Ces films que je n’aime pas qu’on critique

Certains films sont jugés quelque peu moyens. Mais Sophie-Pierre Pernaut les aime tellement qu'elle a envie de sortir les crocs dès qu'ils sont critiqués.

Ces films que je n’aime pas qu’on critique

En théorie, j’aime me dire que j’accepte tous les avis. Que je suis un monstre de tolérance qui jamais n’insiste pour avoir le dernier mot, ou pour que tout le monde ait la même opinion que moi sur tout. Je veux dire, depuis que j’ai 14 ou 15 ans, je sais que c’est impossible, parce que rien n’est fait pour faire l’unanimité.

En pratique, cependant, il peut m’arriver de monter sur mes grands chevaux pour trois fois rien. Du genre, quand on s’attaque à des films que j’aime beaucoup trop, et de façon déraisonnable. Des films d’une qualité relative, certes, mais qui me font perdre tout esprit critique. En voici quelques-uns.

Independence Day, de Roland Emmerich (1996)

1996, j’ai sept ans. Mes parents m’emmènent voir Independence Day dans mon cinéma de province et j’expérimente pour la première fois le passage par des émotions folles par le biais d’un écran.

http://www.youtube.com/watch?v=Xh4HsVxx6-4

Pour celles qui auraient raté ce petit bijou, voici le synopsis : une immense et large soucoupe volante (un peu comme ma vulve) apparaît dans le ciel, au-dessus des plus grandes villes du monde entier. Un informaticien à lunettes (forcément) réussit à décrypter le message de ses occupants venus de l’espace, et il va sans dire que ces extraterrestres ont envie de cramer la face de tous les humains de manière peu kikoo.

Le fait est qu’Independence Day a particulièrement mal vieilli. Les effets spéciaux ne ressemblent plus à rien et les aliens sont tellement gluants qu’on dirait des amas de miasmes. Pire, même les blagues de Will Smith tombent à plat. Même le golden retriever joue mal. Pourtant, évidemment, chaque fois qu’il passe à la télé, je reste clouée devant, et j’aime autant qu’au premier jour.

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si des gens qui n’ont jamais vu le film arrêtaient de s’évertuer à vouloir le regarder aujourd’hui. Avec leurs yeux d’adultes. Ils réalisent alors que ce film est une semi-daube divertissante et ne se gênent pas pour me le faire remarquer.

Non seulement je ne peux pas être du même avis, mais en plus, j’ai l’impression qu’ils essaient de m’arracher mon enfance, de lui cracher dessus, de la déchirer en plusieurs petits papiers et de me la fister dans le nez. C’est absolument cruel.

Et le pire, c’est qu’on me fait aussi le coup avec Didier, film qui m’a fait découvrir Alain Chabat autrement qu’avec les Nuls. Il y campe un chien devenu humain (et il le campe, si je puis me permettre, à la perfection).

Franchement, oui, ces deux films sont peu vraisemblables : on n’y croit pas. Il y a peu de chances pour que ton lapin nain prenne l’apparence de Chris Evans. Et certes, si les extraterrestres tenaient vraiment à nous marrave sévère, ils feraient peut-être un peu plus d’efforts niveau discrétion.

Mais est-ce une raison pour me briser mon âme d’enfant ? Je ne crois pas. Non.

Jack, de Francis Ford Coppola (1996)

Pour des raisons tout à fait différentes, je continue d’aimer Jack même maintenant que j’ai des dents de sagesse : dans ce film, Robin Williams interprète un enfant qui grandit quatre fois plus vite que la normale. À 10 ans, alors qu’il essaie d’avoir des bonnes notes à l’école, il a l’air d’en avoir quarante et se fait draguer par la mère d’un de ses potes.

Jack, c’est le film le plus mignon qu’il m’ait été donné de voir : tout y est bienveillant. Les parents sont gentils et ne souhaitent que voir leur enfant heureux, même s’ils savent que son espérance de vie est très courte. L’institutrice (Jennifer Lopez) est adorable et sait repousser les avances de son élève préféré gentiment (même si elle accepte qu’il lui trie ses bonbons mini-oursons, ce qui peut apparaître avec le recul comme un friendzonage en bonne et due forme).

Les autres collégiens finissent par accepter et aimer leur camarade de classe. Beauté, amour, tolérance. Pour moi, ceux qui n’aiment pas Jack n’aiment pas la vie. Point.

Et alors il faudrait voir à ce que les personnes qui n’aiment pas Jack n’aient pas aimé Benjamin Button, parce que sinon ça me ferait carrément sortir de mes gonds : finalement, le premier n’est que la version cheesy de l’autre, voilà tout.

