Sieste
T’es beau quand tu dors.
Je resterai des heures à te regarder ainsi, dans la moiteur de cet après-midi d’été. Le soleil qui filtre à travers les persiennes, la douce caresse d’une brise artificielle venue d’un ventilateur ; le calme après la tempête. On est bien. Juste toi et moi, dans notre lit.
Instant figé d’une douceur irréelle, image digne d’une publicité pour parfum. Et pourtant, l’espace d’un moment, d’une heure ou deux, c’est vrai, c’est doux, et ça n’appartient qu’à nous.
Mes mains se promènent sur ton dos nu, propriétaires de ce corps dont elles connaissent chaque centimètre. Elles s’avancent lentement, explorant à l’infini des terres déjà conquises.
Où es-tu mon amour, à quoi songes-tu ? Qui habite tes rêves ? M’aimes-tu encore quand tu dors ? Et au final, quelle importance, puisque quand tu dors, tu n’es plus à moi. A quoi songes-tu…
J’ai envie d’une cigarette. Juste une. Une de plus que je ne fumerai pas.
T’es beau quand tu dors. Je souris.
5 ans d’amour. Déjà. Seulement ? M’aimes-tu encore ?
Moi je t’aime. Toujours. Je crois. Je ne sais plus comment est venue cette question. Elle s’est insinuée en moi, à mon insu, délicatement et sans violence, comme un poison dans mes veines.
Je sais que je t’aime, mais plus comme avant. Et si les sentiments sont toujours là, est-ce que le fait qu’ils aient changés est si important ? Pourrais-tu l’entendre, me comprendre ?
Je ne te quitterai pas. Je t’aime. Et pourtant. Pourquoi ça ne suffit pas… Pourquoi ça ne me suffit plus ? Dois-je m’en contenter, persuadée que rien de mieux ne m’arrivera après toi… Suis-je devenue lâche à ce point ?
Je l’entends, elle se moque de moi. Elle peut, je suis devenue tout ce qu’elle ne voulait jamais devenir. Elle me trouve ridicule, je le sais. Je ne lui en veux pas. Après tout, elle est moi. Ou plutôt était.
Je ne m’aimais pas, ça a laissé toute la place pour toi mon ange. Et j’ai changé, pour toi, pour nous… Pour moi surtout. Je ne m’aimais pas alors je me suis tuée. Pour que tu puisses m’aimer. Tu n’as rien su. Tu n’as que deviné celle que j’étais. Tu l’aurais détesté sans aucun doute. Je me suis réinventée, recomposée. Sans aucun regret, tu m’as rendue heureuse. Plus de bonheur et d’amour en 5 années à tes côtés qu’en une vie.
Alors pourquoi aujourd’hui ce trouble en moi, quand tout semble aller si bien ici bas…
Est-ce parce que ces petits défauts qui m’amusaient m’agacent chaque jour un peu plus. Est-ce parce que nos corps se désirent moins ardemment, parce que moins souvent l’envie nous prend… Ce doit être la faute au temps qui passe, c’est souvent lui le coupable à ce qu'on m'a dit.
Je t’aimais tant.
Elle est revenue. Était-elle seulement partie ? Et est-ce vraiment grave qu’elle soit de retour? Je ne l’aimais pas vraiment mais c’était moi.
Je ne me reconnais pas dans la personne que je suis aujourd’hui.
Au moins ces ténèbres étaient miennes, j’en connaissais chaque recoin, chaque méandre. On ne m’a pas appris à être heureuse. Je ne sais pas quoi faire de tout ce bonheur. C’est ça le pire, il me semble. Je peux difficilement avoir plus que ce que j’ai à ce jour. Et je prends conscience que ça ne me suffit pas. Alors quoi ?
T’es beau quand tu dors. T’es beau tout le temps d’ailleurs. Mon amour…
M’aimeras-tu toujours si je la laisse revenir ? Me laissera-t-elle seulement t’aimer encore.
Elle m’avait prévenu. Elle avait raison. Je suis devenue un cliché. Un cliché presque heureux, mais un cliché tout de même.
Mon amour.
Un autre est venu. J’ai résisté mon ange. Pour toi… Pas pour moi. Qu’est-ce que ça dit de moi ? De nous ? Je n’ai pas cédé, l’honneur est sauf n’est-ce pas ? Et pourtant, mon corps tout entier vibre encore de ce qui aurait pu être. Et j’ai beau t’aimer, sans cesse dans ma tête se joue cette scène où j’aurai dit oui, juste pour une nuit, pour un orgasme secret offert par un corps étranger, dans un lit que je ne connais pas déjà.
Je ne t’en parlerai pas. A quoi bon avouer ce qui n’est pas arrivé…
Je t’adorais mon ange. Aujourd’hui, je m’aime plus que je ne t’aime toi. Ce constat me laisse un gout amer dans la bouche. Peut-être est-ce mieux pour moi.
Je ne sais plus quoi penser. J’ai peur pour nous. Je l’entends de plus en plus souvent, elle a envie de tout envoyer valser. Partir, recommencer. A quoi bon rester si l’on sait déjà que c’est terminé.
Moi, je veux juste fermer les yeux, m’allonger auprès de toi et oublier ce qui a changé. Faire comme si.
Après tout, je t’aime encore.
Tu t’éveilles, me souris tendrement. Mon ange.
« Ô temps ! suspends ton vol… »
J’ai envie d’une cigarette…