Iana Zhdanova sera-t-elle la première femen condamnée pour exhibition sexuelle ?

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Iana Zhdanova pourrait être la première femen condamnée pour exhibition sexuelle, suite à un arrêté rendu mercredi 10 janvier 2018 par la Cour de cassation.

Iana Zhdanova sera-t-elle la première femen condamnée pour exhibition sexuelle ?

Iana Zhdanova, membre des Femen, avait été suite à l’une de ses actions condamnée pour « dégradations et exhibition sexuelle » en octobre 2014. Cette démarche avait consisté en une attaque à coups de pieu contre la statue de cire de Vladimir Poutine au Musée Grévin, effectuée seins nus. Elle avait eu lieu le 5 juin 2014.

Suite à une procédure d’appel, la militante ukrainienne avait été relaxée pour le chef d’exhibition sexuelle en janvier 2017.

Cependant, un arrêt rendu le mercredi 10 janvier 2018 par la Cour de cassation a annulé la relaxe et ordonné un troisième procès devant la Cour d’appel de Paris.

De l’action « féministe » à l’« exhibition sexuelle »

La Cour de cassation est la plus haute juridiction de l’ordre judiciaire français. Elle n’a pas pour rôle de juger une affaire, sa mission consiste à « contrôler l’exacte application du droit par les tribunaux et les cours d’appel, garantissant ainsi une interprétation uniforme de la loi », comme indiqué sur son site Internet.

Cela signifie donc qu’au regard du droit français, l’action de Iana Zhdanova est qualifiée d’« exhibition sexuelle ».

À lire aussi : « Pourquoi – La poitrine des femmes c’est tabou ? », vu par le YouTubeur Brice Duan

Cela peut s’expliquer factuellement étant donné que la jurisprudence en date du 4 janvier 2006 complète l’article 222-32 du code pénal relatif à l’exhibition sexuelle, et dispose : « le délit d’exhibition sexuelle suppose que le corps ou la partie du corps volontairement exposé à la vue d’autrui soit ou paraisse dénudé ».

La décision de la Cour de cassation contestée

Cette décision scandalise une partie de la population française. Pour exemple, ce tweet d’Audrey Pulvar, ex-journaliste radio et télévision, aujourd’hui présidente de la Fondation pour la Nature et l’Homme, et féministe convaincue :

Maître Dosé, l’avocate de la militante femen, a indiqué que celle-ci « est prête à saisir le Conseil constitutionnel d’une question prioritaire de constitutionnalité, puisque les hommes et les femmes ne sont pas égaux face à cette infraction, ainsi que la Cour européenne des droits de l’homme ».

Ces questionnements sont également partagés par Eloïse Bouton, ancienne militante Femen, qui indique dans un post Facebook du 20 décembre 2017 avoir été également condamnée pour exhibition sexuelle.

Je suis la première femme condamnée pour exhibition sexuelle en France.Il y a 4 ans jour pour jour, j’ai mené une…

Publié par Éloïse Bouton sur mercredi 20 décembre 2017

Le problème n’était pas le contenu de son action mais « le simple fait que [s]on propos existe »

Elle indique avoir participé à « une action silencieuse et pacifique […] dont le seul but était de dénoncer les positions de l’église catholique et son ingérence dans la liberté des femmes à disposer de leur corps ».

Elle a cependant été poursuivie en justice et condamnée avant de faire appel puis de porter l’affaire au niveau de la Cour de cassation, dont elle attend la décision.

À lire aussi : Quand les femmes manifestent pour le droit d’être seins nus

Elle critique également cette condamnation, qu’elle pense inégalitaire et qu’elle voit comme un frein à sa liberté de faire ce qu’elle veut de son corps. Elle reproche ainsi à la société d’avoir « réduit [s]on militantisme à un aspect psychologique et invalidé [s]on engagement en le dépolitisant »

Le corps des femmes est-il donc un objet sexuel ou peut-il se détacher de ce rôle qui lui a été attribué ?

Le corps féminin, une arme politique ou artistique

Maître Dosé, l’avocate de Iana Zhdanova a estimé que la Cour de cassation « marque une nette régression en choisissant de punir les femmes se servant de leur corps comme d’une arme politique ou artistique », puisque selon elle la jurisprudence commençait à « considérer que les femmes qui utilisaient leur poitrine dans un but politique ou artistique ne pouvaient être déclarées coupables de ce délit ».

Dans sa publication, Eloïse Bouton partage cette idée :

« Pendant des années, j’ai perçu la nudité comme un outil politique ou artistique. Mais cette condamnation m’a fait réaliser que c’était un combat en soi. »

Et pourtant ! Les femmes ne sont pas les premières à avoir utilisé leur corps comme une arme.

L’ONU a effectivement reconnu en 2008 – bien tard à mon goût – le viol comme étant un crime de guerre, comme le détaille cet article publié sur Le Monde.

Il n’est donc pas nouveau que le corps des femmes soit transformé en arme, seulement que ces corps soient utilisés comme des armes par des femmes paraît beaucoup plus inédit.

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Les femmes aussi ont utilisé leur corps comme une arme

Et je dis bien « paraît plus inédit », car oui, les femmes ont déjà par le passé recouru à leur chair comme outil et levier de changements. Que la notoriété des actions passées est moindre ne rend pas celles des Femen révolutionnaires.

Une compilation de toutes ces actions (entre autres), ces renversements du pouvoir (si, si !) à travers une réappropriation par les femmes de leurs corps existe : il s’agit du livre La Chair Interdite de Diane Ducret.

Si tu ne l’as pas encore lu, je te le conseille vivement, car il traite justement des rôles que peut prendre le corps des femmes ou qui peuvent lui être attribués.

Cette décision de la Cour de cassation et les marques de désaccords qui l’ont suivie mettent selon moi en avant une question non seulement d’actualité mais aussi historique : le corps des femmes peut-il être autre chose qu’un objet sexuel ? Peut-il être autre chose sans être un objet sexuel ?

Pour moi il est évident qu’il devrait l’être, et j’ai malgré cela l’impression pessimiste que la vision que la société a du corps des femmes empêche sa dé-sexualisation. J’attends en tous cas la décision de justice qui suivra le procès à venir avec attention.

Quoi qu’il en soit, l’équipe de madmoiZelle te tiendra au courant à ce sujet !

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Mathilde Trg


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Commentaires
  • Sadala
    Sadala, Le 12 janvier 2018 à 6h49

    Oui enfin je pense que si cette décision fait jurisprudence, ce ne sont pas du tout les publicitaires qui vont être visés mais plus les femmes qui se dénudent la poitrine sans aucune pensée sexuelle ni volonté de choquer. Je pense en particulier aux femmes qui allaitent et aux baigneuses topless.
    Un sacré retour en arrière.

    Clarissse
    @CaraNougat C'est vrai, mais à quoi sert une loi vague? Elle ne fonctionne qu'au cas par cas et est trop dépendante de la mentalité des juristes impliqués dans l'affaire. Et que cette cassation fasse jurisprudence tant mieux, mais ça ne règlera en rien le problème de l'hypersexualisation dans la pub. Si condamner cette femen peut permettre d'attirer l'attention sur cette loi et l'utiliser pour condamner les publicitaires qui détruisent l'image de la femme, alors je dis de façon très pragmatique: sacrifions la femen à la cause.

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