Fleurus, le bon petit catholique — Les magazines de mon enfance

Fleurus, créé par une union catholique, est notre sujet du jour ! Retour quelques années en arrière avec Les P'tites Sorcières et L'Hebdo des Ados...

Fleurus, le bon petit catholique — Les magazines de mon enfance

Replongeons-nous de nouveau dans les merveilleux souvenirs liés aux magazines de notre enfance en nous penchant sur le groupe Fleurus !

Comme le groupe Bayard dont il serait, selon Wikipédia, le grand concurrent, Fleurus est catholique jusqu’au bout des ongles. C’est l’UOFC (Union des Oeuvres Catholiques de France) qui décide en 1929 de se lancer dans la publication de magazines jeunesse avec le mensuel Coeurs Vaillants, destiné aux jeunes garçons, plus tard décliné au féminin avec Âmes Vaillantes ; il est carrément devenu un mouvement d’Église, l’Action Catholique des Enfants.

Ah les divisions genrées… une autre époque…

…au temps pour moi, j’ai rien dit.

Soyons d’accord : être catholique, ça ne veut pas dire qu’on considère que l’avortement massacre des bébés trop mignons, que les homosexuel-le-s sont une erreur de la nature ou que le porno est l’oeuvre de Satan  comme semblent le clamer certaines personnalités catholiques médiatisées.

Mais Fleurus le laisserait presque penser.

Dico des Filles, Dico des Garçons et autres tissus d’inepties

Citons notamment son éminente publication, Le Dico des Filles ! Petit exemple :

Clique pour plus de perles !

Ils avaient fait une tentative toute aussi insultante pour les garçons d’ailleurs, mais elle n’a pas eu le succès escompté : on ne compte qu’un Dico des Garçons, alors que ça fait au moins dix ans qu’on réédite chaque année un nouveau Dico des Filles avec supplément paillettes. Je vous laisse néanmoins savourer le texte de présentation qu’on voit sur Amazon pour le Dico des Garçons 2011 :

« NI DÉMAGO, NI MORALO, NI MACHO, NI INTELLO, NI PORNO, LES GARÇONS ONT MAINTENANT LEUR DICO ! »

Eh oui les enfants. Le porno c’est MAL.

Tous les mots de la vie des garçons, de « abdos » à « zen », en passant par « bronx », « muer » et « slip ou caleçon ? »

Bronx ? En quoi Bronx est un mot masculin ? Bon, passons…

La promesse du Dico des garçons ? Tenir aux adolescents un discours vrai, qui ne se la joue pas « copain »

Manquerait plus que ça ! Non, avec les garçons, pas de « copinage » : on est trop virils pour ça.

mais qui est empathique, proche d’eux et de leur vie, pour que tous les garçons soient bien dans leurs baskets

Oui, parce qu’un garçon ne pourrait pas se sentir bien dans ses escarpins : ce serait le signe qu’il n’arrive pas à assimiler ses désirs trop grands, qu’il est troublé par notre époque décadente avec du porno dedans.

Des textes drôles, courts et percutants

C’est bien connu: à partir du moment où ses gonades descendent, l’attention du garçon est fortement limitée, donc pour maintenir son intérêt, autant être drôle et percutant mais surtout COURT (un peu comme sa bite) (pardon).

Une maquette originale, avec certains mots seulement illustrés

Ou alors faut lui dire avec des dessins parce que sinon il comprend pas !

Un vrai Dico pour les mecs !

Voilà voilà.

Avec beaucoup les images dedans parce que les garçons pas trop comprendre quand y a trop de texte !

Mais bon, Fleurus ne se limite heureusement pas à ce genre d’étrons scintillants… Et je suis sûre qu’ils ont d’excellentes publications. Personnellement, je n’ai intimement côtoyé que quatre de leurs magazines.

Je Lis Déjà, pour les plus jeunes

Les trois grosses boîtes de magazines de mouflets ont des titres très similaires pour des tranches d’âge elles aussi très similaires. On a J’aime Lire chez Bayard pour les 7-10 ans, Moi Je Lis chez Milan pour les 8-12 ans et Je Lis Déjà chez Fleurus pour les 6-10 ans. Et des trois, c’était le Fleurus qui me plaisait le moins quand j’étais petite.

