Anatomie d’une sortie à la Fnac

La Fnac, tout le monde y a déjà mis au moins un orteil. C'est ce temple du divertissement et des coffrets DVD qu'Amélie t'emmène visiter !

Anatomie d’une sortie à la Fnac

Aujourd’hui, il fait beau et je n’ai clairement pas envie d’aller fourrer mes fesses dans un endroit où les rayons du soleil sont interrompus par un élément de type toiture. Ça serait le comble, quand même : se plaindre toute l’année et partir faire du shopping pile le jour où toute la France dévoile ses bras en même temps !

Il faudrait me payer pour que je rentre dans une boutique, n’importe quelle boutique, toutes les boutiques… sauf une.

La Fnac n’est pas un magasin comme les autres.

Par tous les temps, la Fnac mérite ton après-midi et bien plus encore. C’est une antre à la (pop)culture et un immense terrain de jeu intellectuel. Ce n’est pas simplement une enseigne très lucrative, mais carrément une destination incontournable qui t’est forcément familière depuis un bout de temps.

Aussi loin que remonte ma mémoire, la Fnac a toujours existé. C’était ce genre d’endroit — un peu comme les boules d’IKEA — où mes parents m’emmenaient pour être sûrs de me faire plaisir sans débourser un sou. Bah oui, ça coûte vachement moins cher qu’un billet pour Disneyland de feuilleter quelques épisodes de Grand Galop ! Pourtant, sur moi l’effet était (presque) le même.

Et dire que maintenant les gamines n’ont plus qu’à allumer leur télé. Le monde va très mal. 

Que tu sois une aficionado de la Fnac ou non, laisse-moi te conter la douce histoire d’une sortie au beau milieu de cette immense caverne d’Ali Baba, qui oscille entre calme plat et grosse tempête.

L’entrée : la modernité, le design (Apple, quoi)

On va pas se mentir, l’humain de 2014 n’est plus attiré par les jouets en bois et l’observation des bousiers à la loupe binoculaire. Ce qu’il aime, c’est la modernité. Les écrans attirent son oeil et ses doigts s’y collent automatiquement histoire de vérifier que le tactile est bien en état de marche (dans le cas contraire, il s’en détourne, mimant une moue désintéressée).

Comme les dirigeants de la Fnac sont au courant que l’électronique, ça fait vendre — et que leur but est quand même de te faire repartir avec des cadeaux pour toute ta famille — il ne faut pas s’étonner en voyant que tout le matos de pointe s’étale dès l’entrée du magasin !

Normalement, si tu ne t’es pas trompée d’enseigne, tu devrais sentir l’odeur caractéristique de la Fnac : un doux fumet de papier cartonné mêlé à la chaleur d’un désodorisant pour voiture neuve. Ne fais pas cette tête, et efface cette image du sapin qui pue la fausse forêt, je te jure que ça sent bon.

À ta droite, cinq ou six gamins sont assis devant un écran LED 3D qui diffuse le DVD du Hobbit. Apparemment, ils n’ont pas besoin des lunettes pour kiffer. C’est peut-être la première génération de cyborgs… ou la nouvelle génération de télés. Va savoir.

La Fnac a créé la première garderie efficace et gratuite ! Attention, l’extension pour la maison coûte un bras (mais le lecteur Blu-Ray est offert).

Je sais que tu luttes actuellement contre ton irrépressible envie de te joindre à eux. Contrôle-toi, ceci n’est que la première épreuve de ton périple ! Tu es encore loin de la dernière tentation. Reprends-toi et traçons ensemble ta route en suivant la moquette grise.

Si le petit attroupement de droite t’a rappelé qu’on pouvait être jeune et con, tourne la tête du côté du corner Apple : je te présente les vieux et fous.

