N’être qu’« une très jolie fille », ça m’a pourri la vie

Chloé s'est longtemps laissée définir comme « belle » sans vraiment chercher qui elle était. Seule son apparence importait, et elle pensait qu'elle ne pouvait recevoir de l'amour que grâce à son corps.

Salut vous ! Et la bonne année tiens !

Cette semaine, Corps à cœur, Cœur à corps revient avec le témoignage de Chloé qui a longtemps accordé aux autres le pouvoir de la définir, ne se rendant pas compte qu’elle n’était pas seulement « une belle fille ».

Elle a décidé de vous parler de ce sentiment, qu’elle pense ne pas être la seule à avoir vécu…

Corps à cœur, Cœur à corps

Si tu n’as pas suivi, il s’agit d’une série de témoignages illustrés, mettant en avant des personnes qui ont décidé d’avoir un regard plus positif vis-à-vis de leurs complexes physiques.

Il ne s’agit pas de se sentir bien À TOUT PRIX (ça suffit les injonctions, oh !) ou de dire qu’il y a des complexes plus importants que d’autres, mais d’observer les chemins que prennent différentes personnes pour se sentir plus en paix avec elles-mêmes.

Tous les corps sont différents, ça te dit de les célébrer avec moi chaque semaine ?

Les illustrations sont faites par mes petites mains et à partir de photos envoyées en même temps que le texte. J’en reçois plusieurs et je choisis celle qui m’inspire le plus.

Donc, sans plus attendre, le témoignage de cette semaine.

Je limitais ma personne à mon apparence, mais c’est terminé

Ce qui n’est pas courant c’est que
je n’ai pratiquement jamais été complexée.

J’y ai réfléchi et je pense tout simplement que,
pendant longtemps, je n’ai accordé aucun crédit
à mon regard et mon opinion.

Seul importait l’avis des autres.

Quand un complexe naissait, une photo ou
un compliment l’effaçait tout de suite.
Cela traduisait très bien mon manque de
confiance en moi et le sentiment d’attente
que j’ai toujours envers autrui. Attente
d’amour, d’affectation, d’attention.

Pendant longtemps, j’ai totalement dissocié
ma tête, mon esprit, de ce que je suis
à l’intérieur de mon corps.

À l’intérieur, j’ai toujours été timide,
réservée, pas sûre de moi, angoissée….
À l’extérieur, j’étais assurée, conquérante,
portée par un corps élancé.

En entrant dans l’adolescence, j’ai vite
compris que j’avais un corps qui rentrait
dans les normes et les standards de beauté :
on me disait belle. Plus j’ai grandi, plus
je me suis appuyée là-dessus : je suis
la « jolie fille ». Et c’est tout.

Tout le reste est devenu accessoire,
et n’avait pas d’importance pour moi.

Ce qui m’a fait basculer dans une totale
séparation de ma tête et de mon corps, c’est
ma relation avec un homme plus vieux
que moi (8 ans) qui m’idolâtrait.

J’étais son trophée, sa fierté. Il m’offrait
beaucoup de sous-vêtements, de robes de
marque. Il m’a initiée au libertinage et
m’emmenait dans des soirées de rencontres
avec fierté, me répétant que j’étais la plus
belle et que tous le monde me désirait,
hommes comme femmes.

Cela a beaucoup influencé ma sexualité :
j’ai toujours pensé que l’on m’aimait pour
mon corps donc je le donnais facilement,
parce que c’était ma façon de me faire aimer.

J’avais des rapports pendant lesquels tout
mon esprit était tourné vers le plaisir de l’autre,
et ce que je dégageais. Je me concentrais sur
la position de ma main, je rentrais le ventre,
me regardais dans le miroir pendant l’amour
pour rectifier une position.

J’étais complètement déconnectée de
mes sensations ! Je n’écoutais ni mes envies,
ni mon corps. Je me suis forcée, on m’a forcée.

Je suis allée encore plus loin dans ce rapport
de corps-objet et je suis devenu modèle photo
de nu. Pour un résultat dont je voulais être fière,
j’ai accepté des situations désagréables,
un photographe qui me touche en réajustant
un bijou, des propositions de poses suggestives,
des poses épuisantes, douloureuses…

Cela illustre parfaitement la déconnexion
entre mon corps et mon esprit : ce qui
comptait était le résultat final, flatteur.
Tant pis si je sors des séances en larmes.

Bizarrement, le déclic a eu lieu avec le divorce
de mes parents, je cherche encore
le lien direct !

