Je suis féministe, mais ce matin, je n’avais plus l’énergie de militer

Être féministe et vouloir changer le monde, comme Marie des Internettes, c'est parfois épuisant. Au point de... baisser les bras ?

Je suis féministe, mais ce matin, je n’avais plus l’énergie de militer

Certains jours, je n’ai plus l’énergie.

Quand le monde m’épuise

Je viens d’ouvrir les yeux et sur Twitter, un mec poste la liste des 32 réalisateurs que sa communauté préfère. Aucune femme n’est dans le palmarès.

Je viens d’ouvrir les yeux et j’entends qu’en janvier, une femme est morte tous les deux jours sous les coups de son compagnon.

Je viens d’ouvrir les yeux et une inconnue me raconte comment elle a bossé gratuitement pendant un an pour un projet qui n’est jamais sorti parce qu’elle n’a pas osé se rebeller.

Je viens d’ouvrir les yeux et des meufs qui disent lutter contre le cyberharcèlement envoient leur communauté assoiffée de clash sur leur cible « unsafe » du jour.

Je viens d’ouvrir les yeux et je lis qu’en Argentine, une césarienne sur une enfant de 11 ans relance le débat sur l’avortement.

Je viens d’ouvrir les yeux et un lycéen qui aime le maquillage se paye la clique des vieux cons d’Hanouna.

Je viens d’ouvrir les yeux et dans mes mentions, des anonymes m’expliquent que si les meufs ne percent pas sur YouTube, c’est parce qu’elles ont moins de talent que les mecs.

Je viens d’ouvrir les yeux et déjà, je me demande pourquoi je devrais me lever.

Il en faut, de l’énergie, pour se lever tous les matins, en sachant dans quel quotidien nous posons les pieds.

La majeure partie du temps, j’en regorge.

Au début d’un projet féministe, une énergie sans limites

Quand j’ai créé les Internettes en 2016, la tâche était colossale.

Les gens qui parlaient de la place des femmes sur YouTube se résignaient en haussant les épaules :

« En même temps, tu en connais beaucoup des youtubeuses intéressantes ? Et t’exagères, si les meufs ont vraiment envie de s’exprimer, rien ne les en empêche : ça prend seulement 5 min de créer une chaîne ».

À l’époque, j’ai utilisé ma colère et ma foi en la possibilité de créer un monde plus juste pour réunir autour de moi des meufs qui en ont.

À ce premier déjeuner avec celles qui deviendront les fondatrices de l’asso régnait une douce euphorie.

Le constat était d’un pessimisme crasse : invisibles, les vidéastes féminines sur YouTube peinaient à se démarquer sauf quand elles parlaient de beauté.

La faute à une société genrée qui encourage moins les femmes à exprimer leur opinion, la faute à un algorithme qui enferme les visionneurs dans des vidéos genrées, la faute à un syndrome de l’imposteur prégnant chez les meufs, la faute à un syndrome de la bonne élève si difficile à déconstruire.

Mais notre volonté de changer les choses à notre niveau nous a projetées sur un petit nuage. L’énergie était là, elle était électrique, elle était dispersée et puissante.

Il allait falloir qu’on soulève tout le YouTube français pour faire prendre conscience que les meufs étaient aussi talentueuses que les mecs ? ALLEZ.

Nous devions mettre en place des rencontres pour booster la confiance de meufs élevées dans une société qui met toujours leur parole en doute ? MÊME PAS PEUR.

Nous allions bientôt sacrifier nos pauses déj, nos nuits et nos week-ends pour une cause dont nous ne connaissions pas les résultats et qui s’opposerait à beaucoup de résistances ? QU’EST-CE QU’ON ATTEND ?

Canaliser nos énergies pour être plus efficaces

Très vite, j’ai compris que nous devrions canaliser nos énergies pour les rediriger le plus efficacement possible dans les projets. Nous avons donc pris le temps de lancer chacun des projets, les uns après les autres.

Après avoir alimenté la page Facebook qui partageait une fois par jour la vidéo d’une créatrice, nous avons commencé à réunir les vidéastes féminines dans des apéros et des masterclass.

Puis nous avons soutenu le docu de Lisa et Léa « YouTube : elles prennent la parole », ouvert l’Internettes Explorer et organisé la première édition du concours vidéo Les Pouces d’Or.

En discutant avec d’autres militantes féministes, j’ai bien vu que notre chance résidait dans notre organisation au cordeau et dans les liens personnels que nous avions créé les unes avec les autres.

L’énergie était toujours positive et elle ne se perdait pas.

Si bien que depuis 2016, une trentaine de bénévoles ont contribué aux projets des Internettes. Il y a peu, on a commencé à calculer notre temps bénévole dans l’asso et on s’est rendu compte qu’à 15, on cumulait 170h de travail par semaine !

Et malgré cette charge de travail colossale, il règne dans l’asso une ambiance bienveillante et bon enfant, emplie de solidarité, très simplement parce que nous communiquons énormément.

À ce stade, tu dois te demander pourquoi je viens te raconter tout ça sur mad ? Tout simplement parce que je traverse un passage à vide que tu as déjà peut-être ressenti si tu t’es déjà investie dans une cause qui te tient à cœur.

