Des filles en école d’ingé – Épisode 3 : pourquoi ce choix ?

Pondu par Sophie-Pierre Pernaut le 7 février 2013     

Découvrez le quotidien de 10 étudiantes en école d’ingénieur-e-s avec cette série, en partenariat avec l’ESME Sudria, l’EPITA et l’IPSA !

Qu’est-ce qui fait qu’on choisit une carrière plutôt qu’une autre ? Et pourquoi préférer intégrer une école d’ingénieurs plutôt qu’une fac ? Est-ce que c’est inné (du genre, comme préférer le beurre à l’huile d’olive ou Pete Doherty à Matt Pokora) ou bien est-ce que c’est imposé ? Est-ce qu’on le fait pour faire comme les parents ou comme les ami-e-s, ou bien n’est-ce que du hasard ? Nous allons tenter de comprendre comment nos futures ingénieures ont fait ce choix d’études.

Pourquoi pas la fac ?

Les mathématiques ont toujours été la matière de prédilection de Camille, dont le rêve est de faire voler les avions – que ce soit en les pilotant ou en participant à leur création. C’est donc tout naturellement qu’elle s’est dirigée vers une formation qui en contiendrait. « Mais alors pourquoi pas une fac de maths pour ne faire que ça toute la semaine ? », pourraient se demander ceux et celles qui ne sont jamais allé-e-s à la fac. Les raisons sont aussi simples que nombreuses : elle craignait un décalage aussi énorme entre le lycée et la fac qu’entre le QI de, disons, un bulot et Einstein. Elle n’avait pas envie d’évoluer dans un milieu scolaire où les professeurs ne connaissent ni votre visage, ni votre prénom, où vous pourriez arriver avec un bas de contention sur la tête que personne ne s’en inquiéterait. En fait, à l’écouter, j’ai compris que, pour elles, choisir une école plutôt qu’une université, c’est comme aller à l’hôtel ou loger chez l’habitant. L’un est impersonnel, l’autre plus intime. Chacun a ses avantages comme ses inconvénients, il suffit de trouver le système qui nous correspond le mieux.

À l’instar de Camille, Susan n’a pas voulu se diriger vers l’université, mais pour une toute autre raison : elle se doutait bien que les principaux débouchés la conduiraient soit à enseigner, soit à faire de la recherche. De bien beaux métiers qui ne lui conviendraient pas pour autant puisqu’elle ne supporte pas l’idée de travailler clouée derrière un bureau. En revanche, si elle change d’avis, elle sait qu’elle pourra devenir chercheuse puisque les possibilités de carrière sont très larges quand on sort d’une école d’ingénieurs.

Un faux « choix par défaut »

Comme plus ou moins toutes nos futures ingénieures, Sarah a toujours été plus tournée vers les matières scientifiques : elle le sait depuis le collège, où elle a compris qu’elle s’amusait beaucoup plus en physique, en chimie et en informatique qu’ailleurs et que les lettres n’étaient pas sa tasse de thé. Comme je vous l’avais conté dans le premier article, Sarah a fait une année de fac de médecine avant de tenter sa chance à l’ESME Sudria. N’ayant pas réussi, elle a cherché d’autres options pour évoluer dans le domaine de la santé et a appris qu’on pouvait travailler dans l’imagerie médicale en sortant de l’ESME Sudria. Et justement, une de ses amies était déjà étudiante à l’école, ce qui lui a permis d’en apprendre un peu plus sur son fonctionnement. « Ça s’est fait tout naturellement », m’explique-t-elle. « Un pur hasard, qui s’est révélé être très positif ».

De son côté, Susan, qui avoue avoir toujours été plutôt scientifique et passionnée par la physique, a pas mal hésité entre la médecine militaire et l’école d’ingénieurs. Arrivée 40 places trop loin sur la liste d’attente pour la médecine militaire, elle a finalement intégré l’ESME Sudria après une prépa maths-sup maths-spé. Une déception qui n’en était pas une puisque, hésitant entre les deux, elle était tout à fait soulagée de ne pas avoir de choix définitif à faire. Il faut dire que ce qui lui plaisait le plus, dans le principe d’une école d’ingénieurs, c’est que le panel des matières étudiées est très large : deux ingénieur-e-s peuvent travailler dans le même secteur tout en exerçant des métiers complètement différents. Ça laisse donc la possibilité de changer d’orientation professionnelle quand on le souhaite sans forcément avoir à refaire des études.

