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Vieux 12/09/2009, 23h30   #1
Soudainement optimiste
 
Avatar de Madrigale.
Vos poèmes/poètes préférés?

Question simple: quels sont vos poèmes et vos poètes préférés et pourquoi?
Madrigale. est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 12/09/2009, 23h53   #2
It's Business Time!
 
Avatar de Zen-alia
 

J'aime beaucoup La Courbe de tes Yeux, de Paul Eluard... Surtout ces phrases là :
"La courbe de tes yeux fait le tour de mon coeur"
"...si je ne sais plus tout ce que j'ai vécu, c'est que tes yeux ne m'ont pas toujours vu"
"le monde entier descend de tes yeux purs, et tout mon sang coule dans leur regard"
MA-GNI-FIQUE, ça me va droit au coeur

Ou aussi Si, de Kipling.
Ce poème incarne toutes mes valeurs, c'est le modèle de conduite auquel j'aspire ^^
__________________
Sois le changement que tu veux voir dans le monde.........

Zen-alia est déconnectée   Réponse avec citation
2 Filles ont envoyé un Big up ! à Zen-alia : : Collapsus (30/09/2010), Grawrrr (21/07/2011)
Vieux 13/09/2009, 09h14   #3
Des étoiles au plafond
 
Avatar de Tristana
 
Blog

Je ne lis plus de poèmes, mais adolescente qu'est ce que j'ai pu aimer, et j'en écrivais aussi. J'avais une folle préférence pour les surréalistes et le surréalisme. Mes preferés étaient, passionnément, Aragon, suivi directement de Eluard.

J'aimais beaucoup aussi Rainer Maria Rilke.
Et je me souviens aussi de Tzara, Péguy, Césaire.


Bizarrement, maintenant, je ne les lis plus, et je n'ecris pas un seul poème, ça doit faire dix ans que j'en ai pas écrit. Comme si ça avait correspondu à une période forte de mon adolescence.
__________________
Que sont nos rêves devenus ?
Tristana est actuellement connectée   Réponse avec citation
3 Filles ont envoyé un Big up ! à Tristana : : clara74 (25/04/2012), neelhanne (04/11/2011), Seth_ (22/02/2010)
Vieux 17/09/2009, 13h30   #4
Allez, pars, maladie.
 
Avatar de Amarcord

J'aime d'amour Les Chimères de Gérard de Nerval, en particulier El Desdichado et Delfica. Je trouve que le premier exprime la mélancolie dans ce qu'elle a de plus déchirant, de plus meurtrier ; qu'un amour déçu y est la cause de tous les maux. Tandis que Delfica exprimerait plutôt la nostalgie du passé, et l'espérance presque enragée de trouver un ailleurs plus beau ; c'est un poème très doux à mes yeux, et à la fois très puissant ("Ils reviendront, ces dieux que tu pleures toujours"...).

J'adule La Jeune Parque de Paul Valéry. Bien que ça soit un poème complètement hermétique, il y a des vers qui me parlent énormément ; souvent en le lisant il m'arrive de penser "Mais ? C'est exactement ce que je ressens/ c'est exactement la vision que j'ai de telle expérience/ tel sentiment !" Je me reconnais beaucoup dans ce poème car il y a quelque chose d'onirique là dedans, quelque chose qui me dépasse et qui à la fois, je le sens, se trouve au plus profond de moi-même (je ne sais pas si je suis très claire :o).

Je reviendrai sûrement parler d'autres poèmes !
__________________
Songe : mensonge ou message ?
Gémissant mais sage, je sème en son jeu ces jets mi-sangs mi-songes.
Amarcord est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 17/09/2009, 15h38   #5
Sweet living nightmare.
 
Avatar de Lola V. Stein
 
Blog

Je suis folle amoureuse de Recueillement, de Baudelaire. Ce poème me parle plus que n'importe quel autre.
__________________

Tu me tues.
Tu me fais du bien.
Lola V. Stein est actuellement connectée   Réponse avec citation
Vieux 17/09/2009, 17h25   #6
tiladadoum
 
Avatar de Clém-ence
 

Tout d'abord, Pierre De Ronsard avec
" Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avait déclose
Sa robe de pourpre au soleil
A point perdu cette vêpré
Les plis de sa robe pourprée
Et son teint au votre pareil.

