Comment Facebook m’a rendue jalouse

Amélie n'est pas d'une nature jalouse, et pourtant, plus le temps passe, plus elle a le coeur qui bat vite quand elle consulte son feed Facebook...

Comment Facebook m’a rendue jalouse

Je ne suis pas née avec la jalousie dans les veines. Je n’ai jamais été suspicieuse et il y a une époque où je me serais presque taxée de naïve. Je n’aime pas m’immiscer dans la vie des gens. Si je n’ai aucune idée de la façon dont mes camarades de primaires occupent leur samedi matin, je n’en suis pas plus malheureuse.

J’ai goûté aux joies de l’attraction corporelle plutôt rapidement, même si à l’époque « amour » rimait surtout avec « tremblement de mains et bisous du bout des lèvres derrière les poubelles du préau ». C’était l’époque des expérimentations qui ne duraient pas plus de quelques semaines, des mots doux sur Skyblog et des SMS où rien n’était plus gratifiant qu’un poétique « jtm ».

J’avais le front aussi graveleux qu’une route de campagne et un certain talent pour jeter mes conquêtes dans les bras de mes amies contre mon gré. Je n’étais pas toujours la plus heureuse, je grattais des pages et des pages dans un journal intime… Et pourtant, je n’avais pas encore ressenti ce qui me serre le ventre aujourd’hui.

Tu dois sûrement connaître cette sensation plutôt désagréable : tu as tout à coup l’impression que ton estomac se retourne et que tu es sur le point de parler devant un auditoire entièrement constitué de personne venues pour se payer ta tête. La paume de la main transpire tout à coup. Tu ne sens plus tes jambes, tu es à deux doigts de vomir de la bile, ton coeur résonne, des phrases insensées se répètent dans ton crâne.

Être prise d’une crise de jalousie, c’est à peut près tout ça en même temps. Inutile de te préciser qu’il y a plus agréable comme sensation !

Loin de moi l’idée de blâmer qui que ce soit. J’aimerais simplement constater un fait : Facebook m’a rendu jalouse.

Je suis en couple depuis plus de deux ans, et mon copain ne m’a jamais déçue. Passer mes journées avec lui me rend plus heureuse qu’une semaine à Europapark. Il ne m’a jamais trompée. Il n’a jamais montré de signes de lassitude. Il ne s’est jamais retourné devant une jolie fille aux cheveux blonds, n’a jamais bu une Chouffe avec son ex à l’arrière d’une terrasse. Mis à part le fait qu’il aimerait que je passe plus souvent la raclette dans la douche, je n’ai strictement rien à lui reprocher.

Et surtout, je lui fais une confiance totale.

C’est un peu cliché de dire que la confiance est le ciment du couple, hein ? C’est pourtant vrai. J’ai regardé assez de replay de Confessions Intimes pour l’affirmer : les jaloux sont une plaie à vivre au quotidien ! À partir du moment où tu interdis à ton ou ta partenaire de porter un truc moulant ou que tu commences à renifler ses slips pour déceler toute trace d’excitation suspecte, on touche à la névrose. La vie de ces gens doit être un enfer.

Je suis loin d’avoir greffé une balise GPS sur l’arrière-train de mon bellâtre, mais je sais reconnaître la suspicion quand elle se pointe dans mon esprit — et qu’elle grandit, jusqu’à devenir obsession…

Ma relation avec les réseaux sociaux ne date pas d’hier. Je suis sur Facebook depuis 2009 et, à la base, j’ai acheté un iPhone en grande partie pour exposer ma vie en images sur Instagram. Avec le temps, mon utilisation à cette facette d’Internet a évolué. De simple utilisatrice passive et curieuse, j’ai fini par me droguer aux statuts et autres tweets. J’ai appris à connaître Facebook par coeur, du poke au raccourci vers les paramètres de confidentialité. Internet est devenu ma deuxième chambre, cet endroit où je me sens en sécurité et où j’invite mes amis pour une partie de cartes.

C’est plutôt récemment que je me suis rendue compte d’une chose : les réseaux sociaux m’ont fait découvrir des sentiments que je n’imaginais pas aussi virulents. L’envie, l’injustice, la haine, le dédain, la convoitise me rendaient parfois visite, bien sûr… Mais depuis que je suis sur la Toile, je dois lutter contre eux quotidiennement.

Le problème (mais aussi l’avantage) de Facebook, c’est la visibilité, la rapidité et l’accès facile aux échanges. Avant, rien n’empêchait une personne de remarquer l’admirable cadrage, le parfait jeu de lumière et le visage poupin d’une jolie fille. Elle se disait « quel canon », à la limite en parlait à un-e pote, et voilà. Point final.

Aujourd’hui cette même personne va encenser le cliché à l’aide d’un pouce levé d’acclamation, d’approbation ou de simple sympathie. Et ce geste amical, je le perçois parfois… différemment.

Qui est cette jolie fille dont il a liké la photo ? Et d’ailleurs, pourquoi sont-ils « amis » si ils ne se parlent jamais ? Mais peut être se parlent-ils d’ailleurs… Mon esprit fait un cheminement s’enfonçant crescendo dans la paranoïa, me mettant face à face avec mon autre moi : celui qui, fébrile, se ronge de l’intérieur jusqu’à vérifier qu’il n’est pas en danger.