De nos jours, beaucoup de gens ne jurent que par les Mac, ou considèrent leurs iPad comme le prolongement de leurs bras. Pourtant, ce n’est pas toujours facile de tester de tels produits si tu n’as pas d’Apple Store à côté de chez toi. Comment font les futurs pomm-és pour toucher au Graal avant de passer à la caisse ? Il viennent à la Fnac ! Mieux encore : tu vas avoir l’occasion de troller le prochain client en choisissant un fond d’écran immonde pour l’exemplaire de démonstration, histoire de te venger de n’avoir plus une thune pour t’acheter un Macbook Pro.

Tu remarqueras qu’il y a, étrangement, toujours un tas de touristes autour des iPads et autres joyeusetés. Et comme les ordinateurs sont allumés, on ne se gêne pas pour exploiter les capacités de Photobooth à fond. les ballons Sache quand même que de tous les gentils crétins qui ont immortalisé leur bouille déformée, seulement 1,02% ont acheté l’ordinateur.

Ne reste pas dépitée devant ton score minable à Fruit Ninja, tu as bien mieux à faire.

Si tu es passionnée de photographie, tu devrais trouver ton bonheur (et une moyenne d’âge de 50 ans) au rayon suivant. J’ai l’impression que les gentils papas décident toujours de squatter le rayon reflex et objectifs. Enfin, c’est peut-être dû au fait que mon géniteur vient de se lancer dans la photo animalière (et qu’il se déguise en fougère tous les dimanches, à la conquête du plus beau cliché de grive musicienne que la Terre ait jamais porté). Mon avis est sans doute subjectif. Les traumatismes, ça ne pardonne pas.

« Faire de bonnes affaires est le plus bel art qui soit »

Et comme c’est Andy Warhol qui le dit…

la Fnac, c’est le seul endroit où tu achètes trois bons films et deux étrons pour pouvoir profiter de l’offre « 5 DVD à 30€ ».

C’est le moment de filer avec Astérix aux Jeux Olympiques (je t’ai vue tenter de cacher ton gloussement dans la salle de cinéma), ou Comme chiens et chats (ce film à base d’espions canins est un vrai chef-d’oeuvre) (dans son sous genre).

Mouvement Fluxus, Nutella, Gérer son divorce et guide de la Suède

Oui, tu as déjà passé plus d’une heure à fouiller dans les BluRay et que tu as versé toutes les larmes de ton corps devant la somme astronomique que coûte le coffret intégral de Degrassi Breaking Bad. Mais tu n’en as pas encore fini avec la Fnac.

La zone emblématique du magasin, c’est le coin librairie. Sur plusieurs rayons; tu es face à des milliers de bouquins qui n’attendent que tes petits doigts potelés pour être feuilletés dans tous les sens.

Ce qui est drôle, c’est que, sans vouloir tomber dans la facilité des clichés (enfin si, un peu quand même), chaque environnement a son propre public.

Passe au rayon BD et manga pour voir des gens passionnés, probablement trop fauchés pour s’offrir ce très attendu tome 47, et qui préfèrent donc le lire sur place, assis en tailleur. Faufile-toi vers les polars aux couvertures sombres et guette, dans les yeux des gens, l’éclair de vice où brillent un ou deux meurtres immondes (en général, je suis de ce côté-là).

Caresse la douce couverture du Kama Sutra pour les nuls et tente de déchiffrer les petits papiers roulés dans la boîte aux 100 idées pour pimper une partouze. Regarde les couples qui se tiennent la main en sautillant autour de toi, et cette jolie femme lancer rapidement un manuel de l’orgasme dans son cabas, en regardant tout autour d’elle comme si c’était un kilo de cocaïne.

Rends une visite de courtoisie au rayon vide du développement personnel. Observe les étudiant-e-s qui planifient leur traversée de l’Europe avec le Petit Futé au lieu d’être à la fac. Pars te perdre dans les livres d’art aux titres incompréhensibles, dont la quatrième de couverture te paraît plus obscure qu’une description de Balzac.

Tu peux planifier ta découverte de l’univers littéraire de la Fnac, mais garde une règle en tête : ne t’attaque jamais, ô grand jamais, au rayon enfants.