Las, voyez comme en peu d'espace
Mignonne, elle a dessus la place
Las las, ses beautés laissé choir
O vraiment marâtre nature,
Puisqu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir

Donc si vous me croyez mignonne
Tandis que votre age fleuronne
En sa plus verte nouveauté
Cueillez, cueillez votre jeunesse
Comme à cette fleur la vieillesse
Fera ternir votre beauté. "


Puis Victor Hugo avec:
" Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. "


Je connais ces deux poèmes par coeur tellement je les trouve magnifique.
__________________
...Cherche semblable aimant les pulls à capuche, la vodka, les périples et la fougue. A bon entendeur ? ..Et un an plus tard: Il porte des pulls à capuche, boit de la vodka et a déjà visité pas mal de pays Européens.. What's else ?
Clém-ence est déconnectée   Réponse avec citation
9 Filles ont envoyé un Big up ! à Clém-ence : : Apprentie-Diva (15/04/2012), Caramélisé (16/05/2011), Jenna67 (06/10/2009), Jules. (01/03/2010), lisa-loup (18/05/2011), Louploup (17/02/2010), neelhanne (04/11/2011), poe (16/05/2011), VintJean (27/12/2011)
Vieux 18/09/2009, 03h34   #7
gloutonnise.
 
Avatar de Creamm
 

Je suis folle de Catherine Lalonde, de Tania Langlais, d'Anne Hébert, et évidement, de Gaston Miron, dont voici un extrait de sa Marche à l'Amour, tiré de L'homme Rapaillé :

j'ai un coeur de mille chevaux-vapeur
j'ai un coeur comme la flamme d'une chandelle
toi tu as la tête d'abîme douce n'est-ce pas
la nuit de saule dans tes cheveux
un visage enneigé de hasards et de fruits
un regard entretenu de sources cachées
et mille chants d'insectes dans tes veines
et mille pluies de pétales dans tes caresses
tu es mon amour
ma clameur mon bramement
tu es mon amour ma ceinture fléchée d'univers
ma danse carrée des quatre coins d'horizon
le rouet des écheveaux de mon espoir
tu es ma réconciliation batailleuse
mon murmure de jours à mes cils d'abeille
mon eau bleue de fenêtre
dans les hauts vols de buildings
mon amour
de fontaines de haies de ronds-points de fleurs
tu es ma chance ouverte et mon encerclement
à cause de toi
mon courage est un sapin toujours vert
et j'ai du chiendent d'achigan plein l'âme
tu es belle de tout l'avenir épargné
d'une frêle beauté soleilleuse contre l'ombre
ouvre-moi tes bras que j'entre au port
et mon corps d'amoureux viendra rouler
sur les talus du mont Royal
orignal, quand tu brames orignal
coule-moi dans ta plainte osseuse
fais-moi passer tout cabré tout empanaché
dans ton appel et ta détermination
Montréal est grand comme un désordre universel


Puis de Saint-Denys Garneau, aussi ( vraiment beaucoup beaucoup ) ( pris ici de Regards et Jeux dans l'Espace ) :

Accompagnement

Je ne suis pas bien du tout assis sur cette chaise
Et mon pire malaise est un fauteuil où l'on reste
Immanquablement je m'endors et j'y meurs.
Mais laissez-moi traverser le torrent sur les roches
Par bonds quitter cette chose pour celle-là
Je trouve l'équilibre impondérable entre les deux
C'est là sans appui que je me repose.

Spectacle de la danse

Mes enfants vous dansez mal
Il faut dire qu'il est difficile de danser ici
Dans ce manque d'air
Ici sans espace qui est toute la danse.
Vous ne savez pas jouer avec l'espace
Et vous y jouez
Sans chaînes
Pauvres enfants qui ne pouvez pas jouer.
Comment voulez-vous danser j'ai vu les murs
La ville coupe le regard au début
Coupe à l'épaule le regard manchot
Avant même une inflexion rythmique
Avant, sa course et repos au loin
Son épanouissement au loin du paysage
Avant la fleur du regard alliage au ciel
Mariage au ciel du regard
Infinis rencontrés heurt
Des merveilleux.
La danse est seconde mesure et second départ
Elle prend possession du monde
Après la première victoire
Du regard
Qui lui ne laisse pas de trace en l'espace
— Moins que l'oiseau même et son sillage
Que même la chanson et son invisible passage
Remuement imperceptible de l'air —
Accolade, lui, par l'immatériel
Au plus près de l'immuable transparence
Comme un reflet dans l'onde au paysage
Qu'on n'a pas vu tomber dans la rivière
Or la danse est paraphrase de la vision
Le chemin retrouvé qu'ont perdu les yeux dans le but
Un attardement arabesque à reconstruire
Depuis sa source l'enveloppement de la séduction.