Orientation, admission, hésitation

Anne a pas mal hésité avant de passer son bac : elle était tout aussi intéressée par le domaine artistique que par les sciences, plus précisément par l’informatique. Comment, dans ce cas, concilier ces deux secteurs qu’on pourrait croire diamétralement opposés ? En Première, alors qu’elle travaillait sur ses TPE, elle a découvert les joies de la programmation et a réalisé qu’elle pouvait réunir ses deux passions grâce au développement de jeux vidéo. Une façon de trouver un juste milieu entre le visuel, le créatif, et un raisonnement bien plus scientifique. En se renseignant sur des sites de programmation, en se rendant à des salons étudiants, elle a alors réalisé qu’une école d’ingénieurs telle que l’EPITA était peut-être bien la solution idéale pour elle. « En cycle ingénieur, on a la possibilité de prendre une spécialité en multimédia et technologie de l’information ». C’est ainsi qu’elle s’est retrouvé sur les bancs de l’école d’ingénieur en informatique – même si cette expression est on ne peut plus désuète puisque j’imagine qu’on s’y assoit sur des chaises.

De son côté, alors qu’elle vivait encore à la Réunion, Maïté s’est décidée tard sur son choix d’études. Elle n’avait pour certitudes que ce qu’elle ne voulait pas faire (la chimie et la médecine, par exemple). Elle a donc cherché une prépa intégrée pour avoir à la fois un suivi équivalent à celui du lycée sans avoir à repasser des concours comme dans une prépa plus traditionnelle. Ne pouvant pas se déplacer comme bon lui semblait puisqu’elle était bien loin de la métropole, elle a passé le concours de l’IGA, en plus d’envoyer un dossier à l’EPITA. Si elle a été acceptée dans la première école avec une bourse d’excellence (je me suis inclinée tellement fort en signe de soumission quand elle m’a avoué cette réussite que j’en ai marché sur mon nez), elle a préféré choisir l’EPITA, pour assouvir son envie de développer ses savoirs en informatique. En outre, comme elle est moins généraliste que d’autres écoles d’ingénieurs, Maïté sait déjà vers quel large domaine elle va tendre, ce qui la rassure puisqu’elle a découvert qu’elle adorait l’informatique.

Ces 5 parcours différents nous rappellent une chose : dans le monde de l’orientation, même quand on a une passion très forte à la base, il n’est pas rare de se chauffer les méninges quand arrive le moment de faire un choix pour ses études. Un casse-tête certes moins intense que quand on essaie de comprendre un film de David Lynch, mais plus important pour son propre épanouissement.

Retrouvez tous les épisodes de la série, les portraits mensuels et l’actu des femmes dans le secteur high-tech sur Femme Ingénieure.

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Sophie-Pierre Pernaut (dite SPP, dite Sophie) écrit pour madmoiZelle depuis l'an 2011. Elle s'est donnée pour mission de vous informer, de vous divertir et d'éventuellement vous faire rigoler avec son humour somme toute assez crétin. Elle aime la tartiflette et les chèques en blanc.

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Les 10 dernières réactions à cet article sur le forum

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  1. Sophie-Pierre PernautSophie-Pierre Pernaut

    Le 07 février 2013 à 18:01

    Ce sujet est dédié aux réactions concernant cette actu : Des filles en école d'ingé - Épisode 3 : pourquoi ce choix ?.

    Merci d'utiliser ce post pour publier vos commentaires et vos avis
  2. CharuruCharuru

    Le 07 février 2013 à 21:32

    Je ne suis pas du tout du milieu ingé, pas étudiante et même pas française… mais j'aime bien cette série d'article :)
  3. mee00mee00

    Le 08 février 2013 à 08:12

    Je n'ai pas encore tout lu mais je trouve cette série intéressante !!

    Mais c'est bien dommage que les 3 écoles représentées soient toutes les 3 des écoles privées !!

    Il existent de nombreuses écoles publiques d'ingénieurs et qui sont également très réputées ! (Centrale, les mines, mais également des écoles post bac telles que les UT ou les INSA…)

    Malheureusement encore beaucoup de personnes croient aujourd'hui que école d'ingénieur = frais d'admissions élevés.
    Mais, tout comme pour les facs, les frais d'inscriptions des écoles publiques sont fixées chaque année par le ministère, et ces écoles accueillent environ 30% de boursiers.