L’enseigne organise parfois des ateliers pour faire découvrir les livres et les activités manuelles aux gosses. C’est une très bonne chose pour le développement, pour la moyenne culturelle mondiale, pour les parents, mais pas pour tes tympans. Je pense que si tu cherches désespérément un exemplaire du dernier Claude Ponti, il ne te reste plus qu’une solution : la fuite vers une petite librairie, toujours fort sympathique au demeurant.

Après l’effort, le réconfort (et les Pokémon)

Tu ne peux pas rater l’espace jeux vidéo, repaire de bien des gamers du dimanche ou de tous les jours. C’est comme une immense salle d’arcade… où il est impossible de jouer. Tu veux tester la nouvelle 3DS ? Cherche pas, quelqu’un est déjà en train de le faire. Désolée, demain, ce sera toujours le cas, et dans trois mois aussi. C’est comme une malédiction.

Pas de panique ! Tu peux te consoler avec le coin dédié à l’univers des Sims. C’est marrant, ça fait briller tes pupilles d’une lueur malsaine. Tu n’oserais quand même pas construire un mur autour du relou en pixels, et attendre qu’il se fasse dessus jusqu’à ce que mort s’ensuive pour que tu puisses enfin tester Pokémon X, n’est-ce pas ?

N’est-ce pas ?

Sum41, ce groupe de metal fort connu des jeunes des 90’s

Je dois avouer que quand j’étais ado, mon attrait pour la Fnac se limitait à l’immensité de son univers musical.

Comme je venais d’un petit village, pour moi, mettre la main sur un album de Lostprophets ou My Chemical Romance était le miracle de l’année. Je préparais donc une liste de CD impossibles à trouver chez Carrefour et partais à la recherche des galettes tant espérées.

Ces fouilles archéologiques me valaient souvent de longues minutes de stress intense (« Mon Dieu, faites qu’ils aient reçu le best-of de Good Charlotte ») et bon nombre de situations gênantes (« Madame, si je suis actuellement à quatre pattes sous votre jupe c’est parce que je cherche le dernier Within Temptation. Or voyez-vous, le W est tout en bas. Ceci explique cela. »). Mais ça valait le coup.

Pour faire une pause et être plus efficace, il valait mieux aller chercher un ou deux flyers au rayon rock, regarder de travers le coin du R’n’B, crier sur les lecteurs CD qui ne marchaient jamais et sur les vendeurs qui rangeaient toujours Sum41 dans le metal.

Sum41 c’est pas du metal.

Ça c’est du metal.

Depuis, les choses n’ont pas changé et tu devrais trouver autant de plaisir que moi à te rallier à un clan musical. Par contre, il faut apprendre à être indulgente avec les vendeurs. Ils font ce qu’ils peuvent.

La dernière fois, j’ai vu Sum41 dans le coin punk, et j’ai su que la révolution avait commencé.

Voilà, tu sembles avoir traversé toute la Fnac et je te félicite d’être toujours là ! Tu peux maintenant passer à la caisse et dépenser gaiement la moitié de ton salaire/argent de poche (je sais que tu as pris un souvenir de chaque rayon, je ne te blâme pas : la Fnac c’est un peu comme les vacances).

Tu as survécu au supermarché le plus intéressant et le plus crevant de l’univers. Bravo, tu mérites une médaille… et un week-end de quatre jours, pour profiter de tous tes achats.

Pour d’autres récits de voyages en terre hostile…

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 36 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Gustache
    Gustache, Le 9 avril 2014 à 1h12

    La Fnac c'est aussi le rayon casque audio...

    Sinon, s'agissant des vendeurs, dans la Fnac de ma ville, je n'ai jamais eu à me plaindre (que ce soit au rayon informatique, au rayon jeux vidéos ou au rayon livres), idem pour le SAV. Et le temps d'attente à la caisse est plus que correct (sauf au moment de Noël, mais là, ça serait être de mauvaise foi)

Lire l'intégralité des 36 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)