Moi qui re-découvre doucement le monde de la bd (parce que les Tintin et Gaston Lagaffe de quand j'étais petite, ce n'est pas très représentatif de ce qui se fait actuellement), j'ai eu l'agréable surprise d'être immédiatement captivée à la lecture de ce sélectionné au Festival de la bd d'Angoulême.
L'histoire d'une famille
Le pitch est simple : une famille où les parents (qui ont l'âge de grands-parents) annoncent à leurs trois enfants (déjà adultes) qu'ils vont divorcer, après 40 ans de vie commune. La bd suit ces personnages exceptionnellement réunis pendant 6 jours suite à cette nouvelle.

Mais cette histoire n'est qu'un prétexte, un fil conducteur pour aborder les sentiments de chaque personnage de la famille, leurs drames personnels et les liens qui les unissent. Les parents qui disent ne simplement plus s'aimer ; le fils dépressif Dennis qui ne digère pas la nouvelle et cherche la véritable (s'il en est une) raison du divorce ; la fille Claire, mère célibataire d'une enfant de 16 ans qui comme toute ado n'a pas vraiment confiance en elle ; et Peter le benjamin de la famille dessiné comme une grenouille (si tu veux savoir pourquoi, tu lis, je ne cracherai pas le morceau ici.)
Un bel ouvrage, visuel et poétique
Si ce n'est pas l'originalité de l'histoire qui en fait un bel ouvrage, c'est bien cette façon de retranscrire les caractères et émotions de chaque personnage et leur moindre réaction à chaque petit évènement qui rend la bd d'une grande sensibilité. Là où des romans se perdraient en lignes et lignes de descriptions, ici se suffisent quelques anecdotes.
On retrouve donc beaucoup de justesse, de vérité crue parfois (je pense aux quelques passages de sexe et de masturbation) dans la description des personnages, mais aussi dans la narration du quotidien.
Si tu penses parfois en observant un objet que tu dois être la seule à faire attention à tel ou tel détail, et que tu trouves ça infiniment poétique ; et bien tu retrouveras ça dans Bottomless Belly Bottom. En tous cas c'est l'effet que j'ai ressenti en lisant, par exemple, la description qui débute la bd sur les différents types de sable selon l'endroit où on le trouve. Non, ce genre de détails n'est pas chiant ni ringard : c'est fascinant, bizarre, captivant.

L'auteur -qui est pourtant tout jeune (25 ans)- sait faire transpirer de vérité ses personnages et leur quotidien. Cela donne des choses parfois plutôt drôles, des situations anecdotiques que l'on aurait aussi pu vivre et qui nous auraient fait rire après coup (comme se masturber et venir sur un objet ne nous appartenant pas, si nous étions chacune pourvue d'une zigounette bien évidemment).
Enfin last-beut-not-listeuh, Dash Shaw a un joli coup de crayon : ni trop de détails qui rendraient le dessin beau mais trop fourni ; ni trop mimimaliste, pour pouvoir retranscrire les actions/émotions avec assez de précision. Du coup la lecture est fluide et agréable, et on est presque déçue de finir si vite ce pavé (720 pages, j'exagère pas) de bd !

En clair, je pense qu'il plaira autant à celles qui ont quitté la bd au même endroit que moi -c'est-à-dire dans les toilettes de mes parents qui ont tous les Astérix et Obélix- qu'aux réelles amatrices du genre. Un excellent roman graphique qui a sa place dans toutes les bibliothèques, et toutes les chances d'être primé au Festival d'Angoulême.