J'aime aussi beaucoup les surréalistes ( moins que ), les automatistes....
__________________
''- C'est peut-être normal, chérie. Mais j'aime mieux ce qui est naturel.''
Creamm est déconnectée   Réponse avec citation
— Ont offert un Big up ! à ce post : Törless (02/11/2009)
Vieux 26/09/2009, 15h17   #8
holy shit.
 
Avatar de Bitter Sweet
 

J'en ai deux en tête qui sont je trouve absolument magnifique.
A une passante de Charles Baudelaire et Mon rêve familier de Paul Verlaine .
Je trouve Mon rêve familier tellement touchant .. Et j'aime comment Charles Baudelaire décrit cette femme et tout ce qui se passe dans sa tête en l'espace d'un instant .
__________________
"Two things are infinite: the universe and human stupidity; and I’m not sure about the universe."
Bitter Sweet est déconnectée   Réponse avec citation
2 Filles ont envoyé un Big up ! à Bitter Sweet : : cherry69 (16/05/2011), giginette20 (16/05/2011)
Vieux 05/10/2009, 16h17   #9
_lilou_
Guest
 

D'Eluard, j'aime tout. Mais celui-ci me touche tout particulièrement :

Je t'aime pour toutes les femmes que je n'ai pas connues
Je t'aime pour tous les temps où je n'ai pas vécu
Pour l'odeur du grand large et l'odeur du pain chaud
Pour la neige qui fond pour les premières fleurs
Pour les animaux purs que l'homme n'effraie pas
Je t'aime pour aimer
Je t'aime pour toutes les femmes que je n'aime pas

Qui me reflète sinon toi-même je me vois si peu
Sans toi je ne vois rien qu'une étendue déserte
Entre autrefois et aujourd'hui
Il y a eu toutes ces morts que j'ai franchies sur de la paille
Je n'ai pas pu percer le mur de mon miroir
Il m'a fallu apprendre mot par mot la vie
Comme on oublie

Je t'aime pour ta sagesse qui n'est pas la mienne
Pour la santé
Je t'aime contre tout ce qui n'est qu'illusion
Pour ce cœur immortel que je ne détiens pas
Tu crois être le doute et tu n'es que raison
Tu es le grand soleil qui me monte à la tête
Quand je suis sûr de moi.





  Réponse avec citation
Vieux 06/10/2009, 20h01   #10
 
Avatar de Jenna67
 

Citation:
Posté par Clém-ence Voir le message
Puis Victor Hugo avec:
" Demain, dès l'aube, à l'heure où blanchit la campagne,
Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m'attends.
J'irai par la forêt, j'irai par la montagne.
Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps.

Je marcherai les yeux fixés sur mes pensées,
Sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit,
Seul, inconnu, le dos courbé, les mains croisées,
Triste, et le jour pour moi sera comme la nuit.

Je ne regarderai ni l'or du soir qui tombe,
Ni les voiles au loin descendant vers Harfleur,
Et quand j'arriverai, je mettrai sur ta tombe
Un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur. "
J'adore aussi ce poème! Je le connais par coeur et je suis toujours aussi émue quand je lis.

Sinon j'aime aussi beaucoup l'oeuvre de Baudelaire, surtout La Mort des Amants :

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,
Nos deux coeurs seront deux vastes flambeaux,
Qui réfléchiront leurs doubles lumières
Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.


Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux;

Et plus tard un Ange, entr'ouvrant les portes,
Viendra ranimer, fidèle et joyeux,
Les miroirs ternis et les flammes mortes.
Jenna67 est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 02/11/2009, 22h03   #11
Hairless
 
Avatar de Törless
 

J'ai une lecture quasi-religieuse d'une Saison en Enfer de Rimbaud, et de presque toute son oeuvre, d'ailleurs.

Après, j'ai des goûts très classiques, mais je ne connais un peu que ça, aussi. Pour citer quelques poèmes que j'aime beaucoup, je dirais Zone d'Apollinaire et le Fou de Vaguelande de Paul Fort. Et je ne sais pas trop pourquoi, mais la Ballade des Pendus de Villon m'a toujours fait un effet fou, comme une Charogne de Baudelaire. Certains textes de Prévert, comme le Temps des Noyaux. En gros, j'ai des goûts de jeune rebelle morbide, un peu.
Je repasserai avec plus d'idées en tête.
__________________
Before I sputter out.
Törless est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 02/11/2009, 22h15   #12
Nothing hurts.
 
