| Pour le meilleur et pour le rire. | Il y a des filles qui naissent dans des boutons de rose, Aline était née dans un rayon de soleil. Elle était tout bébé quand, à la tombée du jour, l'astre lumineux l'avait déposée en douceur sur une herbe douce et soyeuse.
C'est au milieu des papillons qu'elle grandit. Et, peut-être parce qu'elle voulait leur ressembler, Aline ne fut jamais plus grande que le pouce. Elle était minuscule, toute petite aux si bien que rien ni personne ne la voyait. Mais Aline s'en moquait, parce qu'Aline se sentait protégée et aimée, au sein des papillons.
A mesure que le temps passait, Aline devenait de plus en plus belle. Elle avait de jolis cheveux bruns comme la terre, et des yeux verts teintés de dorés, qui, comme sa peau, donnaient l'impression qu'ils contenaient des éclats de soleil, qui lui permettaient alors, même la nuit, de briller. Mais Aline ne réalisait pas à quel point cela pouvait être un don formidable, au contraire, Aline était triste. Elle avait grandi, mais les papillons qui l'entouraient aussi et finalement, elle se demandait si c'était là réellement sa place.
Elle se trouvait si terne, si moche, si invisible aux côtés des papillons, et de leurs immenses ailes colorées ! "Mais toi, tu brilles dans le noir !" lui répétaient ses amis. En vain. Tant et si bien qu'un jour, Aline, honteuse et peinée de ne pas être aussi majestueuse que ceux qui l'avaient élevée, s'en alla. Elle parti, en pleine nuit, et, veillant à ne pas être vue, elle s'était emmitouflée dans un manteau qu'elle avait elle-même fabriqué, en pétales de roses et de pâquerettes.
Elle marcha longtemps, toute seule, dans la peur parfois, de se faire capturer. Ses amis, sa famille, lui manquaient, mais elle ne voulait pas y retourner, pas tant qu'elle serait toujours... comme ça. En chemin, elle rencontra un garçon, tout aussi petit qu'elle, qui semblait traîner derrière lui le même chagrin. Il s'appelait Zef, et, Aline et lui décidèrent de continuer leur chemin ensemble.
Un beau jour, sous une pluie battante qui les glaça jusqu'aux os, ils découvrirent une étrange créature, qui plus tard sera appelée être humain. A la fois curieux et effrayés, ils s'approchèrent. Aujourd'hui, on dirait qu'il s'agissait d'un bébé. Le tout premier bébé qui ai jamais existé. Mais Zef et Aline ne savaient pas tout cela, et pensaient avoir découvert un monstre bizarre. Courageux, cependant, Zef décida de monter sur le ventre de la créature. Etait-ce dû au tissu de ses vêtements, ou à la caresse de ses pieds sur le ventre nu du bébé ? Nul ne le sait. Toujours est-il que sentir Zef sur lui procura au nourrisson une joie immense, si intense qu'il se mit alors à rire.
Le premier bébé rit pour la première fois. Et l'histoire de Peter Pan ne ment pas : le rire du bébé éclata en mille morceaux. Mais pas comme des morceaux de verre, plutôt comme des tonnes et des tonnes de plumes. Intriguée, Aline en saisit une. Elle n'avait jamais rien vu ni senti d'aussi doux, agréable, et merveilleux. Et alors, avant même qu'elle ne se retourne pour la montrer à Zef, Aline fut entourée d'une intense lumière, la plume disparut d'entre ses mains, et quelques secondes plus tard, deux somptueuses ailes, transparentes et étincelantes, étaient apparues dans le dos de la jeune fille. Emerveillé, Zef saisit une plume à son tour, et deux ailes apparurent également dans le dos du jeune homme.
Aline et Zef n'en croyaient pas leurs yeux : ils pouvaient voler ! Ils ramassèrent toutes les plumes qu'ils rangèrent soigneusement dans une besace en feuille de tournesol, et ils s'envolèrent alors. Jour après jour, ils croisèrent de nombreux petits êtres, aussi minuscules qu'eux, et aussi tristes qu'ils l'étaient auparavant. Ils confièrent une plume à chacun, et tous se voyaient pourvus d'ailes. A mesure que le temps passait, ils n'étaient plus deux, mais vingt, puis cent, puis mille. Très vite ils voyagèrent tout autour du monde, et chacun était libre de rester là où il le voulait.
Grâce à Aline, Zef, et au tout premier rire du tout premier bébé : les fées étaient nées.
__________________ Faut pas pousser Mémé dans les orgies. |