J’ai quitté cet homme, j’ai commencé
une thérapie et j’ai rencontré mon chéri actuel,
avec qui j’ai une relation beaucoup plus saine.

J’ai découvert le plaisir à deux, grâce à
sa patience, sa tendresse. Ça me demande
encore beaucoup de travail car ce n’est pas
facile d’oublier mes vieux réflexes.

Je dois développer des efforts de
concentration et d’écoute énormes pour
me reconnecter à mon corps, le comprendre
et entendre les signaux qu’il m’envoie, bons
ou mauvais.

J’ai petit à petit lâché prise sur mon
apparence : je me maquille presque plus,
j’ai éliminé les habits inconfortables ou
qui me mettaient mal à l’aise…

Lorsque je rencontre de nouvelles
personnes, je me concentre sur la
conversation, je tente d’oublier, de ne
pas contrôler l’image que je renvoie.

Je suis fière du travail que j’accomplis
même si je pense n’en être qu’au début
de la réappropriation de mon corps.

Je tenais à partager ce témoignage car
plus je m’intéresse aux combats féministes
plus je comprends à quels points
ces normes ont pesé sur moi.

Je ne pense pas être la seule dans
cette situation et j’ose espérer que mon
témoignage puisse toucher ces filles et
femmes qui pensent se résumer à leur corps
et l’apparence qu’elles donnent. Pour sortir
de cette cage dorée, dont j’essaie de m’éloigner.

Témoigner sur ses complexes, ça fait quoi ?

J’ai également demandé à Chloé de faire un retour sur cette expérience : témoigner et voir son corps illustré, ça fait quoi, qu’a-t-elle ressenti ?

L’illustration me plaît beaucoup : elle résume
bien la dualité qui me traverse encore souvent.

D’un côté, l’image que je renvoie, mon corps
mis en scène et de l’autre, le vrai moi.
J’ai eu un pincement en cœur en la voyant
car elle représente très bien mon « combat ».

T’écrire n’a pas été facile et l’idée d’être publiée
fait encore émerger beaucoup de questions
et de doutes mais j’ai envie de faire preuve
de courage.

Pour moi et pour les autres jeunes femmes
dans la même situation que moi.

J’aurais aimé lire ce type
de témoignage il y a 5 ans.

Aujourd’hui encore, me connecter à
mes émotions, mes ressentis et mes
sensations, me demande
beaucoup d’efforts !

Je pense être sur la bonne voie mais
des années de mauvaises habitudes ne
vont pas s’effacer en quelques jours…

Avoir réalisé cette dissociation et l’avoir
écrite me permet de me prouver que
je suis sur la bonne voie !

Merci encore pour ton écoute
et cette jolie illustration ♥

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Léa Castor

Graphiste et illustratrice Castor voyageuse, j'ai décidé de poser mon sac-à-dos et ma palette d'aquarelle dans la madmoiZelle family pour un moment.

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Commentaires
  • Mijou
    Mijou, Le 18 janvier 2019 à 12h44

    Samsayonara
    Oui, en général, j'aime pas me plaindre pour des bêtises, je préfère en parler calmement. Quand tu bosses en open space, c'est primordial. Avec collègue n°1 c'est nickel, chacun communique, demande à l'autre si ça dérange s'il ferme/ouvre la lumière, la fenêtre, je suis la première à partager mon ventilo. Collègue n°2, quand on a changé d'étage, a fait tout un pataquès pour le bien être de sa plante et de son espace vital au détriment du notre, un machin monstrueux qui a 25 ans et qui ne tient que parce qu'il l'accroche aux dalles du plafond avec des fils, sinon le monstroplante ramperait sur la moquette vu qu'il refuse qu'on le taille. Au point où on a dû avec diplomatie lui dire qu'entre le bien être d'un agent, à fortiori ses autres collègues, et sa plante, c'est pas la plante qui gagnerait. Parce que bien sûr, le baobab ne devait pas empiéter sur son domaine mais le nôtre. C'est aussi le genre de collègue qui sans demander, ouvre la fenêtre quand t'as un rhume de 12 sur l'échelle de richter, et ferme la lumière car il estime qu'il voit assez. N'étant pas près de la fenêtre, même si je lapide sur mes écrans, mon avis et mon bien être sont facultatifs. Heureusement qu'il est en mi temps thérapeutique, car je crois qu'on l'aurait assassiné à coup de gommes et de trombones.
    Spoiler: Open space et égocentrisme

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