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Boy A

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Faites les taire est allée voir le nouveau film de John Crowley, sur la réinsertion dans la société après la prison. Magnifique.

Revue par Faites les taire, le 25 février 2009 | Articles
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La Cote d'Amour de la Rédac :

Adapté du roman éponyme britannique de Jonathan Trigell, le Boy A de John Crowley nous pose une question qui aujourd’hui encore dérange : comment se réinsérer dans la société après sa sortie de prison – à laquelle l'œuvre ajoute une difficulté – quand on a été incarcéré très tôt pour le meurtre d’une de ses camarades de classe ? (Rappelons qu’en Angleterre, la loi considère l’individu responsable de ses actes dès sa dixième année.)

JACK, UN PERSONNAGE BOULEVERSANT

Le bellâtre est relaxé après avoir purgé sa peine. Pour retomber dans l’anonymat, il doit se construire une nouvelle vie en repartant de zéro. Pour l’aider, Terry, une sorte d’assistant social, le prend sous son aile et lui trouve logement et travail. Et il choisit un nouveau nom : Jack. Désormais, il sera Jack Burridge. Le meurtrier enfantin s’appelait Éric Wilson et il faudra le museler pour mieux l’oublier.

Mais il continue de vivre en Jack. Dans ses souvenirs, le criminel se montre omniprésent, comme en témoignent les nombreux flash-backs. Et ce va-et-vient entre la nouvelle vie de Jack et l’adolescence torturée d’Éric se justifie par une pertinence à la fois remarquable et subtile. Avant Jack l’adulte, se trouvait Éric l’enfant et son acolyte, Philip. Entre eux, un cercle vicieux s’était installé. Et de confidences en confidences, ces gamins à court de tout, que la vie malgré leurs jeunes âges avait déjà heurté, sombrent peu à peu dans la perversité : vols à l’étalage, bagarres, sadisme. Les quatre cent coups. Jusqu’au dérapage…

LA DÉPRIME NE PASSERA PAS PAR Boy A

Boy A ne se contente pas d’une vie linéaire, déjà tracée : il la modèle, il la façonne. Avec douceur. Au détriment d’une action qui aurait pu se faire plus oppressante. Mais ici, le suspense est nul, les dialogues sont parfois superficiels ou irréalistes, et alors ? Loin des agitations, le temps opère et se faufile de manière invisible, imperceptible. On le lit dans le regard grave des acteurs : c’est un drame, un vrai, et les pointes d’humour parsemées comme les étoiles dans un ciel de pleine lune, viennent par contraste, renforcer cette sombre tragédie.

Décrit ainsi, le film prend une tournure allant au-delà de son sujet. Or, bien que Jack ait eu un parcours pour le moins singulier, on se plaît à certains moments à s’identifier à lui. Comment est-ce possible ? Jack n’est pas seulement un ancien détenu. C’est avant tout un être humain déboussolé par son passé trouble, en quête de repères dans cet univers étranger qui lui tend des pièges. Et qui n’a jamais cherché sa place, dans ce monde qui laisse peu de place aux hésitations et à la fragilité ?

UNE SINCÉRITÉ À TOUTE ÉPREUVE

Boy A explore en profondeur la sensibilité de Jack, porté à l’écran par l’époustouflant Andrew Garfield, qui sait d’un regard, jouer avec nos émotions les plus raffinées. Les autres personnages sont eux aussi traités avec justesse : Terry, cet homme si brillant dans le coaching des jeunes relaxés, dont on découvre les relations complexes qu’il entretient avec son fils ; Michelle, la petite amie attitrée et amoureusement heureuse avec Jack ; Chris, et toute la nouvelle bande de copains, qui avec Jack, ira de surprise en surprise. Ce petit monde gravite autour de cette espèce de héros, dont les mots se substituent au corps. Ses épaules courbées, sa tête baissée, et c’est tout un langage corporel qui se met en place jusqu’à la scène ultime.

La sincérité passe aussi par le traitement de l’image. Derrière cette phrase barbare, se cache en réalité une tentative d’expression d’un point très important dans le film, la lumière, la photographie etc. Certaines scènes, indescriptibles, peuvent se targuer d’être de véritables bijoux visuels que le rythme peu soutenu du film nous laisse admirer. Au rang des comparaisons un peu moyennes, après le coup des étoiles par un soir de pleine lune, on dirait : regarder Boy A revient en fait à passer deux heures dans une galerie d’art où les « scènes photographiques » exposées nous troublent au fur et à mesure qu’on les parcourt.


Pour résumer :
Un film qui, malgré son manque d’envergure, dépasse les facilités offertes par un scénario un peu cliché, grâce à une mise en scène aussi intelligemment menée qu’esthétiquement honorable.

3 bonnes raisons d'aimer Boy A
- Un réalisateur et un acteur principal (très) prometteurs.
- Le charme d’une Angleterre provinciale.
- Une histoire simple et efficace.
› 1 bonne raison de bouder Boy A
- Pour les amateurs du genre.
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