Trois films incompréhensibles… que j’ai bien aimés quand même

Certains films sont tellement conceptuels qu'ils en deviennent quasiment incompréhensibles... mais ça n'en fait pas de mauvaises œuvres pour autant !

Trois films incompréhensibles… que j’ai bien aimés quand même

J’adore regarder des films. Je vous en conseille d’ailleurs régulièrement. Et parfois, je me retrouve devant un long-métrage… incompréhensible, il n’y a pas d’autre mot. Intrigues inextricablement imbriquées, voyages dans le temps ou non-dits multiples peuvent m’empêcher de piger l’œuvre, mais pas forcément de passer un bon moment !

Voici donc mon top des films auxquels j’ai rien compris mais que je trouve bien malgré tout.

Enemy, entre dichotomie, barbes et… araignées ?

Enemy est un long-métrage de 2014 signé Denis Villeneuve, avec en tête d’affiche un Jake Gyllenhaal qui fait décidément de surprenants choix de carrière (au point que j’envisage d’en faire un article entier). Il y incarne Adam, un prof d’histoire canadien à la vie bien morne, qui a la surprise, en regardant un DVD, d’apercevoir un figurant lui ressemblant comme deux gouttes d’eau. Puisque le film a été tourné dans sa ville, à Toronto, il part en quête de cet inconnu qui se met rapidement à l’obséder.

La trame d’Enemy ressemble à celle d’un thriller classique : qui est donc ce mystérieux brun barbu ? Un jumeau séparé à la naissance ? Un sosie ? Est-on face à une affaire glauque d’usurpation d’identité, ou passe-t-on du côté science-fiction de la Force avec une histoire de clonage ? On pourrait faire de ce pitch un film tout à fait banal.

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Mais non, oh que non. De la séquence d’introduction, à base de tarentule et de femmes nues super bien gaulées, à l’inoubliable scène finale, Enemy est émaillé d’araignées dont on ne comprend pas trop la signification. Des plans absolument incroyables mais n’ayant a priori rien à voir avec la quête d’Adam ne trouvent pas d’explication. Même l’obsession du héros pour son double inconnu, qui frôle la terreur et la folie, n’est pas totalement compréhensible…

On m’avait dit « Enemy, c’est ce genre de film que tu ne piges pas… jusqu’à la fin, où tout se met en place » : on m’a menti, clairement. Quand le générique a commencé à défiler, j’ai regardé, incrédule, mes compagnons de visionnage, qui n’étaient pas plus avancés que moi. Et ce n’est pas un hasard si Google me suggère « meaning » quand je tape « enemy movie » : je suis pas complètement teubé, l’Internet s’interroge.

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Moi quand j’ai compris qu’aucune scène cachée ne viendrait éclairer ma lanterne à la fin du générique

Sur le coup, j’avais vraiment le seum. Sophie Riche pourra en témoigner, j’ai copieusement râlé sur Enemy, j’en ai même fait un tweet ! J’avais envie de récupérer ces heures de ma vie perdues à regarder un Jake Gyllenhaal barbu.

Mais plus j’y pense… plus je crois qu’Enemy est un bon film. J’ai toujours rien pigé et y a pas d’explication officielle de toute façon ; c’est l’adaptation d’un bouquin mais le lire n’aide en rien ; le réalisateur ne veut pas révéler son intention… Mais c’est beau, c’est bien filmé, c’est vachement bien joué, ça ne ressemble à pas grand-chose de connu, et ça m’a fait ressentir des trucs. C’est déjà ça, non ?

Upstream Color, le retour de la vengeance de Shane Carruth

Shane Carruth, c’est le réalisateur de Primer, un film fort complexe sur le voyage dans le temps dont je vous avais déjà parlé. Il l’avait monté avec quelques milliers de dollars seulement et de nombreu•x•ses internautes se sont échiné•e•s à en comprendre la trame, à coups de graphiques, de commentaires audio et de codes couleurs, conférant à ce projet confidentiel un statut d’œuvre culte à sa façon.

Avec Upstream Color, Carruth confirme son talent de metteur en scène et de cadreur, met à nouveau en avant de bons acteurs quasi-inconnus (ainsi que lui-même dans un rôle important), et… récidive : ON NE BITE RIEN MEC.

