsé/serré. Une cuillère pour mélanger, et il buvait sans plus tarder. Partant pour débuter une longue journée.
Cette chaleur matinale, ce rituel infernal et cette odeur enivrante me manquent. Sa façon de se tenir devant moi, ces matins là, et son regard insistant ne sont plus que de vagues souvenirs. Un pâle instant, j’ai cru le voir venir. Triste réalité que me rappelle cette odeur de café."
lajumelles17 est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 18/04/2012, 20h57   #12
Watch me explode.
 
Avatar de Asphodel
 

Tout commence par cet instant de confusion qu'est le réveil. Le réveil, instant tragique, épique, et pourtant quoitiden. La douce incohérence des rêves soudain perturbée par une menace extérieure et assourdissante : la sonnerie dudit appareil, nous tirant des méandres de notre inconscient pour nous ramener parmi les couvertures, les oreillers et l'étiquette du pyjama qui gratte. Sans oublier ces maudits chiffres fluorescents (et même aveuglants, à cette heure là) qui nous confirment que oui, il est bien l'heure, biatch.
Là, le monde n'est plus que douleur. Notre corps flasque semble étrangement avoir fondu en partie en se mélant au matelat, formant un tout compact. Notre cerveau embué, nous croyant encore en train de faire du deltaplane en compagnie de Jésus, est soudain informé par nos yeux affolés qu'il est l'heure (ces satanés chiffres, encore). Une lutte sans merci commence alors. Prenant conscience de ses responsabilités, il nous somme avec autorité de nous lever expressément, envoyant paître la couette et sa soudaine possessivité. L'oreiller ne se laisse pourtant pas abattre et nous tire les cheveux. Le cerveau, au bout de dix minutes de duel intense, se félicite de sa victoire. Erreur fatale : le petit orteil, parti en reconnaissance, est terrassé par le froid polaire qui règne dans la chambre. Plusieurs scènes d'une violence comparable, et insoutenable, se succèdent.
Nous pourrions continuer ainsi, décrivant dans les moindres détails le calvaire de tous les instants que constitue cette demi-heure crainte d'un grand nombre. Mais nous la résumerons par ce constat : les gens n'étant pas du matin ne sont pas, comme le veut une idée fort répandue, d'irrécupérables flemmards. Ce sont au contraire des braves, qui sortent victorieux et chancelants, les yeux collés et l'haleine fétide, de cette guerre somnolente, et ce chaque matin.
Continuons donc. A cet instant, la vie ne semble plus que diffuculté, injustice et désillusion. Notre héros, titubant et se prenant entre deux orteils tous les objets se trouvant sur son chemin, envisage sérieusement de se jeter par la fenêtre des toilettes, où il s'adonne à son sordide pipi matinal. Soudain, ses narines s'agrandissent et se rétractent furtivement. Une odeur, chaude, noire, douce et amère, piquante un peu, les assaille, les attire, les démange. Le nez en l'air, le vétéran en pyjama laisse traîner ses chaussettes sur le carrelage, circulant sur la piste de cette odeur brune et brûlante.
La chaise de la petite table de la cuisine racle le sol en imitant Chewbacca. Le nez se rapproche du liquide brun-noir, la buée qui en émane le chatouille. Et puis les lèvres s'y trempent. La guerre, ses images terribles, sont oubliées dans le tourbillon d'amertume et de douceur qui envahit la bouche. Le goût d'enfance, de pain croustillant et de gueule de bois difficile, de pause clope, de révisions tardives, d'ennui, de voyage. Le goût du café, sauveur quotidien.
__________________
Life is like riding a bicycle : in order to keep your balance, you must keep moving.
Asphodel est déconnectée   Réponse avec citation
— Ont offert un Big up ! à ce post : Selachimorpha (18/04/2012)
Vieux 18/04/2012, 22h10   #13
Nombre rationnel
 
Avatar de Selachimorpha
 

Au bout de 5 heures désespérément passées à essayer de décortiquer tous les théorèmes de convergence de séries et d'intégrales - avec un nombre d'hypothèses qui, lorsque vous les comptez, vous fait naître une envie de partir élever des manchots empereurs en Antarctique - et à réduire des endomorphismes, bêtement, un paquet de feuilles tomba de mon bureau. Un sacré micmac de cours, de travaux dirigés, et de brouillons, attirés par la pesanteur, P=mg, tout ça.

Alors, une idée me traverse.
Au final, toute cette quantité de savoir à ingurgiter me dépasse, et me dépassera toujours. Il y aura toujours des gens bien meilleurs que moi, qui me regarderont de haut, qui m'expliqueront ces choses qui m'échappent du haut de leur suffisance. Ces feuilles qui tombent, c'est la métaphore de mon existence ridicule. Moi, petite chose sur terre, j'essaie de m'élever par mon contenu, par mon désir de savoir, mais je m'écrase lamentablement sur le sol poussiéreux, parce que j'ai une case en moins. Sinon, je ne sais pas si j'ai vraiment une case en moins, mais en tout cas il doit bien y avoir une raison pour laquelle j'échoue de façon ridicule. Les polygones de cellulose ne doivent probablement pas être les seuls à subir les petites facéties d'Isaac Newton.

Cette micro-crise existentielle qui ne dura que quelques secondes fut suivie d'un tonitruant :
"Oh, et puis, merde !"
Et d'un geste rageur, j'envoyai valser les cours de maths de mon bureau.

Je tombai sur ma chaise, surplombant les copies et classeurs et cahiers griffonnés. J'étais pathétique, je le savais et je me permis de contempler la scène avec ironie.

Je devrais peut-être arrêter le café.
__________________
"J’arrivais à me faire passer non seulement pour bête (ce qui n’est déjà pas mal) mais pour bête et bonne, ce qui est vraiment mieux."
Thérèse.
Selachimorpha est déconnectée   Réponse avec citation
— Ont offert un Big up ! à ce post : Kasia. (18/04/2012)
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