    Dommage donc qu'aucune école publique ne soit représentée parce que ça continue à diffuser cette image "d'élite financière" qui n'est plus vraie du tout :)
  4. Post itPost it

    Le 08 février 2013 à 13:43

    J'aime bien cette série d'articles, mais je ne comprends pas pourquoi seules les écoles privées sont representées. Je suis moi même en école d'ingé publique, ou les frais d'inscription sont les frais universitaires. Il y en a des plus ou moins réputées, dans une multitude de domaines différents.
  5. KBiKBi

    Le 08 février 2013 à 13:55

    Wahou : la raison numéro un pour ne pas aller à la fac c'est parce que c'est trop élevé intellectuellement ? Oo

    Non mais faut arrêter de mystifier la fac là! ecole d'ingé ou fac, il n'y a pas une voie plus intelligente. La fac c'est plus orienté connaissance. Quelqu'un de la fac comparé à un ingénieur saura plus de choses sur son domaine, mais un ingénieur saura travailler en groupe, faire des présentation etc. Et c'est pour ça qu'on trouve plus de boulot avec une école d'ingé, parce que la formation comprend un enseignement pour savoir travailler dans une entreprise, sur un projet etc. Mais question intelligence, tu fais pas des truc "simple" en école d'ingé, tu as le même niveau intellectuel.

    Le coté impersonnel, ok, je comprends (moi c'est ce qui me plaisait à la fac et me plaisait moins en école d'ingé).

    Mais la raison n°1 pour aller en école c'est que tu as du boulot après et tu es pluri-disciplinaire.

    J'ai fait université puis école d'ingé (recrutement à bac+2). Je sais donc comment sont les deux. Intellectuellement je me suis plus éclaté à la fac, je faisais que ce que j'aimais, j'apprenais plein de truc, j'étais contente. Mais je me suis dit, ouais c'est cool, mais après je serai au chômage alors on va chercher ailleurs. (Parce que bon, les places d'enseignant chercheur c'est la perle rare et tu galère à max). Je venais de faire deux premières années de médecine plus une deuxième année de licence de bio. J'ai postulé pour le réseau polytech [école d'ingé intégré au fac et étant non boursier, j'ai payé 900 euros par an au lieu des 450 euros à la fac]. Au final j'ai choisi de faire Technologies de l'Information pour la Santé à Polytech' Grenoble, ça combinait deux choses que j'aimais beaucoup : la santé et l'informatique. Et je dirais que l'école d'ingé m'a appris la vie : travailler en groupe, savoir s'exprimer, savoir gérer un projet, les conflits etc. Alors oui c'était beaucoup moins spécialisé mais j'ai vu plus de sujets. J'ai adoré la modélisation objet, la gestion de projet et le traitement du signal, oui je me suis emmerdé en bio, oui j'ai galéré avec les maths super dur alors qu'on a quasiment pas fait de math depuis le bac. Mais aujourd'hui, je regrette pas : j'ai eu tout de suite un boulot super et c'est exactement ce que je voulais faire.

    Mon parcour est une réussite car j'ai toujours eu un but et j'ai toujours choisi ma fac ou mon école en fonction de ce que je voulais faire. C'est ça la clé d'une bonne orientation.
    Par contre faire prépa puis finalement une grande école généraliste et puis se rendre compte à la fin qu'on sait toujours pas ce qu'on veut faire et qu'on a fait uniquement les matières qui nous plaisent et qu'au bout du compte le boulot après ne nous plait pas ou qu'il y en a pas, là c'est gâcher sa scolarité.
    On peut très bien faire une bonne orientation en allant à la fac. J'ai une amie qui a fait médecine aussi et a fini la licence de bio, elle a trouvé un master hyper spécialisé en génétique et elle a trouvé du boulot. La différence c'est qu'à la fac, on te pousse pas à l’excellence qui est nécessaire pour aller dans ces masters qui donnent du boulot et qui sont hyper intéressants. à la fac, il faut compter que sur toi-même pour réussir à faire une scolarité réussie qui abouti à quelque chose sans trop de difficultés et ça marche que pour 15% des gens.
  6. I-Love-YouI-Love-You

    Le 09 février 2013 à 12:16

    Posté par post-it
    J'aime bien cette série d'articles, mais je ne comprends pas pourquoi seules les écoles privées sont representées. Je suis moi même en école d'ingé publique, ou les frais d'inscription sont les frais universitaires. Il y en a des plus ou moins réputées, dans une multitude de domaines différents.