Vicky Cristina Barcelona, de Woody Allen (2008)

Vicky et Cristina ont beau être amies, elles n’ont pas grand-chose en commun : la première est sage et responsable, la seconde, jouée par Scarlett Johansson plus sensuelle que jamais, fonctionne à l’instinct. En vacances en Espagne, elles acceptent de suivre non sans quelque débat, l’artiste Juan Antonio à Olviedo pour un programme fait de sexe, d’alcool et de beaux paysages.

Notons que le peintre est interprété par Javier Bardem, ce qui me fait dire que OKAY MOI JE VEUX BIEN Y ALLER AUSSI ON SIGNE OÙ PEUX-TU SIGNER SUR MA CULOTTE JAVIER MERCI. Mais je m’égare.

Si je ne supporte pas qu’on critique Vicky Cristina Barcelona, c’est tout simplement parce que j’ai l’impression qu’on me critique, moi. J’étais allée voir ce film au cinéma avec mon mec de l’époque, j’avais à à peine plus de 18 ans et j’avais aimé cette oeuvre comme une dingue.

Je me souviens qu’on était ensuite allés s’acheter une bouteille de vin (premier prix) dans la seule épicerie ouverte de la ville et je ne m’étais jamais sentie aussi adulte de toute ma vie (j’ai un peu déchanté quand je me suis rappelée que je n’avais pas de tire-bouchon chez moi, en revanche).

Et quand je clame mon amour pour le film, je me sens bien souvent méprisée par mon interlocuteur : et vas-y qu’on me balance du « c’est un film de carte postale-han » et du « de tous les Woody Allen, c’est celui qui fait le moins Woody Allen. Y a bien que les gens qui ne connaissent pas son univers pour lui mettre un pouce vert ». Plus que pour n’importe lequel — et je pense que la réputation intello de la filmographie antérieure de Woody n’y est pas pour rien — on me juge quand j’avoue mon affection viscérale pour Vicky Cristina Barcelona. Je veux dire, on peut ne pas aimer un film, mais c’est pas pour autant qu’il faut en dégoûter les autres.

Alors oui, il est temps pour moi de faire une révélation : Vicky Cristina Barcelona est mon Woody Allen préféré. J’en ai aimé plein d’autres, mais c’est à celui-ci que j’ai envie de faire le plus de bisous. Maintenant, j’assume. C’est cliché, certes, ce n’est objectivement pas le meilleur, mais y a quoi ?

Un beau jour, de Michael Hoffman (1998)

Parmi les choses que je ne m’explique pas, il y a mon amour inconsidéré pour Un beau jour, que je range au rayon des comédies romantiques cultes à mes yeux. Michelle Pfeiffer y joue une architecte qui élève seule son fils et George Clooney un reporter qui élève seul sa fille. Ils vont se balancer un nombre incalculable de piques dans la face toute la journée avant, on s’en doute, de finir par se faire du toucher rectal ou tout autre acte romantique. Un film sans grand intérêt, donc.

Mais l’année de mes 9 ans, j’ai dû le voir autant de fois que j’ai de cheveux. Depuis, j’envisage carrément de racheter un magnétoscope pour pouvoir regarder à nouveau ma VHS.

Si je ferme les yeux en pleurant très fort quand on commence à critiquer Un beau jour devant moi, c’est tout simplement parce qu’on touche à mes tripes : j’ai tout aimé dans ce film. J’ai eu envie de manger les mêmes glaces qu’eux, d’être coiffée comme Michelle, que Michelle et George soient ensemble dans la vraie vie, et surtout, d’inventer des histoires d’amour pareilles où les gens s’insultent avant de se rouler des grosses pelles.

Quand on remet en cause la qualité d’Un beau jour, on remet en cause toute ma vie (j’en rajoute un peu, certes). Je te raconte pas comme ça picote.

Et toi, quels sont les films que tu DÉTESTES voir critiqués ?

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Bleu pastel
    Bleu pastel, Le 23 octobre 2016 à 17h43

    je déteste quand on critique les films d'animation en général (j'avoue avoir aimé Shrek 3, le Bossu de Notre Dame 2, En route, Gang de requins,... ) j'ai toujours l'impression de passer pour "la neuneu qui a eu le culot d'aimer ces films". C'est pareil pour le doublage a une époque où les gens chient littéralement sur la vf (parce que forcement, c'est en francais, donc c'est forcement pourri) et acclament la vo, parfois sans meme prendre le temps d'écouter

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