Lettre ouverte à tous ceux qui voudraient faire de moi une « fille facile »

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Elle est une « fille facile » sous prétexte qu'elle est très active sexuellement. Pourquoi les femmes n'auraient-elles pas droit à une vie sexuelle épanouie et décomplexée ?

Lettre ouverte à tous ceux qui voudraient faire de moi une « fille facile »

— Article initialement publié le 3 août 2014

J’ai commencé ma vie sexuelle à 15 ans et 3 mois. C’était il y a maintenant cinq ans. Entre-temps, j’ai fait deux « pauses » d’environ un an et demi sans sexe : j’ai donc été réellement active seulement deux ans.

Vous devez vous demander où je veux en venir, non ?

Sur ces deux ans, j’ai couché avec dix-neuf hommes, et même si je considère que ce chiffre ne veut rien dire, pour certain-e-s ça fait de moi une salope, une « fille facile ». Je pense qu’il est plus que temps de remettre les pendules à l’heure.

Fille facile : « Mais t’es pas un objet »

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Merci je le sais, je n’ai pas besoin qu’on me le dise. Cette phrase, charmante au demeurant, c’est un jeune homme avec qui j’ai parfois des relations sexuelles qui me l’a dite.

On venait d’avoir une énième discussion houleuse sur le fait que j’avais des relations avec d’autres hommes que lui, et il avait fini par me balancer ça.

J’ai été surprise et même un peu choquée par ce que sous-entendait cette phrase : à ses yeux, coucher avec des hommes faisait de moi un objet ou une fille facile.

Mais c’est aussi l’hypocrisie sous-jacente de son propos qui m’a interpellée : coucher avec lui ne posait pas de problème, par contre si je couchais avec d’autres, je me transformais en objet juste bon à accepter qu’on lui passe dessus sans rien dire !

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D’un coup, ça m’a frappé : ce type que je pensais bien élevé, cultivé et ouvert d’esprit était en réalité plein de clichés sur les femmes et la sexualité féminine en général.

Il n’arrivait pas à imaginer qu’une femme puisse être actrice de sa sexualité plutôt que passive et soumise aux désirs des autres. J’aurais dû m’en douter la première fois qu’on a couché ensemble : il m’avait dit « Merci » à la fin…

C’est marrant (non), parce que moi je ne me suis jamais vue comme un objet. Je me suis sentie une fois utilisée, et j’ai tout fait pour que ça ne se reproduise pas.

Le reste du temps, je n’ai jamais eu l’impression d’être un objet ou pire, de faire ça pour être gentille, parce que je pensais le devoir au jeune homme avec qui je venais de passer la soirée.

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Filles facile : y a t’il des raisons pour cela ?

Je ne l’ai pas toujours fait pour les bonnes raisons : à une époque je le faisais pour me sentir mieux dans ma peau — ce n’était pas forcément sain mais je n’ai aucun regret, ça m’a aidé à me construire.

Surtout, je ne l’ai jamais fait pour faire plaisir à quelqu’un : je l’ai toujours fait pour moi. Toutes les personnes avec qui j’ai couché me plaisaient, sans exception.

Pour moi, tant que la personne qui a un rapport sexuel le désire et est consentante, quoi qu’elle fasse, ça ne fera jamais d’elle un objet.

Et si son trip, c’est de se faire traiter comme un objet (ça existe), c’est la même chose : elle fait ça pour elle, parce que ça l’excite !

Personne ne devrait juger les pratiques et les désirs des autres, jamais.

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Les filles faciles et le problème du double standard

J’ai fini par dire à ce jeune homme : « Si j’étais un homme, tu m’aurais fait un high five et tu m’aurais félicité ». Bon point pour lui : il l’a admis.

Il a admis qu’il me jugeait mal parce que j’étais une femme, et il a admis que ce n’était pas normal. Heureusement pour lui, parce que sinon il pouvait dire adieu à nos petits cinq à sept.

Je ne couche pas avec quelqu’un qui ne respecte pas mes choix.