Avatar de Youlie.
 
Blog
Il pleure dans mon coeur

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine !
__________________
.
Peut-on être heureux ?
Si oui, à quelle heure ?


Youlie. est déconnectée   Réponse avec citation
5 Filles ont envoyé un Big up ! à Youlie. : : clara74 (25/04/2012), giginette20 (16/05/2011), Jules. (01/03/2010), Louploup (17/02/2010), Roxy_Coët (27/10/2010)
Vieux 02/12/2009, 16h27   #13
 
Avatar de Titeintello07
 

Pour ma part j'aime beaucoup Théophile Gautier (et Rimbaud ou Nerval, mais pas ses sonnets).

Voici l'un de ses poèmes.
Le poëme de la femme

Marbre de Paros

Un jour, au doux rêveur qui l'aime,
En train de montrer ses trésors,
Elle voulut lire un poème,
Le poème de son beau corps.

D'abord, superbe et triomphante
Elle vint en grand apparat,
Traînant avec des airs d'infante
Un flot de velours nacarat :

Telle qu'au rebord de sa loge
Elle brille aux Italiens,
Ecoutant passer son éloge
Dans les chants des musiciens.

Ensuite, en sa verve d'artiste,
Laissant tomber l'épais velours,
Dans un nuage de batiste
Elle ébaucha ses fiers contours.

Glissant de l'épaule à la hanche,
La chemise aux plis nonchalants,
Comme une tourterelle blanche
Vint s'abattre sur ses pieds blancs.

Pour Apelle ou pour Cléoméne,
Elle semblait, marbre de chair,
En Vénus Anadyomène
Poser nue au bord de la mer.

De grosses perles de Venise
Roulaient au lieu de gouttes d'eau,
Grains laiteux qu'un rayon irise,
Sur le frais satin de sa peau.

Oh ! quelles ravissantes choses,
Dans sa divine nudité,
Avec les strophes de ses poses,
Chantait cet hymne de beauté !

Comme les flots baisant le sable
Sous la lune aux tremblants rayons,
Sa grâce était intarissable
En molles ondulations.

Mais bientôt, lasse d'art antique,
De Phidias et de Vénus,
Dans une autre stance plastique
Elle groupe ses charmes nus.

Sur un tapis de Cachemire,
C'est la sultane du sérail,
Riant au miroir qui l'admire
Avec un rire de corail ;

La Géorgienne indolente,
Avec son souple narguilhé,
Etalant sa hanche opulente,
Un pied sous l'autre replié.

Et comme l'odalisque d'Ingres,
De ses reins cambrant les rondeurs,
En dépit des vertus malingres,
En dépit des maigres pudeurs !

Paresseuse odalisque, arrière !
Voici le tableau dans son jour,
Le diamant dans sa lumière ;
Voici la beauté dans l'amour !

Sa tête penche et se renverse ;
Haletante, dressant les seins,
Aux bras du rêve qui la berce,
Elle tombe sur ses coussins.

Ses paupières battent des ailes
Sur leurs globes d'argent bruni,
Et l'on voit monter ses prunelles
Dans la nacre de l'infini.

D'un linceul de point d'Angleterre
Que l'on recouvre sa beauté :
L'extase l'a prise à la terre ;
Elle est morte de volupté !

Que les violettes de Parme,
Au lieu des tristes fleurs des morts
Où chaque perle est une larme,
Pleurent en bouquets sur son corps !

Et que mollement on la pose
Sur son lit, tombeau blanc et doux,
Où le poète, à la nuit close,
Ira prier à deux genoux.

EDIT : Oh et un autre :
La chimère

Une jeune chimère, aux lèvres de ma coupe,
Dans l'orgie, a donné le baiser le plus doux
Elle avait les yeux verts, et jusque sur sa croupe
Ondoyait en torrent l'or de ses cheveux roux.

Des ailes d'épervier tremblaient à son épaule
La voyant s'envoler je sautai sur ses reins ;
Et faisant jusqu'à moi ployer sou cou de saule,
J'enfonçai comme un peigne une main dans ses crins.

Elle se démenait, hurlante et furieuse,
Mais en vain. Je broyais ses flancs dans mes genoux ;
Alors elle me dit d'une voix gracieuse,
Plus claire que l'argent : Maître, où donc allons-nous ?

