J’étais au Festival International des Jeux 2014, à Cannes !

Le Festival International des Jeux, c'était il y a quelques semaines à Cannes ! Mathilde N., taulière de la chouette rubrique Jouons en société !, vous raconte...

Du 28 février au 2 mars, je suis allée au Festival de Cannes. Mais non, je ne me suis pas trompée de date ! Je n’ai pas fait le trajet pour me retrouver devant des acteurs de cinéma, mais des acteurs du monde du jeu de société, au Festival International des Jeux.

Je vous entends me dire que c’est moins glamour : laissez-moi vous répondre « Merci pour eux » et « Pfff ! Un festival des jeux, c’est nettement plus amusant qu’un festival du 7ème art, la preuve en lettres et en images ».

Après avoir englouti un pain au chocolat (et un croissant) de la boulangerie du coin et dit coucou au service de sécurité, j’entrai dans le paradis des geeks. Dans les dédales des allées non sinueuses, je me faufile dans une foule de joueu-rs-ses en quête de dés à lancer, de pions à placer, de cartes à piocher, de jeux à acheter et de goodies à quémander.

J’aperçois des jeux auxquels j’ai joué ou auxquels j’aimerais jouer, ainsi que des nouveautés. Et cela malgré ma taille de Playmobil lilliputienne !

L’avantage de se lancer dans une partie d’un jeu inconnu : un gentil monsieur ou une gentille madame est là pour nous présenter le jeu et nous expliquer les règles. Pas besoin de lire 15 pages de règles !

J’ai joué entre autres à l’awalé (dans la partie jeux plus classiques) et à Love Letter, un petit jeu à 10€ que je vous recommande fortement, et dont je vous parlerai dans ma sélection de l’été (ouh, le teasing).

Un autre aspect amusant de ce festival : pouvoir jouer avec des exemplaires géants de ses jeux préférés !

Pour celles qui ne trouvaient pas les tables de jeux, achetez-vous des lunettes ! Ou peut-être êtes-vous allées faire un tour du côté de l’exposition des Aventuriers du Rail, des illustrations de Martin Vidberg, de la salle folle « Jeux vidéo », de la salle calme « Échecs, dominos, dames et personnes âgées » ?

Je vous parlais plus haut des acteurs du monde du jeu. J’ai pu discuter avec certains d’entre eux et leur poser quelques questions (si vous passez par là, coucou ! Et merci !). Comme j’ai eu beaucoup de réponses, j’assaisonnerai les fins de mes prochains articles avec quelques interviews ! En voici déjà deux…

Mathilde, de chez Gigamic

  • Tout d’abord, peux-tu te présenter ?

Oui tout à fait : je suis Mathilde Spriet, et j’explique mon métier ci-dessous !

  • Quel rapport entretiens-tu avec les jeux de société modernes ? Si c’est ton métier, peux-tu le décrire en quelques lignes ?

Je suis responsable de la communication et des suivis de projet édition pour Gigamic qui édite et distribue des jeux de société depuis plus de 20 ans.

  • Quels sont tes jeux préférés, ou (si ta liste est trop longue) ton type de jeu de prédilection ?

C’est très variable selon le contexte : entre un Battlestar Galactica avec mes potes geeks, un Pickomino avec mes parents, ou un Photo Party lors d’une fiesta… je goûte à tous les types de jeux !

  • As-tu l’occasion de jouer régulièrement avec des femmes aux jeux de société modernes ? L’expérience est-elle différente ?

Oui, régulièrement, et je ne remarque pas de différence notable selon les genres autour de la table ! Il y a avant tout des personnalités, avec leurs qualités et leurs défauts.

  • Pourquoi, selon toi, y a-t-il plus de joueurs que de joueuses ?

Vaste question ! Autour de moi, les joueuses le sont souvent devenues parce que le jeu avait une place au sein de leur famille durant leur enfance, ou/et parce que le contexte amical s’y est prêté. J’imagine que la société de consommation véhicule l’idée que le jeu (vidéo ou de société) s’adresse plus particulièrement aux garçons. Mais c’est en train de changer. La place du loisir évolue dans notre société et j’ai du coup l’impression que de plus en plus de femmes sont présentes dans les asso, les ludo, etc.

  • Le monde du jeu est majoritairement masculin : as-tu des idées pour attirer davantage de femmes vers ce loisir, cette passion ou cet univers professionnel ?

Faire jouer pour prouver que le genre a évolué et que la diversité est telle qu’il y a forcément LE jeu qui fera mouche ! Et bien choisir les jeux passerelles qu’on va leur présenter pour les amener doucement vers le jeu de société moderne. Mais c’est valable pour toutes personnes ne connaissant pas encore le jeu de société moderne.

Montrer que le jeu de société n’est pas uniquement lié aux enfants (car dans ce contexte, les femmes sont déjà très présentes et pro-actives).

Enfin, je n’aime pas faire des généralités hommes/femmes, mais il me semble que les joueuses seront sensibles à l’esthétique du jeu et qu’il y a certains thèmes qui les attireront moins (gestion d’une armée, science-fiction…), ce sont donc des éléments à prendre en compte.

Matthieu, de chez Iello

  • Tout d’abord, peux-tu te présenter ?

Je m’appelle Matthieu, j’ai 34 ans, je suis un Lyonnais d’adoption, originaire de Bourgogne et vivant à Nancy depuis un an et demi.

  • Quel rapport entretiens-tu avec les jeux de société modernes ? Si c’est ton métier, peux-tu le décrire en quelques lignes ?