Ce matin, je me suis levée démotivée

Moi qui ai l’habitude de leader, de rassembler les énergies en un gigantesque Kamehameha contre les injustices de ce monde, j’en manque personnellement.

J’ai l’impression que mes actions sont des coups d’épée dans l’eau, que la montagne est trop grande. Et si malgré toute l’énergie que je dépense, rien ne changeait ?

Sur mad, on parle souvent des parcours exemplaires de meufs qui changent le monde avec des initiatives solidaires, de femmes politiques inspirantes qui ne semblent jamais douter, d’entrepreneuses prêtes à conquérir le marché avec leur idée brillante.

Et tant mieux ! Nous avons besoin de nous raccrocher à ces rôles modèles et à leurs victoires politiques, particulièrement dans nos moments de doute et de résignation.

Mais souvent, rien ne semble les atteindre. On a l’impression qu’elles ont gravi les montagnes sans trébucher, sans chuter, sans se retourner.

Moi, je suis faillible, vulnérable et parfois découragée.

Heureusement, ça ne dure jamais bien longtemps. Il suffit que je retrouve les bouilles réjouies des meufs des Internettes pour me rappeler pourquoi je fais ça.

Accepter nos moments de doute

Traverser ces périodes de doute est essentiel. C’est le meilleur moment pour me demander : pourquoi je fais ça ? Est-ce que j’en tire assez de choses personnellement ?

C’est essentiel parce que dans l’associatif, on a parfois tendance à s’oublier.

Accepter cette période de doute est désagréable. Moi qui suis pleine de conviction, pourquoi ai-je des doutes ?

Et pourtant, c’est ce doute qui deviendra ma force, qui remettra en question toutes les évidences. C’est ce doute qui me fera grandir et me rendra plus forte.

La sororité pour retrouver de la force

Mais je me suis promis une chose : je ne vais pas vivre ces turbulences dans mon coin.

Comme tout le monde, j’aurais naturellement tendance à m’écarter de l’asso pour ne pas polluer l’ambiance avec des émotions négatives. Je sais aujourd’hui qu’au contraire, je trouverai auprès de mes sœurs d’asso tout l’optimisme dont je manque.

Elles vont sûrement me conseiller de prendre du temps pour moi, me proposer de me décharger, m’envoyer une foultitude d’emoji ❤️ et elles auront bien raison.

Je ferais pareil pour elles et cette capacité qu’on a à toutes se tirer vers le haut et à prendre le relais, c’est la chose la plus précieuse que nous ayons.

La sororité, en voilà une chose que le patriarcat ne nous enlèvera pas.

Aujourd’hui, j’ai commencé ma journée démotivée.

Mais demain, ma première pensée sera pour les meufs formidables qui m’aideront à changer le monde.

La sororité au cœur du 8 mars sur madmoiZelle

Ce 8 mars 2019, ce sera comme chaque année la Journée Internationale des Droits des Femmes.

À cette occasion, madmoiZelle veut mettre en avant la sororité, la solidarité entre les femmes, les héroïnes du quotidien qui changent le monde, un pas à la fois.

  • Le but ? Nous faire découvrir tes héroïnes, celle de la vraie vie, les femmes de moins de 30 ans qui changent le monde !

Ta sœur qui court un marathon, ta cousine qui est avocate, ta pote qui s’engage dans l’associatif… et puis toi aussi bien sûr !

  • Le mot d’ordre : c’est nous le futur !

Construisons ensemble le monde dans lequel nous voulons vivre.

  • Pour participer, ça peut être…
    • À l’écrit : envoie à jaifaitca[at]madmoizelle.com une présentation de ton héroïne, avec une photo si possible. Mets #CEstNousLeFutur en objet de ton mail. Ton texte pourra être publié sur madmoiZelle.
    • En vidéo : envoie à filmemoi[at]madmoizelle.com une petite vidéo dans laquelle tu te filmes en train de présenter ton héroïne du quotidien (soit tu expliques qui c’est et pourquoi elle t’inspire, soit elle fait la vidéo avec toi). Mets #CEstNousLeFutur en objet de ton mail. Ta vidéo pourra être mise en ligne dans un vlog spécial le 8 mars sur la chaîne de madmoiZelle.

Toute la rédac a hâte de découvrir les femmes qui t’inspirent !

Commentaires

superlardon

Féministe, mais principalement écolo, j'avoue ressentir ce genre de baisse d'énergie des fois.
Et je suis d'accord avec @Nastasja , les personnes agressives sont celles qui ne se sentent plus en phase, celles qui voient le monde avancer et n'arrive pas à suivre. C'est pas qu'ielles soient tellement nostalgiques, c'est surtout qu'ielles ne parviennent pas à remettre en question leurs convictions qui puent le rance, et ça doit être très déstabilisant. L'agressivité est aussi une preuve de manque d'arguments, donc, ça veut dire que les idées combattues sont plus crédibles que les idées des énervés.
Pas vraiment d'accord avec cet argument, qui peut vite se retourner contre toi. Il y a beacoup d'agressivité, de méchanceté de virulence du côtés des militants, des féministes également.
 

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