    Parce que c'est un partenariat, ces articles permettent à ces écoles de se faire connaître.
  7. Anne-SoooAnne-Sooo

    Le 10 février 2013 à 12:37

    J'aime ce genre d'article qui montre des filles en école d'ingé. Mais je voudrais réagir sur "l'opposition" entre fac et école. Beaucoup trouve que la fac c'est impersonnel, qu'on est pas formé à travailler en groupe … etc et je ne suis pas d'accord pourquoi ?? Parce que j'ai fais ma licence (bac+3) en fac on était 30 étudiants en L3 (60 en L1) et là j'ai démarré en Master 1 on est 19 et les profs nous connaissent tous, nous forme au métier d'ingénieur en environnement, géosciences de la surface, pédologie (science du sol), transport solide en rivière. Nous devons faire régulièrement des présentations (type exposé) d'article scientifique de recherche ou appliqué (au choix) en M2 on a un projet d'ingénieur ou recherche (pour ceux qui veulent) tutoré par des professionnels (ingénieurs ou chercheurs). On a des stages tous les ans. Bref on a quasi la même formation qu'en école d'ingé (je connais assez bien, mon frère en a fait une public et en informatique) mais sans le diplôme! Bon alors certes je suis dans une branche où on est peu nombreux mais où nous sommes quasi (au cas où ^^) sûr d'avoir un travail dans le domaine que l'on a étudié. En bio, l'impersonnalité n'est valable qu'en licence après en master c'est un peu moins vrai.

    Voilà voilà désolé pour le pavé =D
  8. KBiKBi

    Le 10 février 2013 à 19:24

    Posté par anne-sooo
    J'aime ce genre d'article qui montre des filles en école d'ingé. Mais je voudrais réagir sur "l'opposition" entre fac et école. Beaucoup trouve que la fac c'est impersonnel, qu'on est pas formé à travailler en groupe … etc et je ne suis pas d'accord pourquoi ?? Parce que j'ai fais ma licence (bac+3) en fac on était 30 étudiants en L3 (60 en L1) et là j'ai démarré en Master 1 on est 19 et les profs nous connaissent tous, nous forme au métier d'ingénieur en environnement, géosciences de la surface, pédologie (science du sol), transport solide en rivière. Nous devons faire régulièrement des présentations (type exposé) d'article scientifique de recherche ou appliqué (au choix) en M2 on a un projet d'ingénieur ou recherche (pour ceux qui veulent) tutoré par des professionnels (ingénieurs ou chercheurs). On a des stages tous les ans. Bref on a quasi la même formation qu'en école d'ingé (je connais assez bien, mon frère en a fait une public et en informatique) mais sans le diplôme! Bon alors certes je suis dans une branche où on est peu nombreux mais où nous sommes quasi (au cas où ^^) sûr d'avoir un travail dans le domaine que l'on a étudié. En bio, l'impersonnalité n'est valable qu'en licence après en master c'est un peu moins vrai.

    Voilà voilà désolé pour le pavé =D

    Heureusement qu'il existe des contres exemples! Les fac savent pourquoi le diplôme est moins vendeur et le changement est en cours ^^ Plus de stage obligatoire, plus de projet en équipe etc. C'est quoi ta fac ?
  9. Anne-SoooAnne-Sooo

    Le 10 février 2013 à 19:30

    Posté par kbi
    Posté par anne-sooo
    J'aime ce genre d'article qui montre des filles en école d'ingé. Mais je voudrais réagir sur "l'opposition" entre fac et école. Beaucoup trouve que la fac c'est impersonnel, qu'on est pas formé à travailler en groupe … etc et je ne suis pas d'accord pourquoi ?? Parce que j'ai fais ma licence (bac+3) en fac on était 30 étudiants en L3 (60 en L1) et là j'ai démarré en Master 1 on est 19 et les profs nous connaissent tous, nous forme au métier d'ingénieur en environnement, géosciences de la surface, pédologie (science du sol), transport solide en rivière. Nous devons faire régulièrement des présentations (type exposé) d'article scientifique de recherche ou appliqué (au choix) en M2 on a un projet d'ingénieur ou recherche (pour ceux qui veulent) tutoré par des professionnels (ingénieurs ou chercheurs). On a des stages tous les ans. Bref on a quasi la même formation qu'en école d'ingé (je connais assez bien, mon frère en a fait une public et en informatique) mais sans le diplôme! Bon alors certes je suis dans une branche où on est peu nombreux mais où nous sommes quasi (au cas où ^^) sûr d'avoir un travail dans le domaine que l'on a étudié. En bio, l'impersonnalité n'est valable qu'en licence après en master c'est un peu moins vrai.

    Voilà voilà désolé pour le pavé =D


    Heureusement qu'il existe des contres exemples! Les fac savent pourquoi le diplôme est moins vendeur et le changement est en cours ^^ Plus de stage obligatoire, plus de projet en équipe etc. C'est quoi ta fac ?
    Fac de sciences et techniques à Tours (François Rabelais 37)

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