Je l’avoue. Il m’est arrivé de fouiller dans les conversations privées de mon copain. Sachant exactement quoi chercher, qui stalker. Je suis déjà tombée sur des bribes de phrases suspectes, des petits coeurs niaiseux, des propositions de sorties à demi-avouées.

Je me hisse alors au-dessus, je rentre dans ce cercle plus que vicieux sans pouvoir lutter. Enfin je ne sais plus trop. Ça se serre partout en moi. Je deviens masochiste. C’est ça, j’aime me torturer l’esprit. Ça tombe bien, Facebook est le terrain idéal pour ce genre de trucs.

Je retourne le passé, je découvre des choses intenses qui ne me sont pas adressées. Des trucs d’enfants balancés aussi rapidement que des insultes. Après avoir vu passer les précédentes femmes de sa vie, celles qui ont mérité ses compliments baveux et ses mots doux qui me piquent la gorge, je ne me sens plus unique. Je me sens mal. Je suis énervée contre lui, contre elle, cette pétasse. Je la hais. Je me hais.

Il mérite franchement que je lui fasse la gueule.

Non ? Non.

Je n’aurais jamais imaginé en arriver là si je n’avais pas accès à toutes ces informations qui devraient faire partie du domaine privé. Car, comme je le disais plus haut, dans mon couple la confiance règne — sauf, disons, une fois par mois.

C’est ridiculement fou, cette histoire. Et pourtant, je mets ma main à couper que je ne suis pas la seule à me fouetter devant mon écran…

Le piège, c’est que Facebook ne montre pas tout. Pour réellement analyser une situation, une relation, il lui faut un contexte et tout une toile de fond. Souvent, une fille sur laquelle je vais me focaliser va me paraître vachement moins impressionnante quand je la rencontre « en vrai ». Sur Facebook, je fais mon propre cheminement, mes propres opinions sur des propos toujours sortis de leur contexte. Je tire mes propres conclusions.

Tout ceci est peut-être dû au fait que mon copain et moi n’avons pas la même utilisation de Facebook : mon compte est réservé à mes vrais amis, ceux à qui parle encore régulièrement. Aucune vague connaissance, aucun ex ou « mec-pas-mal-croisé-sur-tchatche-point-com ».

Plus le temps passe, plus j’ai l’impression que le Web m’a rendue parano. Facebook me propose de faire des listes de contacts afin de me notifier à la seconde près du moment où ils lèvent le petit doigt. Ça me poursuit.

Ce qui faisait auparavant partie de la vie privée est désormais disponible à toute heure. Comme tout le monde, j’ai mes moments de doute envers moi-même, des jours où je me sens moins intéressante qu’une miette au bord de la table du petit-déjeuner, moins jolie qu’un étron de poney. C’est là que je suis vulnérable.

Petit à petit, j’ai sans doute oublié que l’image qu’on voit sur Facebook peut être très loin de la réalité. J’ai oublié que parler était la meilleure des solutions pour éloigner l’incompréhension.

Avec le temps, j’ai appris comment dompter la jalousie 2.0, j’ai compris que je ne suis pas la seule à me battre contre ma curiosité malsaine, cette connasse qui me pousse à foutre ma soirée en l’air et à faire chier mon mec qui n’a strictement rien demandé à personne.

Je sais maintenant qu’il ne sert à rien de s’en vouloir, de se ronger les sangs et les doigts. Oui, on peut quitter Facebook, on peut laisser de côté la relation virtuelle avec son ou sa partenaire, on peut en discuter. Il n’y a pas UNE solution, il y en a plein.

Et toi, comment vis-tu le croisement de ton couple et des réseaux sociaux ? As-tu déjà été tenté-e par un petit tour sur une session négligemment laissée ouverte ? As-tu cédé ?

Cet article t'a plu ? Tu aimes madmoiZelle.com ?
Tu peux désormais nous soutenir financièrement en nous donnant des sous !
Big up
Viens apporter ta pierre aux 9 commentaires !

Voici le dernier commentaire en date :

  • Alnilam
    Alnilam, Le 2 septembre 2016 à 23h12

    Pour ça je maudis Facebook (et apparentés) déjà d"une nature (un peu) jalouse grâce aux réseaux sociaux je suis carrément en passe de devenir parano. Depuis qu'on vit ensemble avec mon copain j'ai parfois l'occasion de voir son écran d'ordinateur et ce qu'éventuellement il peut afficher. Mauvaise chose...

    Dernièrement j'ai pu jeter un œil sur quelques phrases qu'il a échangé avec une amie et ça m'a littéralement pourri la soirée, maintenant quand je vois qu'il a reçu un MP (de cette fille d'autant plus) mon sang ne fait qu'un tour. Rien que de le voir connecté sur Facebook la pression monte et si par malheur je l'entend rire derrière son écran je me fais de suite des films.

    Maintenant je m'interdis de trainer sur son Facebook voire même d'entrer dans la pièce s'il y est dessus, pas génial comme situation... :erf:

Lire l'intégralité des 9 commentaires

(attention, tu dois être connectée pour participer — tu peux nous rejoindre ici !)