Citation:
Posté par Yana • Un dialogue dans lequel le mot "Darling" (chéri en anglais) sera utilisé sous la forme interrogative
• Un manteau de fourrure et un rouge à lèvre
• Un cactus
• 3 places de théâtre
• Une canne à pêche |
Trois places de théâtre. Elle avait chez elle, juste sur sa table de salon, trois places de théâtre que des dizaines, comment des dizaines, des centaines de milliers de personnes seraient prêtes à payer une fortune... Mais non, pas de théâtre ce soir. Ce soir, c'est bivouac, eh oui ma poule, il ne fallait pas perdre à courte paille. C'est pour ça qu'elle se retrouvait sur cette barque idiote, une canne à pêche à la main, à attendre comme une andouille qu'un quelconque poisson daigne titiller son appât.
" Tu sais qu'il n'y a aucun poisson, ici ?
- Tu veux bien te taire, Darling ? Tu vas faire fuir notre dîner."
Darling, elle lui en foutrait du Darling ! Elle échangea un regard volontairement plus éloquent que nécessaire à Simon, lui aussi contraint de perdre son temps sur cette foutue barque.
Elle l'aimait bien, Louise, là n'était pas la question. Mais elle aimait surtout la Louise d'avant. Pas celle qui se découvre soudainement des envies d'entrer en communion avec la nature. La seule chose avec laquelle
elle, elle voulait entrer en communion, c'était ses Louboutin, pour aller à cette foutue représentation de théâtre.
Au bout de deux heures d'ennui extrême, total, et absolu, Louise convint finalement qu'ils ne pêcheraient rien et décida qu'ils se satisferaient des vivres qu'elle avait apportés. Du caviar et du champagne. Non mais n'importe quoi. Du caviar au milieu des bois ? Elle n'en revenait pas. Tout cela tournait à la farce et elle allait finir par lui faire bouffer son caviar par les narines, si ça continuait. Tout ça, c'était aussi vrai que les seins de Pamela Anderson. Non, franchement, c'était ridicule, ils n'avaient absolument rien à foutre ici.
Et c'est quand elle s'apprêtait à le lui dire que le coup de grâce lui fut rendu : Louise avait apporté son cactus. Non, pitié non, elle n'avait quand même pas...
" Et voilà Darling, te voici dans la nature ! J'espère que la soirée te plaira !"
Elle les avait traînés ici pour que son foutu cactus voit la nature. Son Darling de cactus. A qui elle parlait. Un cactus dans une forêt du nord de la France mais elle pense vraiment que c'est un climat adapté ? Non, là, il fallait lui dire, ils avaient tout juste le temps de retourner à la maison, se changer, enfiler un manteau de fourrure, se mettre une touche de rouge à lèvres et filer au théâtre.
" Louise, je rentre.
- Pardon, Darling ?
- Je rentre, je veux aller au théâtre ! "
Silence tendu, Simon le dos bien droit, le regard qui vacille de l'une vers l'autre comme à un match de tennis.
" Très bien, mais alors tu me donnes ton nouveau sac Channel."
La garce. Elle l'avait prise au mot. Quand Louise lui avait dit qu'elle ne tiendrait pas la journée dans la cambrousse, elle avait osé répondre : "Je te parie mon sac Channel que je m'en sors mieux que toi.". Y'a pas à dire, il y a vraiment des moments où il vaut mieux se taire.
Dans un soupir inaudible, elle s'enveloppa d'une couverture et se renfrogna, vaincue. Non parce que louper le théâtre passe encore, mais perdre son sac Channel, jamais de la vie.