Pourquoi ? Parce que Moi Je Lis et J’aime Lire étaient plus complets, que Blabla (le mainate de Je Lis Déjà) ne valait pas Tom-Tom et Nana et que même le titre de Je Lis Déjà était moins ambitieux. Je Lis Déjà, c’est genre : OULALALA truc de FIFOU ! Je sais LIRE ! Alors que J’aime Lire, tu sens plus l’ambition, c’est plutôt : ouais, je sais lire, et j’aime ça ! J’ASSUME !

Je ne me rappelle pas vraiment d’un récit marquant dans Je Lis Déjà, que je lisais un peu comme on mange des chips, sans déplaisir mais sans réelle implication. Enfin, les souvenirs sont trompeurs : si ça se trouve, ça valait mieux que ce dont je me rappelle.

Mais je persiste et signe : je détestais vraiment les histoires de Blabla le mainate. Je ne les trouvais pas drôles, bien trop prévisibles, et surtout extrêmement gentillettes. Tom-Tom et Nana faisaient des vraies conneries, eux ! Dans Je Lis Déjà, on restait bien trop propret à mon goût.

Blabla se vengera-t-il de la méchante Tante Hortense ? Qui de Mic ou Lola gagnera la bataille de cartes ? Et de qui provient ce mystérieux appel ? Vous le saurez en lisant la suite de BLABLA MIC ET LOLA !

Tout ça pour dire qu’à l’époque, Je Lis Déjà ne m’avait pas séduite… contrairement au magazine suivant.

Je lis des Histoires Vraies (devenu Histoires Vraies tout court)

Je n’ai jamais été abonnée à Histoires Vraies, mais mon école l’était, et ma mère m’en achetait des numéros pendant les vacances. Le principe c’est : un petit résumé romancé de la vie de personnages historiques, de Molière à Louis de Funès, et un dossier pour en savoir plus sur l’époque abordée.

Même si l’ensemble était très concis, je trouvais ça passionnant (il faut dire que j’étais du genre à lire mon manuel d’histoire de A à Z), et ça donnait souvent de bonnes pistes de lectures et d’expositions pour approfondir ses connaissances. Je tiens d’ailleurs à clamer mon amour pour ces deux numéros :

On parle vraiment tellement peu des femmes qui font ce genre de trucs (piratesse ou cowgirl) que ce fut une vraie révélation pour moi à l’époque, et le point de départ d’une grande passion pour ces personnages hors-normes.

Petit bémol : pour le coup, Histoires Vraies porte mal son titre avec l’exemplaire sur Calamity Jane, puisque le récit était basé sur les lettres envoyées par Jane à sa fille… que beaucoup d’historiens considèrent comme fausses. De nombreux éléments laissent d’ailleurs à penser que Jane était analphabète.

Mais bon, je vais pas cracher dans la soupe, j’avais adoré ce magazine ! Même s’il devrait encore changer de titre pour Une version de l’histoire sur lesquelles les historiens ne s’accordent pas tous.

Mais bon, c’est pas forcément très vendeur.

Les P’tites Sorcières (et son abominable rejeton : Les P’tites Princesses)

Notons déjà, sur l’exemplaire de gauche, le traditionnel test « As-tu l’esprit de compétition ? », qui, je le prédis, va s’achever par une injonction contradictoire du type :

  • Tu as plus de coeurs : tu n’as pas assez l’esprit de compétition, t’étonne pas si on te marche dessus !
  • Tu as plus d’étoiles : tu as trop l’esprit de compétition, t’étonne pas si t’as pas d’amis !

Les P’tites Sorcières, j’étais vraiment pas fan. Je me demande, du coup, comment j’ai pu y être abonnée aussi longtemps, et même comment ma mère a pu m’y abonner… devait y avoir une offre publicitaire.

Plus sérieusement, je ne comprends pas l’utilité de créer ces magazines « girly » tout en proposant à côté des titres beaucoup plus neutres et de meilleure qualité. Pourquoi ne pas faire une synthèse des deux ? En lisant Les P’tites Sorcières, même petite, j’avais souvent l’impression d’être prise pour une idiote, et c’était déplaisant.