Le jeu est aujourd’hui mon métier, puisque je suis chargé de la communication chez l’éditeur Iello, mais c’est avant tout une passion à laquelle je m’adonne depuis toujours.

J’ai été pendant plusieurs années bénévole et président du café ludique associatif Moi j’m’en fous je triche, à Lyon, et j’essaie désormais de participer autant que possible à la vie de l’équivalent nancéien, La Feinte de l’Ours.

Chez Iello, je m’occupe de la promotion de nos jeux, dans la presse, sur Internet, dans les boutiques, etc.

  • Quels sont tes jeux préférés, ou (si ta liste est trop longue) ton type de jeu de prédilection ?

Je suis un joueur très éclectique : j’adore les jeux de stratégie « à l’allemande » (comme Tzolk’in ou Notre-Dame) et les jeux de cartes à combinaison (comme 7 Wonders ou Race for the Galaxy), mais je m’éclate aussi avec des gros jeux « à l’américaine » (comme Descent ou Battlestar Galactica), ou même avec des jeux d’ambiance et de communication (comme Mystères? ou Kiproko).

Du coup, même la liste de mes types de jeux de prédilection semble trop longue !

  • As-tu l’occasion de jouer régulièrement avec des femmes aux jeux de société modernes ? L’expérience est-elle différente ?

La plupart de nos amis jouent en couple, donc c’est assez rare que je joue sans aucune femme autour de la table. Sauf lorsque je travaille, car l’équipe de développement de Iello est uniquement masculine (à notre grand regret, mais les candidatures féminines sont encore très rares).

Je n’arrive en tout cas pas à déceler une différence de comportement entre les joueurs et les joueuses. Il n’y pas plus de compétiteurs au style agressif chez les hommes ou plus de fines stratèges chez les femmes ; cela dépend avant tout du tempérament de chacun et chacune, même si le jeu permet justement de s’échapper pour un moment de de la réalité et parfois de se révéler une toute autre personnalité !

  • Pourquoi, selon toi, y a-t-il plus de joueurs que de joueuses ?

Les jeux et les jouets ont toujours été très « genrés », conçus différemment pour les filles et les garçons, puis imposés aux enfants selon leur sexe. Je pense que ça a également été le cas pour les jeux vidéo, créés pendant longtemps par et pour des hommes, à une époque où les femmes n’étaient pas encore nombreuses dans les milieux de l’informatique et des nouvelles technologies.

Les jeux de société modernes ont été très influencés par l’essor des jeux vidéo, et l’idée que le jeu (vidéo ou de société) était plus un loisir d’homme que de femme provient à mon avis de là.

Par conséquent, j’ai pu observer, notamment dans les bars à jeux, que certains hommes ne voient toujours pas d’un bon œil l’arrivée de femmes à leur table de jeu et préfèrent rester entre « spécialistes », mais aussi que certaines femmes ont inconsciemment peur de se mesurer aux jeux les plus complexes, par crainte de ne pas être à la hauteur du défi (souvent intellectuel) qu’elles imaginent.

On retrouve souvent le même complexe d’infériorité chez les quinquagénaires et plus, qui sont des générations pour lesquelles le jeu n’est pas aussi naturel que pour leurs enfants.

Pourtant, une fois la partie lancée, les différences ne se font plus sur le sexe ou l’âge des joueurs et des joueuses, mais bien sur leur personnalité et leur expérience individuelle !

  • Le monde du jeu est majoritairement masculin : as-tu des idées pour attirer davantage de femmes vers ce loisir, cette passion ou cet univers professionnel ?

L’important à mes yeux est de donner toute leur place aux femmes dans les jeux, pour qu’elles la trouvent également autour de la table.

Après, tout est question de représentations au sein de notre société. On peut regretter que les filles ne jouent pas plus, tout comme il est dommage que les jeux de société aient encore une image de loisir un peu désuet ou enfantin. Mais les choses sont en train d’évoluer, on voit déjà des différences énormes par rapport à il y a 10 ans !

La plupart des clubs comptent aujourd’hui presque autant de femmes que d’hommes, et on peut espérer que cela se reflète bientôt sur la part d’auteures et de professionnelles, encore très faible (à part pour les illustratrices, peut-être). Que ce soit dans les jeux vidéos ou dans les jeux de société, les créateurs prennent déjà de plus en plus en compte cette évolution en sortant des clichés hommes-femmes et en offrant par exemple la possibilité de choisir le sexe des héros qu’on incarne, ou créant des personnages féminins plus centraux dans leurs jeux.

Ce qui est en tout cas évident pour moi, c’est qu’il serait dommage de (re)commencer à concevoir des jeux spécifiquement pour les femmes : ça ne ferait que stigmatiser une catégorie de joueurs et renforcer l’image que la majorité reste masculine.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Jinxy
    Jinxy, Le 12 mars 2014 à 14h39

    J'y étais aussi =)

       Dans la zone réservé aux jeux de rôles , et au GN ( une activité sombre et secrète qu'on apparente souvent à une secte, mais c'est faux! Viendez on est bien =) )

      De mon côté je faisais partie de l'organisation du GRAAL, un grand rassemblement des associations de JDR du sud avec lesquels sont organisés un grand tournois sur les trois jours!

      Le FIJ de Cannes est un lieu, qui bien que immense, restes très convivial ( une fois que vous avez appris à esquiver les allées les plus peuplées). Et effectivement vous pouvez essayer de nombreux jeux et trouver chaussure à votre pied.

      je vous le conseilles ( surtout avec une entrée gratuite) pour venir passer un bon moment entre ami ou en famille!

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