Le Festival de Toronto 2010

On n'en parle pas autant que Cannes parce qu'il n'est pas France, mais le Festival de Toronto est un des plus célèbres et cotés au monde. La 35ème édition a lieu cette année, du 9 au 19 septembre. La quantité de films qui seront en première mondiale en septembre  - grosses productions hollywoodiennes ou petits films contemplatifs - le prouve. Aperçu.

Dans la rubrique Hollywood, deux frérots sont dans la place : les frères Affleck qui ne sont, pour une fois, pas réunis dans le même film. Pendant que Ben réalise et joue dans un thriller dont la bande-annonce rappelle l’atmosphère tendue de sa première et surprenante réalisation, Casey passe pour la première fois de l’autre côté du miroir. Pour quoi ? I’m Still Here, documentaire sur l’obscur Joaquin Phoenix. Pendant un an, le film suit l’acteur depuis l’annonce de la fin de sa carrière au cinéma.

Voilà qui promet. Pour une fois qu’un family business n’est pas qu’une affaire de piston, je tire mon chapeau aux frangins Affleck.

Pendant ce temps, les grosses sorties font leur nid : il y a fort à parier que tous les gros films présentés en avant-première au festival feront chacun leur tour suffisamment de bruit. On peut quand même citer les grands noms : Eastwood (avec Matt Damon à l’affiche), Philip Seymour Hoffman pour sa première réalisation (Jack Goes Boating), Darren Aronofsky, David Schwimmer, De Niro et Edward Norton dans un thriller dont on a sûrement vu l’équivalent vingt fois, Robert Redfort…

En ce qui concerne le reste du monde, Toronto s’offre aussi de grands noms et des avant-première (pas toujours mondiales, mais souvent !) du tonnerre. Difficile de faire une liste qui ait de la gueule sans étaler quantité de noms. Heureusement, votre serviteur ici présente a eu la chance d’en voir trois, excellents. Il y a fort à parier qu’ils feront parler d’eux, aussi !

As If I’m Not There – Juanita Wilson

As If I’m Not There est de loin le film le plus saisissant que j’ai vu ces dernières semaines. Il met en scène une jeune femme qui quitte sa famille à Sarajevo pour un petit village dans lequel elle va travailler en tant que maîtresse d’école. Quelques jours après son arrivée toutefois, des soldats arrivent et emmènent tous les villageois, otages, dans un camp de concentration. On ne sait pas vraiment ce qu’il advient des hommes, mais les femmes sont parquées là. L’héroïne, jeune et séduisante, est très vite violée et finalement gardée avec d’autres jeunes femmes dans une chambre spéciale. Bientôt, elle devient la favorite du soldat qui gère le camp et se laisse peu à peu emporter dans ce douloureux chantage physique, pour sa survie.

Incroyable tellement il est saisissant, ce film est complètement englué dans le point de vue de sa protagoniste. C’est un point qui pourrait être négatif, mais qui est ici d’une très grande qualité. Le film est presque étouffant, brouille les repères, de sorte qu’on peut presque dire qu’il reproduit la confusion du personnage. Il a l’intelligence, surtout, d’éviter le manichéisme facile : la façon dont la protagoniste plonge dans cette situation est amenée brillamment, subtilement, et comme les meilleurs films, ouvre à un nombre incroyable de questions.

Blame – Michael Henry

blame

Alors qu’il rentre chez lui, un prof de piano est tout à coup attaqué et ligoté par un groupe de personnes étrangement bien habillées : jeunes hommes en costumes, jeunes filles en robes classes. Ils portent aussi des cagoules, et le premier quart d’heure du film parvient à installer rapidement, sans excès, une tension captivante. Qui sont ces jeunes (qui se démasquent bientôt), et pourquoi en veulent-ils au prof de piano au point de l’assassiner et de déguiser la chose en suicide ?

Blame est le premier film d’un Australien, Michael Henry. Il applique avec succès la règle de la réserve d’effets, pour un résultat d’autant plus efficace, captivant. Quand petit à petit les personnages dévoilent leurs intentions, que leur plan se corse ou tourne au vinaigre, Blame reste dans l’économie de moyens, inversement proportionnelle à l’intérêt que ce bon film procure.

Trois Temps après la mort d’Anna – Catherine Martin

Après un concert où elle excelle au violon, Anna, 23 ans, est assassinée dans son appartement. Dévastée, sa mère se retire dans une maison de famille hors de la ville et essaie de faire son deuil. Elle s’enferme et se concentre sur la maison, la nature, les objets de sa fille et les souvenirs fantomatiques de ses mère et grand-mère. Un jour, elle décide de se laisser mourir de froid dehors ; mais un ami d’enfance, qu’elle n’a pas vu depuis plusieurs années, passe par hasard et la sauve.

Trois Temps après la mort d’Anna est un film très subtil sur le deuil d’une mère, sa tentative de se reconstruire, d’abord solitaire et désespérée. C’est un film contemplatif et lent ; qui parvient cependant à captiver en se centrant sur ce personnage. Le film est émouvant, enfin : tout est dans la retenue, l’épure, la délicatesse, ce qui est agréable à voir pour un sujet difficile comme celui-ci. Plus que le portrait d’une mère en deuil, le film devient celui d’une femme, capturée dans un moment à part.

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Voici le dernier commentaire en date :

  • Alaska Savage.
    Alaska Savage., Le 10 septembre 2010 à 3h54

    Guylaine Tremblay <3. Quelle comédienne de talent, à chaque fois que je la regarde jouer, j'en ai des frissons tellement elle réussie à se mettre dans la peau du personnage.

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