Il y avait quelques trucs que j’aimais bien, tout de même :

  • La BD Fil et Flo, parce que je trouvais les dessins super beaux et qu’on pouvait me raconter n’importe quoi, tant qu’il y avait des jumelles, ça me faisait toujours rêver.

  • Quelques idées de bricolage qui, quand tu enlevais le surplus de paillettes et de « c’est moi la princesse/star/chanteuse », pouvaient être sympa.
  • De même, les recettes étaient cool, mais bon, c’est agaçant de ne trouver des recettes quasiment que dans les magazines « girly »…

Et d’autres que j’aimais moins :

  • Le roman : les histoires n’étaient jamais délirantes, c’était toujours une fille de notre âge à qui il arrivait une anecdote. Fifou.
  • La place que prenait le roman, qui empêchait de vraiment développer le reste. D’ailleurs, d’autres magazines « girly », comme Julie chez Milan ou Minnie/Witch mag chez Hachette Disney n’avaient pas de romans et pouvaient creuser leurs sujets. Enfin, surtout Julie, parce que Witch ne valait pas franchement mieux que Les P’tites Sorcières pour ce qui était des articles.
  • Les « looks » des gamines mises en couverture étaient vraiment trop travaillés, et je n’en voyais pas l’intérêt.
  • La BD avec Zita la sorcière, la mascotte du magazine : un gag en début de magazine qui se résumait en : « humilions notre amie grosse, LOL » et se terminait toujours par : « la grosse s’énerve et poursuit notre mince et blonde héroïne ». Génial.

Voici un extrait récent où l’on voit que la grosse poursuit à peu près tout le monde maintenant (elle doit avoir ses règles LOL)

L’hebdo des Juniors / L’hebdo, le monde des ados / Le mondes des ados

J’en garde un souvenir relativement bon : c’était pas trop mal fait, ça abordait des thèmes très variés avec un ton souvent juste, c’était très complet pour un hebdo (même si c’est devenu un bimensuel depuis), et sur la fin il y avait des pages avec FRED ET JAMY (un jour, je vous parlerai de mon amour pour Fred, cet aventurier en bermuda).

Mais je me souviens également de certaines fausses notes qui m’ont vraiment laissé un goût amer dans la bouche. On va être concise et relever deux points très critiques.

  • La BD que Florence Cestac faisait pour le magazine, Les ados Laura et Ludo, transformait le public adolescent en décérébrés boutonneux. Oui, c’était parfois juste, mais ce n’était ni exhaustif, ni représentatif de l’adolescence… et je ne suis pas sûre que ce soit malin de cracher sur son lectorat !

  • Dans un certain numéro, que je retrouverai un jour dans mes cartons JUSTE pour le plaisir de le brûler, y avait un foutu test Quelle féministe es-tu ? qui proposait un résultat « Féministe enragée ». J’ai fait le test avec mon frangin et mon père, je suis tombée sur cette réponse, et c’est devenu mon surnom pendant des mois !

À part ça, j’ai d’assez bons souvenirs du courrier des lecteurs, qui comportait des lettres souvent pertinentes auxquelles les rédacteurs répondaient sans condescendance. Un bon point, donc.

Pour conclure, Fleurus, je t’aime bien par certains côtés, et tu as su éveiller mon intérêt pour de nombreux sujets historiques, politiques, sociétaux… Mais si tu pouvais arrêter de publier tant d’âneries à côté, je dormirais mieux !

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Sarahblablabla
    Sarahblablabla, Le 11 janvier 2016 à 2h08

    Ahah, j'ai jamais lu ni l'un ni l'autre (pas vraiment mon truc le tricot ^^) J'avais le Dico Ado de chez Gallimard Jeunesse aussi, c'est beaucoup plus compliqué que le Dico des Filles (pas pour la même tranche d'âge à mon avis) mais pareil y a des trucs qui me chafouinent un peu, même si c'est écrit par des professionnels de la santé et des psys. Mais bon ça reste moins moralisateur que le Dico des Filles ^^ En plus ils ne font pas de différence, c'est pas un dico pour les filles et un pour les garçons, c'est pour les ados, et ça j'apprécie!

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