Mais le problème reste le même : quand est-ce que le sexe cessera d’être considéré dégradant pour une femme ?

Quand arrêterons-nous de nier que les femmes ont des désirs et n’écartent pas juste les cuisses en attendant que ça se passe ? Quand est-ce que ce bon vieux double standard du Don Juan VS la salope cessera d’exister ?

Je pensais que c’était déjà le cas, mais ce garçon m’a rappelé que non, j’avais juste eu de la chance.

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Je ne me laisserai pas juger par toi ni par la société. Je porterai ce que je veux et je sucerai qui je veux, aussi longtemps que je peux respirer et me mettre à genoux.

La fille facile n’existe pas

On va tout de suite mettre les choses à plat : OUI je couche le premier soir, OUI j’ai eu plus d’un partenaire sexuel, mais NON je ne suis pas une fille facile.

Coucher avec quelqu’un qui me plaît sans me prendre la tête ne fait pas de moi une fille facile : cela fait juste de moi une femme ayant conscience de ses désirs, qui sait qu’ils sont sains et qui ne ressent ni le besoin ni l’intérêt d’y résister.

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Je ne vois pas pourquoi je devrais me frustrer pour qu’on me respecte. Si un homme pense que je me déshonore en ne lui résistant pas, qu’il sache que dans ma vision des choses, c’est lui qui ne m’a pas résisté !

C’est le même principe qu’un peu plus haut : tant que la femme est consentante et désire avoir un rapport sexuel, tout va bien.

Il est arrivé qu’un homme me dise que j’étais une fille facile après qu’on avait couché ensemble le premier soir.

Je lui ai répondu avec un grand sourire : « C’est marrant, je venais justement de me dire que t’étais un garçon plutôt facile quand même ! ». Étrangement, je ne l’ai jamais rappelé.

Pour coucher, il faut être deux, alors soit on est deux personnes faciles, soit aucune ne l’est.

C’est fatiguant, à la fin, ces doubles standards, cette idée qu’un homme qui couche en retire de la gloire, et qu’une femme par contre s’en retrouve salie.

C’est fatiguant et insultant : ça nie le fait que les femmes ont des désirs, qu’elles ne font pas que céder à l’homme mais au contraire maîtrisent leur sexualité. Les femmes ne subissent pas les désirs des hommes, elles cèdent à leur désir à ELLES.

On a beau voir de plus en plus d’articles parlant de la sexualité féminine, du fait que les femmes ont aussi une libido, tant qu’on parlera encore de « fille facile » pour désigner une femme qui n’hésite pas à coucher avec qui elle en a envie, pour moi il y aura un problème.

Le sexe est un moment de partage entre deux personnes, pas une lutte où l’un cède devant l’autre.

Et puis il y autre chose de terrible dans ce raisonnement : si la femme ne couche que pour faire plaisir à l’homme, quid des lesbiennes ?

On pourrait penser que le fait que deux femmes puissent coucher ensemble sans présence masculine finisse par faire comprendre une bonne fois pour toute que la sexualité féminine existe par elle-même, pas juste pour satisfaire les besoins masculins.

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Sauf que non : le saphisme reste dans l’esprit masculin un fantasme énorme. La plupart des vidéos pornos lesbiennes sont pensées pour un public masculin.

Encore une fois, la sexualité féminine n’est vue que par le prisme de celle des hommes… Deux femmes qui couchent ensemble ne le font pas pour leur plaisir, mais pour exciter le « mâle ».

C’est de là que vient véritablement le problème : tant qu’on continuera à considérer que la sexualité masculine est la seule légitime et saine, une femme qui assume la sienne le fera toujours au risque de se faire traiter de fille facile, de salope.

Je refuse d’avoir à faire ce choix, je refuse de considérer que le fait d’avoir des désirs me rende « facile » aux yeux des autres.

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Laisse-moi kiffer la vibe, comme disait l’autre.