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Il y a un homme et une femme qui s’aiment, jusque-là ça va, mais ils font des choses qui n’ont pas de sens, ils s’enfuient, ils ont peur d’on-ne-sait-quoi, ils s’affolent comme des oiseaux en cage. Il y a aussi un éleveur de cochons, sur lequel on passe pas mal de temps, mais sans savoir pourquoi. Il y a quelqu’un qui fait des expériences sur des gens. Il y a une femme qui devient folle chez elle et s’auto-récompense en buvant des verres d’eau. Il y a plein de trucs qui se passent, mais rien de lié.

Là encore, de nombreux articles et vidéos visent à expliquer Upstream Color, analysent la symbolique de l’œuvre (notamment à travers des orchidées, très présentes), se penchent sur chaque plan, compilent des interviews de Shane Carruth… forcément sans certitude d’avoir compris la « bonne » chose.

Mais Upstream Color, c’est très joli, poétique, ça fait réfléchir, et ça a fait des trucs dans mon p’tit cœur que j’ai pas trop compris non plus, mais qui m’ont pas déplu, ça non. Vous tentez le coup ?

The Fountain, la délicate poésie de l’indicible

Là, on touche à un bijou. The Fountain est un de mes films préférés, m’a touchée comme rarement une œuvre a su le faire, a lancé le roller-coaster de mon amour éternel pour Rachel Weisz et confirmé ma passion pour les femmes aux cheveux courts… ça fait partie de moi, et c’est assez rare que je dise ça.

Projet complexe pour lequel Darren Aronofsky (Requiem for a dream) a lutté pendant des années, cauchemar de producteur avec diverses stars envisagées, presque signées, embauchées, écartées, The Fountain est à un moment devenu un (très beau) comics, pour que son histoire soit racontée quand même, avant que le film ne reparte définitivement sur les rails, Hugh Jackman en incarnant le héros.

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The Fountain est une histoire de quête ultime, de réincarnation, de vie éternelle, de mort aussi. Sur trois tableaux, l’histoire se déroule, poignante. Le premier est au temps des conquistadors ; pour gagner l’amour de sa Reine, un explorateur espagnol part en quête d’un arbre sud-américain qui permettrait de ne jamais mourir. Dans le deuxième, à notre époque, un chercheur tente d’utiliser des molécules de cet arbre mythique pour vaincre le cancer qui ronge sa femme… et en oublie de partager la fin de ses jours. Dans le troisième, devenu immortel dans un futur très lointain, il file à travers l’espace dans une bulle contenant l’arbre de vie, et encre chaque année sur sa peau…

Tout n’est pas limpide dans The Fountain, surtout le dernier acte, très ésotérique. Mais tout est sublime, tout semble réel, tout prend aux tripes, au cœur, à la gorge. Les petits pieds nus de Rachel Weisz dans la neige, les cercles tatoués sur Hugh Jackman, les râles des guerriers succombant dans leur quête d’immortalité… C’est un film qui apprend à appréhender la mort, à l’accepter comme une facette de la vie. Et c’est foutrement beau, aussi.

J’aurais aimé le mettre dans cette liste, mais comme il a un article rien qu’à lui je ne fais que le mentionner : l’intriguant Under the Skin, avec Scarlett Johansson !

À vous ! Quels films vous ont laissé•e•s un peu perplexes, mais sont quand même de belles œuvres ?

À lire aussi : 4 films qui mériteraient d’être (plus) connus

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Zute
    Zute, Le 20 août 2015 à 15h48

    Revolver, de Guy Ritchie... un de mes plus grands wtf cinématographiques... mais ça remonte, je me demande si ça me plairait toujours aujourd'hui.
    @Kounette Oh oui les Lynch...Eraserhead et presque tous... Inland empire vu au cinéma, j'avais l'impression d'être dans un genre de rêve complètement absurde mais presque jouissif à partir du moment où on acceptait d'être paumé... mais je sais qu'il n'a pas plu à beaucoup de monde celui-là.

    Edit : Oh punaise non, j'ai mieux !
    Symbol de hitoshi matsumoto
    je ne suis pas sûre d'en avoir capté une seule seconde, mais quel effet ça m'a fait !:oo: totalement barré ce truc, mais à voir à mon avis, ça sort vraiment du lot comme film...
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Symbol

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