Par-delà le soleil et par-delà l'espace,
Où Dieu n'arriverait qu'après l'éternité ;
Mais avant d'être au but ton aile sera lasse :
Car je veux voir mon rêve en sa réalité.



Modifié par Titeintello07 02/12/2009 à 16h34.
Titeintello07 est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 07/12/2009, 17h58   #14
Beauté, Morale et Volupté
 
Avatar de Sofy Strange
 

ça peut paraître un peu contemporain toussa, mais en tant que poète j'aurai mis Boris Vian, je sais pas si ça compte vu qu'il fait de ses poèmes des chansonns mais j'aime beaucoup
C'est direct, peut-être trop mais c'est un poète pour moi

Sinon les classiques, Hugo, Baudelaire et surtout Verlaine qui lui est juste magique
Sofy Strange est déconnectée   Réponse avec citation
2 Filles ont envoyé un Big up ! à Sofy Strange : : FlashForward (23/01/2011), Norma Jean. (10/06/2011)
Vieux 10/02/2010, 22h37   #15
Hyène
 
Avatar de Ambre
 

Citation:

Loin du temps, de l’espace, un homme est égaré,
Mince comme un cheveu, ample comme l’aurore,
Les naseaux écumants, les deux yeux révulsés,
Et les mains en avant pour tâter le décor

— D’ailleurs inexistant. Mais quelle est, dira-t-on,
La signification de cette métaphore :
« Mince comme un cheveu, ample comme l’aurore »
Et pourquoi ces naseaux hors des trois dimensions ?

Si je parle du temps, c’est qu’il n’est pas encore,
Si je parle d’un lieu, c’est qu’il a disparu,
Si je parle d’un homme, il sera bientôt mort,
Si je parle du temps, c’est qu’il n’est déjà plus,

Si je parle d’espace, un dieu vient le détruire,
Si je parle des ans, c’est pour anéantir,
Si j’entends le silence, un dieu vient y mugir
Et ses cris répétés ne peuvent que me nuire.

Car ces dieux sont démons ; ils rampent dans l’espace
Minces comme un cheveu, amples comme l’aurore,
Les naseaux écumants, la bave sur la face,
Et les mains en avant pour saisir un décor

— D’ailleurs inexistant. Mais quelle est, dira-t-on,
La signification de cette métaphore
« Minces comme un cheveu, amples comme l’aurore »
Et pourquoi cette face hors des trois dimensions ?

Si je parle des dieux, c’est qu’ils couvrent la mer
De leur poids infini, de leur vol immortel,
Si je parle des dieux, c’est qu’ils hantent les airs,
Si je parle des dieux, c’est qu’ils sont perpétuels,

Si je parle des dieux, c’est qu’ils vivent sous terre,
Insufflant dans le sol leur haleine vivace,
Si je parle des dieux, c’est qu’ils couvent le fer,
Amassent le charbon, distillent le cinabre.

Sont-ils dieux ou démons ? Ils emplissent le temps,
Minces comme un cheveu, amples comme l’aurore,
L’émail des yeux brisés, les naseaux écumants,
Et les mains en avant pour saisir un décor

— D’ailleurs inexistant. Mais quelle est, dira-t-on,
La signification de cette métaphore
« Mince comme un cheveu, ample comme une aurore »
Et pourquoi ces deux mains hors des trois dimensions ?

Oui, ce sont des démons. L’un descend, l’autre monte.
À chaque nuit son jour, à chaque mont son val,
À chaque jour sa nuit, à chaque arbre son ombre,
À chaque être son Non, à chaque bien son mal,

Oui, ce sont des reflets, images négatives,
S’agitant à l’instar de l’immobilité,
Jetant dans le néant leur multitude active
Et composant un double à toute vérité.

Mais ni dieu ni démon l’homme s’est égaré,
Mince comme un cheveu, ample comme l’aurore,
Les naseaux écumants, les deux yeux révulsés,
Et les mains en avant pour tâter un décor

— D’ailleurs inexistant. C’est qu’il est égaré ;
Il n’est pas assez mince, il n’est pas assez ample :
Trop de muscles tordus, trop de salive usée.
Le calme reviendra lorsqu’il verra le Temple
De sa forme assurer sa propre éternité.
Raymond Queneau - L'explication des métaphores
__________________
Je m'éveillai, mais c'était en voyage
Ambre est déconnectée   Réponse avec citation
Vieux 13/02/2010, 17h48   #16
Pseudo inconnu
Guest
 

J'ai découvert il n'y a pas très longtemps le poète espagnol Federico Garcia Lorca, je n'ai lu que quelques poèmes mais je compte bien acheter un recueil, ses textes sont simples mais très beaux et touchants. Ça me plaît.
  Réponse avec citation
— Ont offert un Big up ! à ce post : Creamm (15/02/2010)
Vieux 13/02/2010, 18h32   #17
Talk nerdy to me
 
Avatar de Lalkia
 
Twitter

Alchimie du verbe et L'éternité de Rimbaud, sans aucune hésitation.

