Que cherche-t-on en faisant la fête ?

1 heure du matin. J’ai une seule envie : enlever mes chaussures et rejoindre mon lit. La seule idée de devoir rentrer à pied chez moi ou de dormir sur le canapé rempli d’un ami me donne la nausée. Les trois cocktails que j’ai bu m’ont donné mal au crâne, la musique est trop forte […]

Que cherche-t-on en faisant la fête ?

1 heure du matin. J’ai une seule envie : enlever mes chaussures et rejoindre mon lit. La seule idée de devoir rentrer à pied chez moi ou de dormir sur le canapé rempli d’un ami me donne la nausée. Les trois cocktails que j’ai bu m’ont donné mal au crâne, la musique est trop forte et les gens trop énervés. J’avais pourtant juré que jamais, plus jamais, au grand jamais, je ne me retrouverai dans cette situation un mardi soir, en pleine semaine, alors que le mercredi matin n’est qu’une succession obscène de réunions et de tableaux Excel. Alors pourquoi suis-je incapable de ne pas obéir à la petite voix de la sagesse ? Pourquoi est ce qu’on court toujours derrière la soirée parfaite ?

Il y a une vraie évolution dans la fête. Quand on est jeune ado, quand on a tout juste le droit de sortir, la fête peut être n’importe où, n’importe comment, et à n’importe quel prétexte. Pour moi, le lieu où il fallait être était le garage de mon amie Caroline. Nous passions nos (débuts de) soirées assis en groupe sur un canapé pourri, et nous avions l’impression de reproduire à l’identique un mélange de That 70’s Show et de Friends en imberbes. Tout pouvait arriver dans cet espace confiné et légèrement saturé en odeur d’essence : on y a dansé, on y a reçu nos premiers baisers, on a siphonné les bouteilles d’alcools de nos parents pour se mettre nos premières races. Ce garage, c’était LE truc cool dans nos vies, la tanière magique dans laquelle rien ne pouvait nous arriver. On avait l’impression d’être libres, d’être complètement hors de portée de l’autorité de nos parents. Bien sur, ce n’était qu’une illusion, puisque ces même parents venaient cogner hargneusement à la porte du dit garage dès que nos couvre-feux arrivaient, et nous nous pressions de leur obéir de peur de subir l’humiliation suprême : se faire sortir du garage par la peau des fesses par un adulte.

Tu gagnes quelques centimètres et quelques années, et soudain tes parents te permettent de sortir. Bien sur il faut négocier, dire chez qui tu dors et pourquoi tu sors, appeler pour rassurer et faire preuve de bonne volonté. Mais j’ai l’impression que les parents ne sont pas dupes : ils savent très bien qu’on sort pour s’amuser, et que les précautions qu’ils prennent sont illusoires. Ils cherchent juste à faire leur boulot d’adultes et à nous encadrer, tout en priant secrètement pour qu’on rentre en entier. C’est l’âge des leçons de vie importantes : on ne s’enfile pas 6 shots le ventre vide et on ne monte pas en voiture avec quelqu’un qui a bu. On oscille entre grand n’importe quoi et message de sécurité, on nous distribue des capotes en boîte mais on peine parfois à les utiliser. C’est le moment des premières peines de cœur et des premiers grands serments d’amitié, tout paraît plus beau à la lumière de notre liberté nouvelle, la musique est plus forte et les gens plus intéressants. Ou alors c’est la petite pilule qu’on vient de se glisser sous la langue qui commence à faire effet, va savoir. On ne fait pas que des expériences heureuses quand on se découvre un pouvoir de décision sur ses propres actions. Ton seul souci c’est de te lever pour aller en amphi le lendemain, et encore, l’amphi, ils ont bien dit que c’était en présence libre non ?

Quelques partiels, quelques galères, quelques fêtes plus tard, et tu te retrouves working- girl, tu prépares tes affaires avant ta première journée avec le sentiment que ta vie prend un tournant. Faut assurer, pas le choix, s’intégrer à l’entreprise, faire bonne figure, bien travailler, mériter son salaire et bien le gérer. Ça y est, c’est le grand bain, pas de parents ou de bourses pour te rattraper si tu te gaufres dans ton découvert autorisé. J’ai flambé mon premier salaire comme une dégénérée, parce que j’étais fière de gagner de l’argent et que je pensais que c’était normal de payer sa tournée. A la fin du premier mois, mon budget s’équilibrait parfaitement, à un seul détail près. J’avais oublié de payer mon loyer. Enfer et damnation éternelle. Ça m’a servi de leçon. La fête, les soirées, tout ça n’est plus automatique, je n’en ai plus besoin pour me sentir exister. Elle vient plutôt me servir de soupape de décompression après une semaine compliquée. Je sors même avec mes collègues, ça commence par un apéro, ça finit sur une choré de Rihanna à 4 heures du matin. La camaraderie d’entreprise, c’est un peu quelque chose d’obligatoire, si tu ne veux pas passer pour une attardée. Parfois on aimerait refuser, mais on se force, car on a l’impression que nos prestations même sorties de l’open space continuent à être évaluées. Je fais la fête corporate pour m’assurer un avenir meilleur, ça gâche un peu le goût des cocktails, mais c’est nécessaire.

Pourtant à chaque fois que je retrouve mes amis et que nous passons la porte d’un bar, que nous nous réunissons chez l’un ou chez l’autre, j’ai toujours ce sentiment d’être encore dans le garage de ma pote. Parce que c’est là que je me suis sentie la plus libre, la plus acceptée, mais aussi la plus excitée par toutes les possibilités, par tout ce qu’il allait nous arriver. Qu’est ce qu’on allait devenir ? A quoi on allait ressembler ? Est-ce qu’on serait toujours amis ? Est-ce qu’on se reverrait ? C’est sans doute cela qu’on s’acharne à chercher dans nos soirées, ce sentiment incroyable que pour quelques heures, tout peut arriver, tout peut changer, tout est possible. On laisse à l’entrée les carcans obligatoires de nos vies, les codes sociaux et les formules de politesse, on oublie.

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 25 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Super-flue
    Super-flue, Le 16 septembre 2011 à 13h51

    Luna-mad;2554912
    Par pure curiosité, j'ai été voir le mot "pétasse" au TLFi (Trésor de la Langue Française informatisé) et il y a une autre signification moins connue:

    "PÉTASSE2, subst. fém.
    Arg. ou pop. Peur intense. Synon. arg. ou pop. pétoche. Je sais ce que c'est que la frousse, mon vieux! Je l'ai vue! Les types qui ont la pétasse, mais là, la vraie, ils ne sont plus responsables! (VERCEL, Cap. Conan, 1934, p.170). Retentissant en pleine nuit (...) [la cloche] avait flanqué une pétasse épouvantable aux Allemands (LA VARENDE, Tourmente, 1948, p.40).
    Prononc.: [petas]. Étymol. et Hist. 1901 avoir la pétasse «avoir peur» (BRUANT, p.357). De même orig. que pétasse1*."

    Marrant, non?

    (bon, ok, il y a peu de rapport, mais une pause culture, c'est sympa aussi, non?)
    Chez moi on dit plutôt PÉTOCHES, avec exactement le même sens... Je ne connaissais pas cette utilisation de pétasse.

Lire l'intégralité des 25 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)