Les films de Sofia Coppola, on peut se les passer en boucle sans lassitude. Chaque visionnage nous fait découvrir quelque chose de nouveau, tant sur les personnages que l'intrigue, et nous permet surtout d'estimer à sa juste valeur le talent de la réalisatrice, qui a su s'affranchir de son célèbre papa.
Virgin Suicides est son premier long métrage, adapté d'un roman du même nom de Jeffrey Eugenides. Et si je peux me permettre, je n'ai pas l'habitude d'encenser les adaptations, mais le roman n'arrive pas à la cheville du film. Etrange. On peut alors se demander pourquoi, l'histoire étant relativement la même.
L'histoire de cinq soeurs, dans les Etats-Unis des seventies. Therese, Bonnie, Marie, Lux, Cecilia, toutes blondes et jolies, sur une fourchette d'âge de dix-sept à treize ans. Les garçons du voisinage racontent ce qu'ils voient à travers leurs yeux énamourés. La benjamine s'ouvre les poignets, un beau jour. Et "semble répandre un poison dans l'air". Elles semblent normales, ces jeunes filles. Leur père est prof de maths, leur mère peut-être un peu trop sévère. Elles ont des petits amis, vont au lycée. L'adolescence américaine qui fait peut-être un peu rêver, entre bal de promo et uniformes avec une jupe plissée et des grandes chaussettes blanches.
La mort fait irruption dans leur quotidien, et bouleverse tout, même si les suicides proprement dits n'ont lieu qu'à la fin du film, il y a quelque chose dans l'atmosphère. La lumière éclatante contraste avec les visages renfrognés des filles, leur bonheur n'est qu'une illusion. Les cinq actrices jouent leurs rôles à la perfection. Le film repose sur les épaules de Kirsten Dunst, les autres actrices étant beaucoup moins connues. Josh Hartnett joue son amoureux transi, et on aperçoit même en cherchant bien Hayden Christensen... La musique également, AIR notamment, accompagne cette douce descente volontaire aux Enfers.
Et pour répondre à la question pourquoi voir ce film ? Une plongée dans un univers un peu déconcertant. L'explicite du titre. Ce n'est qu'une fiction, censée se dérouler outre-Atlantique il y a plus de trente ans, mais qui résonne parfaitement actuellement. On peut s'ennuyer, si l'on ne veut pas jouer avec la palette d'émotions. Mais juste pour le contraste entre ombre et lumière, entre ce monde et l'autre, il faudrait le voir, et mention spéciale pour les paroles finales -approximativement- : en fin de compte, peu importe qui elles étaient. Peu importe même qu'elles aient été des filles. Où qu'elles sont, elles n'entendent toujours pas nos appels. Elles sont parties parce qu'elles n'ont pas entendu que nous les aimions...