Deux merveilles.
__________________
In your arms,
‘Cause I’m scared of their controlling crowds
Keep me calm "


Lalkia est déconnectée   Réponse avec citation
2 Filles ont envoyé un Big up ! à Lalkia : : Jules. (01/03/2010), Melody Nelson (14/02/2010)
Vieux 14/02/2010, 21h49   #18
Pseudo inconnu
Guest
 

Le dormeur du Val de Rimbaud.
La première fois que je l'ai lu j'avais 13ans, et ce poème m'a fait aimer la langue française et la poésie en général. Une vraie découverte.
  Réponse avec citation
5 Filles ont envoyé un Big up ! à : : Adawen. (28/02/2010), Fleur-Bleue (21/03/2010), Linger (14/02/2010), Louploup (17/02/2010), Melody Nelson (14/02/2010)
Vieux 17/02/2010, 01h03   #19
S'envole.
 
Avatar de Louploup
 

Le Pont Mirabeau d'Apollinaire

Sous le pont Mirabeau coule la Seine
Et nos amours
Faut-il qu'il m'en souvienne
La joie venait toujours après la peine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Les mains dans les mains restons face à face
Tandis que sous
Le pont de nos bras passe
Des éternels regards l'onde si lasse

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

L'amour s'en va comme cette eau courante
L'amour s'en va
Comme la vie est lente
Et comme l'Espérance est violente

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure

Passent les jours et passent les semaines
Ni temps passé
Ni les amours reviennent
Sous le pont Mirabeau coule la Seine

Vienne la nuit sonne l'heure
Les jours s'en vont je demeure


Les mains d'Elsa

Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi te mains que je sois sauvé


Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes main à moi

Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tresailli

Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots

Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu
Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.


Barbara de Prevert, (je vais pas le mettre, le message serait un peu trop long...)

Chanson D'automne de Verlaine
Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.


Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure;

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà
Pareil à la
Feuille morte.
Louploup est déconnectée   Réponse avec citation
2 Filles ont envoyé un Big up ! à Louploup : : Quistis (07/02/2012), Strange.Days (04/10/2010)
Vieux 18/02/2010, 14h26   #20
Allez, pars, maladie.
 
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Ca ne fait pas vraiment partie de mes poèmes préférés, et d'ailleurs je ne connais pas encore assez Tennessee Williams en tant que poète pour me faire un jugement définitif de son oeuvre poétique, mais j'ai redécouvert ce texte en revoyant La Nuit de l'Iguane, et il m'a bouleversée. Alors je sais pas si c'est dû aux images du film, à cette espèce de tension mélancolique qui régnait à ce moment-là, mais je l'ai trouvé d'une simplicité, et à la fois d'une profondeur et d'une beauté frappantes.
(Par contre, je n'ai pas réussi à trouver de traduction en français) :

How calmly does the olive branch
Observe the sky begin to blanch
Without a cry, without a prayer
With no betrayal of despair

Some time while light obscures the tree
The zenith of its life will be
Gone past forever
And from thence
A second history will commence

A chronicle no longer gold
A bargaining with mist and mold
And finally the broken stem
The plummeting to earth, and then

And intercourse not well designed
For beings of a golden kind
Whose native green must arch above
The earth's obscene corrupting love

And still the ripe fruit and the branch
Observe the sky begin to blanch
Without a cry, without a prayer
With no betrayal of despair

Oh courage! Could you not as well
Select a second place to dwell
Not only in that golden tree
But in the frightened heart of me

- Tennessee Williams
__________________
Songe : mensonge ou message ?
Gémissant mais sage, je sème en son jeu ces jets mi-sangs mi-songes.



Modifié par Amarcord 18/02/2010 à 20h09.
Amarcord est déconnectée   Réponse avec citation
3 Filles ont envoyé un Big up ! à Amarcord : : Adawen. (28/02/2010), Ambre (25/03/2010), Yana (28/02/2010)
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