En conclusion

Il y a un long combat à mener pour faire cesser ces préjugés. Même aujourd’hui, ils perdurent, alors que nous sommes en 2014 : il y a plus de quarante ans que la révolution sexuelle a eu lieu !

Je n’ai pas de solution radicale, à part expliquer à un maximum de personne que le sexe n’a rien de dégradant, qu’on soit une femme ou un homme, qu’on aime ou non ceux avec qui on le pratique, quel que soit le nombre de nos partenaires.

J’ai bon espoir tout de même : le jeune homme m’ayant reproché mes nombreux partenaires s’est excusé auprès de moi il y a peu, preuve qu’à force de patience et d’explications on peut faire changer les choses.

Le sexe est une chose merveilleuse, englobant un tas de choses ; ce serait dommage de devoir s’en priver non pas par manque d’envie mais par peur du jugement – en espérant qu’un jour chacun sera enfin en paix avec sa sexualité et arrêtera de juger celle de son voisin.

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Pour finir, je tiens à préciser que je n’ai pas parlé de l’asexualité parce que justement je voulais défendre le droit des femmes à avoir des désirs et à les assumer, mais ça ne veut pas dire que je considère l’asexualité comme anormale ou malsaine.

Quelle que soit notre sexualité, qu’elle soit dense ou absente, l’essentiel est qu’elle nous convienne à nous !

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Voici le dernier commentaire
  • Assinab
    Assinab, Le 22 mai 2017 à 21h39

    Je me sens moins seule après la lecture de cet article.

    Cependant ces jugements, je les ressens plus de la part de mes amiEs que de mes amis. J'en ai déjà parlé à des amis garçons, qui sont je sais très honnètes, et ils m'ont tous dit qu'il n'en avaient rien à faire du nombre de partenaires sexuels que j'ai eu, pour eux l'important c'est que je m'amuse.

    Par contre il n'est pas rare que je reçoive des commentaires vraiment déplacés de mes copines. Quelques exemples :

    - Quand je dis que parfois ça me manque un peu de pas avoir de copain, on m'a plusieurs fois dit ''non mais toi c'est pas ton genre, toi t'enchaînes les mecs, t'arriverai pas à garder un mec tfaçon tu le tromperai direct'' comme si c'était impossible que moi, parce que j'aime de temps en temps rentrer avec un mec, je puisse avoir besoin d'affection ou bien que je puisse aussi être sérieuse.

    - Une fois, j'avais couché avec un gars, et le weekend d'après, mon amie a trouvé ça normal de le dire à tout le monde en plein repas. Je lui ai plus tard dit que je trouvais ça un peu déplacé, j'ai une sexualité assez ouverte, mais ça ne concerne que moi. Elle m'a donc dit que si j'étais pas capable d'assumer fallait que je garde ça pour moi.

    - Sinon ya pas longtemps une amie m'a reprochée d'avoir couché avec un gars, d'un groupe de 4 gars qu'on a rencontré il y a pas longtemps, parce que le gars a été un con avec moi je vous passe les détails, mais on ne se parle plus. Du coup quand on se voit on s'ignore et voilà. Et du coup pour elle j'ai cassé la dynamique du groupe pck j'ai couché avec ce gars, qui sur le coup m'intéressait vachement, et j'aurai du m'abstenir. Fin j'ai du mal à m'expliquer quoi mais en gros elle m'a dit que à cause de ma vie sexuelle on perdait des potes et que je devrais pas coucher avec des gars comme ça quoi. Alors que ça n'a eu aucun impact sur ses relations avec ces potes, mais c'est pas le gars qui a été con qu'on blâme, mais moi pour avoir écarté mes jambes quoi.

    Ya sûrement d'autres exemples mais tout ça pour dire, que parmi mes connaissances en tout cas. Le jugement de 'fille facile' ou 'salope' viennent plus des filles. Jamais j'entends mes amis garçons dire d'une fille que c'est une salope. Par contre le nombre de fois où j'entends des filles critiquer d'autres parce qu'elles sont actives...